‹ Les années de gaietéChapitre 28 sur 60 · RUTANGHERRE · texte numérisé non relu

RUTANGHERRE

Agen. — Le motif démon silence depuis deux mois, mon cher directeur, est dans le mariage de mon troisième frère avec la nièce de M. Filhon. Cet événement | m'a un peu détourné du théâtre, où d'ailleurs rien J de remarquable ne s'est produit. On a pourtant annoncé les Mousquetaires de la reine, mais vous savez combien ma maudite névralgie me rend rebelle à la musique, I quelque bonne qu'elle soit. Je n'ai donc pas pu enten- I dre le chef-d'œuvre d'Halévy, et je le regrette.

On m'a affirmé que mademoiselle Mouilleron était ravissante dans le rôle de Berlhe de Simiane ou d'Athénaïs de Solanges, je ne sais pas au juste. Si ma vue se

rétablit d'ici à quelque temps, j'irai certainement voir mademoiselle Mouilleron.

Vous avez appris sans doute que Ligier était venu donner quelques représentations. Sans la chaleur étouffante qui s'est produite la semaine dernière, j'eusse été un des premiers à applaudir notre éminent tragédien ; malheureusement je ne puis rester un quart d'heure dans une salle de spectacle sans éprouver aussitôt des bourdonnements d'oreilles. — Mais j'ai entendu dire au café que Ligier avait été admirable dans les Enfants d'Edouard et dans Louis XL Je n'en doute pas, ni vous non plus, je pense.

On lit ici votre journal avec beaucoup d'intérêt, à cause de la vérité et de l'impartialité de ses comptes rendus. Venez donc à Agen, vous y serez reçu à bras ouverts : vous devez vous souvenir qu'à mon dernier voyage à Paris, il y a quatre ans, vous m'avez promis cette visite. — En attendant l'exécution de votre promesse, je continuerai, comme par le passé, à vous tenir avec exactitude au courant de tout ce qui se passera de nouveau sur notre théâtre.

Bardou arrive dans quelques jours; comptez sur une lettre de moi, — à moins que mes arbres fruitiers ne me retiennent plus longtemps que je ne le voudrais à la campagne.

Mes civilités à votre belle-sœur.

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