C. A. LADEVÈZE
nfmes. — Rouvière à Nîmes! Rouvière dans Hamld et dans la Reine Margot! En apprenant cette nouvelle, nous avons tressailli d'aise! Les temps glorieux du drame allaient donc ressusciter ! nous allions donc nous retrouver face à face avec ces géants de la scène : Shakespeare et Dumas !
Il a paru enfin, le grand artiste! Il a paru, et tous les fronts se sont courbés sous sa parole comme les épis sous un vent d'orage! Dire l'ampleur, l'éclat, l'originalité que Rouvière a déployés dans ce rôle foudroyant et multiple d'Hamlet, c'est impossible ! Nous haletions dans un coin de l'orchestre ; nos ongles se crispaient sur notre poitrine, nos dents s'entre-choquaient, nous étions heureux! oh oui! bien heureux, allez! ! !
Et quand ce fut le tour de Charles IX, de ce roi assassin, aux veines injectées de haine et de dévotion, comme il fut beau, Rouvière ! comme il fut rayonnant ! La salle faillit crouler sous les applaudissements. Elle n'a pas croulé, elle a bien fait.
Le maître nous promet pour bientôt Maître Favilla et le Comte Hermann. A bientôt donc !
P. S. — Bardou succédera à Rouvière, comme le rire aux larmes, comme la chanson de l'oiseau aux mugissements de la tempête.
TRUCIVAL.
LE CORRESPONDANT NAlF
Padibœuf. — Monsieur le directeur, notre cité vient d'avoir, elle aussi, ses jours de fête, grâce à l'excellente troupe de M. Battuécas, qui y a donné quatre représentations. Nous avons entendu pour la première fois un opéra-comique intitulé : Fra Diavolo oit V Hôtellerie de Terracine. Il s'agit, dans cette pièce, d'un brigand aux manières élégantes, qui fait la cour en même temps à la femme d'un milord et à une servante d'auberge. Celte donnée originale a fourni d'heureuses saillies à l'auteur des paroles; quant à la musique, on l'a écoutée avec bienveillance. Ce qui a été le plus applaudi, c'est un solo de basson, ingénieusement intercalé dans l'ouverture, et exécuté par un amateur de première force de notre ville.
Le spectacle a été suivi, ce soir-là, de Michel et Christine, vaudeville en un acte, qui a tiré de douces larmes d'attendrissement des yeux de nos jolies Paimbœuvaises. Vous saurez, monsieur le directeur, r e
c'est l'histoire d'un lancier français, nommé Stanislas, à qui son colonel expirant a remis sur le champ de bataille un portefeuille, en lui recommandant d'en faire bon usage. Le lancier s'arrête dans une auberge qu'il a l'intention d'exploiter pour son propre compte, mais il renonce à ce projet en faveur du jeune paysan Michel. Une actrice de la troupe s'étant trouvée subitement indisposée, c'est le régisseur qui a dû lire le rôle de Christine. La pièce n'y a pas perdu : M. le régisseur a mis beaucoup de sentiment dans sa diction, et il a été rappelé avec les autres acteurs.
Nous avons eu le surlendemain la Grâce de Dieu; c'est un mélodrame tellement compliqué que vous me pardonnerez de ne pas vous en faire l'analyse. Il y a du pathétique dans plusieurs endroits, et le style est coulant en général. Madame Dubuc, qui jouait Marie, a captivé les suffrages de tous les connaisseurs.
Connaîtriez-vous par hasard les Deux Divorces? Voilà un petit bijou! Il serait à souhaiter que tous nos auteurs prissent modèle là-dessus. M. Battuécas, le directeur, a été impayable en père Lefèvre, surtout lorsqu'il est en ribote et qu'il veut se séparer de sa femme. C'était la nature prise sur le fait. Madame Battuécas a aussi bien du mérite.
La troupe a fait ses adieux en rejouant, à la demande générale, Fra Diavolo ou l'Hôtellerie de Terracine. A la fin de l'ouvrage, on a jeté à madame Battuécas une couronne avec ces quatre vers :
A vous nos souvenirs, ravissante sirène !
Tous les cœurs de Paimbœuf vous proclament leur reine ;
Revenez donc parmi notre population :
Vous nous délasserez de nos occupations.
L'auteur de ces jolis vers est, dit-on, le propriétaire de l'hôtel du Commerce.
On parle de l'arrivée prochaine d'un acteur célèbre, nommé Bardou. J'irai l'attendre au bateau à vapeur.
PATY-BOULAI.