‹ Les années funestes, 1852-1870Chapitre 33 sur 53 · MENTANA. 4(H · texte numérisé non relu

MENTANA. 4(H

Le scrupule en haillons grelotte; je le plains.

Rien n'a plus de vertu que les coffres- forts pleins.

11 est de rintérèt de tous qu'on ait des princes

Qui fassent refluer leur or dans les provinces;

C'est pour cela qu'un roi doit ôtrc riche ; avoir

Une liste civile énorme est son devoir;

Le pape, qu'on voudrait confiner dans les astres,

Est un roi comme un autre. 11 a besoin de piastres,

Que diable! L'opulence est le droit du saint lieu;

11 faut dorer le pape afin de prouver Dieu ;

N'avoir pas une pi(M-re où reposer sa tête

Est bon pour Jésus-Christ. La loque est déshonnête.

Voyons la question par le côté moral ;

Le but du colonel est d'être général,

Le but du maréchal est d'être connétable !

Avant tout, mon paiement. Mettons cartes sur table.

Ln renégat a tort tant qu'il n'est pas muchir;

Alors il a raison. S'arrondir, s'enrichir,

Tout est là. Regardez, nous prenons les Ilanovres.

Et quant à ces bandits qui veulent rester pauvres,

Ils sont les ennemis publics. Sus ! hoi*s la loi !

Us donnent le mauvais exemple. Cofl*rez-moi

Ce gueux, qui, dictateur, n'a rien mis dans sa poche.

On se heurte au battant lorsqu'on touche à la cloche,

Et lorsqu'on touche au prêtre on se heurte au soudard.

Morbleu, la papauté n'est pas un objet d'art !

Par le sabre en Espagne, en Prusse par la schlague.

Par la censure en France, on modère, on élague

L'excès de rêverie et de tendance au droit ;

Le peuple est pour le prince un soulier fort étroit ;

L'élargir en l'usant aux marches militaires

Est utile. Un pontife, en ses sermons austères,

Sait rattacher au ciel nos lois, qu'on nomme abus.

Et le knout en latin s'appelle Syllabus.

102 LES ANNÉES FUx\ESTES.

L'ordre est tout. Le fusil Chassepot est suave.

Le progrès est béni ; dans quoi ? dans le zouave !

Les boulets sont bénis dans leurs coups ; le chacal

Est béni dans sa faim, s'il est pontifical.

]\ous trouvons excellent, quant] à nous, que le pape

liie au nez de ce siècle inepte, écrase, frappe.

Et, du moment qu'on veut lui prendre son argent.

Se fasse carrément recruteur et sergent,

Pousse à la guerre, et crie : à mort quiconque est libre !

Qu'il recommande au prône un obus de calibre.

Qu'il dise en achevant sa prière : égorgez !

Envoie aux combattants force fourgons chargés.

De la poudre, du fer, du plomb, et ravitaille

L'extermination sur les champs de bataille !

Qu'il aille donc ! qu'il aille, emportant son mandat, Ce chevalier errant des peuples, ce soldat. Ce paladin, ce preux de l'idéal ! qu'il parte. Nous, les proscrits d'Athène, à ce proscrit de Sparte Ouvrons nos seuils ; qu'il soit notre hôte maintenant ; Qu'en notre maison sombre il entre rayonnant. Oui, viens, chacun de nous, frère à l'âme meurtrie. Veut avec son exil te faire une patrie ! Viens, assieds-toi chez ceux qui n'ont plus de foyer. Viens, toi qu'on a pu vaincre et qu'on n'a pu ployer ! Nous chercherons quel est le nom de l'espérance ; Nous dirons : Italie! et tu répondras : France!

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