‹ Les années funestes, 1852-1870Chapitre 35 sur 53 · ME NT AN A · texte numérisé non relu

ME NT AN A

Oui se mêle à Tencens des tedeums superbes,

Monte du fond dos bois, du fond des prés pleins d'herbes,

Des stoppes, d©s marais, des vallons, en tous lieux !

Au fatal boulevard de Paris oublieux,

Au Mexique, en Pologne, en Crète où la nuit tombe,

En Italie, on sent un miasme de tombe,

Comme si, sur ce globe et sous le firmament,

Étant dans sa saison d'épanouissement,

Vaste mancenillier de la terre en démence,

Le carnage vermeil ouvrait sa fleur immense.

Partout des égorgés ! des massacrés partout !

Le cadavre est à terre et l'idée est debout.

Ils gisent étendus dans les plaines farouches.

L'appel aux armes flotte au-dessus de leurs bouches.

On les dirait semés. Ils le sont. Le sillon

Se nomme liberté. La mort est l'aquilon.

Et les morts glorieux sont la graine sublime

Qu'elle disperse au loin sur l'avenir, abîme.

Germez, héros I et vous, cadavres, pourrissez.

Fais ton œuvre, ù mystère ! Épars, nus, hérissés.

Béante, montrant au ciel leurs bras coupés qui pendent.

Tous ces exterminés immobiles attendent.

Et tandis que les rois, joyeux et désastreux.

Font une fête auguste et triomphale entre eux.

Tandis que leur olympe abonde, au fond des nues.

En fanfare, en festins, en joie, en gorges nues.

Rit, chante, et, sur nos fronts, montre aux hommes contents

Une fraternité de czars et de sultans.

De son côté, là-bas, au désert, sous la bise,

Dans l'ombre, avec la mort le vautour fraternise ;

Les bêtes du sépulcre ont leur vil rendez-vous;

Le freux, la louche orfraie, et le pygargue roux,

L'âpre autour, les milans, féroces hirondelles.

Volent droit au charnier, çt tous, à tire-d'ailes,

Se hâtent vers les morts, et ces rauques oiseaux S'abattent, l'un mordant la chair, l'autre les os. Et, criant, s'appelant, le feu sous les paupières, Viennent boire le sang qui coule entre les pierres.

0 peuple, noir dormeur, quand t'éveilleras-tu ?

Rester couché sied mal à qui fut abattu.

Tu dors, avec ton sang sur les mains et, stigmate

Que t'a laissé l'abjecte et dure casemate,

La marque d'une corde autour de tes poignets.

Qu'as-tu fait de ton âme, ô toi qui t'indignais?

L'empire est une cave, et toutes les espèces

De nuit te tiennent pris sous leurs brumes épaisses.

Tu dors, oubliant tout, ta grandeur, son complot,

La liberté, le droit, ces lumières d'en haut ;

Tu fermes les yeux, lourd, gisant sous d'affreux voiles,

Sans souci de l'affront que tu fais aux étoiles !

Allons, remue. Allons, mets-toi sur ton séant. -

Qu'on voie enfin bouger le torse du géant.

La longueur du sommeil devient ignominie.

Es-tu las? es-tu sourd? es-tu mort? Je le nie.

N'as-tu pas conscience en ton accablement

Que l'opprobre s'accroît de moment en moment ?

N'entends-tu pas qu'on marche au-dessus de ta tête ?

Ce sont les rois. Ils font le mal. Ils sont en fôte.

Tu dors sur ce fumier ! Toi qui fus citoyen.

Te voilà devenu bête de sommQ. Eh bien.

M EMANA. i07

I/àne se lève, et brait ; le bœuf se dresse, et beugle. Cherche donc dans ta nuit puisqu'on t'a fait aveugle. O toi qui fus si grand, debout ! car il est tard. Dans cette obscurité l'on peut mettre au hasard La main sur de la honte ou bien sur de la gloire; Étends le bras le long de la muraille noire ; L'inattendu dans l'ombre ici peut se cacher; Tu parviendras peut-ôtre à trouver, à toucher, A saisir u'ne épée entre tes poings funèbres, Dans le tâtonnement farouche des ténèbres!

Ilautevjlle-House, novembre ISC".

XXXVUI

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