BAUDIN
Elle est vendue, elle est esclave, sans appui,
Sans gloire. Et Ton entend quelqu'un rire; c'est lui,
Et c'est elle !
Eh bien, soit. On est proscrit, on pense, On saigne, avec l'oubli railleur pour récompense ; Tout est bien. Voulait-on autre chose? En avant ! Vers quoi ? vers le tombeau, vers la nuit, vers le vent, Vers l'orage et l'écueil. Pourquoi pas? Rome! Auguste Sort d'Octave, et le vrai devient faux, et l'injuste En pei*spective avec le juste se confond; Tais-toi, proscrit!
On sent de l'ironie au fond Du murmure des flots comme du bruit des hommes. Dans cette brume où tous pôle-môle nous sommes On jette sa pensée, inutile semeur; L'insulte est par moments distincte en la rumeur Que fait autour de vous la vie universelle ; On rêve; l'océan, plus grand que vous chancelle ; On est chez l'étranger qui, froid, libre et jaloux, Aime chez lui le droit et le tyran chez vous; On regarde l'anglais admirer Bonaparte ; On voit cette Carthage où brille un peu de Sparte, Londre, à quiconque opprime autrui tendre la main. On marche seul, on suit à pas lents son chemin. Dans ce désert, la foule, ô nostalgie amère ! On passe regardé de travers, comme Homère.
15 juillet 1868.
Cet être est si petit qu'il est presque invisible,
Il a pour fonction d'être insecte et nuisible ;
Et, rôdant et glissant dana la nuit de Paris,
Punaise, de piquer le sommeil des proscrits.
Il est sorti, de là sa senteur ordinaire,
De ce vieux bois de lit appelé séminaire
Où Basile offre à ceux qui veulent sommeiller
Un grabat dont Tartuffe a fourni l'oreiller.
Impur bi-frons, il est jésuite, il est laïque;
Il arrange avec art l'outrage en mosaïque.
Lourd, mais bariolé, stupide, mais faquin,
Et l'on croit voir Prud'homme en habit d'arlequin.
Il est critique; il a son tarif et sa taxe,
Et d'autant plus d'aplomb qu'il a moins de syntaxe ;
Il insulte à l'honneur du devoir accompli;
Calomnier est simple et ne fait pas un pli ;
C'est ainsi que sans foi, sans probité, sans style
Et sans talent, on est un misérable utile.
Les pouvoirs forts se font aider, témoin Sylla ;
Et leur luxe est d'avoir de ces vermines-là.
Il n'a qu'un dard ; les seuls vrais monstres ont des griffes.
Fausses lettres, anas tronqués, mots apocryphes,
CET ÊriiE EST SI PETIT... 121
Tels sont ses trucs, jeux vils où Fréron se souillait,
Kt que contre Voltaire inventa Patouillet.
Il met sa lâche injure au service du prince.
Il échappe au talon vengeur, tant il est mince.
La platitude peut braver récrasement.
Il a rir\fecte odeur de la bouche qui ment.
Tel qui naît chiffonnier finit par ôtre scribe;
Il porte sur son dos sa hotte à diatribe;
Il la charge, il l'emplit ; c'est vide et c'est complet.
Il rampe. Il est si bas, que c'est en haut qu'il plaît.
Quel est son nom ? Cherchez. Vous trouverez peut-être.
C'est la moitié d'un cuistre et c'est le quart d'un prêtre.
L'autre quart, c'est une ombre, un doute, un gueux flétri
Qu'eût dédaigné Vidocq, mais qu'estime Piétri.
12 octobre 1868.
LE PROCES LESURQUE
La Chambre criminelle de la Cour de cassation...
Déclare la revision du procès Lesurque non reccvable.
{Arrêt du H décembre 1868.)
Et c'est ainsi qu'un tas d'iiommes à jupe rouge, Plus vils dans leur sénat qu'un forçat dans son bouge, CTest ainsi que de vils et cyniques robins, Jésuites que d'un signe on ferait jacobins, Valetaille à genoux sous le plat d'une épée, Ont fait rouvrir les yeux à la tête coupée !
Elle était dans le fond de la tombe, elle avait Les pierres de la fosse infâme pour chevet ; Autour d'elle gisaient, muets sous l'herbe haute. Tous les sinistres morts qui dorment côte à côte
LE PROCÈS LESURQUE. 123
Dans le fatal Clamart dont les cercueils sont courts ;
Sans haleine, sans voix, morte attendant toujours,
Elle était là, pensive à cause des ténèbres.
Sos yeux fermés — le sang collant leurs cils funèbres —
Semblaient faire un refus farouche au firmament
Et vouloir regarder Tombre éternellement.
L'àme espère au tombeau n'être pas poursuivie.
Mais un bruit est venu du côté de la vie,
Et la tête coupée a remué, son oeil
Plein d'un feu sombre a fait le jour dans le cercueil.
Et morne a regardé les hommes, chose affreuse!
Et la nature, mère énorme et douloureuse, Hélas ! s'est efforcée alors de l'apaiser ; Les moineaux ont couru près d'elle se poser, Et la mouche, apportant la pitié de l'atome; La rosée a lavé sa pâleur; divin baume, La fleur l'a parfumée, et l'herbe qui verdit L'a doucement baisée, et les corbeaux ont dit : — N'écoute pas le noir croassement des juges!
Et, dans ce moment-là, cyprès, tombeaux, refuges.
Ossements, ossements, vous l'avez entendu.
Et toi, ciel étoile, gouffre où rien n'est perdu,
Cette tête, du fond de la fosse maudite,
A crié, dans l'horreur sacrée où Dieu médite :
— Ils ont trouvé moyen de reboire mon sang,
Dieu juste, et de tuer deux fois un innocent!
19 décembre 186S.
»... Si on eût réhabilité Lesurque, il eût fallu restituer à sa famille ses biens confisqués, capital et intérêts, depuis soixante ans; ce qui, dit-on, dépasserait deux millions. Cette considération a dû gravement influer sur l'arrêt de la cour. >
(Les journaux de décembre 1868.)
Deux millions, voilà l'obstacle.
Si c'était Pour qu'en son salon rose où chante CoUetet, L'impératrice puisse inviter à Gompiègne Grandguillot, Grandperret, tous les grands de ce règne Si c'était pour aider Rome à faire la nuit ; Si c'était pour aller au Mexique à grand bruit, Tambour battant, avec une nuée altière D'étendards déployés, fonder un cimetière ; Si c'était pour forger des chassepots meilleurs. Si c'était pour créer des engins mitrailleurs Appropriés au temps de progrès où nous sommes, Afin d'abattre vite et bien des milliers d'hommes Gomme une faulx passant dans un champ de maïs. Afin de faire, au meurtre immense du pays. Travailler nos soldats changés en janissaires. Afin d'assassiner les hurlantes misères,
LE PROCÈS LESURQLE. 125
A lin (jue le drapeau de France dans ses plis
Montre Ricamarie à côté d'Austerlitz,
Afin d'exterminer des pauvres, des famines,
Des détresses, vieillards, enfants, forçats des mines,
Pâles, mourant de faim, réclamant des liards,
Deux millions, c'est peu, prenez deux milliards [
Mais il s'agit de rendre à l'innocent justice, 11 s'agit de frapper un coup qui retentisse Et de purifier un nom infortuné; 11 s'agit de tirer de l'enfer un damné, De dire : Apaise-toi, spectre qui te lamentes! Et d'aller, dans l'oubli des tombes infamantes. Chercher une mémoire, et de mettre, à côté D'un mensonge, en ces nuits sans fond, la vérité. On ne peut gaspiller à ce point les finances î
Confisquer fut le droit. Les vieilles ordonnances
Sévirent sur Lesurque ainsi qu'au temps ancien.
En lui volant sa vie, on lui vola son bien.
Les fils ont disparu, famille foudroyée;
La fille s'e^t jetée à la Seine et noyée ;
Tout ce groupe effaré, morne, épars, frissonnant,
A sombré sous l'arrêt funèbre; et maintenant
— La nuit après la mort, hélas ! c'est la logiquç, —
On ne distingue rien dans cette ombre tragique.
Sinon des enfants nus, quelques pauvres petits
Dans l'abîme, orphelins pas encore engloutis.
Cette détresse est là sous nos yeux, cela souff're,
Crie, appelle, et l'on voit leurs bras sortir du gouffre
lis pleurent, et la terre et le ciel sont témoins...
A présent, calculons. Deux millions au moins.
Trois peut-être, qui sait? Tout rendre est nécessaire. Il faudra rembourser cette longue misère. j\'a-t-on pas plus tôt fait de dire : Toi qui fus Innocent, reste infâme! — Et c'est fini. Refus. Tout est dit. Être juste est bien, être économe Est mieux.
Et puis, de quoi te plains-tu, mon brave homme? De ce qu'on t'a coupé la tête par erreur? Ce n'est pas notre faute à nous; et l'empereur Doit-il, parce qu'on dit beaucoup d'impertinences Sur cet accident-là, pâtir dans ses finances. Renoncer à Biarritz, vu que Lesurque est cher. Et n'avoir plus de quoi payer monsieur Rouher? Qu'en pensez-vous, Glandaz? Qu'en pensez-vous. Devienne? Président Legagneur, autant qu'il m'en souvienne, Tu jugeas l'accusé Bonaparte jadis.
Mais tu sers l'empereur ; rends ton oracle ! dis ! Allons-nous ruiner le budget, qui nous dote. Pour recrépir à neuf une antique anecdote. Pour raccommoder, quoi ? le nom d'un homme mort. Et pour laver au fond du code un vieux remord? Bah î nous rencontrerions, si nous l'osions prescrire, Le doux nenni de Magne avec son doux sourire. Le jour où, devant l'huis du trésor, surgirait. Enclose dans les flancs sacrés de notre arrêt, La justice, devoir, dette, loi des croyances. Clarté, sommation céleste aux consciences, Le caissier, ricanant de Lesurque plaintif. Allumerait son poêle avec ce plumitif.
Sous l'empire on est fort, on gouverne, on décrète; De la chose jugée on fait sa cigarette. D'ailleurs on est sceptique. A bas les morts gênants! On tourne volontiers le dos aux revenants.
LE PROCÈS LESURQUE. 127
Mirioui (|uan(l le fantôme apporte une quittance. Le vrai vieilli n'est plus vraisemblable à distance ; Kt nous ferions hausser les épaules de ceux Qui gagnèrent le lot d'un coup d'état chanceux Si nous venions leur dire : 0 succès ! ô puissance l 11 existe une chose appelée innocence.
Et puis, voyons, vraiment où s'arrôterait-on ? Que fut à son début l'empire? Un gueuleton. Soit ; mais, si l'on persiste à faire ainsi ripaille, L'empereur finira par être sur la paille. Le budget fôlé fuit. Nous avons des héros, Nous avons des sauveurs, et cela coûte gros. Sachons borner les frais. La loi, qui règne et fauche. Frappa Lesurque. Bien. Complétons cette ébauche. On a guillotiné le grand-père à tâtons; Exécutons les fils orphelins, et mettons Leur requête au panier, comme on y mit sa tête.
Faisons à ce sépulcre une faillite honnête ; Motivons-la si bien qu'on dise : Ils ont raison. Remettons ce Lesurque en terre, de façon Qu'il ne puisse, à travers la broussaille, l'ortie. L'injustice et l'oubli, faire une autre sortie. Les morts n'ont pas le droit d'ennuyer les vivants. Régnons, cadis altiers, du haut de nosMivans, Dans notre pourpre ayant un linceul pour doublure. Ne cédons point; laissons sur ce nom la souillure; Car la démagogie en ce siècle grandit.
Finissons-en avec ce Lesurque. C'est dit. Ne souffrons pas qu'on touche aux lois, vieille bâtisse. Quand un homme a péri par arrêt de justice. Correctement, au jour voulu, sur l'échafaud. N'admettons point qu'on trouve à la hache un défaut
Sans nous, tout croulerait sous d'effrayants déluges.
Résistons; et soyons dignes d'être des juges,
Après ces vénérés antiques magistrats,
Gravement accoudés sur d'augustes fatras.
Bien payés par les rois, bien bénis par les prêtres,
Et tous morts en odeur de Montfaucon, nos maîtres. —
Vous allez me trouver peut-être curieux, Mais je voudrais savoir si tous ces Partarrieux, Tous ces Bellarts qu'on vante et dont on nous agace, L'un copiant Severt, l'autre singeant Bergasse, L'un sanguinaire et vil, l'autre horrible et moqueur, Ont quelque chose en eux qu'on puisse appeler cœur !
Et puis, songez-y donc, si l'on allait conclure De tout cela qu'il est parfois une fêlure A la chose jugée, et qu'un tribunal peut Se tromper, faire faire à la corde un faux nœud. Un faux coup à la hache, un faux acte au concierge De Thémis, un faux pas à la loi, cette vierge Qui n'a jusqu'à ce jour guère eu d'autres époux Que cinq ou six Bellarts et sept ou huit Maupeoux !
Reste, ô sombre innocent, dans ton opprobre inique. Garde ce «rime ainsi que l'ardente tunique
LE PROCÈS LESURQUE. 120
Oui devient la peau même et qu'on n'arrache pas. Les juges monstrueux prennent leur faux compas Et font autour de toi ce cercle épouvantable. Au banquet de César la Justice s'attable ; Elle n'a pas le temps d'être juste. Il te faut, Comme Jésus sa croix, porter ton échafaud. Reste sous ton fardeau, patient! Sur ta tombe, Un remords qui médite, une larme qui tombe. Tu n'as pas même, hélas! ce lugubre bonheur. Sois pour toujours muré dans le noir déshonneur. On t'enferme éperdu dans le forfait d'un autre.
Va, ton crime n'est pas ton crime, il est le nôtre ! Car, lorsqu'il râle et meurt, le fer des lois au sein, L'innocent a le monde entier pour assassin.
Garde toute l'horreur de ta lugubre histoire, Lesurque! dresse-toi, grande figure noire! Qu'on te voie à jamais debout sur l'horizon.
Et vous, famille à qui l'on vola sa maison. Martyrs dont la stupeur s'est changée en folie, Veuves qu'on déshonore, orphelins qu'on spolie,. Désormais plus de plainte, et taisez-vous, proscrits;! Ah! je frémis de voir leurs prières, leurs cric, Leurs larmes, leurs appels craintifs, leurs plaidoiries, Leurs tremblantes douleurs par le dédain meurtries. Leurs fronts baissés, leurs bras suppliants, quand c'est nous, Nous tous qui devrions nous traîner à genoux. Joindre les mains, pleurer notre erreur insondable. Peuple, et demander crrâce au spectre formidable!
. . . Pourquoi ne pas marcher un peu ? Je vais rêvant, Tâchant de disperser mon mal de tête au vent.
C'est décembre. L'eau gronde, immense, et le rivage
La repousse et la brise en son refus sauvage ;
L'écume se déchire en larges haillons blancs;
Tous les arbres du bord de la mer sont tremblants ;
La nature subit l'hiver, ce noir malaise.
L'herbe est mouillée et morte ; au pied de la falaise
Un tumulte d'oiseaux, mauves, courlis, plongeons.
Fourmille et se querelle au milieu des ajoncs ;
Le nuage et le flot font de grands plis farouches;
Et l'on entend, dans l'air plein d'invisibles bouches,
Le sourd chuchotement du ciel mystérieux ;
L'écueil se tait, témoin tragique et sérieux,
Qui le jour est montagne et la nuit est fantôme.
Et qui, tandis qu'au loin fuit la barque, humble atome,
Regarde vaguement de ses yeux de granit
Les constellations qui rôdent au zénith;
L'infini balbutie un fragment du cantique
Que dit le Pacifique et qu'entend l'Atlantique;
Là-bas des voiles vont, Dieu sait où, dans les vents,
Les vagues, les roulis et les fracas mouvants,
Et s'enfoncent, par l'ombre au loin diminuées,
Sous la mélancolie énorme des nuées;
L'océan m'environne avec ses chants, ses cris.
Sa brume... Et moi je songe à ce gouffre, Paris.
LK PROCÈS LESURQUE 131
Qu'est-ce que je fais là, près des mers? Je suis triste.
Et vous vous figurez que votre arrêt existe l
Ah! nous déchirerons, nous tordrons, nous mettrons
En pièces la sentence atroce sur vos fronts!
Vous êtes bien les vrais successeurs des vieux cuistres
Qui peuplaient la grand'chambre au temps des rois sinistres,
Et qui dans leurs décrets mêlaient le vrai, le faux,
Le bien, le mal, l'horreur, la mort, les échafauds,
Lourds, et dissimulant votre pointe assassine
Par l'assaisonnement d'un latin de cuisine.
Votre sentence ira pourrir dans les vieux tas De leurs indignités et de leurs attentats. Vous imaginez-vous, A sombres imbéciles, Qu'après l'arrêt bavé par vos bouches fossiles. Tout est dit ; que c'est fait ; que vous avez ôté Du monde l'équilibre et des cœurs l'équité; Que vous êtes, magots toussant dans vos flanelles, Quelque chose à côté des clartés éternelles, Et qu'il sort du bouquin légal un tel pouvoir Que l'homme empêche Dieu de faire son devoir!
Ah ! l'on pourra puiser au fond des écritoires
Les galimatias et les réquisitoires
Et la prose infamante où Broë triomphait,
Et cracher sur ce spectre, et dire : c'est bien fait î
Ah! l'on entassera tant qu'on voudra la honte;
Le juge, le bailli, le capitoul, l'archonte,
Toutes les robes d'ombre et tous les bonnets noirs,
Tous les hiboux ayant les grottes pour manoirs.
Pourront venir, pourront prodiguer leur grimoire
Et leur haine à cette humble et tragique mémoire ;
Ces stercoraires sont un assez vil essaim
Pour croasser sans cesse : assassin ! assassin !
Ils pourront, tous, eh foule, à l'heure où la nuit tombe,
Se pencher, au-dessus de cette pauvre tombe,
Dans les hideux rameaux du code, obscur cyprès
D'où tombe cette fiente immonde, leurs arrêts:
Ils pourront épaissir leur justice fétide
Sur ce damné, des lois morne cariatide;
Ils pourront ajouter le désespoir au deuil.
Sous leur chose jugée accabler ce cercueil.
Faire une ignominie exprès pour cette fosse,
Déclarer le lys noir et la vérité fausse ;
Paris, ce vieux Paris si petit et si grand,
Pourra dormir, chanter, manger, boire, ignorant
A qui le droit, à qui l'opprobre, à qui la palme...
Soudain, un jour, le ciel oublié, le ciel calme,
Blanchira du côté maudit de l'horizon ;
Ceux qui regarderont auront un grand frisson
Et l'attente sacrée entrera dans leur âme ;
Et l'on verra, là-bas, dans l'atmosphère infâme,
Tout à coup, au-dessus du sépulcre effrayant
Que la loi, l'euménide inepte, en bégayant,
Monstre aveugle, a flétri dans sa toute-puissance,
Se lever lentement cet astre, l'innocence !
H. -H., 24 décembre 1868.
LB PROCBS BAUDIN
Deux procès ont été révisés et deux arrêts rendus ce mois>ci...
Oh! je sais maintenant pourquoi je ne pouvais Respirer, trouvant Tair de la terre mauvais, Pourquoi j'avais le fiel du flot sombre à la bouche, Pourquoi je m'agitais dans le sommeil farouche, Et pourquoi dans l'espace immense j'étouffais.
Deux meurtres viennent d'être en moins d'un mois refaits, Recommencés, dans l'ombre où je suis, où vous êtes. Peuple, et nous les sentons dégoutter sur nos têtes.
En ce décembre obscur, au sépulcre pareil. Où l'on sent plus de honte avec moins de soleil, Les hommes préposés à cette forfaiture Qu'on nomme en France loi, code et magistrature.
Prêts, devant qui les paie, à fléchir le genou. Jetant aux cabanons quiconque vole un sou, Mais souriants devant un trône qu'on dérobe, Ont trouvé le moyen de reteindre leur robe Avec du rouge pris au baquet des bourreaux, Le sang d'un innocent et le sang d'un héros ; Et sur eux maintenant le reflet des abîmes Flamboie, et leur justice a l'aspect de deux crimes! Si bien qu'à leurs jupons, tachés par leurs arrêts. Voyant du sang ancien qui semble encor tout frais. Le peuple, en qui s'accroît la colère, à mesure Que s'élargit sur eux la double éclaboussure. Dit en les regardant avec son noir dédain : ■— Cette tache est Lesurque, et cette autre Baudin!
22 décembre 1868.