‹ Les années funestes, 1852-1870Chapitre 48 sur 53 · DÉPART ET RETOUR DES RÉGIMENTS · texte numérisé non relu

DÉPART ET RETOUR DES RÉGIMENTS

Vole, et crie en planant dans son vaste équilibre :

Hommes, voilà comment on est quand on est libre l

Le groupe obscur des nuits craint cet audacieux.

Aigles, votre coup d'aile est nécessaire aux cieux.

Tout ce qui n'est pas vie, amour, clarté, principe.

Devant votre passage effrayant, se dissipe;

Votre fier bruit d'orage épouvante le mal;

Le monde esprit succède au vil monde animal;

Partout où vous planez surgit la délivrance,

Vous n'êtes plus la guerre et vous vous nommez France. —

Le bruit d'ailes s'éloigne. Ils s'en vont.

On dirait Que le ciel tout à coup devient une forêt. Dieu! quelle chute brusque et sombre de ténèbres! Sous l'épaississement des silences funèbres. Tout s'efface, et l'espace obscur se refroidit ; L'horizon misérable et morne a l'air maudit; Des lueurs qui brillaient meurent l'une après l'autre; De ces langues de feu qui tombaient sur l'apôtre A peine en flotte-t-il quelques-unes, au fond D'une ombre où nul ne voit ce que les peuples font; Toute la terre a pris l'aspect visionnaire, Et dans cette noirceur roule un vague tonnerre. Le paysage horrible est pestilentiel; Chacun des quatre vents aux quatre coins du ciel, Prononce un mot sinistre, et, comme dans un rêve. On entend sur les monts, sur la mer, sur la grève. Cette clameur : Hélas! Puebla! puis ce glas : Hélas! Mentana! puis les cris : Aubin! Hélas!

Hélas! Ricamarie! llélas! — Un sombre dôme Reluit! c'est Rome, à moins que ce ne soit Sodome; Des silhouettes sont à terre, et c'est épars. Nu, terrible, et le sang fume de toutes parts ; On entend un tumulte ailé qui se rapproche; Et, dans l'ombre, ici, là, sous l'arbre, sous la roche, Dans les villes, au fond des bois, au pied des tours, Partout on voit des morts...

— D'où venez- vous, vautours?

H.-H., décembre 1869.

LU

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