JANVIER
Nous devenons bon prince et nous changeons de sphère L'empire est libéral! — Diable ! qu'allons-nous faire De tous nos vieux copains du coup d'état ! Jésus! Les vendre? quel rabais ! comme on perdrait dessus ! Le Deux-Décembre est mort, le Deux-Janvier Tenterre. Ils sont là, le bon juge et le bon militaire, Et le bon sénateur, en pleurs, les goussets pleins. Hélas ! irons-nous perdre au bois ces orphelins ? La forêt de Bondy pourrait les reconnaître ; Mais eux, quel abandon ! Pourquoi Dieu fit-il naître Tous ces pauvres gloutons dont pas un n'est repu, Puisqu'il voulait jouer au crime interrompu !
Un vieux préfet orné de sa vieille préfète N'est pas sur le marché d'une bonne défaite.
Alignez, d'un côté du bazar, un troupeau D'anciens sabreurs sans dents en culotte de peau, Un tas d'hommes d'état, fclés, hors de service, Faisant une grimace affreuse et tendre au vice, Puis, de l'autre côté, mettez un fol essaim De jeunes belles point avares de leur sein. Montrant leur torse ainsi qu'Astarté dans la Bible Et dépensant le plus de nudité possible A l'éblouissement des passants enivrés ; Et maintenant prenez l'homme que vous voudrez, Je gage Persigny contre Fialin que l'homme Offrira, quel qu'il soit, une plus forte somme Pour les nez retroussés que pour les crânes nus Et, lascif, à Rouher préférera Vénus.
Aphrodite, voguant blonde et rose en sa conque, Éclipsera toujours un Partarrieu quelconque; Tout le Conseil d'état, qu'on paie un million. Serait coté deux sous à l'hôtel Bullion Et réussirait moins que Margot à l'enchère. L'empereur aurait beau leur dire à tous : ma chère ! A vos soudards tannés, à vos vétérans saurs Croit-on qu'Abdul-Azis offre des huit-ressorts?
Ou vous êtes naïf ou vous êtes subtil.
Une réforme ! où donc ? Un progrès ! quel est-il ?
Vous dites qu'un grand pas est fait. Quel pas? Je cherché.
A Mandrin pataugeant Jocrisse tend la perche.
Le coup d'état se fait ondoyant et divers.
Nous en vîmes l'endroit, nous en voyons l'envers.
L'empire devenu, sorte d'oison sans ailes,
Presque un pensionnat de jeunes demoiselles ;
Tous les sous-entendus d'un faux mea culpa ;
L'ogre au bon peuple enfant disant : Baisez papa !
Rouher baissant les yeux, Maupas mettant un voile...
Mais toujours l'araignée au centre de la toile !
Toujours le piège ! Une ombre où grondent les fléaux !
Aujourd'hui le néant et demain le chaos !
Un nain creusant un gouflfre I
0 Dieu partout visible, Sauve-moi du petit, fût-ce dans le terrible !
Jette-moi, Dieu puissant, chez quelque nation Entrant, superbe et sombre, en révolution. Ou sur quelque océan que la tempête éclaire ! Que j'entende, épelant ce que dit ta colère Dans un langage obscur, mystérieux et beau. Ou la foudre parler ou tonner Mirabeau I
Mars IS'ÎO.
On me dit : Courez donc sur Pierre Bonaparte. Non. J'ai ma piste; et c'est l'Autre — et je ne m'écarte Jamais du but que rien ne me fait oublier. Forêts ! je chasse au tigre et non au sanglier.
2 avril 18"70.
Honnête homme, c'est bien, tu souffres, sois content.
Montre, en te tenant droit, le but auquel on tend.
Sers de cible aux méchants et sers aux bons d'exemple.
Quand César est^fait dieu par le prêtre en plein temple,
Quand les Trimalcions se mettent à genoux.
Prouver sa force est grand, montrer son cœur est doux ;
Le malheur, tu le veux ; l'exil, tu le réclames.
La conscience est l'astre intérieur des âmes
Dont le j uste en son cœur contemple le lever.
Tout est le bien venu qui vient nous éprouver.
Ce que vous appelez, vous autres, chose triste.
Sort fatal, deuil, douleur, n'est rien quand on persiste.
Qu'importe l'ouragan, l'éclair, la foudre, tout ?
Le chêne est satisfait quand il reste debout.
20 avril 1870.