JUSTICE EST DEVOIR
Et couvrir de honte L'aube à son lever,
Quand tout le protège, Et quand son cortège Rampe avec orgueil, Tas d'hommes de proie. Vils, ayant pour joie La patrie en deuil.
Quand on n'a plus d'armes, Quand Tyrtée en larmes Réjouit Scapin, Quand frémit l'histoire, Quand l'homme est sans gloire, La femme sans pain.
Certe, il est utile Qu'on voie en mon style Les rois châtiés.
L'ouragan, l'outrage.
Et toute la rage Des grandes pitiés.
Certes, je dois plaire, France, à ta colère, Quand je dis : Allons!
Et quand j'encourage
Au souffle, à l'orage Les noirs aquilons.
Et quand aux poètes, Je dis : Gypaètes, Faucons et vautours, Guerre aux infidèles!
Guerre! ayons des ailes, Puisqu'ils ont des tours !
Guerre au front servile !
La lâcheté vile Du fourbe est l'appui.
Guerre au maître infâme Dispersons notre âme En foudre sur lui !
Je sens que moi-même, Furieux, je m'aime Et je suis content Quand sous mon vol sombre Le tyran, dans l'ombre, Tête basse, attend.
Quel abînie creuse Leur croissance affreuse !
JUSTICE EST DEVOIR. i7
On voit, radieux, Sur la terre en cendre, Ces démons s'étendre Et grandir ces dieux;
Ils sont sur le faîte ; Dante les arrête De son poing d'acier Et les rapetisse ; Dieu pour sa justice Fit ce justicier.
Quand s'ouvre le gouffre, Quand le petiple souffre Sous d'impurs vainqueurs, Cet énorme câble La haine implacable Soutient tous les cœurs.
Des gueux ont des mondes; Des Césars immondes.
Sous leurs pieds ayant La loi, leur victime.
Ajoutent au crime Un rire effrayant ;
J'envoie à leurs fêtes Mes hymnes tempêtes
i8. LES ANNÉES FUNESTES.
Luire et flamboyer, Et mon âme est haute Quand réclair mon hôte Sort de mon foyer ;
Pour frapper les traîtres, Faux dieux et faux prôtres, Vil groupe inhumain.
Debout dans mon aire, 11 montre au tonnerre Le plus court chemin.
C'est la sainte cause.
Mon vers superpose La justice au mal, Jésus à Tibère, LMdéale sphère Au gouffre animal.
Cette œuvre est la vraie.
Abhorrer l'ivraie C'est aimer l'épi.
Je trouve, dans l'antre De l'histoire où j'entre, Tacite accroupi ;
Juvénal, ce fauve, Eschyle au front chauve,