II PREFACE
teurs qui abritent plus ou moins leur personne derrière leur œuvre, il a voulu se faire connaître à tous de la façon la plus explicite. Il a publié ses Mémoires, où il nous apparaît peint par lui-même. Tels Rembrandt, Durer, Delacroix ont conservé pour la postérité leurs propres traits en les fixant sur la toile. « Vous m'y trouverez tel que je fus, tel que je suis », écrivait-il un jour à l'amie qui inspira les chapitres les plus intimes de son livre ; « tout est vrai et d'une sincérité parfaite : vous verrez bien que je n'ai pas cherché à produire de l'effet». Rien de plus exact que ce jugement : aussi les Mémoires de Rerlioz, l'étude la plus fouillée, l'évocation la plus réelle d'une existence d'artiste, demeurent pour l'histoire un document de premier ordre.
Mais cela même ne suffit point à satisfaire l'irrésistible désir qu'il avait d'ouvrir son cœur. A côté des Mémoires, où il se résume, il improvise, au jour le jour, des pages où frémit sa vie même, sa vie tout entière, et dont la lecture laisse une impression immédiate et fraîche de « chose vue ». On se rappelle, en les parcourant, ces vers d'un de ses poètes préférés :
... J'étais là, telle chose m'avint ; Vous y croirez être vous-même.
Ces feuillets rapides, qu'il dispersa dans toutes les directions depuis sa tendre jeunesse jusqu'à sa mort,