PREFACE. III
sans se douter que leur réunion pût former un tel monument, c'est toute sa correspondance.
Ce fut un terrible écriveur que Berlioz ! Pourtant, par métier il fut « écrivain », et comme tel, astreint à de durs labeurs. Mais, quand il avait achevé sa besogne et posé la plume du critique, il aimait encore à causer de loin, librement, avec ceux qu'il aimait. Dès lors, plus de lassitude : il redevenait lui-même; il pouvait s'exprimer sans contrainte, il en profitait avec joie ! Aussi est-ce dans ses lettres surtout qu'il faut chercher sa pensée vraie. Il y parle à cœur ouvert, il s'abandonne, il se livre. Les Mémoires ne donnent pas de lui une idée aussi complète : ce raccourci de son existence, malgré sa parfaite sincérité, ne va pas sans quelque part d'apprêt; on y sent, par endroits, la « littérature ». Les lettres, en leur tenue plus négligée, ont peut-être de moins brillants dehors ; mais que de compensations elles nous offrent ! Quelle abondance de sensations directes et personnelles ! Et quelle variété de tons ! Car elle9 s'adressent aux correspondants les plus divers; on y voit l'homme sous tous les aspects possibles, dans le secret de son foyer comme dans le monde disparate où il lui faut s'agiter, parlant à chacun le langage qui convient, mais restant lui-même, et mêlant au récit de ses actes la confidence perpétuelle de ses sentiments et de ses pensées.