‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 101 sur 185 · A M. CHARAVEL, JUGE DE PAIX A LA TOUR DU PIN · texte numérisé non relu

A M. CHARAVEL, JUGE DE PAIX A LA TOUR DU PIN

Paris, 29 mars [1833].

Monsieur, Quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, Duchadoz1, notre ami commun, m'engage à vous demander un service qui est d'un très grand prix à mes yeux. Seriez-vous assez bon pour accepter ma procuration et présenter avec M. Simian, notaire à la Côte- Saint- André, deux actes respectueux à mes parents. Le mariage que je veux contracter ne leur convenant pas, je me suis vu forcé d'employer cenioyen. La première sommation a été faite à la fin de février dernier; mais des considérations de famille empêchant mon ancien ami M. Edouard Rocher de continuer, je vous prie ins-

1. Fils d'un médecin de Grenoble, fut attaché à la personne de Pie VI pendant une partie de son séjour en France, le docteur Auguste Berlioz, oncle d'Hector, aurait épousé une demoiselle Duchadoz (voy. p. xxw).

tamment, monsieur, de vouloir bien le remplacer. C'est un service que je ne pourrai jamais assez reconnaître : Duchadoz et moi nous pensons que les raisons qui arrêtent M. Rocher n'existant pas pour vous, il vous sera facile de me tirer d'embarras.

Veuillez, monsieur, recevoir d'avance tous mes remerciements, et mes excuses pour mon indiscrétion.

Votre dévoué serviteur,

HECTOR BERLIOZ

Communiqué par M. Maignien.

XÏT

\ SA SOEUR ADELE

Paris, 30 mai [1833].

Ma chère Adèle,

Es-tu fâchée de mon silence?.. Oh! ne le sois pas, je t'en prie. Si tu savais comme je suis continuellement absorbé par l'étrangeté et le romanesque de ma position, par les inquiétudes que me donnent celle de ma pauvre chère malade, tu me pardonnerais. Il y a aujourd'hui trois mois qu'Henriette s'est cassé la jambe et elle ne marche encore qu'à peine avec des béquilles. Elle s'exerce quelques heures dans le jour à traverser sa chambre et à rester levée; tout le reste du temps, elle le passe tristement dans son lit à écouter, quand je n'y suis

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pas, l'infernal concert de la conversation de sa sœur, qui, avec une persévérance vraiment diabolique, s'obstine à la tourmenter à cause de moi. Il n'y a sorte d'absurdes calomnies qu'elle n'invente pour essayer de détacher Henriette de moi. Heureusement tout cela est sans effet; mais te figures-tu quelle dose de patience il faut que j'aie pour ne pas exterminer cette damnée petite bossue qui poursuit son intérêt d'égoïsme envers et contre tous et vient me dire en face que si elle était assez forte elle me jetterait par la fenêtre!... La plupart du temps nous en rions, mais il y a des jours où la patience est sur le point de m'échapper, et sans un regard de ma bonne, belle et adorée Henriette, je sens que la maudite naine passerait un mauvais moment ; mais je sais que dans beaucoup d'occasions « patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » et je me contiens. Je t'écrirai quelque jour, bonne sœur, une longue lettre où je te donnerai tous les détails possibles sur mademoiselle Smithson, sur son caractère vraiment incroyable et sur les ravissantes découvertes que j'y fais tous les jours. Aujourd'hui tout cela serait anticipé et tu es encore sous l'influence d'une multitude de préventions horriblement injustes qui t'empêcheraient de me croire. Je pense que la troisième et dernière sommation aura Ité faite quand tu recevra s ma lettre : fais-le-moi savoir, je t'en prie, sur-le-champ. J'ai vu hier mon oncle qui m'a dit ne rien savoir sur l'accouchement de Nanci; informe-moi de son état et de celui de tout le monde à

la maison, quoique je sois pour eux un paria. Adieu, chère sœur, excellente Adèle, je le remercie de ton inaltérable affection ; je n'ai pas besoin de te répéter l'assurance de la mienne.

Ton frère,

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