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Berlioz désignait ainsi plaisamment sa propre demeure

LES ANNÉE» ROMANTIQUERl v263

A SA SŒUR A.DÈLE

Paris, 12 mai LJ834J.

Chère Adèle

Madame Sabine part demain ; je ne veux pas la laisser partir sans lui donner un mot, un simple bonjour pour toi. Je t'écris de chez Alphonse où j'ai dîné avec la famille Rocher. Je vais vite retourner à Montmartre, ma pauvre Henriette est si souffrante qu'elle est restée seule et je neveux pas la tourmenter pour sorlir. Aujourd'hui elle va mieux, Dieu veuille que cela dure. Le hasard a amené dans la maison que nous habitons une dame anglaise qui a plusieurs jeunes enfants et qui lui est d'une grande utilité.

Nous avons eu lundi dernier une espèce de petite pariie de campagne. Mes amis sont venus passer une demijournée chez moi. C'étaient des célébrités musicales et poétiques, MM. Alfred de Vigny, Antony Deschamps, Liszt, Hitler et Chopin. Nous avons causé, discuté art, poésie, pensée, musique, drame, enfin ce qui constitue la vie, en présence de cette belle nature, de ce soleil d'Italie que nous avons depuis quelques jours. Pauvre sœur, comme Henriette te désire souvent! quand nous trouverons-nous ensemble?.. Mon père va bien, à ce

que m'ont dit les dames Rocher ; en est-il de môme de tout le monde?

On m'assure que tu as maigri, pourquoi? qu'as-tu?.. tu es si seule, si triste !

Nous nous retrouverons bien, va! tôt ou tard... C'est impossible autrement.

Adieu, ces pensées m'attristent.

Adieu, je t'embrasse de toute mon affection et de

toute celle que te porte aussi ma bonne et exceller) (e

Henriette.

Communiqué par madame Chapot.

a iiumbert ferrand, lo ou 16 mai 18M (Let. int., -1-1-3J. « Je suis tué de travail et d'ennui, obligé de gribouiller à tant la colonne pour ces gredins de journaux. Mes affaires à l'Opéra sont entre les mains de la famille Berlin. Il s'agit de me donner YHamlet de Sbakespeare supérieurement arrangé en opéra... En attendant, j'ai fait choix pour un opéra-comique en deux actes de Benvenuto Cellini*... j'ai achevé les trois premières parties de ma nouvelle symphonie avec alto principal. » Berlioz offre la dédicace de cette œuvre à son correspondant et ami Hiunbert Ferrand.

a d'ortigue, 31 mai 1834 (Corresp. inéd., 112). « Je ne quitte pas la plume, soit pour ces gredins de journaux, soit pour finir ma symphonie, qui sera née et baptisée avant peu. »

La partition autographe d'Harold en Italie (appartenant à M. Alexis Rostand) porte la date de « Montmartre, 22 juin 1834 ».

1. Première mention de cet ouvrage, qui, on le voit, avait été conçu comme Opéra-comique.

A SA SOEUR ADÈLE

Paris, 31 juillet 1834.

Chère sœur,

J'aurais dû t'écrire depuis longtemps, mais mon excuse est dans le nombre accablant de mes occupations qui me rendent esclave le jour et une partie de la nuit. J'espérais aussi de jour en jour avoir à t'apprendre la délivrance d'Henriette. Il n'en est rien encore, quoique le terme ne puisse être éloigné de plus de huit ou dix jours. Elle souffre toujours beaucoup. Alphonse nous a trouvé une nourrice que nous serons obligés de garder à la maison malgré l'embarras et la dépense qu'elle occasionnera. Henriette ne veut pas entendre parler de mettre son enfant en nourrice dehors ; quelques mots d'Alphonse à ce sujet ont été fort mal reçus. Pour nourrir elle-même c'est impraticable, à cause de l'impossibilité où elle serait de jouer. Et l'engagement au Théâtre Nautique est là, au mois d'octobre il sera obligatoire.

Je suis toujours la plume à la main, soit pour achever les compositions que je destine à mes concerts de cet hiver, et pour travailler aux plans d'opéras que m'apportent les auteurs, ou pour écrire des articles, nouvelles, contes et autres balivernes pour les journaux.

Firmin Rocher est venu hier soir nous surprendre à Montmartre pasloralement assis, Henriette et moi, dans le jardin, non pas sous un hêtre, mais sous un prunier. Je ne puis le laisser partir sans un mot pour ma bonne Adèle que je charge de dire à nos parents tout ce qu'elle doit bien penser que je ressens pour eux, malgré les doutes qu'ils émettent quelquefois à ce sujet.

Je t'écrirai pour te donner des nouvelles de la mère et de l'enfant.

Adieu, je suis en course et je n'ai que le temps de l'embrasser.

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