‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 119 sur 185 · XX XI II · texte numérisé non relu

XX XI II

A FRANZ LISZT

[.Montmartre, commencement de mai 1834.]

Je no sais, mon cher Liszt, si tu as décidé ces messieurs à l'accompagner et si vous avez ensemble arrêté le jour ; il fait un temps d'Italie, de Rome, de Naples, cette belle plaine est si belle aujourd'hui que je me crois à Tivoli avec sa verdure si jeune, si pure, si fraîche. Venez donc nous voir avant que le vent n'ait poudré cette belle chevelure verte.

Je ne puis te dire à quel point ce spectacle printanier me remue et m'attriste ; j'ai éprouvé hier, en outre, plusieurs froissements dans mes affections d'art qui me rendent malheureux jusqu'aux larmes et que toute ma raison (car j'en ai beaucoup plus que tu ne crois peutêtre) et tous les raisonnements de ma pauvre Henriette ne peuvent me faire oublier ou surmonter. Je voudrais te voir. De Vigny viendra-t-il ? Il a quelque chose de doux et d'affectueux dans l'esprit qui me charme toujours, mais qui me serait presque nécessaire aujourd'hui... Pourquoi n'êtes- vous pas là tous les deux?... Demain ma disposition sera peut-être modifiée... Sommes-nous donc réellement les jouets de chaque impression de l'air?... Shakespeare a-t-il raison?... Moore a-t-il raison aussi quand il dit : « L'éclat des

LKS ANNÉES ROMANTIQUES

ailes de la gloire est faux et passager comme les teintes pâlissantes du soir. Le flambeau du génie, celui de l'intelligence, ne font que nous montrer les dangers de la route. Il n'est rien de vrai, il n'est rien de brillant que le ciel '. »

Et je ne crois pas au ciel !... C'est affreux. Mon ciel, c'est le monde poétique, et il y a une chenille sur chacune de ses fleurs... Tiens, viens me voir, amène-moi de Vigny : tu me manques, vous me manquez... Pourquoi ne puis-je me corriger d'admirer avec une passion si tenace certaines productions fragiles, après tout, comme nous-mêmes, comme tout ce qui existe?

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i. Ces paroles ont servi de tes le à une composition vocale de Berlioz : Méditation religieuse, écrite à Rome en 1831, et devenue plus tard le numéro 1 de Tristia.

2. La citation musicale est empruntée à un épisode orchestral

26v2 LES ANNÉES ROMANTIQUES.

Voilà M. Lamennais qui fait encore un livre sublime en faveur d'une idée qui me paraît absurde... Est-il de bonne foi?... L'égalité!... Est-ce qu'il y a une égalité? Shakespeare est-il né l'égal de M. Scribe? Beethoven, celui de Rossini?...

RERLIOZ.

Communiqué par M. Emile Ollioier,

A CHOPIN

[Montmartre, commencement de mai 1834. j

Mon cher Chopinetto,

Nous projetons de faire une excursion hors la ville, à Montmartre, rue Saint-Denis, numéro 10 *; j'ai l'espoir que Hiller, Liszt et de Vigny seront accompagnés de Chopin.

Énorme bêtise. Tant pis !

Karlovicz, Souvenirs inédits de Chopin.

de la Vestale, où s'exprime l'angoisse passionnée de la vierge attendant la venue de celui qu'elle aime; Berlioz la fait de mémoire, avec quelques inexactitudes. Sans doute, ces froissements dans ses affections d'art, qu'il vient de confier à Liszt, il les avait subis au sujet du chef-d'œuvre de Spontini, pour lequel on connaît son admiration.

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