A BLOC
Paris, ce 28 novembre 1834 .
Mon cher Bloc, Rien n'est plus rare que les chanteurs seulement passables; je ne puis en trouver pour mes concerts. J'ai été obligé déjà deux fois de ne pas faire exécuter un trio sur lequel je compte beaucoup par l'impossibilité de trouver une basse un peu propre. Les directeurs de théâtre refusent de prêter leurs acteurs; M. Vérnn a fait un miracle dernièrement en me prêtant mademoiselle
Falcon 1. Je ne connais qu'un jeune homme nommé Puig, excellent musicien et ténor fort remarquable2, qui eût pu faire votre affaire, mais il est pensionnaire au Conservatoire et ne peut quitter sa position pour aller à Genève.
Je vous remercie de votre lettre et des bons souvenirs qu'elle contient. Vous me demandez quelques détails sur ce que je fais, mais en vérité je suis dans un tel tourbillon d'affaires de toute espèce que je remettrai à une autre fois les détails. Seulement je viens de donner deux concerts, j'en donne un troisième dans huit jours, où je fais entendre une seconde fois la nouvelle symphonie (Harold) avec alto principal, puis je quitte la salle du Conservatoire pour la salle Ventadour où nous allons, Girard et moi, monter une fêle musicale.
Ce sera la première qu'on aura donnée à Paris. Mes actions commencent à monter. Adieu, tout à vous.
Mais ne cherchez pas de chanteur à Paris, il n'y en a pas.
H. BERLIOZ
Boulanger, à la vérité, vaut mieux que Domange, mais il gagne beaucoup plus à Paris que ce que vous
1. Le docteur Véron, directeur de l'Opéra de 1831 à 1835. — Mademoiselle Falcon a chanté la Captive et le Jeune pâtre breton au concert de Berlioz du 23 novembre 1834.
2. Puig, ainsi que Boulanger (cité dans la suite de cette lettre), ont chanté plusieurs fois dans les concerts donnés par Berlioz à cette époque.
lui offrez et ne consentirait pas à s'en éloigner lui et sa femme. Si je découvre quelque chose je vous avertirai aussitôt.
Bibliothètfue du Conservatoire (Autographes).
Le destinataire de cette leltre est ce même Bloc qui, chef d'orchestre de l'Odéon en 1828, a dirigé l'orchestre au premier concert de Berlioz, et, deux ans plus tard, devenu chef d'orchestre aux Nouveautés, tenta d'organiser la première audition de la Symphonie fantastique.
A humbert ferrand, 30 îiovemhre 1834 (Lrt. inl., 154). « Harold a reçu l'accueil que j'espérais, maigre une exécution encore chancelante. » La Symphonie fantastique a paru (transcrite par Liszt). Mademoiselle Falcon a chanté le Paysan breton.