II. BERLIOZ
J'ai été obligé de donner ce quatrième concert pouf taire un peu d'argent. Tout l'orchestre vient pour rien . Ne reviens plus dans tes articles sur nia position d'argent; il est inutile d'insister davantage là-dessus.
Musée Calvet, à Avignon. Publié par M. J.-G. Prud'homme dans la Rivista musicale italiana, 1904.
A SA SOEUR ADÈLE
Paris, ce 10 janvier 1833.
Ma bonne petite Adèle, Nous avons reçu avant-hier ton charmant bonnet pour Louis, il est admirable, superfin, transcendant, Henriette en a été ravie à un point que je ne saurais dire: (u l'as rendue heureuse comme les reines ne le sont plus, et elle t'en remercie autant i|iu' moi. Je ne t'avais pas écrit depuis longtemps c'est vrai : mais tu sais combien j'ai eu de choses à taire. Quatre concerts en un mois et demi, et plusieurs ouvrages nouveaux à faire entendre, ce qui double la difficulté; puis des articles sans fin à écrire pour mon misérable Rénovateur et pour la Gazette musieale. Sans cela je ne sais trop de quoi nous aurions vécu pendant que je montais mes
concerts, ce damné théâtre Ventadour1 ayant mal tourné ; je n'ai pu arracher un sou des appointements de ma femme. De sorte que voilà près de deux mille francs de perdus sur lesquels nous devions compter. Il est vrai que j'ai gagné à peu près autant, malgré l'énormité des frais, avec mes concerts; mais pour acheter mes maudits meubles j'avais élé obligé de dépenser beaucoup d'avance et tu penses que l'argent n'a pas fait un long séjour à la maison. Mais je ne sais pourquoi je te parle de cela.
Notre petit garçon est toujours délicieux, tu n'as pas idée de la beauté de cet enfant; il ne crie jamais et rit aux éclats dès qu'on veut bien jouer avec lui; Henriette en est toujours plus fière. Madame Rocher est venue un moment nous voir; j'étais au lit fort enrhumé, et ma femme qui n'était pas habillée et point du tout disposée à subir un examen est restée sans se montrer ; depuis lors j'ai fait trois visites chez madame Rocher, j'y ai laissé ma carte chaque fois puisque Hippolyte et elle étaient sortis; je ne les ai plus revus.
Nous sommes allés en famille, dernièrement, faire une visite à Alphonse, ou pour mieux dire à sa femme qui vient d'accoucher d'une petite fille ; ces dames se sont fait sur leurs enfants beaucoup de compliments mutuels; il n'y a que moi qui ai fait la bêtise de m'é-
1. Madame Berlioz avait joué Tannée précédente un rôle important dans une pantomime représentée à ce théâtre : La dernière heure d'un condamne. Voir ci-après, lettre du G mai 1835.
crier en voyant la petite Robert «Ohl comme elle est chétive! » ce qui pouvait être assez mal pris, d'autant plus que c'est vrai. Cependant il n'en a rien été. Mais si Alphonse avait dit cela de Louis, Henriette ne lui pardonnerait jamais.
Tu as mal calculé la grosseur de la tête de ce gamin, ton bonnet1 lui va bien, mais fut-il un peu plus large cela ne gâterait rien. Henriette comptait hier combien de temps il avait fallu pour broder tout ça ; à coup sur il y a beaucoup d'ouvrage.
Notre père va toujours de même? Tu ne m'en dis que quelques mots; et maman, tu ne m'en dis rien. Prosper devient savant, et Nanti continue à jouer son rôle de noble dame; fais bien mes compliments à Leurs Altesses royales quand tu les verras, et dis-leur que j'apprécie comme je le dois les sentiments dont ils veulent bien m'honorer.
Pour toi je t'aime comme tu sais, plus que lu ne sais, mais comme tu le mérites.
Adieu, ton frère et ami,
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.
a humbekt ferrand, 10 janvier 1835 (Let.'int., 156).
Envoi de musique. « La symphonie (Harold) a eu une recrudescence de succès à sa troisième exécution. »
1. « Une observation importante. Ce n'est pas le bonnet c'est le hourlroau qui n'est pas assez large : ainsi te voilà justifiée. Je ne connais rien à tout cela » (Note de Berlioz, en marge de la lctlrej.