De Vienne
nière honorable pour lui (Cherubini) et pour M. Gasparin, qui m'avait offert de faire cet ouvrage.
Le ministre m'a demandé si je voulais accepter quatre mille francs; je n'ai pas cru devoir liarder à cette occasion, bien que ce soit payé d'une façon assez mesquine, parce que les frais d'exécution seront énormes ; j'ai exigé cinq cents musiciens et j'en aurai quatre cent trente.
Enfin l'arrêté ministériel est signé depuis trois semaines, et je le tiens dans mon secrétaire ; il n'y a plus de danger de ce côté-là1. Dans deux mois j'aurai fini, je l'espère. J'ai eu de la peine à dominer mon sujet; dans les premiers jours, celte poésie de la Prose des morts m'avait enivré et exalté à tel point que rien de lucide ne se présentait à mon esprit, ma tête bouillait, j'avais des vertiges. Aujourd'hui l'éruption est réglée, la lave a creusé son lit, et, Dieu aidant, tout ira bien. C'est une grande affaire ! Je vais encore sans doute m'attirer le reproche d'innovation, parce que j'ai voulu ramener cette partie de l'art à une vérité dont Mozart et Cherubini m'ont paru s'éloigner bien souvent. Puis il y a des combinaisons formidables qu'on n'a heureusement pas encore tentées et dont j'ai ou. je pense, le premier l'idée.
A.dieu, adieu.
Ton affectionné frère.
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.
1. Cet arrêté avait été signé fort à temps, car, à l'heure même où Berlioz écrivait cette lettre, le comte de Gasparin, entraîné dans la chute du ministère Guizol, venait de quitter le pouvoir.
A FRANZ LISZT l
Paris, li mai 1837.
Cher ami, J'ai deux ou trois choses à te demander : 1° Tais-moi le plaisir d'analyser, pour la Gazette musicale, les œuvres de Schumann que je t'ai envoyées ; ce sera d'un très grand inlérèt sous tous les rapports, car tu es le seul, ce me semble, qui puisse le faire d'une manière complète. Schlesinger est arrivé depuis huit jours, la Gazette ne me regarde plus, mais je voudrais bien ne pas manquer de parole à Schumann, à qui j'avais fait espérer une critique de ta façon sur ses œuvres 2 ;
2° Si lu en as le temps, arrange donc l'ouverture du Roi Lear; je n'ai pas de raisons comme pour les symphonies de retarder la publication de ce morceau; au contraire je serais bien aise qu'il parût3 ;
1. Cette lettre à Liszt et la suivants (du 20 juillet) sont adressées à Monsieur Liszt, chez madame Ltudevant, à La Châtre (Indre).
2. Nous verrons Berlioz insister deux fois encore (lettres du 15 juin et du 20 juillet) pour obtenir de Liszt l'envoi de cet article, qui parut enfin dans la Gazette musicale le 12 novembre 1837.
3. Nous n'avons pas connaissance que la transcription de l'ouverture du Roi Lear par Liszt ait été publiée. (Voir, ci-après, lettie du 8 février 1838 : « Richault... ne s'en soucie pas. »)
3° Dis-moi si, décidément, tu viendras à Paris au mois de juillet, car ta dernière lettre semblait indiquer le contraire. Mon Requiem est fini, je me débats avec la matière. Ce sont les copistes, les lithographes, les charpentiers qui se me disputent, sans compter Gavé1.
Tu feras bien d'envoyer le plus tôt possible ton travail sur Esmerahla à mademoiselle Bertin ; elle venait justement, quand j'ai reçu ta lettre, de me prier de l'écrire à ce sujet.
Je viens de lire Maupral; fais-en mon compliment à l'auteur. C'est d'un extrême intérêt; et puis quelle vitalité endiablée de style! ! ! Si jamais madame Sand fait un drame, on ne s'y endormira pas, j'en réponds. A propos, dis-moi quelque chose de l'idée dont nous avions parlé; qu'en pense-t-elle réellement? A ce sujet, je dois avouer que la semaine dernière Henriette a joué le cinquième acte de Jane Shore chez M. de Castellane, et que vraiment c'était beau, très beau! Je ne crois pas que l'alliance de la vérité et de la poésie dramatique ait encore été aussi intime chez une actrice a.
1. Chef du bureau des Beaux-Arts, que Berlioz accusait de lui être hostile.
2. Après avoir lu ce paragraphe, si l'on se souvient de la démarche antérieurement faite par Berlioz et sa femme auprès de Victor Hugo pour le prier d'écrire un drame dont un rôle pourrait être confié à Henriette (voir ci-dessus, lettre du 17 avril 1835), on a supposer que, n'ayant pas réussi à persuader le poète, ils recommencèrent la tentative auprès de George Sand, et que tel est le sens et la raison principale de cette lettre adressée à Liszt, et de la suivante à madame d'Agoult, l'un et l'autre, à ce moment, hôtes
Adieu; mes hommages à madame d'Agoull1 et à madame Sand. A toi ma vive et solide affection.
H . BERLIOZ
Communiqué par M. Emile Ollivier.