‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 142 sur 185 · II. BERLIOZ · texte numérisé non relu

II. BERLIOZ

Communiqué par madame Chapot.

a eu r:r, rnixi

24 mars 1837.

Monsieur.

Je suis vivement touché de la noble abnégation qui vous porte à refuser votre admirable Requiem pour la

cérémonie des Invalides ; veuillez être convaincu de toute ma reconnaissance. Cependant, comme la détermination de M. le ministre de l'Intérieur est irrévocable, je viens vous prier instamment de ne plus penser à moi et de ne pas priver le gouvernement et vos admirateurs d'un chef-d'œuvre qui donnerait tant d'éclat à la solennité.

Je suis avec un profond respect, monsieur, votre dévoué serviteur,

H. BERLIOZ

Reproduit en fac-similé en tête de la deuxième édition de la Correspondance inédite.

Cette lettre, déjà connue, n'a jamais été insérée clans les recueils à sa date, ce qui n'a pas peu contribué à en faire tirer des conclusions toutes différentes de celles qu'elle comporte. On en trouvera l'explication dans la lettre du 17 avril. Outre que ce serait un peu trop reculer les bornes de la crédulité que de prendre au sérieux cette lutte de générosité entre les deux compositeurs rivaux s'offrant de se sacrifier l'un à l'autre, il faut considérer que, par sa date, la lettre de Berlioz n'apporte aucun démenti, comme on Fa prétendu, aux assertions des Mémoires. Ce livre, en effet, parle d'une démarche qui aurait été faite par Halévy, de la part de Cbcrubini, ou tout au moins en sa faveur, à la veille du jour où le Requiem de Berlioz devait être exécuté. Or, cette exécution eut lieu le 5 décembre, et la lettre est du 24 mars. Cet écart de dates est une preuve surabondante qu'il n'y a aucun rapport entre la lettre et le récit des Mémoires, et que c'est à tort qu'on s'en est servi pour les démentir.

a humberï ferrand, 11 avril 1837 (Let. int., 175). Détails sur Esmeralda. La composition de Benvenulo Cellini

est terminée. « En attendant, je fais en ce moment un Requiem... C'est le ministre de l'Intérieur qui me l'a demandé. Je finis aujourd'hui la Prose des morts. C'est une poésie d'un sublime gigantesque. J'en ai été enivré d'abord ; puis j'ai pris le dessus, j'ai dominé mon sujet, et je crois à présent que ma partition sera passablement grande. »

A SA SOEUR ADELE

[Paris,] 17 avril [183'].

Je n'ai que le temps de te remercier, chère sœur, de ta charmante attention pour Louis ; madame Boutaud et son mari sont venus, il y a deux jours, nous surprendre agréablement. Henriette a été enchantée du petit pantalon que tu as brodé. Le pauvre enfant est depuis plusieurs jours assez enrhumé ; j'espère cependant que ce ne sera rien, mais sa mère et moi ne sommes pas, de temps en temps, sans inquiétudes. Madame Boutaud m'a donne de vous tous d'assez bonnes nouvelles ; je la verrai ce soir, et nous causerons de toi plus à l'aise que je n'ai pu le faire la première fois.

Je réponds tout de suite à la question que tu me fais au sujet de mon oncle : Il ne m'a jamais emprunté un sou. Ainsi soyez bien rassurés là-dessus. Je le verrai ce soir aussi. Il est fort bien en cour; il a dîné chez le

roi il y a quelque temps et la reine a été pleine de prévenances pour lui.

Tes détails sur ta seconde visite à Meylan m'ont tristement ému. Avant d'avoir reçu ta lettre, je m'étais bien souvent figuré les mêmes impressions pour mon propre compte, quand je reverrai cette campagne pittoresque où notre pauvre grand-père était si heureux de nos premières joies. Ces souvenirs-là ne s'effaceront jamais. Remercie pour moi cet excellent Camille pour les soins et l'activité qu'il met à débrouiller toutes ces affaires... Mon affection et mon estime pour lui s'en augmentent beaucoup. Nanci est donc toujours souffrante?..,

J'ai reçu, la semaine passée, la visite d'une dame Boi ssat l , tante de Casimir Faure ; el le m'avait été annoncée par une lettre d'Amédée ; je ne me trouvais pas à la maison, et il s'agissait d'un petit service à lui rendre pour les concerts du Conservatoire, qui était malheureusement tout à fait hors de ma portée. Je lui ai écrit, faute de temps pour l'aller voir.

Je ne puis faire aucune visite ; mon Requiem m'occupa exclusivement du matin au soir et me permet à peine le travail obligé des feuilletons. Cette affaire, après (|ii"l(|ues traverses suscitées par Cherubini, qui voulait faire exécuter aux Invalides un nouveau Requiem qu'il vient de composer, s'est terminée cependant d'une ina-

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