‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 148 sur 185 · A SA S ( >F U R A D V L E · texte numérisé non relu

A SA S ( >F U R A D V L E

Novembre 1837 Chère Adèle,

Louis, pour te remercier du joli petit patapon (pantalon) que tu lui as brodé, t'envoie une corbeille à ouvrage que mon oncle te remettra; je souhaite qu'elle te plaise. Henriette m'a bien recommandé de la choisir simple et de bon goût, je crains de n'avoir pas tout à fait trouvé ce qu'il faut pour justifier ces deux épithètes; mais tu m'excuseras, je n'y connais rien.

Adieu. — Ton frère,

H. BERLIOZ

Communiqué par madame Chapot.

Le Rpquiem de Berlioz fut exécuté aux Invalides le S décembre 1837.

A SA MERE

Taris, 17 décembre [1837], Voilà où j'en suis, chère maman : quant au moral, on ne m'a pas encore payé, mais l'ordonnance du payement est faite, elle sera signée demain, et je sais

que M. de Montalivet s'est cru obligé d'ajouter aux quatre mille francs promis par l'arrêté de M. Gasparin une gratification de quinze cents francs. A présent il s'agit de m'acheter mon ouvrage, qui deviendrait propriété nationale: les chefs de bureau du ministère m'ont confié cela ce matin ; je ne sais à cet égard rien de positif, j'ignore également combien on compte m'offrir de ma partition et si l'on entend la garder en manuscrit ou la faire graver aux frais du gouvernement; quoiqu'il en soit, tout va assez bien. Je vous ai envoyé une vingtaine de journaux en deux fois ; je pense qu'ils vous sont tous parvenus. La presse anglaise a été aussi très bonne, de sorte que nous pouvons nous flatter de faire un tapage d'enfer dans les quatre parties du monde. Tout cela arrange fort bien mes affaires à l'Opéra, et je suis à peu près sûr à présent, quand cet interminable opéra d'Halévy qu'on répète depuis huit mois sera monté, d'être mis à l'étude.

La seule chance contraire est peu probable : il faudrait qu'Auber (qui a un engagement antérieur au mien) fit un opéra en cinq actes en quatre mois.

Votre triple lettre m'a fait bien plaisir, chère maman, remerciez bien pour moi Nanci et Camille de leur bon souvenir; j'écrirai à Nanci prochainement. Adèle est toujours la même charmante enfant que je connaissais, et je l'embrasse à tout rompre comme elle m'applaudit. Je suis fâché que personne ne m'ait dit un mot de Prosper; il est, je pense, devenu raisonnablement

grand et grandement raisonnable. S'il vent me faire plaisir, il m'écrira une longue lettre sans régler son papier et sans endimancher ses phrases.

Mon père avait été fort contrarié des incidents qui ont relardé l'exécution de mon Requiem, il est sans doute content aujourd'hui ; nous n'avons rien perdu pour attendre. Cherubini a été un peu étrangement surpris de voir le bibliothécaire de son Conservatoire énoncer dans la Gazette musicale des opinions aussi audacieuses à mon sujet1; toutefois il paraît que la lettre du ministre de la guerre2 lui a déplu davantage. Les académiciens de la section de musique, en général, ne sont pas gais.

Vous savez qu'Alphonse est depuis assez longtemps malade d'un rhumatisme aigu qui l'a cloué assez rudement dans son lit ; je l'ai vu il y a quatre jours, il craint d'en avoir pour longtemps encore.

Henriette est un peu malade aussi d'un rhume violent ; il n'y a que Louis de vraiment bien portant, car j'ai un léger mal de gorge.

Adieu, chère mère, mille bonjours à tous mes amis de la Côte ; je charge Adèle d'embrasser mon père et vous, et même Prosper, dont on ne me dit rien.

H. BERLIOZ

Communiqué par madame Chapot.

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