‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 149 sur 185 · Bottée de Toulmon ; voir ci-dessus, lettre du 18 juillet · texte numérisé non relu

Bottée de Toulmon ; voir ci-dessus, lettre du 18 juillet

2. La lettre de félicitations que le général Bernard écrivit à Berlioz avait été reproduite parla Gazette musicale (10 décembre 1837).

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a humbert i'errand, 17 décembre 1837 (Let. int., 178). << Le Requiem a été bien bien exécuté; l'effet en a été terrible sur la grande majorité des auditeurs : la minorité, qui n'a rien senti ni compris, ne sait trop que dire... Le tour de l'Opéra arrivera peut-être bientôt: ce succès a joliment arrangé mes affaires. »

a maurice schlesinger. Paris. 7 janvier 1838 (Corresp. im'd. 1±J, lettre parue dans la Gazette musicale). Il lui demandé de le dispenser de rédiger quelques articles afin de pouvoir travailler librement à l'acbèvement de son opéra (Brn>'(>nuto Cellini).

Paris, 18 janvier 1838.

Chère maman, Je reçois à l'instant la lettre d'Adèle qui m'annonce la continuation de votre maladie ; j'avais pensé d'après sa première lettre que vous n'éprouviez qu'un de ces malaises passagers auxquels malheureusement vous êtes fort sujette depuis quelques années, mais il paraît que c'est plus sérieux et qu'il s'agit même d'un rhumatisme dans le genre de celui qui vient d'éprouver Alphonse si rudement. Il ne semble pas cependant que lo vôtre soit d'une aussi grande intensité ; mais

vous souffrez beaucoup, malgré cela, je n'en doute pas, et mon père n'est pas trop bien non plus, et Nanci est absente, et je suis ici. Tout vous attriste. Je vous aurais écrit plus lot si je n'eusse voulu attendre de bonnes nouvelles [tour vous les communiquer ; loin de là, j'en ai une bien pénible à vous annoncer, celle de la mort de Ferdinand de Roger, fils de notre cousin Raymond. Ce malheureux jeune homme que je voyais souvent, surtout pendant que mon oncle était ici, àsucéômbé à vingt-cinq ans à une petite vérole contluente. après huit jouis de souffrances atroces. Je frémis de penser àTétâl deson père en apprenant ce triste malheur; je l'ai connu ici il y a quelques années et je sais que sa tendresse pour son fils était excessive. Je viens d'écrire à mon oncle pour l'informer de ce cruel événement.

La semaine est mauvaise, je n'entends parler que de catastrophes dont je ne vous entretiendrai pas parce qu'elles ne vous louchent pas, fort heureusement. En revenant de conduire le jeune de Roger au cimetière, j'apprends la mort d'un de mes amis qui habitait Francfort; puis l'horrible incendie du Théâtre-Italien, des familles riches hier, aujourd'hui sans un sou, le directeur qui se brise le crâne en tombant sur le pâté pour échapper aux flammes, et pour compléter tout cela, mes tracasseries interminables avec le ministre de l'Intérieur. Je sais que mon père et vous, chère maman, attendiez impatiemment de savoir si j'avais été payé. Eh bien, je n'ai rien reçu encore. Le ministre de la Guerre dm

brave et digne homme) m'a remis les dix mille francs destinées à payer l'exécution de mon ouvrage, de sorlc qu'à cette heure tout le monde est payé, excepté moi. parce que j'ai le malheur d'avoir affaire au ministre de l'Intérieur.

Hier je suis allé dans ses bureaux faire une scène comme on n'en a, je crois, jamais vu en pareil lieu ; j'ai fait dire à M. de Montalivet par son chef de division que je serais honteux d'agir avec mon bottier comme il se comporte avec moi, et que si je n'étais pas payé dans le plus bref délai je raconterais tous les infâmes tripotages qui se sont faits à mon sujet au ministère, de manière à donner aux journaux de l'opposition ample matière à scandale. 11 paraît qu'on a voulu, avant l'exécution du Requiem, annuler l'arrêté de M. Gasparin et qu'on a disposé de mes quatre mille francs, ou, pour parler français, qu'on les a volés. Les quinze cents francs de gratification ont disparu de la mémoire des chefs de bureau des Beaux-Arts, ils disent à présent que c'était une erreur. Jamais on n'a vu plus complet ramas de gredinset de voleurs. Mais je serai payé, il n'y a pas à s'en inquiéter, ce n'est qu'un retard, ils ont trop peur de la presse. On m'a parlé de la croix d'honneur pour l'époque de la fête du roi, au mois de mai. Nous verrons si ce sera encore une mystifica lion. Au reste, c'est le moindre de mes soucis.

Toutes ces courses me font perdre beaucoup de temps ; je suis pourtant allé voir Alphonse de votre part, et il était en pleine convalescence ; j'espère qu'Adèle m'an-

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noncera dans peu que vous allez beaucoup mieux aussi. La lettre de Prosper m*a fait un véritable plaisir, elle témoigne des progrès immenses qu'il a faits depuis deux ans et je m'en réjouis avec vous.

Nous allons tous les trois assez bien. Louis grandit et se forme ; c'est lui qui est venu m'apporter la lettre de la tante Adèle, la sœur de toi, tu sais. Nous pensons à lui trouver dans quelques mois une école pour commencer à le dépayser, car, entre nous, il est parfaitement gâté, et ne fait à peu près que ce qu'il veut. Henriette le gâte pourtant moins que moi qui n'ai guère le temps d'être sévère. Adieu, chère maman, je suis bien et solidement enchaîné ici, sans quoi vous pouvez croire que je serais parti pour vous voir ne fût-ce que quatre ou cinq jours ; j'en ai grand besoin, et je suis sûr que ma visite vous ferait du bien aussi. Mais nous aurons bien plus tard un peu de liberté, et alors... en attendant, soignez-vous, chère mère, et ne négligez rien pour chasser les tristes pensées auxquelles vous vous laissez aller trop facilement.

Je vous embrasse tendrement.

H. BERLIOZ

P. -S. —Ne faites pas attention à la malpropreté de ma lettre, je ne puis écrire sans raturer horriblement, vous n'avez pas d'idée de ce que sont les manuscrits de mes articles : c'est effrayant.

Communiqué par madame Chapot.

Voici enfin deux documents qui nous font apercevoir le dénouement des difficultés dont il est question dans les précédentes lettres, et dont la réalité nous était déjà connue par les Mémoires.

1° Catalogue d'autographes (J. Charavay, 201): berlioz...

Paris, 15 décembre 1837. — Reçu de mille francs à valoir sur les frais de répétitions de son Requiem exécuté aux funérailles du général Damrémont.

2° Avis d'ordonnance (comptabilité générale du Ministère de l'Intérieur, 23 janvier 1837; :

A M. Berlioz, compositeur/ / . . . 4.000 francs.

Pour le prix d'acquisition de la partition de la messe que vous avez composée à l'occasion de la cérémonie funèbre qui a eu lieu aux Invalides en l'honneur du général Damrémont et des autres Français tués au siège de Constantine.

Au bas, signature de Berlioz, précédée des mots: Acquitté, le 1er février 1838.

Bibliothèque du Conservatoire (Autographes).

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Paris, 8 février 1838.

Ta lettre m'a fait un bien grand plaisir, mon cher et bon ami; d'autant plus grand que je ne l'espérais presque pas. On accuse les habitants de Paris d'oublier le reste du monde, mais il me semble que le reste du inonde a des velléités de rendre à Paris son indifférence et son oubli. Je me rappelle le temps où je parcourais comme toi l'Italie; rien ne me paraissait plus fatigant alors que de prendre ma plume et de porter ma pensée sur cette grande, boueuse et dédaigneuse ville, si différente de la paisible capitale des États romains, où je n'aimais qu'à dormir, et de mes villages favoris des Abbruzes et de la Sabine, où j'ai tant chassé, péché, dansé, chanté et joué de la guitare. Je conçois donc à merveille que tu m'aies délaissé si longtemps, et qu'il ait fallu le canon des Invalides pour te rappeler mon souvenir. Je n'ai jamais vu Como ni ses lacs, mais je m'en fais une idée ravissante, et tu dois t'y trouver heureux. J'ai su par d'autres que par toi la grande sen-

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