A LECOUR
Mercredi, 20 février (1839).
Mon cher Lecour,
Donnez-moi des nouvelles de Paganini ; je lui ai écrit il y a un mois et je n'ai point de réponse. Remerciez aussi de ma part l'auteur de l'article du Stid sur cet aimable Mainzer; vous devez le connaître. Morcl est toujours un excellent ami, je le vois souvent et nous parlons toujours beaucoup de vous.
Je fais une grandissime symphonie. On donne Benvenuto ce soir; l'ouverture en partition et parties séparées paraîtra dans peu.
Mille millions d'amitiés.
Est-ce vous qui avez fait l'article sur les concerts de Marseille qui a paru dans la Gazette musicale'1!...
Vous me direz tout ça dans peu, n'est-ce pas ?
Tout à vous,
H. BERLIOZ
Bibliothèque du Conservatoire < Autographes) .
Lecour, avocat à Marseille, fut un des plus fidèles amis de Berlioz. De même Auguste Morel, plus tard directeur du Conservatoire de Marseille. — Joseph Mainzer, musicien et écrivain allemand, a consacré à Berlioz un écrit très défavorable. — Paganini avait quille Paris pour le midi en janvier 4839, un mois après le concert qui donna lieu à son acte généreux, destiné à des conséquences si fécondes pour la suite de la carrière de Berlioz. Ils ne se revirent jamais.
XXXÎII
A SA SOEUR ADÈLE1
[Paris,] 9 avril 1839.
Chère bonne sœur.
J'ai reçu et ta lettre et ton charmant cadeau. Tu as précisément deviné ce qui pouvait nous faire le plus de plaisir, car nous n'avions pas de thé complet, et dernièrement, quand Ferrand et son frère sont venus à Paris, nous avons été obligés d'emprunter tasses et cuillers pour donner du thé à notre petite réunion.
Te voilà donc mariée ! Suât, d'après la lettre qu'il m'a écrite, était fou de toi (c'est-à-dire est fou de toi) et tu paraissais l'aimer pas mal aussi. Je ne sais rien de la cérémonie, etc., personne ne m'a écrit depuis ta lettre. Je pense que tout s'est passé comme tu l'entendais. Ta
1. Cette lettre est la première qui soit adressée « à madame Adèle Suât », et non « à mademoiselle Adèle Berlioz ».
proposition d'envoyer Louis à mon père a été acceptée dans le premier moment de fierté de sa mère, glorieuse d'envoyer à mon pauvre père un si joli garçon; puis les larmes sont venues à l'idée extravagante de s'en séparer, puis enfin comme c'est encore éloigné et qu'il sera plus grand alors, elle s'y décide à peu près. Mais c'est toi qui viendras le chercher. C'est l'enfant le plus charmant et le plus horriblement mal élevé que je connaisse. Il menace tout le monde avec son sabre, et il dit toutes sortes d'injures quand on le contrarie; il jure comme... son père ; il a percé mon lit avant-hier d'un coup de baïonnette; il avait pris mon attirail de la garde nationale. Et avec tout ça il est charmant. Il est enchanté à l'idée d'aller cueillir des fraises et des pêches avec son grand-père, mais je ne sais trop comment il prendrait l'absence de ses parents dont il ne peut même se séparer une soirée sans des larmes. Enfin tu verras ça quand tu viendras à Paris.
Je suis malade, je ne puis décidément plus supporter le froid et il gèle depuis trois jours.
Je ne puis pas rester en repos à travailler chez moi ; toujours sortir, toujours des premières représentations, des concerts, des répétitions.
Adieu, chère sœur, mille amitiés à ton mari. Je vous embrasse tous les deux.
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot,
A LA MÊME
[Paris,] 17 mai 1839.
A la bonne heure ! il n'y a que toi dans la famille, pour te décider enfin à ce gigantesque voyage ! ! ! Bonne sœur, je te remercie. Henriette est transportée de joie, et Louis court dans toute la maison en criant comme un fou qu'il va voir sa tante Adèle !
J'écrivais il y a huit jours à mon père pour lui demander de venir1. Peut-être se décidera-t-il plus tard 1 Il faut venir vous loger dans la rue du Mont-Blanc2, il y a là des hôtels garnis et nous serons voisins. Je ne sais qui t'a pu dire que nous étions à l'autre extrémité de Paris ; mais Paris c'est la Chaussée-d'Antin, c'est le boulevard des Italiens, et nous sommes près de tout ça. Le beau temps reparaît aujourd'hui, il est venu avec ta lettre. Je sais bien bon gré à Suât de n'avoir pas lanterné comme tout le monde pour t'amener à Paris ; dis-lelui bien de ma part.
Allons, dépêchez-vous de partir!
Je vous embrasse tous les deux.
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.