A LASSAILLY
[Paris, 28 novembre 1839. |
Mon cher Lassailly,
Pourriez-vous trouver un moyen de m'annoncer dans le Capitule ou le Journal général où je ne connais personne ? Vous m'obligeriez beaucoup.
Votre tout dévoué,
A dimanche prochain.
Communiqué par M. Chaper.
A SON PÈRE
Dimanche soir, 1er décembre 1839.
Cher père,
Il faut absolument, malgré ma fatigue, ma complète extermination, que je vous dise ces quelques mots : la seconde représentation de Roméo et Juliette a eu un
succès prodigieux, écrasant ! on m'a abîmé d'applaudissements, de cris, de larmes, de tout.
A la fin du concert, au moment de la réconciliation des Capulets et des Montaigus, tout l'orchestre et les chœurs se sont levés avec des hourras à ébranler la salle, pendant que le public, dans le parterre, dans les loges, applaudissait à tout casser ; j'ai eu peur un moment de perdre mon sang-froid, chose que je redoute par-dessus tout, mais j'ai tenu bon !
Adieu pour ce soir.
H. BERLIOZ
Communiqué par madame Chapot.
A EDOUARD MONNAIS, DIRECTEUR DE L OPERA Lundi, matin [2 décembre 1839],
Monsieur le directeur,
Veuillez être assez bon pour autoriser madame Wideman, MM. Alizard et Dupont, à chanter encore dimanche prochain les solos de ma symphonie. Je sais qu'on doit jouer à l'Opéra ce jour-là, mais ce que ces trois artistes ont à faire entendre dans mon concert n'est pas de nature à pouvoir les fatiguer; ils s'engagent d'ailleurs,
tous les trois, à ne compromettre en rien les intérêts de la représentation du soir. Vous m'obligerez en m'accordant cette première faveur.
Votre tout dévoué,
H. BERLIOZ
P.-S. — J'espère que voilà une lettre administrative ! Mais je prie mon ancien confrère, M. E. Monnais, de me recommander chaudement à M. le directeur de l'Opéra.
Monsieur E. Monnais, à V Opéra.
Communiqué par M. Chaper.
Edouard Monnais, collaborateur de Berlioz à la Gazette musicale, avait été adjoint à Duponchel pour la direction de l'Opéra, le 15 novembre 1839.