XXXVI LIVRE DE RAISON
Mon aïeul paternel Joseph Berlioz a, lui seul, fait la fortune de notre maison, avec six mille francs qu'il avait de légitime. Sa sagacité et sa bonne conduite, et il faut dire aussi son bonheur, lui facilitèrent successivement l'acquisition de plusieurs pièces de terre, de vignes, de la maison que nous habitons aujourd'hui, et qu'il a fait presque rebâtir en entier, des moulins, du pré neuf, du grand jardin, de la grange attenante, des possessions de Saint-Étienne, et du domaine des Granges près de Grenoble.
Il avait eu une très nombreuse famille, dont cinq enfants seulement lui ont survécu : son fils aîné, qui entra dans l'ordre des Chartreux à l'âge de dix-sept ans ; Andrée-Anne, religieuse ursuline; Catherine Berlioz, qui ne s'est point mariée; une troisième fille, mariée à son cousin Vallel, dit Vernatel ; et Louis-Joseph, mon père, le dix-neuvième et le dernier de tous.
Louis-Joseph Berlioz, mon père, de onze enfants en a conservé trois. Il a très sagement administré ses biens et les a encore augmentés par l'acquisition des maisons de Grenoble et du domaine de Murianette.
La maison que nous habitons a été achetée par mon grand-père Joseph Berlioz, qui l'a rebâtie presque en entier. Mon père Louis-Joseph Berlioz a fait la plus grande partie des réparations intérieures, telles que les plafonds, le salon de compagnie en entier, et de plus les deux chambres qui sont au-dessus de la cuisine.