‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 47 sur 185 · Le Besurrexit de la Messe solennelle · texte numérisé non relu

Le Besurrexit de la Messe solennelle

citation d'une ancienne tragédie a donné le signal, et sans connaître seulemement Y Allegro de l'ouverture une grêle d'applaudissements a salué l'introduction. Voilà la 'raison de cet enthousiasme : je me suis avisé, pour peindre la terrible puissance des Francs-Juges et leur sombre fanatisme, de faire exécuter un chant d'une expression grandement féroce, par tous les instruments de cuivre réunis en octaves. Ordinairement les compositeurs n'emploient ces instruments que pour renforcer l'expression des masses ; mais en donnant aux trombones une mélodie caractérisée exécutée par eux seuls, le reste de l'orchestre frémissant au-dessous, il en résulte l'effet monstrueux et nouveau qui a si fort étonné les artistes. Le public n'a pas pu se rendre raison aussi vite de la singularité de l'impression qu'il éprouvait. Et j'ai reconnu là comme dans plusieurs autres morceaux qu'on ne peut pas plier tout d'un coup un auditoire musical à des formes nouvelles ; à l'exécution d'un chœur qui se termine d'une manière inusitée, les applaudissements ne sont partis qu'un instant après la fin, quand on a vu que c'était décidément fini. J'évite en général comme la peste ces lieux communs que les compositeurs (excepté Weber et Beethoven) mettent à la fin de leurs morceaux ; c'est une espèce de charlatanisme qui veut dire : « Préparez-vous à applaudir, ça va être fini ; » et rien à mes yeux n'est plus pitoyable que ces phrases banales et de convention qui font que toutes les musiques se ressemblent.

Mon auditoire renfermait tout ce que le monde musical cite de plus brillant ; j'ai été singulièrement flatté de me voir applaudir par Herold, Auber, Lesueur, Reicha, Nourrit, Derivis, madame Catalani (qui passait à Paris cette semaine), des membres de l'Institut, les directeurs de l'Odéon et de l'Opéra, etc., etc. Malheureusement je n 'a pas eu le temps de m'occuper des annonces comme il aurait fallu le faire, et puis la saison des parties de campagne étant déjà venue ma salle n'était qu'aux deux tiers pleine, et je n'ai pas pu couvrir les frais en entier. Charles m'a prêté deux cents francs qui me manquaient malgré le billet que vous avez eu la bonté de m'envoyer dernièrement. Le travail immense de monter un pareil concert m'avait empêché, pendant tout ce mois-ci, de donner mes leçons, ce qui a fait évidemment une lacune dans mes revenus que je vais tâcher de réparer par le plus d'économie possible.

Adieu, mon cher papa, je vous écrirai encore dans quatre ou cinq jours en vous envoyant les journaux qui n'ont encore rien dit de moi.

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