A ROUGET DE LISLE
Paris, 29 décembre 1830.
Monsieur,
Je reçois votre lettre à l'instant et je pars dans quelques heures. Je suis forcé de faire un voyage en Italie pour ne pas perdre la pension qui est attachée au grand prix de l'Institut; je serai donc privé jusqu'à mon retour de l'honneur de vous voir. Je suis bien peiné de cette circonstance fâcheuse ; un de mes rêves d'enthousiasme a toujours été de connaître personnellement l'auteur de la Marseillaise et l'occasion qu'il veut bien m'en offrir lui-même serait saisie par moi avec le plus vif empressement sans ce fatal voyage. Je ne puis que maudire plus amèrement le despotisme de routine qui m'exile de France au moment où ma présence à Paris pourrait m'être avantageuse et vous remercier, monsieur, de la lettre flatteuse dont vous avez bien voulu m'honorer.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre dévoué serviteur et admirateur sincère.
HECTOR BERLIOZ
Communiqué par M. Dieterlen (Collection Alfred Bovet).
Rouget de Lisle avait écrit à Berlioz (lettre datée de Choisy-le-Roi, 20 décembre 1830, insérée au chapitre xxix des Mémoires), demandant un rendez-vous pour lui faire « une et peut-être deux propositions », c'est-à-dire pour lui offrir des poèmes d'opéras à mettre en musique. (J. Tiersot, Rouget de Lisle, son œuvre, sa vie, pp. 277 et suiv.).