‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 71 sur 185 · VOYAGE EN ITALIE · texte numérisé non relu

VOYAGE EN ITALIE

Berlioz partit de Paris pour se rendre à Rome, conformément au règlement de l'Institut, à la fin de décembre

1830 (le 29 ou le 30, d'après la lettre précédente). Il s'en fut d'abord passer quelques semaines dans sa famille, à la Côte-Saint- André, où il arriva le 3 janvier. Les lettres qu'il écrivit à ses amis pendant ce séjour en Dauphine exhalent abondamment le désespoir causé par sa séparation d'avec Camille Moke, avec laquelle il avait, avant le départ, échangé Vanneau de fiançailles, et dont la mère l'appelait « mon gendre » .

a humbert ferrand, La Côte-Saint-André, 6 janvier

1831 (Let. int., 86). Il est chez son père depuis lundi. « Je ne puis me remettre de la déchirante séparation qu'il m'a fallu subir... 0 ma pauvre Camille, mon ange protecteur, mon bon Ariel, ne plus te voir de huit ou dix mois!... »

a Ferdinand hiller. La Côte-Saint-André. 9 janvier

1831 (Cor. ittéd., 69). « Je suis depuis huit jours chez mon père, environné de soins affectueux et tendres par mes parents et mes amis... mais mon cœur a tant de peine à battre, je suis si oppressé... Mes parents conçoivent ma tristesse et me la pardonnent. »

a humbert ferrand, Grenoble, 17 janvier 1831 (Let. int., 87). Il l'invite à venir le voir avant son départ pour l'Italie.

a Ferdinand hiller, La Côte-Saint-André, 23 janvier 1831 (Corresp. inéd., 71). Il a reçu une lettre double de madame et mademoiselle Moke, qui a calmé sa tristesse. Mais pourquoi Hiller est-il venu troubler sa tranquillité en lui écrivant qu'il se plaît « dans un désespoir dont personne ne lui sait gré, personne moins que les gens pour qui il se désespère? »

Ferdinand Hiller, que Berlioz avait supplanté l'année précédente dans les bonnes grâces de Camille Moke, ne s'était pas éloigné, et observait, non sans ironie, la tournure qu'allaient prendre des événements passionnels auxquels il s'était trouvé mêlé de près. Ses lettres tâchent de familiariser Berlioz avec la perspective d'une rupture qu'il avait facilement jugée inévitable et immédiate. Mais lui s'obstine à ne vouloir rien entendre :

a Ferdinand hiller, La Côte-Saint-André, 31 janvier 1831 (Corresp. inéd., 73). « Je vous supplie de me dire ce que vous entendez par cette phrase de votre dernière lettre : « Vous voulez faire un sacrifice; il y a longtemps que j'en » crains un que, malheureusement, j'ai bien des raisons à » croire que vous ferez un jour. » Je vous en conjure, ne parlez jamais à mots couverts, surtout quand il s'agit d'elle. Cela me torture. »

a humbert ferrand, Lyon, 9 février 1831. Il est en route pour Marseille.

A THOMAS GOUNET

Lyon, ce 9 février (1831).

Mon cher Gounet,

Je comptais vous donner des nouvelles de Ferrand, mais après m'avoir fait attendre pendant trois semaines, et laissé trois lettres sans réponse, suivant son habitude, il a fini par m'écrire qu'il ne pouvait pas venir à la Côte, en m'engageanl à aller à Belley. Ce voyage m'aurait fort intéressé à cause de lui, mais ses parents sont de si étranges personnages, que je me suis retenu de ce côté et cédant à la force qui me pousse en Italie, je pars ce soir.

Je saurai au moins dans dix jours la durée de mon infernal exil. Oh I mon cher Gounet, je suis bien malheureux; rien, je vous assure, ne peut donner une idée de ce que je souffre.

Et vous, que devenez-vous? Ne vous guérissez-vous pas ? Je pense bien souvent à vous et je me figure que vous êtes triste ; écrivez-moi quelquefois à Rome, Villa Médici.

Veuillez avoir la bonté de porter le billet de vingt francs ci-inclus à mon imprimeur, madame Michel, rue

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