Le choléra, troubles politiques, insurrections diverses
vous traite bien sans façon, il est vrai, et je crains que vous ne me disiez comme Lucullus : « Je ne savais pas être si fort de vos amis... » Mais non, franchement, je ne le crains pas ; vous savez très bien que vous m'avez donné le droit de vous regarder comme un de mes meilleurs et de mes plus solides amis.
Comme le règlement de l'Académie me confine en Italie pour le reste de cette année, ne parlez pas trop de mon arrivée en France, cela pourrait compromettre M. Horace et moi. Toutefois, je voudrais bien avoir des nouvelles de M. Lesueur; tâchez de m'informcr aussi du sort de mes autres connaissances, Desmarest, Prévost, Casimir, Turbri, Girard1, si vous pouvez.
Hiller est à Francfort, j'ai reçu une lettre de lui à Florence. Ne vous a-t-il pas embarrassé d'un paquet pour moi?...
Je vais voir Ferrand à Belley, la semaine prochaine ; adressez néanmoins à la Côte votre réponse.
Adieu, mon cher ami.
Tout à vous.
H. BERLIOZ
Lettres à Gounet.
a humbert febrand, La Côte, samedi 16 juin 1832 (Let. int., 118). Annonce de sa prochaine visite.
au MÊsiE, La Côte, vendredi 22 juin 1832 (id.). Il s'excuse d'être obligé de différer sa visite.
1. Prévost (E.-P.), camarade de Berlioz à la classe de Lesueur, Sur Girard, voy. ci-après, p. 258.
A THOMAS GOUNET
Grenoble, 10 juillet 1832.
Mon cher Gounet,
Je vous envoie la petite couyonade ou couïonnade ' en question. C'est mon beau-frère, M. Pal, qui vous la remettra. J'ai essayé de mettre quelques notes sur la jolie poésie que vous m'avez envoyée, mais sans y réussir; elle a une teinte satirique qui m'a. je crois, gêné. Si je réussis plus tard, je vous l'enverrai. Voulezvous avoir la bonté de m'envoyer, par la même occasion, un exemplaire de vos mélodies, s'il en reste encore chez Schlesinger. J'ai promis à madame Lacroix, dame d'honneur de la reine Hortense à Rome, de les lui envoyer et je ne voudrais pas manquer à ma parole. J'ai donné à Mendelssohn le dernier exemplaire qui m'était resté.
(J'espère que je n'ai pas oublié la conjugaison du verbe envoyer.)
Je suis dans un état de stupidité complet depuis quelques jours ; ainsi ne m'en veuillez pas de l'insignifiance de ma lettre. Il fait trop chaud. Je m'ennuie trop. Mes idées sont trop sombrement violentes. Je suis fort bêle.
Je n'ai pas encore vu Ferra nd. Desrnarest m'a ponc-
1. C'est la romance la Captive que désigne cet élégant vocable.
tuellement répondu. Si vous le voyez, dites-lui de ne pas s'impatienter si je ne réponds pas encore à ses questions. J'attends d'être retourné à la Côte. Ici je n'ai fait jusqu'à présent que mon métier ordinaire de vagabond ; de campagne en campagne, oncles et tantes et cousines et amis mariés, d'autres se mariant, noces et festins, parties de boules, baignades, sottes réflexions, tambours en troupes nombreuses que j'aime à suivre comme les enfants. Voilà.
Adieu, mon cher ami. Vous voyez que ce n'est pas ma faute et que je suis vraiment bête comme un conspirateur.
H. BERLIUZ.
P.-S. — Quand vous m'écrirez à la Côte, mettez mes deux noms pour que la lettre ne soit pas remise à mon père.
Je pense que vous avez les Orientales; comme je ne sais pas tous les couplets de la Captive, je ne les ai pas copiés.
Je retourne à la Côte dans trois jours.
Lettres à Gouuet.
a humbert ferrand, Grenoble, 13 juillet 1832 (LeL int., 119). Projet de réunion. Le monde au milieu duquel il vit est « le plus prosaïque, le plus desséchant ».
a madame horace vernet, La Côte-Saint-André 25 juillet 1832 (Corresp. inéd., 99). Lettre de courtoisie, où Berlioz révèle qu'il pouvait, quand il le voulait, être homme du monde tout tomme un au tic.
a Ferdinand hiller, La Côte, 7 août 1832 (Corresp. inéd., 103). Persiflages divers. Il copie les parties du Mélologue.
A SA SOEUR ADÈLE
[La Côte-Saint-André, août 1832.]
Ma bonne, belle, chère et excellente Adèle, Je ne sais pas que t'écrire. Il n'y a rien ici de nouveau en bien ou en mal. Mon père va comme à l'ordinaire, il se couche à huit heures et demie presque toujours; hier soir seulement madame Pion est venue nous voir et a parlé, parlé, parlé pour quatre, pour cent, pour trente mille. Madame Chanron est arrivée; c'est ce qui avait occasionné ce flux de paroles. Je n'ai point encore de nouvelles de Ferrand, qui sera sans doute retourné en Suisse pour son affaire. En conséquence j'attends toujours. Je travaille tant que le pouce commence à me faire mal. Je viens de faire deux visites, une à madame Bert la jeune, et l'autre à madame Desplagnes ! dont le mari arrive ce soir de Grenoble. Elle m'a invité à dîner pour demain. Nous attendons ce soir M. Joseph Rocher. M. Angles 2 est destitué, c'est un secrétaire de la préfec-
1. Mesdames Pion, Chanron, Bert et Desplagnes, dames de la Côte- Saint-André.