POLYNOE LJIVIGATA Pl. I, fig
Corpus longitudine 45'""', latituâine 12""", postice angiistatiim. Elytra reniformia, valde imhricata, zona brunn'ea ormta, margine haud fimbriato. Antennce cirrique omnes parce ciliafi, papUlis minutissimis instructi, longissimi. Lohus cephalicus ovalis, proeminentiis frontalibus destitutus, ocuUs anterioribus inferis.
Cette espèce, la plus grande de celles que j'ai rencontrées à Naples, se reconnaît immédiatement à sa forme large, régulièrement atténuée en arrière à partir du milieu de sa longueur.
Le lobe céphalique (3 A) est relativement petit, plus large que long, légèrement échancré en avant et dépourvu de proéminences chitineuses. Les yeux antérieurs sont petits, placés auprès du bord frontal, mais en dessous. Les postérieurs sont plus grands, situés très en arrière, à la surface dorsale. Les antennes latérales sont extrêmement petites, renflées en un bulbe à la base; l'antenne médiane est au moins trois fois aussi longue, cylindrique, atténuée à l'extrémité. Elle est un peu dépassée en longueur par le cirre tentaculaire supérieur. Dans les antennes et tous les cirres on reconnaît facilement les cellules de l'hypoderme (3 F), à nucléus distinct, malgré le pigment brun qui les remplit. La surface de tous ces organes est ornée de papilles tactiles, très-clair-semées. Ces papilles (3 E) sont des éminences cylindriques, renflées en massue au sommet qui porte trois ou quatre poils nerveux librement suspendus dans l'eau ambiante. A la base de ce faisceau de poils, aboutit une fibrille nerveuse très-ténue qui court dans l'axe de la cavité de la papille. Les palpes sont fort grands, près de deux fois aussi longs que l'antenne impaire. A un grossissement insuffisant ils paraissent parfaitement lisses; toutefois l'emploi d'objectifs forts fait reconnaître de petites papilles larges de S""'", cylindriques, à peine aussi hautes que larges, dont chacune porte à l'extrémité un poil court et ténu. Ces papilles sont fort clair-semées.
Les pieds (3 H) ont deux rames bien séparées dont chacune présente à l'extrémité un appendice cirriforme très-allongé, surtout à la rame inférieure'. Dans la base de ces appendices pénètre la pointe des acicules, jaune de couleur. Les soies de la rame supérieure (3 B) sont très-épaisses, régulièrement arquées, et présentent leur plus grande
Dl GOLFE DE NAPLES. 15
épaisseur vers le milieu de la longueur. Leur moitié terminale est ornée de nombreuses crêtes transversales et dentelées. Les soies de la rame inférieure C,]C) sont beaucoup plus ténues et renflées à l'extrémité en une massue qui se prolonge en pointe. Toute cette région terminale est ornée de crêtes transversales dentelées. Le cirre supérieur (3 H) est extrêmement long, cylindrique et grêle. Le cirre inférieur est très-court et renflé à la base.
Les élytres se trouvent, conformément à la règle, aux segments 2, 4, 5, 7 23,
26, 29 et 32. Ils sont réniformes (fig. 3 D), sauf c(.'lui de la première paire, qui est suborbiculaire comme chez les autres Polynoés. La forme change d'ailleurs quelque peu en arrière comme l'indique la fig. 3. Le changement de position de l'élytre est cependant plus frappant encore que le changement de forme. Tandis que le grand axe de l'élytre forme un très-grand angle avec l'axe du corps dans la région antérieure, cet angle devient de plus en plus petit dans la région postérieure. Le grand axe du dernier élytre est même presque parallèle à l'axe du corps. La dernière paire d'élylres est en outre remarquable par sa grandeur, malgré le rétrécissement de la région correspondante du corps. Les trois au quatre derniers segments restent à décou vei1. Les élytres ont le bord lisse, sauf quelques rares et minimes tubercules qui font très-f;iiblement saillie au bord externe. Les élytres paraissent parfaitement unis, cependant un grossissement un peu fort y fait reconnaître tout un revêtement de trèspetits tubercules. Le bord extérieur et postérieur présente dans chaque élytre une bande d'un brun clair. Quelques-uns portent en outre une bande brune plus foncée à une petite distance du bord et parallèlement à lui. Ces bandes foncées paraissent exister dans la règle aux élytres de la 5""^ paire, de la 7'°^ de la 9™'^ et de la 13"^ quelquefois aussi à ceux de la i l™'.
On pourrait songer à rapprocher celte espèce de la P. tenlacidata Qlrfg. ' des environs de Palerme, qui se fait remarquer aussi par les dimensions de ses palpes. Mais la description très-imparfaite de M. de Quatrefages a été rédigée d'après un individu fort mutilé de la collection du iMuséum de Paris, et parmi les caractères indiqués il en est un qui ne peut en aucune façon s'entendre de notre espèce. Les cirres supérieurs sont en effet épais et courts chez la P. tentacnlata; ils sont au contraire très-longs et très-grêles chez la P. lœcigata.
La P. lœvigata rentre dans le sous-genre Harmolhoë Knbg.
' Hist. initiir. r/f',9 Annelcs, I, p. 231.
Genre HERMADION Kinberg.
(Syn. LEPlDONOTUSQufg. Hist. natur. des Aiinelés, I, p. 257.)
Heumadion fragile.
? Lysidice cninmimis Uelle (Ihiaje, Descriz. e notoinia, III, p. 104, tav. 103, lig. 1.
Hermadion fhifple Clpicl., Annélides de Naples, p. 73 vSoc. de Pliys. XIX, p. 383), pl. V, fig. 2.
Pl. 11, fig. 2.
J'ai rencontré de nouveau celle Annélifle une dizaine de fois et je me sens toujours plus disposé à y reconnaître le singulier ver décrit par Délie Chiaje sous le nom de Lysidice communis. Délie Chiaje aura eu sous les yeux un individu ayant perdu tous ses élylres, sauf ceux de la première paire, et la plupart des cirres dorsaux. Son dessinateur aura faussement reconstitué l'animal en allribuant à chaque pied un long cirre dorsal. Celte hypothèse est sans doute un peu hardie, mais il est au moins évident que la prétendue Lysidice est un Aphroditien.
Il est certain que X Hermadion fragile rejette la plus grande partie de ses élytres et de ses cirres dès qu'il se sent inquiété. La caducité ex- Irême de ces organes importants me força de m'exprimer avec beaucoup de réserve sur leur nombre dans mes Annélides de Naples. Je n'avais jamais réussi en particulier à constater un nombre d'élytres supérieur à 12 paires. Aujourd'hui je puis affirmer que ce nombre peut s'élever à
14, portées par les segmenls 2, 4, 5, 7, 9, 11 21, 24, 27 et 30. Les
dernières paires sont, il est vrai, fort petites et rudimenlaires. Le nombre des segments porteurs de cirres dorsaux à la suite de la dernière paire d'élytres est fort inconstant. Je l'ai vu varier de 10 à 15.
Je désire compléter ici la description donnée précédemment par quelques détails nouveaux, A la base des pieds du côté ventral, non loin du bord postérieur, je trouve une proéminence conique (fig. 2, b) percée d'un orifice. Celte ouverture conduit dans un canal cilié qu'on peut poursuivre jusque dans l'intérieur des pieds où il est bientôt voilé par la masse des éléments reproducteurs. C'est là évidemment l'ouverture de
roi'gaiie seginentiiiro. On Iruuve facileinciil ces |»ruéinine uccs vn plavanl ranimai dans la supination et en examinant les inlei'valles des pieds, dans les points où deux pieds eonsécntil's sont suirisamment écarl('8 l'im de l'autre.
Dans rintérieur des pieds, les éléments repi'oduclenrs loiinent une masse Irès-cohérenle et il est possible, sans lésion de l'animal, de s'assurer que cette masse est envelopp('e d'une membrane. 'Celle-ci est encore plus l'acile à étudiei' lorsqu on ouvre le pied avec des aiguilles. La fig. 2 B représente une partie delà masse des ovules, sortie du pied d'une femelle et encore entourée de sa membrane d'enveloppe (a), semée de nucléus ovales. Le diamètre des œul's est deOmm,08; celui des vésicules germinalives de 12™"'. Cette membrane d'enveloppe appai'ticnl-elle à l'ovaire ou bien ne représente-l-elle qu'une partie de la paroi distendue de l'organe segnientaire? c'est une question que je n'ai pu résoudre d'une manière satisfaisante. L'absence de cils vibratils me fait pencber plut(M en faveur de la première alternative.
La paroi de l'intestin renferme un grand nombre de cellules dont le diamètre est d'environ 23^ii'^i' et dont chacune renferme une goutlelelle sphérique d'apparence huileuse. C'est peut-être une conche hépatique. Mais la paroi des diverticules intestinaux qui pénètrent dans les pieds présente une tout autre apparence. Elle renferme des agrégations de corps qu'on prendrait facilement pour des cellules, mais qui ne sont que des masses de protoplasma dépourvues de nucléus. Chacune de ces petites masses, rendues souvent polyédriques par la press-ion réciproque, renferme une concrétion dure (2 A, 2 A'), de couleur jaune. Ces concrétions sont formées par des couches concentriques autour d'un, de deux ou de trois centres primitifs. Je n'ai pas examiné ces corps durs au point de vue chimique, mais il est probable que ce sont des matières excrémentitielles, comparables à celles que j'ai décrites dans l'intestin urique des Syllidiens et de quelques autres Annélides.
Genre ACHOLOE
Corpus élongatum, postice vix attenuatum, segmentis numerosis. Elytra permulta totum dorsum ohtegentia, in segmentis 3, 4, 5, 7, 9, 11 etc., usque ad postremum corporis obvia: segmenta élytris carentia cirro dorsudli, hranchiaqtie T-formi prœdita.
Ces vers se rapprochent des Sigalionides par la forme allongée de leur corps et le grand nombre de leurs segments et de leurs élyires, ainsi que par rexistence des branchies lymphatiques bien développées. Mais ce n'en sont pas moins de vrais Polynoïdes par l'alternance régulière d'élytres avec des cirres dorsaux. La Polynoë elegans Grube% pour laquelle M. Malmgren a formé le genre Lepidaslhema^, doit avoir un port analogue. Mais ses élytres, bien que nombreux, sont rudimentaires, et l'animal ne paraît pas posséder de branchies.
ACHOLOE ASTER[COLA.
Nereis squamosa Délie Chiaje, Mem. su gli Anim. s. Verl. II, p. 368, 400 et 425; tav. XIX, lig. 7. Polynoë astericola Délie Chiaje, Descriz. e noiomia, etc., tome V, p. 106; tav. 129, fîg. 7.
Pl. H, fig. i.
Corpus longitudine 45''"^, latitudine 4"°°, siiblineare, depressum. Oculi 4 in rectangulo positi. Antennœ latérales una cum mediana e parte anteriore lobi cephalici productœ. Elytra Icevia, brunnea vel nigrescentia, macula dlbâ suhovatâ insignia, paria circa 45.
Ce magnifique Polynoïde est un épizoaire des ambulacres de VAstropecien aiiranliacus, où il vit en société d'une autre Annélide, la Stephania flexuosa, que nous étudierons plus loin. C'est aussi là qu'il fut rencontré par Délie Chiaje. Le peu qu'en dit cet auteur est assez inexact, mais ses dessins et le lieu même où il trouva son ver, établissent suffisamment l'identité de l'espèce.
Le lobe céphalique (1 B) est coloré en rose par le cerveau qui le remplit presque complètement. Il porte deux paires d'yeux noirs, ronds, parfaitement équidistants. Le
' Nom d'une des Harpyes.
* Acliinen, Echinodermen u. Wiirmer, p. 85.
» Annulala polychœla Spetsbergiœ, etc., p. 15.
DU GOLFE DE iNAPLES. 19
bord frontal du lobe céphaliiiiie s'étale en un large processus trilobé, représentant les articles basilaires des trois antennes. Celles-ci sont relativement très-courtes; la médiane est pourtant un peu plus longue (jue les latérales. Toutes sont cylindriques à la base, recouvertes de rares i)apilles très-allongées, et s'allénuent brusquement pour former la pointe terminale. I.cs palpes sont épais, coniques, lisses, et dépassent de beaucoup en longueur les antennes. Les cirres tentaculaires, sans être fort longs, le sont cependant plus que les antennes. Ils s'atténuent très-graduellement de la base à l'extrémité. L'article basilaire du cirre tentaculaire supérieur porte une bande de cilsvibratiles ( l B, a) du côté dorsal. Cette bande est évidemment l'homologue de celle que nous allons décrire sur les élytrophoi'es et les branchies proprement dites.
Dans les pieds, la rame dorsale est peu saillante et dépassée considérablement par la ventrale. Le cirre dorsal est long et cylmdrique ; le ventral court et conique. Dans les pieds élytrigères, l'élytrophore (1 B,6) porte sur sa partie dorsale et antérieure une rangée de vigoureux cils vibratiles. Les élylres sont lisses et leur couleur varie du jaune brunâtre jusqu'au brun noircâtre ou même au noir suivant les individus. Mais leur centre est toujours occupé par une grande tache blanche, nacrée, ovale et lunulée. Cette tache est si grande qu'on pourrait décrire l'élytre comme blanc, bordé de brun.
Dans les segrneuls dépourvus d'élyires de la région antérieure, la place de l'élytrophore esl occupée par un bourrelel (l B, c) muni d'une rangée de cils vibra liles. Plus en arrière ce bourrelet s'élève toujours davantage au-dessus du niveau de la surface du pied. Il s'en détache peu à peu et finit par constituer un appendice en forme de T à jambage vertical très-court ( l A, a). L'intérieur de cel appendice est occupé par un prolongement de la cavité du corps. Le diverticule que l'intestin envoie dans chaque pied, donne même naissance à une branche aveugle (b) qui pénètre jusque dans le jambage horizontal du T. La paroi supérieure de l'appendice est très-mince; l'inférieure, cest-à-dire celle qui regarde la surface dorsale du pied, est beaucoup plus épaisse et porte seule les cils vibratiles. Or, c'est là précisément la conformation des branchies lymphati([ues chez les Annélides, en particulier chez les Sigalionides. Un courant d'eau de mer est continuellement entretenu autour de cette branchie par les cils de la surface. D'autres cils, placés dans l'intérieur de la cavité branchiale et, sans doute, de toute la cavité
périviscérale, entretiennent d'autre part un mouvement continuel dans la lymphe. On voit ce liquide circuler constamment entre la paroi de la branchie et celle du cœcum intestinal, entraînant avec lui les éléments reproducteurs, les régimes de zoospermes chez les mâles, les ovules chez les femelles (Cf. Pl. II, fig. 2). Sans vouloir ressusciter toutes les exagérations du phlébenlérisme, il est bien permis de se demander s'il n'y a pas une raison physiologique à celte tendance des cœcum intestinaux des Aphroditiens à gagner la région du corps où le liquide périviscéral est le plus directement oxygéné.
TRIBU DES SIGALIOMDES (KLXBERG).
Genre SIGALION Aud. Edw.
(Nec Ehlers tmiue Malnigren.)
SiGALlON SQUAMATUM.
Sifjalion sqnaimlum Chiaje, Memorie, tav. LXXX, fig. 5. Uescrizione e notomiu, t. V, p. 58 et i07 : tav."26, fig. 3, 11 et 12. - Islitut. di Anat comp. II, p. "iS. ? ? G. 0. Costa, Fauna del regno di Nupoli, Anellidi, tav. V (texte non paru).
Sigalion squamaliim Clprd. Annéiides du golfe de Naples, p. 100 (Soc. de Phys. XIX, p. 410), pi. III, fig. 3.
Pl. Il, fig. 3.
Je ne mentionne ici cette espèce que pour décrire des terminaisons nerveuses que j'ai étudiées avec soin dans ses élytres.
Tout le long du bord externe de l'élytre, garni, comme l'on s'en souvient, de grandes papilles dendritiques ou plutôt pennées, circule un nerf (fig. 3, a) qui donne régulièrement naissance à une branche au niveau de l'intervalle de deux papilles conséculives. Cette branche ne tarde pas à se diviser en deux rameaux secondaires {b et c) dont l'un se rend à l'une des papilles voisines, l'autre à l'autre. Chacune de ces branches côtoie le côté de la papille qui regarde la papille opposée, et
donne plus lard iiaiss;ii)co aux fibres lénues deslinées aux ramificalions de la papille. Chaque papille reçoil donc deux rameaux nerveux provenant de deux branches nerveuses distinctes. A la base de la papille, ( haque rameau émet de nombreux ramuscules, très-courts, qui aboutissent à des cellules dont les nucléus ovales ((/) sont fort distincts. Il est loul naturel de voir dans ces cellules, dont le nucléus est large de oiTiicr, fies cellules liangiionnaires terminales. D'autre part, ces cellules font partie de l'hypoderme; mais elles sont pourtant d'une nature spéciale, puisqu'on ne les trouve pas, au moins en pareille abondance, dans le reste de l'élytre. S'apirait-il là d'un nouvel exemple de terminaison de fibres nerveuses dans des cellules épithéliales, à ajouter à ceux qu'on a décrits en grand nombre chez d'autres animaux depuis quelquesannées? Des nucléus tout semblables se trouvent d'ailleurs semés çà et là sur le trajet des branches nerveuses principales.
Le tronc nerveux primitif donne en outre naissance à des rameaux (/) qui se dirigent vers le centre de l'élytre. Ces rameaux ne tardent pas à se perdre dans un réseau nerveux (e) à mailles extrêmement serrées, qui occupe la plus grande partie de l'élytre et se confond avec le réseau nerveux déjà connu. En présence de ce développement extrême du système nerveux périphérique dans les élytres, on est forcé d'admettre que ces organes doivent être doués d'une sensibilité exquise.
La grande majorité des S. squamosum ont les papilles des élytres chargées de bâtonnets (3 A, b) le plus souvent rectilignes, longs et étroits. J'ai cru longtemps qu'il s'agissait de reliefs de la cuticule, spéciaux à ce ver. Toutefois cette opinion a été ébranlée lorsque j'ai vu certains de ces bâtonnets (3 A, b) qui, tout en restant appliqués contre le rameau delà papille et parallèles à son axe, en dépassent de beaucoup l'extrémité. Enfin, j'ai vu un ou deux individus en être totalement dépourvus. Je penche donc aujourd'hui à voir dans ces corps une sorte de parasites, sans doute de nature végétale.
Chez les individus murs, j'ai remarqué que les mâles seuls sont blancs; les femelles sont d'un beau rose. Cette différence de couleur tient
22 ANNÈLIDES CHÈTOPODES
uniquement aux éléments reproducteurs vus à trnvers la paroi du corps. Aussi la partie antérieuredu corps des femelles, qui ne renferme jamais d'œufs, reste-t-elle toujours incolore.
Famille des EUNICIENS Savigny.
Les Borstenwiirmer de M. Ehlers renferment une remarquable étude de cette famille. Ces recherches approfondies devront former dorénavant le point de départ de tous les travaux nouveaux sur la famille des Euniciens. M. Ehlers s'est en particulier livré à une dissection minutieuse de la trompe, dont il a dévoilé l'organisation et les rapports avec l'œsophage d'une manière beaucoup plus exacte que cela n'avait été fait jusqu'ici.
M. Ehlers ' a exprimé le regret que je n'aie pas consacré plus d'attention que je ne l'ai fait aux mâchoires des espèces napolitaines. Ce regret est parfaitement justifié. Désireux de profiter autant que possible des conditions favorables pour l'étude des parties molles, j'ai relativement néglige les pièces chitineuses, susceptibles d'être examinées tout aussi bien loin de la mer. Je n'ai quelquefois pas même figuré les mâchoires, et lorsque je les ai dessinées, je me suis contenté le plus souvent de dessiner la moitié gauche ou droite de l'appareil. Or cette dernière manière de faire est insuffisante. Déjà Audouin et Edwards, et plus tard divers auteurs, surtout M. Kinberg, ont en effet remarqué que chez certains Euniciens la moitié droite de l'appareil maxillaire n'est pas exactement symétrique de la moitié gauche. M. Ehlers a le mérite d'avoir étudié cette particularité avec une grande exactitude et d'avoir montré que ces petites différences ne sont point accidentelles, mais parfailement constantes. Pour permettre la description de ces particularités, importantes pour la classification, le savant Allemand a proposé une nomenclature que je
' Gôtling. gel. Anz , 21 April 1869, p. 615.
m empresse (r.'uiopler. Nous appellerons donc avec lui support (Trager) la pièce la plus posiérieure (Cf. PI. V, fig. 5, .1, de VOnupliis Pancerii Clprd. et fig. i, A, de la Lumhriconereis impaliens Clprd.) qui présente seule la parlicularilé de n'être pas renversée au dehors pendant l'extroversion de la trompe. C'est la pièce la plus variable, quant à la forme et aux dimensions. Immédiatement en avant du support et reposant pouiainsi dire sur lui, est la pince (Zange) dont le nom indique la forme (fig. i et e^), B). Puis vie nt la dent (der Zahn) ou mieux la pièce dentaire (C), dentelée sur son bord. Ces trois pièces sont les plus grandes et en même temps les plus constantes de l'appareil maxillaire supérieur. Mais il existe d'ordinaire en outre quelques pièces plus petites que M. Ehlers désigne sous le nom de « plaques en scie )> (Sageplatten) ou de « plaques en rape « (Reibplatten), selon leur forme. Il est peut-être plus simple de les appeler du nom de paragnathes (D, D',D' ) comme les pièces chitineuses accessoires de la trompe des Lycoridiens. Le labre, ou appareil maxillaire inférieur, ne nécessite pas l'invention de termes nouveaux pour ses différentes parlies.
Les différences entre la moitié gauche et la moitié droite de l'appareil maxillaire concernent en général, lorsqu'elles existent, le nombre de dents de la pièce dentaire, et celui des paragnathes. Il existe en particulier chez un très-grand nombre d'Euniciens un paragnathe surnuméraire, denté en scie, à côté de la pièce dentaire gauche. On le trouvera représenté Pl. V, fig. 5, a, de VOnuphis Pancerii. Celte figure doit remplacer celle que j'ai publiée précédemment'. Celte dernière était en effet fautive, comme M. Ehlers l'a fort justement soupçonné', en ce qu'elle indique ce paragnathe surnuméraire non-seulement du côté gauche, mais encore du côté droit.
' Annélides cliélopoies di' Xnpht, Pl. VIll, fis. i'i. — l.o dessin avait été fail à Genève d'après une préparation de Naples. Je fus frappé de l'absence du paragnathe droit, absence que je n'avais pas remarquée à Naples. Persuadé que le paragnathe avait disparu par un accident de la préparation, je l'ai ^ rétabli à tort dans le dessin du côté droit. Le paragnathe en question est dessiné de profd dans l'ancienne figure ; il tourne au conti aire sa dentelure vers le spectateur dans la figure nouvelle qui a été dessinée très-exactement à l'aide de la chambre claire.
' GôUing. gel. Am., 21 April 1869, p. 615.
24 ANNÉLIDES CHËTOPODES
Si je n'ai pas accordé autrefois une attention suiïisante aux mâchoires (les Euniciens, M. Elilers s'est peut-être, en revanche, un peu exagéré l'importance de ces oi'ganes pour la classiticalion. Il distribue tous les genres de la famille, d'après des caractères tirés des mâchoires, en deux séries, celle des Labidognalhes et celle des Prionognathes. Ces deux séj'ies passent si graduellement l'une à l'autre, qu'il est parfois bien difficile de placer telle ou telle forme dans l'une plutôt que dans l'autre. Les tribus que j'ai adoptées dans mes Annélides de Naples me paraissent répondre à des groupes plus naturels. J'en vois la preuve dans ce fait que plusieurs d'entre elles ont été élevées au rang de familles distinctes par d'autres auteurs.
Du reste, si les mâchoires paraissent pouvoir être utilisées dans une certaine mesure pour la caractéristique des tribus, leur emploi devient en revanche presque impossible ou au moins fort difficile pour la délimitation des genres, et j'avoue que ce fait me surprend. D'une part on rencontre des mâchoires assez ditïérenles dans un même genre, d'autre part des mâchoires identiques paraissent fréquentes dans des genres différents '. C'est là un curieux point de systématique qui devra attirer l'attention des zoologistes.
La constance de la forme de chaque pièce maxillaire, quoique bien plus grande que chez les Lycoridiens, est pourtant moins parfaite que M. Ehlers ne paraît le croire. Tel est au moins le cas pour la Lumhriconereis impatiens Clprd. que j'ai considérée comme identique avec le Lumhriciis fragilis D. Ch. (non Millier). M. Ehlers a décrit sous le nom de Lumbriconereis breviceps' une espèce qu'il considère aussi comme
' G'esl ainsi que, d'après les figures puljliées, les mâchoires sonl identiques (sauf de très-minimes différences de forme et du nombre de dents de la pièce dentaire) dans tous les Euniciens suivants : Hyalinœcia tubicula {Nereis lubicula O.-F. Mùller), Onuphis franilis Knbg., 0. Panatrii Glpid., Diopatrn neapolitana Délie Cliiaje, Marphijsa saiiijuinea {Ncreis sam/iiinea Mont.), EuiUce rubrociiicta Ehl., E. villata \). Ch., E. Claparedii Qlrfg., Nicidton rincta Knlig., Lusidice Niiietla Aud. Ëdw., etc. Chez toutes ces espèces, en particulier, il existe un paragnallie surnuméraire, dénié en scie, du côté gauche. Au contraire certaines Eunices, comme VE. siciliensis Grube, \'E. aphrodilms (Ncreis aphrodiloïs Pallas), etc., ont des mâchoires toutes différentes et privées en particulier du paragnathe supplémentaire de gauche. Du moins ce paragnalhe est-il tout à fait rudimenlaire et à peine reconnaissable.
' Borstenwiirmer, I, p. 383 .
synonyme du Lumhricus fragilis D. Ch., et il se demande si celte espèce est la même (jue ma L. impatiens'. Il en doule à cause d'une petile diflérence dans les mâchoires. Pour décider celle question, j'ai éludié les mâchoires d'un Liraiid nombre d'individus de celle dernière espèce el j'ai élé surjiris des dillerences qu'elles m'ont olïerles. Les dimensions des paragnalhes sont sujeltes à de fort grandes variations et la pince peut élre réduite parlois à une lame llexible extrêmement mince. La pièce dentaire (pl. V, lig. i, C)' semble être la plus caractéristique et la plus invariable, mais en y regardant de près, on découvre que précisément celle-là est sujette à des modifications profondes. Dans la règle, les deu.v pièces dentaires sont semblables, armées chacune de quatre dents noires, recouvertes d'une couche blanche" au sommet. iMais chez certains individus, la dent terminale de gauche est double (fig. 4, a, a') ainsi que la pénultième de droite (c, c'). Dans la mâchoire vue de prolil la duplicité de ces dents peut facilement être méconnue parce que celle de dessous est recouverte par celle de dessus. Toutefois elles sont souvent d'inégale longueur, ce qui permet de les voir même dans celte position. Pendant la mastication, la dent terminale unique de droite (b) est reçue entre les deux dents terminales de gauche, et la dent pénultième unique de gauche (d) entre les deux dents correspondantes (c et c') de droite. Une partie seulement des individus présente celte disposition remarquable. Les autres ont tous les dents simples. Cette ditîérence d'individu à individu est bien plus grande que celle qu'on rencontre dans bien des cas d'espèce à espèce. On se demandera naturellement si je n'ai pas réuni deux espèces distinctes sous le nom de L. impaliens; mais sauf en ce qui concerne les mâchoires, je n'ai pas su reconnaître de différence appréciable entre ces individus. Peut-être aussi s'agit-il
' Gottinij. ijd. "21 .\pril 1869, p. 616.
* Cet appnreil niaxillaii'e a clé dessiné avec une grande exactitude à la chambre claire, puis réiluit de moitié à l'aide d'un pantographe.
' Je suppose que celte couche blanche est une partie plus dure, jouant un rôle analogue à l'rmail. On pourrait aussi penser que c'est la partie la plus nouvellement formée et non encore incrustée de substance colorante. Mais son absence chez les jeunes individus, où la croissance est pourtant rapide, rend celte manière de voir improbable.
26 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
d'une différence sexuelle. 11 résulte dans tous les cas de ces observations que la constance du nombre des dents chez les Euniciens n'est pas toujours aussi parfaite que M. Ehlers l'admet.
M. Ehlers, auquel la caractéristique du genre Halla Costa avait échappé, a décrit la Halla parlhenopeia sous le nom de Cirrohranchiaparthenopeia\ Ce nouveau terme générique doit tomber, comme M. Ehlers l'a reconnu lui-même'. VEunice cingidala Clprd. a été reconnue par M. Grube' comme identique avec VE. purpurea Gr. Ce dernier nom ayant la priorité devra remplacer le premier.
Le genre Onuphis est pris par M. Ehlers dans le même sens que dans ïHisl. des Annelés et coïncide par conséquent avec le genre Hyalinœcia Malmgr. Pour ma part je ne puis que persister à maintenir le genre Onuphis dans le sens adopté par M. Kinberg et M. Malmgren.
Ramenons enfin à sa juste valeur une divergence entre les indications de M. Ehlers et les miennes relativement à la Diopatra neapolitana D. Ch. M, Ehlers attribue deux yeux à ce ver, tandis que je l'ai décrit comme aveugle. Nous avons pourtant étudié la même espèce. Je me suis exprimé autrefois sur ce point de la manière suivante: « Les yeux font défaut. On trouve, il est vrai, à leur place deux régions convexes et lisses, derrière les antennes de la paire moyenne, mais ces régions offrent le même éclat métallique que le reste du corps, et ne sauraient être des organes visuels. » Ce sont là les yeux décrits par M. Ehlers, bien reconnaissables à leur couleur blanche chez les individus conservés dans l'alcool. J'ai étudié de nouveau ces organes et je n'ai pu y trouver ni cristallin ni pigment. Il n'y a donc provisoirement aucune raison pour leur attribuer des fonctions visuelles.
' Borstenwurmer, 1, p. 408.
" Golling. gel. Ahz., 21 April 1869, p. 618. M. Grube m'écrit en outre qu'il a reconnu la Halla parlhenopeia au Muséum de Paris dans l'Annélide décrit par M. de Quatrefages sous le nom de Pliocerax euniciformis. Ce genre Piioceras doit donc tomber aussi.
' D'après une communication épistoiaire.
TIIIIU DES EIMCIDES (schmarua).
Genre EUNICE Cuv. (Qtrfg. rev.)