‹ Les annelides chétopodes du Golfe de Naples (volume 2)Chapitre 7 sur 17 · EUNICE SCHIZOBRANCHIA Pl. Il, fig · texte numérisé non relu

EUNICE SCHIZOBRANCHIA Pl. Il, fig

Corpus longitudine ultra 10°'"'\anticemargaritaceum,postice fusco-cœrulemn,, segmentis r. 380. Branchiœ in segmentis anterioribits permultis desiderata, in cœteris ohviœ, anteriores filiformes, sequentes furcatœ. Setce quadriformes, scilicet : T simplices suhulatce, marginatœ; â" simplices liamif ormes : 3° simplices spatJiulatce, pedinatœ; 4° compositce falcigerœ.

Celte espèce ressemble à la précédente avec laquelle je l'ai sans doute longtemps confondue. La diagnose a été ftute d'après un individu non mûr qui n'avait peut-être pas encore toute sa croissance. Parmi les caractères qui rapprochent \'E. scliizobranchia de \'E. siciliensis, il faut signaler en première ligne la différence entre la région antérieure et la postérieure. La coloration parait être pourtant diverse dans la règle chez ces deux espèces. La première est en avant d'un gris de perle, en arrière d'une teinte sombre, ardoisée, tandis que la seconde est d'un rose-chair en avant et d'un violet sombre en arrière. Un second trait de ressemblance consiste dans l'apparition tardive des branchies. Chez un individu de 380 segments, j'ai trouvé la première paire de branchies au 64'"^ Les premières sont simples, filiformes, mais plus en arrière elles deviennent bifiirquées. Chez l'individu cité, la première branchie divisée était au '168"" segment. Les caractères tirés des soies ne permettent d'ailleurs pas d'hésiter un instant sur la légitimité de la distinction des espèces. En effet, tandis que chez VE. siciliensis il n'existe jamais plus de deux espèces de soies, VE. sdiizobranchia en compte jusqu'à quatre. Deux de ces formes de soies existent à tous les segments sétigères, à savoir des soies simples (6 A, a), subulées et marginées, au faisceau supérieur, et des soies composées falcigères (6 A, b) au faisceau inférieur. A partir du Si"*" segment environ, il s'associe à chaque faisceau inférieur une ou quelquefois plusieurs soies simples, vigoureuses (6 A', c), terminées par un crochet birostre fort court, orné d'ailerons. Enfin, à partir d'un segment variable, mais situé au delà du centième, le faisceau supérieur s'enrichit de plusieurs soies en spatule pectinée (6 A, d).

Un dernier caractère distinctif des deux espèces consiste dans la longueur relative du segment buccal. Tandis que ce segment est très-allongé, au moins aussi

long que les deux suivants pris ensemble chez \'E. siciliemis, il est au contraire court, plus court même que le second segment chez VE. schizobranchia. Les tentacules dorsaux portés par ce dernier sont fort courts. Tout le lobe céphalique, avec les yeux, les antennes et les palpes ne se différencient guère des parties correspondantes de ['E. siciliensis.

Celte espèce esl tout particulièreiuenl favorable à rétude des organes segmentaires, au moins dans la région tout à fait postérieure qui reste paie et transparente chez les individus encore jeunes. La conforni;dion de ces organes est tl'autanl plus digne d intérèt que M. Ehlers a donné i'écemment de l'organe segmentaire des Euniciens une description entièrement erronée, reposant sur une méprise'. Cette erreur est provenue sans doute de ce que l'auteur a examiné des individus conservés dans l'alcool, chez lesquels il est presque impossible de reconnaître le caractère essentiel de l'appareil, à savoir les cils vibratiles du tube et l'ouverhire interne.

J'ai décrit précédemment ' à la base du pied, près de l'insertion de la

' Die BorsternuUrmer. p. 3i1, chez VE. Clapnredii (Jlify. déterminée ;i lort par l'aiitenr comme K. fhirnssii Aud. Edw.

' GInnuri's zootomiques, p. 120 (Soc. de Phys. XVII, p. 580). L'espèce est désignée sous le nom d'£. Hnrassii Aud. Edw M. de Quatrefages qui a donné depuis lors à cette espèce le nom (VE. Claparedii (Hisl. riat. îles Aiinelés, II, p. 652), s'exprime à son sujet de la manière suivante : « A part les caractères du genre, je ne vois pour ainsi dire pas un seul Irait de l essemblance entre les deux espèces, en admettant l'exactitude des descriptions et des figures du savant genevois.» La description circonstanciée de YE. Hfiiassii typiijue donnée dans Tintervalle par M. de Quatrefages, m'oblige à donner entièrement raison à ce savant dans la dislinclion établie par lui. Plusieurs caiactères ne peuvent laisser aucun doute à cet égard. C'est ainsi qu'un des traits les plus saillants de VE. Claparedii est d'être d'un rouge vineux avec une bande blanche ou quelquefois plusieurs dans la région antérieure du corps. La position de celte bande est quelque peu variable, mais son existence même est parfaitement constante, comme je m'en suis convaincu de nouveau par l'examen de nombreux individus à Naples. Cette bande n'existe jamais dans la vraie E. Harassii. Un caractère plus décisif encore, c'est que le cirre dorsal est articulé en chapelet dans YE. Claparedii, tandis qu'il est lisse et subulé dans l'espèce d'Audouin et Edwards, L'importance de ces caractères dilTérenliels est trop grande pour que j'insiste sur les autres cités encore par M. de Quatrefages. Je ne suis du reste pas l'auteur premier de cette fausse détermination. Dès 1838, M. Grube, dans un excellent travail anatomique (Zur Awjt. u. Pliysiol. der Kiemenwiirmer, Kônigsberg, p. 35) que M. de Quatrefages a perdu de vue en traiiant ce sujet, M. Grube, dis-je, a considéré comme étant VE. Harassii une espèce évidemment identique à celle que j'ai étudiée et que M. de Quatrefages a dénommée depuis lors E. Claparedii. Récemment encore, M. Ehlers {Die Burstenwiirmer, p. 312), qui paraît ignorer la discussion consacrée par M. de Quatrefages à cette question, considère de nouveau comme VE. Harassii une

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bl anchie chez ÏE. Claparedii Qlvfg. une tache circulaire sombre, formée par un amas de pigment. Sans m'exprinier d'une manière positive sur le rôle de ce petit organe, je remarquai déjà à cette époque que j'avais en vain cherché dans l'intérieur du pigment un corps susceptible d'être considéré comme un cristallin. Cet amas de pigment a été retrouvé depuis lors par M. Ehlers chez cette même E. Claparedii (E. Harassii Ehl.), mais il a cru pouvoir le considérer comme une partie importante de l'organe segmenlaire. Il le suppose en relation avec un prétendu tube chitineux et avec un faisceau de soies qu'il appelle le faisceau de l'organe segmenlaire, parce qu'il le croit enfermé dans un diverticule de ce tube chitineux. M. Ehlers n'avait pas encore entre les mains, au moment de sa rédaction, mon mémoire sur les Annélides de Naples, sans cela je ne doute pas qu'il n eût modifié sa manière de voir à l'égard de ces soies. Ce sont elles, en effet, que j'ai décrites sous le nom d'acicules du cirre dorsal (parce que leur pointe pénètre généralement dans la base du cirre), comme existant chez la grande majorité des représentants de la famille des Euniciens. Je les avais déjà mentionnées et figurées dès 1864 chez VE. Claparedii elle-même. Or, ces soies n'ont rien à faire avec l'organe segmentaire. Ce sont tout simplement les acicules de la rame supérieure, devenue rudimentaire chez les Euniciens. Gela est si vrai que, lorsque la dernière trace de la rame supérieure, le cirre dorsal, disparaît, comme dans le genre Lumbriconereis, ces acicules disparaissent égaleespèce qui n'est que \'E. Cliiparedii. I.a synonymie des deux espèces paraît devoir s'établir de la manière suivante :

1» EuNicE Harassii.

Ennice Harassii Aud. Edw. Classil'. des Annélides. Ann. se. nat. 18.33, t. XXVII, pl. XI, fig. 5-7. 10-11 ; t. XWIII, p. 215.

» » Qtrfg. Hist. nat. des Annelés, 1865, I, p. 307.

? Rtinicf Harassii Johust. Catalogue of non parasil. Worms, 1865, p. 132.

2° EuNiCE Claparedii.

Eunice Harassii Grube, Zur Anat. u. Physiol. d. Kiemenwiirmer. Kônigsberg, p. 35.

»• » Glprd. Glanuresanat. parmi les Ann. de Port-Vendres, 1864, p. 118, pl. II, tig. 5.

Eunice Claparedii Qtrfg. Hist. nat. des Annelés, tome II, 1865. p. 652. Eumce Harassii Ehlers (excl. syn.), Die Borstenwûrmer, 1868, p. 312.

ment. Mais dès que le cirre reparaît, à peine perceptible comme un rudiment de bouton (ainsi chez le Notocirrns HUairii), les acicules reparaissent aussi. Lorsque le cirre dorsal devient très-lorg , ces acicules s'allongent également d'une manière frappante, ainsi chez les Staurocéphales. Ces acicules sont donc les représentants de la rame dorsale tondue dans la ventrale : ils n'ont rien à faire avec l'organe segmenlaire.

Mais l'amas de pigment n'est pas davantage la partie essentielle de l'organe segmentaire, et je pense pouvoir affirmer qu'il n'a aucune relation quelconque avec lui. On le retrouve chez ÏE. schirobranchia, chez la Hyalinœcia rigida et sans doute chez d'autres espèces, aussi bien que chez VE. Claparedii. Chez ÏE. schizobranchia ce sont des taches sphériques d'un noir bleuâtre ou violâtre (fig. 6, i) qui apparaissent à partir du l^""" segment environ. Les premières sont un peu diffuses, mais les suivantes ne tardent pas à se présenter sous la forme d'une masse compacte. Leur apparence oculiforme m'a porté à cherch^îr un cristallin dans rintérieur, mais je n'en ai pas plus trouvé que dans ÏE. Claparedii. Cependant je suis plus disposé qu'autrefois à les considérer comme des organes visuels, depuis que j'ai découvert chez l'^". vittata, comme je le montrerai plus loin, de véritables yeux latéraux. Il peut paraître singulier que M. Ehlers ait considéré ces organes comme une partie essentielle de l'organe segmentaire, mais l'énigme disparaît lorsqu'on voit ce savant chercher à justifier sa manière de voir en invoquant les « organes segmentaires pigmentés des Alciopiens. » Or, l'appareil segmentaire des Alciopiens n'est jamais pigmenté, M. Ehlers' songe évidemment aux glandes sombres des Alciopiens, qui sécrètent le liquide jaune défensif, mais qui n'ont absolument rien de commun avec les organes segmentaires.

Tous ces organes n'ont donc rien à faire avec l'appareil segmentaire. En revanche les véritables organes segmentaires ne sont point dilTiciles

'■ Ce savant a élé évidemment viclime d'un lapsus tnemnrice. En effet, il ne paraît pas avoir étudié luimême les organes segmentaires des Alciopiens et les seuls auteurs (jui s'en fussent occupés au monienloù il écrivait son ouvrage, savoir MM, Krohn, Hering et Keferstein, ont bien su distinguer les organes segmentaires des glandes sombres.

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à voir chez celle espèce, lorsqu'on place l'exlrémité postérieure du ver sous le microscope, dans la supination. On voit alors, dans chaque segment, l'ouverture interne de l'appareil non loin du bord latéral, sous la forme d'un gobelet (fig. 6, e) dont le bord est fixé au dissépimenl {d) qui sépare ce segment du précédent. Ce gobelet est tapissé à l'intérieur de cils vibratiles qui s'agitent vivement. Du fond du gobelet naîl un lube cylindrique {e') qui décrit une couibe et se dirige vers la base du pied, où il s'accolle à la paroi du corps. Ce tube est facile à trouver, grâce au mouvement des cils qui s'agitent dans l'intérieur. 11 n'en est pas de même du pore externe que j'avoue n'avoir pas réussi à reconnaître. Sur le tube reposent trois poches ig) transparentes, tapissées d'un épithélium mamelonné, et remplies, à l'époque où je les étudiai, d'un liquide incolore. Ces poches seraient-elles peut être en relation avec l'organe segmenlaire, comme les vésicules séminales des Alciopes? Je n'ai pu acquérir de cerlitude à cet égard. Cependant l'absence de cils vibratiles dans l'intérieur me fait douter qu'elles aient des relations directes avec cel appareil.

A la base du pied, on trouve (fig. 6, /') cette poche glanduleuse opaque, blanchâtre à la lumière incidente, que j'ai déjà décrite et figurée chez divers autres Euniciens el qui paraît déverser son contenu sur les soies.

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