‹ Les annélides chétopodes du Golfe de Naples (volume 3)Chapitre 1 sur 68 · EDOUARD CLAPARÈDE · texte numérisé non relu

EDOUARD CLAPARÈDE

Un séjour de cinq à six mois à Naples, pendant l'hiver de 186G-1807, m'a permis de me consacrer d'une manière soutenue à l'étude des Annélides du »'olle. La richesse extraordinaire de celte mer Taisait abonder autour de moi des matériaux en abondance trop grande pour que je pusse les utiliser tous, et je dus, dès le premier jour, me convaincre combien est erronée cette opinion de M. de Quatrefages ', que les côtes volcaniques sont pauvres en Annélides. La pénurie que ce savant a constatée çà et là, tenait certainement à d'autres causes que la vulcanicité.

Les Annélides de Naples ont été en somme peu étudiées. Elles l'ont été plus cependant qu'on ne paraît le croire en général. Délie Chiaje, armé de son esprit d'investigation toujours infatigable, leur a consacré bien des heures d'observation. Il a entassé dessin sur dessin, souvent sans prendre la peine d'y joindre un texte correspondant. Ses publications ont été laites avec peu de méthode et peu de suite. Aussi Délie

' Histoire naturelle ihs Annelés, tuine I, p. 153.

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Chiaje a-t-il été peu compris, souvent méconnu1. Ses ouvrages sont des carrières inépuisables d'où l'on ne sortira que lentement les blocs grossièrement équarris. Combien de fois n'ai-je pas cru produire au jour des faits entièrement nouveaux, pour me convaincre bientôt, par l'examen attentif des dessins de mon illustre prédécesseur, que ces faits lui étaient parfaitement familiers". Aussi à chaque page, dans le cours de ce mémoire, aurai-je à faire sortir Délie Chiaje de l'obscurité imméritée dans laquelle il est trop souvent resté plongé et à le faire briller au premier rang. Qu'on ne m'accuse pas de partialité en sa faveur. Si je laisse souvent dans l'oubli ses erreurs, nombreuses j'en conviens, c'est qu'elles n'ont eu aucune influence sur la marche de la science.

Les circonstances dans lesquelles j'ai entrepris ce travail étaient éminemment favorables. La science venait d'être enrichie de deux ouvrages importants relatifs aux Annélides : l'un de M. Ehlers, l'autre de M. de Quatrefages. L'un et l'autre faisaient plus ou moins profession de représenter l'état actuel de nos connaissances. Etayé de ce double compendium, je pouvais cheminer dune manière bien plus 'sûre dans une voie rendue facile.

Je ne me dissimule pas combien je suis redevable aux auteurs de ces

1 Délie Chiaje s'est plaint lui-même d'avoir été méconnu par Carus, Meckel, Wagner, M. Edwards et M. Grobe (Descrizione enotomia, etc., 1841, tome III, page 69). Il pourrait augmenter encore aujourd'hui

cette liste.

* Je n'en veux citer pour le moment qu'un exemple pus eu dehors du sujet dont je vais m' occuper. Du trouve en abondance dans le golfe de Naples un beau turbellarié dendrocèle, le Thysanozoon luberculatum (Planaria tuberculata Délie Chiaje, Thysanzoon Diesingii Grube). Eu étudiant cet animal, je lus frappé par différentes particularités anatoiniques, surtout par la suivante : L'appareil mâle est formé de deux moitiés complètement distinctes. Il existe deux pénis débouchant à l'extérieur, chacun isolément, dans la partie antérieure du corps, eu avant du pore féminin. Ou connaissait jusqu'ici des dendrocêles à une seule ouverture sexuelle, d'autres à deux, mais en voici maintenant à trois ouvertures. Ce fait exceptionnel me frappa à juste titre. Mais quelle ne fut pas ma surprise , en feuilletant les travaux de Délie Chiaje, d'y trouver une ligure, sans explication, sans texte, sans nom même au bas de la page, figure qui représente à n'en pas douter une partie de la surface ventrale du T. tuberculatum et qui indique très-exactement les trois pores sexuels ! (Voyez Descriziune e notomia degli animait sensa vertèbre. l'ab. 109, lig. 19. Les pores masculins portent la lettre <i, le pore féminin la lettre r.) Cette ligure a sommeillé depuis l'année 1841, ignorée de tous. — Délie Chiaje a inscrit en tète de l'un de ses ouvrages la devise : Hes non verba. Il lui est resté fidèle, trop fidèle même.

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ouvrages de peines évitées, de recherches facilitées1, d'erreurs sapées même avant leur naissance. Toutefois, sans être injuste à leur égard, il m'est permis de dire que le compendium n'a pas toujours tenu ce qu'il semblait promettre.

L'ouvrage de M. Eltlers, dont il n'a paru qu'une livraison comprenant l'ordre des Nércidiens, n'a de général que le titre. Il comprend en réalité une série de monographies anatomiques consacrées à quelques espèces de l'Adriatique. Ces monographies sont reliées en une sorte de tout par des considérations laxonomiques. Rien qui mérite le nom d'un Traita des Annélides. Le nombre des types étudiés par l'auteur est trop faible pour cela. Quoi qu'il en soit, les monographies de M. Ehlers sont des modèles d'exactitude. Partout où j'ai été dans le cas de répéter les observations de cet analomiste, j'ai dû me pénétrer de leur parfaite vérité, jusque dans les détails d'ordre secondaire.

VHisloire naturelle des Annelés de M. de Quatrefages répond mieux à son titre. C'est un véritable Traité des Annélides polychètes. L'auteur se propose deux buts, d'abord une classification naturelle basée sur l'analomie, puis une énumération de tous les noms et synonymes, afin que chacun puisse rechercher plus facilement les nombreux mémoires et passages relatifs aux Annélides, documents qui sont aujourd'hui disséminés un peu partout. L'auteur a consacré une attention soutenue, un travail assidu et prolongé à cette œuvre en partie aride, dont les fruits seront cueillis surtout par d'autres. Sans doute cette immense compilation renferme quelques lacunes, quelques omissions, dont plusieurs seront indiquées dans ce mémoire; mais il n'eût guère pu en être autrement en présence du dédale dans lequel l'auteur devait rétablir l'ordre. Le fil conducteur que YHistoire des Annelés nous met en main, sera

' Il m'est impossible cependant, à ci' propos, de ne pas faire ;'i l'ouvrage de M. de Quatrefages un reproche qui, sans doute, ne doit pas remonter jusqu'à son auteur. Je veux parler de la multitude de citations fausses. La proportion de fautes typographiques dans l'indication des volumes, des pages, des planches et des figures dépasse tout ce qu'on peut imaginer, el enlève ;'i Pieuvre un des mérites pour lesquels elle aurait été le plus souvent consultée Nulle part l'exactitude n'aurait été plus ;'p souhaiter que dans celte sorte de dictionnaire de la science.

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