‹ Les annélides chétopodes du Golfe de Naples (volume 3)Chapitre 2 sur 68 · Tome xix, 2"1' Partie · texte numérisé non relu

Tome xix, 2"1' Partie

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dorénavant un guide à no point dédaigner. Ce guide, il est vrai, ne doit pas être employé sans contrôle. L'auteur a souvent consulté des planches sans prendre la peine de lire le texte correspondant. L'imperfection d'un dessin, un coup de burin fâcheux l'ont parfois entraîné dans de graves méprises. Ainsi, dans sa famille des Nériniens, M. de Quatrefages caractérise les vers du genre Pygospio Clprd. par la seule circonstance qu'ils ont des pieds uniramés en opposition à tout le reste de la famille où les pieds sont biramés '. 11 sullit d'ouvrir le volume où j'ai établi le genre Pygospio *, pour voir que j'indique les pieds comme biramés, que je décris en détail chaque rame et les soies qu'elle porte. M. de Quatrefages, négligeant de lire le texte, a sans doute établi sa caractéristique fausse d'après une ligure sur une petite échelle qui accompagne mon mémoire, ligure dans laquelle la raine dorsale recouvre la rame ventrale et ne la laisse guère apercevoir. Autre exemple tout semblable : J'ai décrit :* sous le nom de Lumbriconereis Edwardsii un Eunicien des cotes de Normandie, que M. de Quatrefages rapporte au genre Notocirrus*, genre distingué des Lumbriconereis par l'existence d'un cirre dorsal à chaque pied. Or, l'Annélide en question a des pieds de vraie Lumbriconereis et nulle pari je n'ai décrit ni ligure de cirre dorsal. La méprise de M. de Quatrefages vient encore ici de ce que, négligeant le texte, il s'esl attaché à la planche seule. Dans celle-ci, par mie erreur du graveur, le pied est représenté renversé; la petite languette terminale qu'on trouve chez toutes les Lumbriconereis aura été prise, dans cette position, par le savant français, pour un cirre dorsal de Notocirrus. Un peu d'attention cependant eût pu faire reconnaître le renversement de position, surtout à M. de Quatrefages qui ne s'est pas laissé induire en erreur par les planches d'Audouin et M. Edwards, où les pieds de Lumbriconereis sont aussi représentés renversés.

1 Histoire naturelle des Annelès, tome I. p. 437.

- Reobac M uni/en iiber \nnt. mi'l Enlwickliinq wirbelloser Tlikre un der Kiistr der Normandie iinyestellt. Leipzig, 1863, p. 37.

5 Ibid. p. 58.

4 Histoire naturelle </« Annelès, tome I. p. 37i>.

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J'ai cité ces deux exemples, parce qu'ils me concernent, mais je n'ai pas été plus maltraité que bien d'autres et j'aurai à relever trop souvenl des méprises analogues dans le cours de ce mémoire. Cependant, je le répète, avec un peu de circonspection, Y Histoire des\Amelés pourra être employée connue un guide excessivement utile.

En revanche, je ne puis admettre que l'Histoire des Ânnelés repré- ;

seule l'état actuel de la science au point de vue anatomique et physio- \& logique. Nous devons à M. de Quatrefages une multitude d'observations importantes sur ce sujet. Nul n'a étudié les Annélides (Tune manière aussi soutenue que lui; nul surtout n'a eu entre les mains un aussi grand nombre de types et ne les a étudiés à des points de vue aussi variés. J'ai déjà payé ailleurs de la manière la plus formelle mon tribut d'admiration à ces travaux'. Malheureusement, fort de ses recherches nombreuses et approfondies, l'auteur de YHisloire naturelle des Annelés a trop souvent oublié qu'il avait eu des prédécesseurs et que dés contemporains exploraient avec ardeur le même terrain que lui. Sans doute, dans un ouvrage qui n'est qu'un épitome de la science, l'histoire ne peut occuper une grande place, et l'auteur est obligé de se placer à un point de vue entièrement objectif. Mais ce n'est point ce qu'a fait M. de Quatrefages, dont la personnalité se met toujours en avant, même dans la narration de faits connus vingt ou trente ans avant les premiers débuts scientiliques de l'auteur. Il en résulte une véritable falsification de l'histoire de la science, falsification inconsciente sans doute, mais regrettable pourtant. Si, dans le cours de ce mémoire, je rappelle souvenl les travaux d'anciens observateurs, c'est en partie une protestation contre l'ostracisme dont ils commencent à être frappés.

D'ailleurs, si M. de Quatrefages a souvent cru pouvoir se passer des observations de ses devanciers et de ses contemporains, c'est à son détriment. Combien d'erreurs que j'aurai à combattre auraient été évitées, si rauleur eût étudié consciencieusement les travaux de Rathke, de Délie Chiaje,de M. Grube et de tant d'autres, s'il eût tenu compte des études

1 Voyez Gtunures wotamiques parmi le» Annélides de Purl-Vendres. (ienève, 1864.

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des hisliologistes, tels que MM. Kôlliker, Leydig, etc. Il n'eût pas fait, comme cela lui est arrivé quelquefois, pour la structure des branchies par exemple, rétrograder la science jusqu'à l'époque de Pallas.

Ce jugement peut paraître sévère, mais il sera amplement justifié. Je ne pense pas d'ailleurs que la grandeur de l'œuvre interdise d'en signaler les défauts. Celui que je viens d'indiquer ne saurait du reste être dissimulé. Il en est un second sur lequel je ne puis me taire. Pourquoi M. de Quatrefages, qui connaît si admirablement les Annélides, s'est-il laissé entraîner à décrire tant de genres et d'espèces d'après des individus conservés dans l'alcool au Muséum de Paris"? Il sait, mieux que personne, que ce genre de travail est profondément inutile, que les Annélides ne peuvent bien s'étudier qu'au bord de la mer, à l'aide d'individus vivants. Décrire, comme il le fait, tant de variétés alcooliques, c'est embarrasser la science d'un caput mortuum dont il faudra de longues années pour se débarrasser'.

Je ne saurais clore cette préface, déjà trop longue, sans exprimer nies remercîments à M. Elias Mecznikow, qui a fait pour moi plus d'une course en mer, lorsque ma mauvaise santé me condamnait au repos; jamais il ne négligea l'occasion de grossir mon butin d'Annélides raies et précieuses. Un mot de reconnaissance aussi à mes pêcheurs Giovanni di Giovanni et Domenico di Giovanni.

Cologny, juillet 18(57.

1 lin juge bien compétent, M. le professeur Sehjôdle, de Copenhague, me disait d y a peu de jours: o Les musées pèsent lourdement sur la science. » Parole trop vraie dans bien des cas.

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