Tome xix, 2"" Partie
i28 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
de la base du pied. Le segment buccal et le premier segment sétigère en sont dépourvus. Il est deux fois aussi long que le pied lui-même, et formé de deux parties articulées l'une avec l'autre : l'une basilaire, cylindrique (2 B, a) formant la plus grande partie de la longueur: l'autre conique, terminale (2 B, b) et courte.
La partie cylindrique renferme dans Taxe une sorte d'acicule très-ténu ; elle est parcourue par quatre vaisseaux sanguins (2 B, /') parallèles, d'un rouge pâle, qui se réunissent par des anses immédiatement au-dessous de l'articulation de la pièce terminale. Ces vaisseaux paraissent le plus souvent n'avoir pas d'autres anastomoses entre eux. Pourtant dans des circonstances favorables, où les vaisseaux de l'organe sont gorgés de sang, on peut s'assurer que les quatre vaisseaux longitudinaux sont réunis par tout un réseau vasculaire délicat et fort riche. La pâleur du sang dans ces vaisseaux étroits contribue à en rendre l'étude difficile. Je ne pense pas qu'on puisse hésiter à considérer ce cirre comme une branchie, d'autant moins que son côté dorsal est couvert de cils vibratiles produisant un renouvellement constant de l'eau. C'est déjà le nom que lui donne Délie Chiaje'. Sans doute ce ne sont pas là les seules localisalions de la fonction respiratoire. L'oxygénation du sang a vraisemblablement aussi lieu dans les réseaux des côtés des segments et de la base des rames pédieuses. Dans les pieds en particulier on voit pénétrer une anse vasculaire, entre les deux branches de laquelle s'établit tout un réseau capillaire fort riche (2 B, e), du côté dorsal de la rame pédieuse;or ce côté est précisément couvert de cils vibratiles.
Au point de vue des homologies, il est intéressant de constater que seul l'article terminal (2 B, b) de ce cirre branchial correspond au cirre dorsal proprement dit des autres Annélides. En effet, chez les Euniciens, les Aphroditiens et la plupart des Annélides, le cirre dorsal repose sur un petit article basilaire cylindrique. Cet article basilaire s'allonge d'une manière extraordinaire chez les Staurocéphales, au point de dépasser
1 Chez la Nereis Uudolphii. Voyez IstUuzioni di \nulomin comparait scritle </<< Stefano Dette Chiaje, ->• édit., i. Il, Napoli 1836, \>. H>.
beaucoup en longueur le cirre qu'il supporte. En même temps il revêl lr> fonctions de véritable branchie. Je prouve l'exactitude de celle interprétation de la manière suivante : chez les Euniciens en général el chez d'autres Annélides connue les Psamathes, divers Phyllodociens, etc., on trouve les cirres dorsaux munis d'un ou plusieurs acicules qui pénètrent dans leur article basilaire, mais dans la règle pas au delà. Les soies très-fines découvertes par M. Grube dans les cirres de YAnisoceras vittata sont évidemment les homologues de ces acicules, devenus fort longs par suite de l'allongement exceptionnel du cirre. L'acicule capillaire, décrit plus haut, appartient à la même catégorie. Toutefois, cet acicule se termine en deçà de l'articulation de la pièce basilaire principale avec le petit cirre terminal. Si l'on compare cette conformation des cirres dorsaux avec celle des antennes décrites plus haut chez les Staurocéphales' , on remarquera que tous ces organes sont modifiés de la même manière, c'est-à-dire dans le sens d'un développement extrême de l'article basilaire.
Pour terminer ce qui concerne les rames pédieuses, je ferai remarquer qu'à de forts grossissements (objectifs à immersion de Hartnack) on voit parfois leur surface décharger une multitude de petits bâtonnets rcctilignes qui restent tout autour, immobiles et entrecroisés en sens divers. J'ai déjà signalé ce phénomène (follicules bacillipares) chez beaucoup d'autres Annélides.
Le segment anal se termine par quatre cirres: deux courts, ventraux, el deux longs, dorsaux et multi-arlieulés.
Le système digestif frappe immédiatement par la singulière armure de la trompe. Cette armure maxillaire a paru à M. Keferstein composée d'un nombre de pièces bien faible pour des Euniciens; M. Fritz Millier, qui a mieux vu, indique au contraire une centaine de pièces. En lin,
1 Dans son dernier travail relatai au Stauror-eplialus rubrni'itlalus. M. Grulic ituli<|iie l'armure pharyngienne comme Formée de quatre rangées de petites mâchoires dentées en scie, tandis que chez VAnisocerai rubra, il ne parle que de deux mâchoires allongées et dentées en scie. Je ne doute pas que ces deux traits continus ne se fussent résous à un grossissement suffisant en une série de pièces.