‹ Les annélides chétopodes du Golfe de Naples (volume 3)Chapitre 53 sur 68 · Tome xix, 2me Paiuie · texte numérisé non relu

Tome xix, 2me Paiuie

532 ANNfil.IDES CHÉTOPODES

Genre MYRIANIDA M. Edw. (Ehlers rev.)

M. Edwards n'avait pas donné de diagnose générique de sa Myrianida fasciala. Celte lacune a été suppléée par M. Ehlers d'une manière qui me paraît très-satisfaisante, en distinguant les Myrianides soit des Aulolytes soit des Procernea parla forme foliacée si remarquable des cirres. M. de Quatrefages a aussi tenté de caractériser le genre Myrianide, mais d'une manière très-insuffisante, car sa diagnose s'applique tout aussi bien aux Aulolytes et aux Proceraea '.

Myrianida macui.ata.

PI. XIII, lig. i.

Myrianida (spécimen haud maturum) longitudine ■?""", 5, segmentis 54, antice dilutissime brunnea, posteriora versus paltida, macuîis nonntdUs dorso insidentibus, magnis, rubris insignis. Antennœ externœ haud foliosœ. lJal/>i coaliti. marginem fronialem lobi cephalici paulum superantes. Qculorwm paria duo coalescentia.

Les Myrianides passent comme les Aulolytes et les Proceriea pour dépourvus de palpes. Cependant chez tous, ces organes existent en réalité à l'état rudimentaire sous le lobe eéphalique2, et chez la M. maculala ils dépassent même légèrement le lobe frontal.

Les grandes taches rouges caractéristiques de l'espèce sont de forme assez irrégulière. La première occupe la partie médiane des trois premiers segments; j'ai trouvé la seconde au 9mc segment, la troisième au 12'"° et les suivantes de 4 en 4 segments.

1 M. do Quatrefages n'accepte, il est vrai, pas le genre Procerœa Ehl qu'il fusionne avec les Myrianides. Eu revanche, il accepte bien le genre Anlolytns qui, ilans son idée, se distinguerait des Myrianides par la présence d'un cirre ventral. J'ai déjà montré que M. de Quatrefages est sur ce point dans l'erreur et que les Aulolytes sont tout aussi bien dépourvus de cirre ventral que les Myrianides.

2 C'est ce que M. Grubea déjà remarqué pour son Autolytus prolifer.

1)1 GOLFE I>K WPI.KS. 533

Le lobe céphalique, légèrement émarginé en arrière, porte doux gros yeux sur la région occipitale, munis chacun d'un cristallin en avant. Toutefois chaque œil a la forme d'un 8 et doit être considéré connue résultant de la fusion de deux. L'antenne médiane, à base étroite, est fort longue, semblable à un ruban festonné sur le bord. Les antennes latérales atteignent à peine la moitié de sa longueur et ne sont que peu aplaties. Il en est de même du tentacule inférieur du segment buccal, tandis que le tentacule supérieur et les cirres de tous les segments suivants sont foliacés. La ressemblance avec une feuille est d'autant plus grande que le nerf de chaque cirre se ramifie dans l'intérieur et simule le système des nervures de la feuille. Le plus grand de tous ces appendices est le cirre dorsal du second segment, à peu près aussi long que l'antenne impaire. Les antennes et les cirres sont tous hérissés de soies tactiles très-serrées el très-cou ries. Chaque cirre repose sur un article basilaire conique, court dans les segments antérieurs, mais devenant graduellement beaucoup plus long vers la région moyenne. Les soies sont des soies d'Autolyte à serpe rudimenlaire.

La trompe est longue et sinueuse ; elle offre la même division en trois régions et la même structure que chez la Procerœa aurantiaca et l'Aulolytus Hesperidum. Le bord antérieur de la cuticule ne présente à proprement parler pas de cercle de dents. Il est simplement évasé, épaissi et divisé par quelques stries en un certain nombre de créneaux juxtaposés. Le proventricule de couleur violàtre compte 54 rangées de glandes et occupe les segments 15 et 14. Le ventricule et les glandes annexes font défaut comme chez les Autolytes et les Proceraja. L'intestin biliaire en rosaire commence dès le 15n,e segment. 11 est de couleur jaune, semé de taches brunes.

531 ANNËLIDES CHfiTOPODES

Genre PTEROSYLLIS Clprd.

{NICOTIA Ach. Costa. GATTIOLA Jolinst.)

J'ai établi le genre Pterosyllis dès l'année 1863 ' pour une espèce de la Manche (Pi. f'ormosa Clprd.) et j'en ai décrit depuis lors une secondeespèce la Pi. dorsigera* de Port-Vendres. En 1864 M. Ach. Costa : sans connaître mes observations, décrivit sous le nom de Nicotia lineolata une espèce du golfe de Naples appartenant évidemment au même genre. Il l'étudia avec beaucoup de soin, et accompagna son mémoire de nombreuses figures. Celte belle espèce, que je n'ai pas rencontrée moi-même, devra porter dorénavant le nom de Pterosyllis lineolata.

En 1865, dans l'ouvrage posthume de Johnston ', nous voyons apparaître une quatrième espèce du genre sous le nom de Gattiola spectabilis, l'éditeur, M. Baird, n'ayant eu connaissance ni des Pterosyllis ni des Nicotia.

Enfin en 1867 M. Malmgren B, en nous enrichissant d'une cinquième espèce, essaie de conserver à la fois les genres Pterosyllis et Cattiola, en plaçant dans le premier genre les espèces dans lesquelles les serpes des soies falcigères sont bidentées à l'extrémité et dans le second celles dont les serpes sont unidentées. Je ne pense pas qu'on puisse donner à ce caractère une valeur générique. La valeur spécifique est même très-douteuse, car chez beaucoup de Syllidiens les serpes sont bidentées dans une partie des segments, unidentées dans les autres. En tout cas, la distinction de M. Malmgren dùt-elle être adoptée, le nom de Nicotia Costa aurait la priorité sur celui de Gattiola Johnst. '

1 Beobachtnnrjen iiber Anat. a. Enlw. p. 40.

- Glanures parmi les Annélides de Port-Vendres, p. 100 (50U). Genève, 186i.

"• Annuario del Mitsco zuuloyico ilellu r. Université di Napoli. Atino II, ftapoli, 186 4, p. 160.

4 .4 Cataloijue of the britislt non parasitical Worms, p. 195.

r' Annulât» polychœta Spetsbergiœ, Grœnlandiœ, etc., p. 38.

'■ Les espèces du genre Pterosyllis sont donc aujourd'hui les suivantes: /'/. forinnsa Clprd. des côtes

ni (,<»i Ki; de napi.es. ").'!')

Famille des HESIONIENS Grube (Sars, Schmr.)

M. de Quatrefages remarque que la famille des Hésioniens est peu connue anatomiquement. J'avais pourtant, de même (|iie M. Keferstein, étudié avec soin au point de vue anatomique une espèce du genre Psanialhe. Mais {'Histoire des Annelés distrait cette espèce du genre Psamathe et la classe sans raison dans la famille des Syllidiens. Quoi qu'il en soit, on trouvera ci-dessous un examen anatomique de divers types de celle famille.

Genre PSAMATHE Johnst. (Keferst. rec.)

Lorsque Johnston établit son genre Psamathe1, il en donna une diagnose, dans laquelle les caractères cardinaux sont l'existence de 8 paires de cirres tentaculaires el l'absence de mâchoires. Plus tard" il reconnut que son espèce (Ps. fusca Johnst.) possède bien réellement deux mâchoires et, l'identifiant avec la Castalia punctata QErst. , il la décrivit de nouveau sous le nom de Psamathe punctata; procédé blâmable, puisque l'auteur aurait dû abandonner son nom générique de Psamathe pour celui de Castalia Sav. qui date de 1817. Aussi M. Malmgren' a-til eu parfaitement raison de ne pas admettre la rectification insuffisante de Johnston, et d'annuler le genre Psamathe Johnst.

de Normandie; /'(. dorsigera Clprd. de Port -Vendre s ; l'i. lineolata (sp. A. Costa) du golfe de Naples; Pt. spectabilis (sp. Johnst.) des côtes de Grande-Bretagne et Pt. finmarchica (sp. .Malmgr.) du Finmark.

1 Lond. Mai/, ofnat. History, IX, 1836, p. 15.

■ Catalogue of tke non parasitical Worms, etc. 1865, p. INI,

3 Annulata polychœta Spetsbenjiœ, etc. 1867, p. 31.

536 ANNÊLIOES CHÉTOPODES

Dans l'intervalle cependant, M. Keferstein ' avait décrit sous le nom de Psamathe cirrata un ver qui correspond entièrement à la caractéristique première de Johnslon. C'est une Castalie complètement privée de mâchoires, différant d'ailleurs des Castalies proprement dites par son port. C'est en effet un ver filiforme à segments nombreux (polymère comme disait Blainville) et point court et épais (oligoméré Blnv.) comme les vraies Castalies et les Hésiones. Ce genre excellent doit donc être conservé et la Psamathe cirrata Kefrsl. en devient le type \

M. de QuatrefageSj qui ne connaissait les Psamathe de Johnslon que par les travaux du savant anglais, leur donna une caractéristique fausse5 en ne leur attribuant (pie 8 cirres tentaculaires en tout. Cette erreur provient d'une expression incorrecte de Johnslon, qui parle en effet de quatre paires de cirres tentaculaires. Mais il suffit de lire attentivement sa description et de comparer ses ligures pour voir qu'il veut dire partout quatre paires de cirres tentaculaires de chaque côté. Par suite de cette méprise, M. de Quatrefages en vient à distinguer les Psamathe à 8 cirres tentaculaires de celles qui en ont 16. A ces dernières, dont il prit comme type la Ps. cirrata kefrsl. en la dédoublant artificiellement en deux espèces, il donna le nom de Kefersteinia ' et il mil le comble au désordre en assignant à ces espèces une place parmi les Syllidiens, tandis que ce sont des llésioniens pur sang5.

1 Beobachtunyen Uber niedere Seethiere, p. 187.

■ Les Cirrosyllis de M. Schmarda, à en juger par les ligures de cet auteur, doivent former un genre distinct.

s Hist. nat. des Annelés, II, p. 93 et 101.

'• Hist. nat. des Innelés, I86G, II, p. 41.

5 On sait que le nom de Hulimede Rathke a la priorité sur celui de Psamathe Johnst. Mais eu outre des raisons qu'on a déjà l'ait valoir contre cette dénomination, je ne suis pas certain que l'identification qu'on a faite de Y H. venuslu Rathke avec les Psamathe Johnst., soit pleinement justifiée. Rathke ne parle dans tous les cas que de six paires de cirres tentaculaires et point de huit. Le lait que le nom de Psamathe ait été déjà donné en 1814 à un crustacé, par Rafinesque, ne me semble pas suffisant pour faire rejeter cette dénomination.

PSAMATHE CIRRATA.

Psamathe cirrala Kfrst. Unters. ûber oied. Seethiere, p. 107, pi. IX, fig. 3:J-30.

» » Clprd. Beobachtungen, etc., p. 55, pi. XIV, lig. 1-7.

Kefersteinia cirrata Qtrfg. Ilist. natnr. dos Annelés, II, p. il. » Claparedii Qtrfg. Ibid., p. 4-2.

Celle Psamathe «|ii<* j'ai rencontrée une seule fois dans le golfe de Naples, est identique de tous points avec celle des côtes de Normandie el je crois impossible de la distinguer même comme variété. Une minime différence dans les proportions de la serpe des soies ne me paraît du moins pas suffisante pour cela. Elle est très-décidément privée de mâchoires et ne doit point être confondue avec les Castalies.

La division de cette espèce en deux, ipie M. de Quatrefages a tentée après un coup d'ceil rapide sur les dessins de M. Keferslein el sur les miens, esl insoutenable. Les 4 premiers segments extrêmement condensés, ne sont séparés que par de très-légers sillons, indiqués dans mes ligures, laissés de coté dans celles de M. Keferslein. Ces sillons peuvent être d'ailleurs plus ou moins marqués selon les individus. Dans tous les cas chacun des cirres lenlaculaires renferme i\n acicule dans son article basilaire.

Genre TYRRHENA'.

II<sio)ii(l(T> seynimtis haud numerosis composites, fobo cephalico antennas qmnque tuberculumque frontale prœbente. Pedpm ramus superior setis capillaribus, inferior festucis instructm. Cirrorum tentacularium paria octo. Proboscidis maxillcp. duce.

Ce genre est voisin des Castalia (Sav.)GE'rst. Il s'en distingue, comme on le voit, par l'existence d'une antenne impaire et d'un tubercule frontal.

D'après la mer Tyrrhénienne qu'habile l' espèce-type.

538 awéi.idf.s chêtopodes

Tyrrhena Claparedii.

Caslalia Claparedii Ach. Costa, in litt. (Annuario del Museo zoologico ili Napoli).

PI. XVIII, ûg. 3.-

Tyrrhena longitudine 45™m, latitudine •/""". segmentis 21, roseo-carnea . iridescens, antenna <it:<ij>ilttli impari fere obsdleta. Huants dorsuàlis ventrali multo breoior te-

ii ii torque.

Ce ver que M. le prof. Achille Costa veut bien me dédier n'est encore décrit par lui que dans son manuscrit du tome IV de l'Annuaire du Musée zoologique de Naples. Cette description aura sans doute reçu le baptême de l'impression avant la mienne. Je tiens à bien établir que le ver décrit ici est le même que M.Achille Costa a eu entre les mains. Je m'en suis convaincu au Musée de Naples. Toutefois l'étude cursive que M. Costa a dû faire de celle Annélide ne lui a pas permis de constater l'existence de quelques caractères importants, tels que l'antenne impaire, la rame dorsale des pieds, etc. Cette déclaration était nécessaire pour expliquer comment je donne sous le nom de Tyrrhena Claparedii une description qui s'éloignera beaucoup de celle que M. Costa va publier de sa Caslalia Claparedii.

La figure représente un individu géant de notre Tyrrhena. La plupart des échantillons sont d'un tiers plus petits, reconnaissables toujours à leur grande brièveté et à leur belle couleur rose qui n'exclut point la transparence. Le corps convexe en dessus est aplati en dessous.

Le lobe cépbalique est arrondi. Son bord frontal porte quatre antennes (3 K), deux supérieures (a) et deux inférieures (e). Les premières sont minces, filiformes, les secondes larges et composées de deux articles cylindriques., l'un basilaire presque aussi long que les antennes supérieures, l'autre plus court, s'invaginant en partie dans le premier. Ces antennes inférieures sont donc très-semblables à celles des Psamathes, et peut-être devraient-elles être comparées aux palpes des Lycoridiens. Entre les antennes, sur le bord frontal extrême, s'élève un tubercule cylindrique (3 K, b) se terminant par un petit cône. La limite du cône et du cylindre porte un cercle de cils vibratiles (e). La cinquième antenne (3 K, (/), beaucoup plus petite que les autres, est

implantée sur la partie postérieure du vertex, où elle échappe facilement à l'observation. Les yeux antérieurs, plus grands que les postérieurs, sont seuls munis do crislallin.

Les quatre premiers segments sont très-condensés et mal séparés les uns des autres (fig. 3). Encore un cas où il est facile de discuter sans résultat la question de savoir si ces quatre anneaux peu marqués doivent être considérés comme autant de segments ou comme an segment buccal quadriannelé. La première opinion me semble la plus vraisemblable! Quoi qu'il en soit, chacun de ers anneaux porte deux paires de longs cirres tentaculaires indistinctement moniliform.es, dont chacun renferme un acicule dans l'article basilairp. Au segment suivant commencent les pieds, formés d'une rame principale inférieure et d'une rame accessoire supérieure. La première est cylindrique, ornée de sillons annulaires et couverte de cils vibratiles à la base (3 A, e), cils qui paraissent d'ailleurs se continuer sur la plus grande partie du corps de l'animal. Un gros acicule noir lui sert de soutien (f), et se termine dans une papille saillante de l'extrémité de la rame. Au-dessous de cette papille sort le faisceau de soies falcigères d'un jaune doré vif. Les serpes (3 I) sont birostres, dépourvues de serrature sur le tranchant et surmontées, au moins pendant leur jeunesse, de la longue lame très-acérée (a) qui leur a servi à se frayer une route à travers les tissus du pied. Le cirre ventral cylindrique (3 A, g) naît vers le milieu de la longueur de la rame; il n'en dépasse pas l'extrémité.

La rame supérieure nait de la hase de la rame inférieure comme un petit appendice cylindrique. Elle renferme un gros acicule (3 A, b) noirâtre et donne issue par son extrémité à un faisceau de trois ou quatre soies simples (b), fines, aiguës, paraissant striées en travers à un fort grossissement (3 H). Le cirre dorsal (3 A, d) naît à côté de la rame dorsale par un article basilaire, au moins aussi large que la rame elle-même. Cet article est annelé et renferme un acicule noirfcj. Le cirre proprement dit est fort long, plus mince que l'article basilaire et vaguement moniliforme. Un pigment brun est accumulé dans ses articles.

Le segment anal porte deux longs cirres terminaux, semblables aux cirres dorsaux. La trompe très-charnue est dentelée en papilles à son bord. En l'ouvrant on y trouve deux petites mâchoires (3 B) faciles â méconnaître. Elles sont en effet noyées dans les muscles ( 3 B, a) de l'organe, et leurs pointes seules sont à découvert, comme deux petits tubercules durs. Vue de profil (3 B), chaque mâchoire est fortement arquée, à pointe très-obtuse, sans aucune dentelure. De face (3 C) elle laisse voir une sorte de gouttière (a), courant tout le long de la concavité.

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