Anaitis pusilla
PI. IX, fig. 5.
Vorpuslongitudutt '.""". \ Kiridi-flaccsmis, s<'<)mmtis28. Lobiis cejjhalicus ovatus, ocidis permagnis duobus. Antennœ citrique tentaeulares médiocres, basi vcUde tumida, apirc nttemutfo. Cirri dorsuales foliacei, médiocres.
Cette espèce est forl remarquable par sa petitesse et le nombre de ses segments, exceptionnellement faible pour un Phyllodocien. Les mesures sont prises sur un mâle adulte.
Le lobe céphalique est assez grand, quoique très-inférieur aux dimensions de celui de ['A. lineala et surtout de l'A cephalotes. Les antennes sont relativement longues, très-renflées a la base. Les yeux sont grands, ovales, avec un petit cristallin au centre.
Les deux premières paires de cirres tentaculaires appartiennent évidemment au segment buccal, dont ils représentent les cirres ventraux et dorsaux. La troisième paire naît immédiatement en arrière des deux premières et l'on pourrait être tenté de l'attribuer également au segment buccal. Toutefois on trouve à sa base un petit processus portant le premier faisceau de soies, ce qui me conduit à attribuer cette paire de cirres au second segment, il est vrai intimement soudé au premier. En effet, chez aucun autre Phyllodocien on ne connaît de segment buccal porteur de pieds sétigères. Je suis confirmé dans cette interprétation par la circonstance que le segment suivant
porte la dernière paire de cirres tentaculaires comme cirre dorsal, plus une rame sétigère et un cirre ventral foliacé. Or ce sont précisément là les caractères du troisième segment chez les autres Anaïtis. -Les cirres dorsaux sont relativement petits, courts et lancéolés. Les cirres ventraux sont presque aussi grands qu'eux. Le segment anal porte quatre cirres terminaux foliacés, entièrement semblables aux cirres dorsaux. Les zoospermes (5 A) ont une tête allongée.
Genre EULALIA Sav. (Œrst. rec.) Sous-genre EUMIDA Mlmgr.
EULALIA (EUMIDA) GUTTATA.
PI. IX, fig. 2.
Corpus longitudine 45mm, iatitmline 2mm, subteres, antice et postice attcnmtum, viride, punctis niyris notation, sey mentis circa 200. Lobus cephçilicus antice rotundatus, niaryim postico recto, antennis lonyioribus, oculis magnis duobus.
Cette espèce n'est point rare aux environs de Naples où j'ai rencontré des individus mûrs des deux sexes. Elle est d'une belle couleur verte, avec de petites taches noires ou brunes, circulaires, semées sur les côtés des segments, dans toute la longueur du corps. Quelquefois un petit noyau blanc se montre au centre de la tache, de manière à lui donner l'apparence d'un œil microscopique avec son cristallin. Des taches analogues sont parfois disséminées dans les cirres.
Le lobe céphalique est semi-lunaire avec un appendice en forme de croissant au bord frontal. Les antennes paires sont portées l'une en dessus, l'autre en dessous par ce bord frontal, tandis que l'antenne impaire est implantée bien plus en arrière, légèrement en avant des yeux. Tous ces appendices sont relativement assez longs et décroissent régulièrement de diamètre, de la base à l'extrémité. Les trois premiers segments, porteurs de quatre cirres tentaculaires, sont bien distincts. Seul le troisième porte une rame pédieuse proprement dite, avec faisceau de soies; il présente, en outre de son grand cirre dorsal, un petit cirre ventral foliacé. Le second segment, bien que dépourvu de tubercule sétigère, renferme néanmoins des acicules dans la base de ses cirres tentaculaires. Je n'ai en revanche pas trouvé d'acicules aux cirres du segment buccal. A partir du quatrième segment tous les cirres sont foliacés et remplis des follicules ordinaires. Les premiers cirres dorsaux lamellaires sont bien plus courts que les cirres tentaculaires, mais les suivants augmentent rapidement de longueur. Le segment anal porte deux longs cirres terminaux foliacés.
98 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
La trompe proprement dite pénètre jusqu'au trente-septième segment; puis vient le proventricule jusqu'au quarante-deuxième, et l'estomac sinueux et contourné environ jusqu'au cinquante-troisième. Là commence l'intestin proprement dit. Chez un individu j'ai trouvé ce dernier rempli de soies de Spionidiens. Les Phvllodociens, malgré l'absence d'armure de leur trompe, paraissent donc se nourrir de proie.
Chez les femelles, les œufs discoïdaux sont d'un vert superbe.
Sous-genre PTEROCIRRUS Clprd.
EULALIA (PTEROCIRRUS) MICROCEPHALA.
PI. IX, fig. 3.
Corpus longitudine 80mm, laiitudine ■!""", subteres, tmtice et postice attenuatim, viride. Lobus cephalicus miniums, svborbicularis, oculisduobus mediocribus. antennis brevissimis.
Cette nouvelle espèce du sous-genre Pterocirrus n'offre aucune ressemblance avec celles que j'ai précédemment décrites. L'extrême petitesse de son lobe céphalique et la brièveté de ses antennes lui donnent uni' apparence toute spéciale. Les deux premières paires de cirres tentaculaires et celle qui porte le limbe, quoique trois fois aussi longues que les antennes, sont bien plus courtes que les deux autres. Le limbe du cirre marginé diminue graduellement de largeur jusqu'à l'extrémité : le cirre lui-même n'otfre pas de renflement basilaire marqué.
La couleur de l'animal est d'un beau vert, mais des taches noirâtres sont semées irrégulièrement sur les cirres et parfois aussi sur 1rs cotés des segments.
THIBl DES LOPADORHYNCHIDES.
J'élève ici an rang d'une tribu spéciale des Phyllodoeiens pélagiques, à tissus transparents comme du verre, portant à la base des pieds des corps glandulaires de couleur sombre. Cette tribu forme un lien incontestable entre les Phyllodocides et la famille de Alciopiens, et montre qu'il aurait été peut-être plus naturel de considérer ces derniers vers comme une simple tribu des Pbyllodociens, plutôt que comme une famille à part. Les Lopadorbynchides ne se distinguent en effet guère des
Alciopiens que par l'absence de tout développement extraordinaire des yeux. Ils ont, comme eux, les corps glandulaires de la base des pieds, il est vrai moins développés.
M. de Qualrefages ' exclut ces vers de la famille des Phyllodociens pour les réunir à celle des Hésioniens, avec laquelle ils n'ont certainement rien à faire. La forme foliacée des cirres, si caractéristique des Pbyllodociens, mais totalement étrangère au type des Hésioniens, à cirres toujours filiformes, suffirait à montrer que les Lopadorhynchides sont plus proches parents des premiers que des seconds. Je crois d'ailleurs inutile de combattre en détail l'opinion de M. de Qualrefages, ce savant ne connaissant les Annélides en question que par les dessins fort insuffisants et 1rs descriptions de M. Grube. Or ce dernier, aussi bien (pie M. Krohn 2, les deux seuls naturalistes qui paraissent avoir vu des Lopadorhynchides avant moi, n'ont pas hésité à les reconnaître comme des Phyllodociens.
Genre HYDROPHANES.
Corpus brève, segmt niis mi mis numerosis. Antennce quatuor. Cirri tentaeulares 4. Pedes parium duorum anteriorum conici, setis simplicïbus incurvatis parum numerosis armait : cœteri pedi s compressi, festucis permidtis cultriferis flabeUi instar expansis.
M. Grube établit, dès 1855, le genre Lopadorhynchus, d'après des Annélides de la Méditerranée, envoyés au musée de Saint-Pétersbourg par M. Krohn. C'était le Lopadorhynchus brevis Gr., qui parait n'avoir été revu par personne depuis lors. Peu après, M. Krohn envoya à .M. Grube un autre ver à faciès bien différent, se distinguant du L. brevis par une forme tout à fait exceptionnelle des deux premières paires de pieds, dont les soies sont en outre totalement différentes de celles du reste du corps. M. Grube émit l'hypothèse que ces vers, pour lesquels je forme aujourd'hui le genre Hydrophanes, ne sont que les
1 Uist. naturelle des Annelés, II, |). 102.
* D'après une communication orale île ce savaut.
100 ANNÉLIDES CHÊTOPODES
mâles des Lopadorhynques. Toutefois celte hypothèse est mal assise, et je la considère comme fort invraisemblable. J'ai été en effet dans le cas, comme nous le verrons plus loin, d'étudier un très-jeune Hydrophane, qui présentait néanmoins déjà tous les caractères du genre. Or les différences sexuelles externes sont fort rares chez les Annélides polychèles. Nous n'en connaissons guère d'exemple que chez quelques Syllidiens et quelques Lycoridiens, et, dansées cas-là, les différences sexuelles n'existent jamais dès le jeune Age, mais font leur première apparition vers l'époque de la maturité. Il n'y a donc aucune vraisemblance à supposer chez deux formes aussi divergentes de simples différences sexuelles. Au contraire, il n'est point fort rare de voir certains pieds prendre chez une Annélide une forme très-exceptionnelle, tandis que tous les pieds restent semblables chez des formes d'ailleurs très-voisines, témoin les Polydores et les Spios.
Hydrophanes Krohmi.
'! Lopadorhynehus brevis Grube, Archiv fur Naturgescb. 185.r>, XXI, p. I00, /<>•» parle, Taf. in. lig. 15.
PI. XI, fig. 2.
Corpus depressum. vitmim. /liiuii.s valde prominentibus , tuberciUo setigero alto compressa. Lobus cephalicus brevis, ocidis minutis, antennis inferioribus brevissimis. Glanilirftr Iinrilli/irirrr lni/inifonues m mit, ■rinrr corporis parte utrinque duce, permagtue.
De même que M. Grube, c'esl à l'obligeance de M. Krohn que je dois la connaissance de ce Lopadorhynchide. L'individu qu'il m'apporta, plein de vie, avait élé péché par lui à la surface de la mer, à l'aide du tilel de Mùller. Il était de fort petite taille, sa longueur ne dépassant pas lmm,8 pour une largeur de 0mm,8 (pieds compris), et le nombre de ses segments n'était que de 14. Je suis très-porté à croire qu'il s'agit d'un jeune individu de la même espèce que M. Grube ;i considérée comme le mâle du Lopadorhynehus brevis '. Le dessin publié par ce savant n'offre, il est vrai, aucune ressemblance avec le mien , mais il ne
1 M. Grube n'indique pas la grandeur dos individus observés par lui. Il est donc à présumer qu'elle ne s'écartait pas beaucoup de celle du Lopadorhynehus hrevis typique, indiquée par lui de 5 à 7 lignes.
faut pas oublier que M. Grube n'a étudié que des individus conserves dans l'alcool. Or, des rires aussi délicats que les Lopadorhynchides ne peuvent être conservés que d'une manière très-imparfaite.
Le lobe céphalique est arrondi en avant, presque deux fois aussi large que long; il porte de chaque côté un petit œil brun, muni d'un cristallin. L'insertion des quatre antennes est tout à fait latérale: la paire supérieure est environ quatre ou cinq fois aussi longue que l'inférieure.
Le segment buccal est fort court et porteur de deux paires de cirres tentaculaires, variés de brun, plus longs que les antennes. M. Grube indique trois paires de cirres tentaculaires, mais je ne pense pas qu'il faille voir dans cette indication différente la preuve d'une différence spécifique. L' Hydrophanes Krohnii présente en effet deux sortes de poches piril'ormes (lig. 2, a) qui s'ouvrent par la pointe entre le lobe céphalique et le segment buccal. Ces poches sont susceptibles de s'extroverser par l'ouverture. Elles font alors saillie sur les côtés du lobe céphalique. sous la l'orme de coupes ciliées (fig. 2. a). Ces organes sont sans doute comparables aux boutons rétractiles que j'ai décrits plus haut chez \Anaitis peremptoria, et qu'on retrouve chez tant de Phyllodociens. Il n'y a rien d'improbable à ce qu'ils aient été pris pour des cirres tentaculaires chez des individus conservés dans l'alcool.
Les pieds des deux premières paires sont formés par une raine large et conique. Les suivants sont comprimés et de forme arquée ou semi-lunaire lorsqu'on les examine en dessus (fig. 2). Vus de profil (2 B). ils sont très-hauts et se terminent en une pointe portant une aile membraneuse qui recouvre la base des soies. A la base des pieds, sur le bord postérieur de ces organes, est un tubercule brun, évidemment comparable aux tubercules glandulaires des Alciopiens. Les cirres dorsaux sont foliacés, de forme lancéolée : leur pointe n'atteint pas l'extrémité de la rame. Les cirres ventraux, également foliacés, sont insérés un peu plus près de l'extrémité de la rame que les dorsaux. Chaque pied est soutenu par un fort acicule incolore. Ceux des deux premières paires sont armés exclusivement de soies simples, vigoureuses, courbées en S et crochues à l'extrémité (2 E). Leur nombre ne dépassait pas neuf par pied. Les pieds des segments suivants portent un large «vantail de soies composées, cultrifères, très-remarquables. La figure que j'en donne (2 C), bien que différant quelque peu de celle de M. Grube, est fort exacte. L'appendice terminal a une forme très-exceptionnelle. C'est un large conltrê à dos épais et arqué, et à tranchant rectiligne. La soie la plus inférieure de chaque évantail a une forme très-différente (2 D). C'est une soie simple, renllée en massue un peu avant la pointe terminale qui est légèrement
102 ANNÉL1DES CHÉTOPODES
recourbée. Toutes ces soies sont parfaitement incolores. Comme chez les Alciopiens. elles pénètrent très-peu profondément dans les tissus du ; ied et sortent chacune par une ouverture spéciale. Les soies crochues des deux premières paires de pieds sont cependant entièrement logées dans l'intérieur de la rame, leurs rostres seuls faisant saillie à l'extérieur.
La trompe est cylindrique. Je ne l'ai point vue extroversée et ne puis dire par conséquent si elle présente un évasement en forme de patère. comme chez les Lopadorhynchus. Dès le quatrième segment commence l'intestin dont la paroi est d'un beau rouge orangé. La partie rectale de l'intestin est en revanche parfaitement incolore.
Une des particularités les plus remarquables de ce ver, c'est l'existence de quatre larges boyaux glandulaires qui s'étendent du segment buccal, jusque dans le 4me segment. Ces boyaux sont renflés en arrière, et s'ouvrent sans doute à l'extérieur au segment buccal, par des pores que je n'ai su découvrir, à moins que les poches exserliles, décrites plus haut, ne jouent le rôle de pores excréteurs. Ces boyaux (fîg. 2 F) sont revêtus d'une épaisse membrane et renferment, dans leur cul-de-sac, une substance homogène; mais le contenu de la plus grande partie de l'organe est formé par une masse striée, que j'ai prise, au premier abord, pour une agglomération de zoospermes. L'existence de ces quatre boyaux, que je tenais pour des spermatophores, semblait donc favorable à l'hypothèse de M. Grube, qui fait des Hydrophanes les mâles des Lopadorhynchus. Toutefois, l'examen de ces organes à un fort grossissement, me montra bientôt que les zoospermes supposés ne sont que des bâtonnets linéaires (2 G), épais et rigides, très-semblables à ceux des follicules bacillipares d'autres Annélides, seulement de taille relativement colossale. Leur longueur est en effet de 22 à 55""". Les quatre boyaux sont des follicules bacillipares gigantesques. Il ne manque d'ailleurs pas chez les Hydrophanes de follicules bacillipares microscopiques. On les trouve répandus dans le tissu de la trompe, où, groupés en général deux à deux (2 H), ils viennent s'ouvrir à l'extrémité de papilles coniques, semées sur loul le bord de cet organe. Les bâtonnets n'ont, il est vrai, plus ici qu'une longueur de 5 à 7micr. Entre ces follicules bacillipares, sont semés d'autres boyaux folliculaires à contenu granuleux.
DU GOLFE Dli NAPLES.
Famille des ALCIOPIENS Ehlers.
Dans mes « Annélides Chétopodes du golfe de Naples, » j'ai déjà exprimé quelques doutes sur la légitimité du genre Liocapa Acli. Costa. J'avais cru reconnaître, en contradiction avec M. Costa, l'existence d'une seconde paire d'antennes chez les espèces de ce genre; mais mes observations ayant été faites sur Av* individus conservés dans l'alcool, je n'avais osé leur accorder trop d'importance. Aujourd'hui, après l'examen de nombreux individus vivants, je puis affirmer que les Liocapa ont quatre et même cinq antennes, et rentrent par conséquent dans le genre Alciope tel qu'il a été entendu jusqu'ici. Le fait est que ces antennes sont fort courtes et d'une observation difficile. L'antenne médiane, en particulier, est réduite à un tubercule peu saillant, dont on ne peut reconnaître la présence sans beaucoup d'attention. Voilà comment une même espèce (YÂsterope candidd) a pu être décrite par M. Krolm, comme possédant cinq antennes; par Délie Chiaje, comme en possédant quatre; par M. Costa, comme n'en ayant que deux, et entin par M. de Qualrefages(car c'est sans doute aussi le même animal qu'il a décrit sous le nom de Torea), comme en étant totalement dépourvue. La difficulté de l'observation des antennes rudimentaires, chez ces animaux si'délicats, rend la détermination des genres, basés seulement sur le nombre des antennes, fort illusoire. Aussi ne saurais-je admettre les genres Alciopa et Krolmia, dans le sens que leur donne M. de Qualrefages, tant que les espèces qu'on y fait rentrer n'auront pas élé examinées scrupuleusement au point de vue des tubercules antennaires.
Je propose ici une classification des Alciopiens sur une base nouvelle. Les caractères que j'invoque sont d'observation facile. Je ne veux pourtant pas prétendre que des recherches, portant sur un plus grand nombre
104 ANNÉL1DES CHÉTOPODES
d'espèces, ne puissent conduire à modifier les limites des genres. Je ne fais entrer en ligne de compte, ni les palpes, ni les deux tentacules cirriformes de la trompe, ni les trois segments postcéphaliques à pieds rudimentaires, car ces caractères paraissent appartenir à toute la famille.
rABLEAl SYNOPTIQUE DE LA FAMILLE DES VLCIOPIENS.
desiderata ; proboscis ) ^ Aud M
i mermis l
\ lobus cepbalicus ultra oculos baud pro- ' deest, proboscis denti- i asteropf Alcinpidœl duclus; appendix terminalis pedum. . J cutis ouris aroiata. . / ' "'
cirriforonis; proboscis UANADIS n „ inermis > ' r'
lobus cephalicus in processum cordiforraem ullra oculos pro- ) rhynchonkue, , v \ (;osta ductus (
Genre ALCIOPA Aud. Edw. (Char, em.)
Je restreins le genre Alciope aux espèces dont la trompe est inerme, et dont les pieds portent bien les deux cirres foliacés normaux, mais point d'appendice cirriforme à l'extrémité de la rame. J'aurais aussi volontiers tenu compte île la nature des soies dans la diagnosc du genre. En effet, l'espèce étudiée ci-dessous a des soies simples, capillaires, comme je l'ai l'ail observer ailleurs, ce qui n'est le cas dans aucun des autres genres. Les espèces recueillies par M. Kinberg, dans son voyage autour du monde, et classées par lui dans le genre Alciopa proprement dit, ont aussi des soies simples. Cependant, l'espèce type du genre, YÂ. Reynaudi Aud. Edw., est munie, d'après la déclaration expresse d'AudouinetdeM.Edwards, desoies composées. Peut-être conviendra-t-il plus tard de scinder le genre en deux, si l'élude plus i omplèle de VA. Reynaudi révèle des particularités d'organisation distinclives, en outre des soies.
ÀLCIOPA CANTRAINII
Najadrs Cantrainii Délie Chiaje, Dcscriz. e notomia, Tav. 155, fig. 14, 18 et 21.
Alciopa Heynaudii Krohn (non Aud. et Edw), Archiv f. Naturgesch. 1845. R'f XI, Taf. VI, fig. 1-6, p. 172.
Alciopa Edwardsii Krohn. Ibid. 1847, B'1 xm, p. S9.
t » Grube, Die Familien der Anneliden, p. 57.
i » Ilering, De Alciop. partit), genilalibus. Lipsiae, 1860, p. 5.
Liocapa vitrea A. Costa. Annuario del Museo zoologico di Napoli. Anno II. 1804, p 167. Tav. iv,
flg. 9-12.
Alciopa Edwanlsii Ehlers, Die Borstenwûrmer, I, p. 176. Alciopa candida Kinberg, Oefversigl afk. Vet.-Akad. Fôrh. 1865, n° 4. p. 243. Krahniu Edwardsii Quatrf. Histoire nalur. des Annelés, 11, p. 158. Liocapa Cantrainii Glprd. Annêlides chétop. du golfe de .Naples, p. 252 (Soc. de Phys. XIX, p. 562).
PI. X, fig. 2.
Les excellentes figures de faciès que nous devons soit à M. Krohn, soit à M. Costa, soit surtout à Délie Chiaje, me dispensent d'en publier une nouvelle. Cette espèce se distingue en effet, à première vue, des autres Alciopiens du golfe de Naples, par son port tout particulier. Elle est e.xtraordinairement courte et trapue, sa longueur n'étant guère à sa largeur que dans le rapport de 1 à 15. Le nombre des segments est aussi fort restreint, car chez les plus grands individus (9 cenlim.) il ne dépasse guère la cinquantaine.
La trompe est cylindrique, et porte sur son bord, comme le décrit M. Kinberg, deux papilles triangulaires saillantes, opposées l'une à l'autre, et douze autres beaucoup moins larges et moins hautes (PI. X, 2 A). Les deux papilles saillantes sont les homologues des tentacules de la trompe, beaucoup plus développés chez d'antres Alciopiens. Les pa-
1 Lorsque M. Krohn donna à cette espèce le nom d' Alciopa Edwardsii, il savait qu'elle avait été déjà ligurée par belle Chiaje sous le nom de Najadcs Cantrainii. M. Costa remarque aussi expressément que sa Liocapa vitrea est identique avec la Najades Cantrainii. Il paraîtrait donc que ces auteurs rejettent le nom spécifique de Délie Chiaje, parce que sa figure n'est accompagnée d'aucun texte. Mais une bonne figure vaut mieux qu'une mauvaise description, et les excellentes figures de faciès, dues à Délie Chiaje, surpassent de beaucoup celles qui ont été publiées depuis lors. La preuve en est que ni H. Krohn, ni M. Costa, ni moi, nous n'avons hésité à y reconnaître la même espèce. La description de M. Krohn est certainement suffisante pour un diagnostic. 11 n'en est pas de même de celle de M. Costa, et je n'ai pu m'assurer de l'identité de sa Liocapa qu'en examinant les individus types déposés par ce savant au Musée d'anatomie comparée de Naples. Il me parait donc nécessaire de revenir au nom spécifique de Délie Chiaje.
106 ANiNÉLIDES CHÊTOPODES
pilles basses sont largement cordiformes (2 B), et portent, sur tout leur bord libre, de petits bâtonnets saillants, largement espacés. Dans l'intérieur sont logés une foule de follicules de forme virgulaire, dont chacun s'ouvre au dehors par un petit pore.
Les organes segmenlaires ont une forme très-remarquable. La première paire est placée au second segment séligèrc, et, jusqu'au 16me, leur conformation reste identique. Ce sont de longs boyaux ciliés (2 C) dont l'ouverture extrême (2 C, a) est placée à la base des pieds, du côté ventral. Le boyau se dirige d'abord en dedans, perpendiculairement à l'axe, puis il forme un angle droit, se dirige en avant, en décrivant de petites sinuosités, et finit par s'élargir en un pelil entonnoir vibralile (b) qui s'engage dans le dissépimenl séparant la cavité du segment de celle du segment précédent. L'entonnoir s'ouvre par conséquent dans la cavité du segment précédent. Tout cela est' conforme à la structure typique d'un organe segmenlaire, mais à partir du 16me segment sétigère, l'appareil se complique, chez les mâles, d'une grosse vésicule piriforme (fig. 2 d) dont le court pédoncule lubulaire s'insère sur le boyau de l'organe segnien taire, à peu près au tiers supérieur de sa longueur (2 B). Au temps de la maturité, celte vésicule est remplie de zoospermes, et joue par conséquent le rôle de vésicule séminale. Pour bien faire comprendre la position de cet organe, facile à méconnaître, j'ai représenté (fig. 2) une partie de la surface ventrale de l'Alciope avec deux pieds. On y remarque deux platines granuleuses, d'apparence glandulaire* (e, e'), qui existent à tous les segments, à partir du 12mP séligère. Sur le bord de celte plaque, est placé le pore externe (a, a') de l'organe segmenlaire. On peut, de là, suivre le boyau de l'appareil (c) et remonter jusqu'à la vésicule séminale (d), souvent pressée contre l'entonnoir vibratile, au point d'empêcher de le reconnaître. Cette vésicule séminale échappe facilement elle-même aux regards, parce qu'elle est logée immédiatement sur les corps glandulaires bruns (Y/), si bien décrits par M. Krohn, et si caractéristiques des Alciopes.
La découverte de ces organes segmenlaires remarquables est due à
M. Hering, qui l'a consignée dans son mémoire si important pour l'anatomie des Alciopes, mais jusqu'ici fort méconnu '. H a déjà reconnu ([lie les organes segmentaires sont dépourvus de vésicule séminale partout chez les femelles, et dans la région antérieure chez les mâles '. Je puis confirmer a:issi entièrement la découverte de M. Hering, de réceptacles de la semence chez les femelles, dans les segments qui sont munis de pieds rudimenlaires, immédiatement derrière le segment buccal. L'existence de ces réceptacles semblait à priori si improbable, qu'elle m'était entièrement sortie de la mémoire, malgré ma connaissance du travail de M. llering. Aussi ai-je négligé d'étudier sous ce rapport des femelles non encore fécondées. Mais, dans les derniers temps de mon séjour à Naples, j'ai eu entre les mains un grand nombre de femelles de YAlciopa Cantrainii et de YAslerope candida, qui présentaient leurs réceptacles extraordinairement distendus par la semence. Comment les zoospermes arrivent dans ces poches, c'est là encore un mystère pour moi, en l'absence d'organes copulateurs et en présence d'un si grand nombre de pores éjaculateurs chez les mâles. La masse de sperme est si considérable, que les segments en deviennent difformes. Cet étal de plénitude m'a empêché de reconnaître la structure des réceptacles, qu'il sera intéressant d'étudier dans une autre saison.
Genre ASTEROPE 5.
Je place, dans ce genre, les espèces dont les pieds n'ont point d'ap-
1 De Alcioparum parlibus genitalibus organisque excretoriis, auclore C.-E. Consiantino Hering- Lipsiœ, 1860. M. Hering n'a malheureusement accompagné sou Mémoire d'aucune ligure, ce qui explique qu'il ail été aussi peu compris. Mais lorsque je compare mes dessins avec sa description, je trouve partout celle-ci d'une exactitude minutieuse. M. Ehlers, le seul qui ait tenu compte des travaux de M. Hering, croit pouvoir supposer que la vésicule séminale, décrite par ce savant chez l'espèce présente, n'est qu'une simple dilatation produite au temps de la maturité par l'accumulation des zoospermes dans le boyau de l'organe segmentaire. Un simple coup d'oeil jeté sur mes ligures suffit pour réfuter cette interprétation.
= Il indique la première « environ « au I 'i""J segment; je l'ai trouvée, pour ma part, au 10me. Le chiffre n'est peut-être pas constant.
3 Nom de l'une des Pléiades.
(47li 14
108 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
pendice cirriforme terminal, et. dont la trompe est armée à l'extrémité de denticules durs (vraisemblablement calcaires).
ÂSTEROPE CANDIDA.
Alciopa candida Délie Chiaje, Descrizione c nolomia, l. III, p. 98 et t V, p. 104. — Délie Chiaje, Osser-
vazione still' occhio umano, p. 84, Tav. IX, p. 23 (cité dans la Descriiione). Alciopa Délie Chiaji (Krohn) Délie Chiaje, Descrizione e notomia, t. V, p 104. Aleiopa candida Krohn, Archiv fur Nalurgeschichte, ll,er Jalirg. 1845. p. 174, pi. vi , fig. 1-9. » Grube, Die Familieu der Anneliden, p. 57. » » Hering, De Alciop. partibus genitalibus, p. 4 et 1 1.
Liocapa vertebralis Costa. Annuario del Mineo zoolog. di Napoli. Anno I. 1862, p. 185; anno II, 1801. p. 165, Tav. îv, fig. 1-8; anno IV, 1867, p. 55. » » Ehlers, Die liorstenwiirmer, I, p. I8I.
Torea vitrea Qtrfg. Histoire natur. des Annelés, I, p. 91 ; II, p. 159, pi îx, fig. 15-16 ; pi. îv, lig. 6-7. Liocapa vertebralis Clprd. Aqnélides rhélop. du golfe de Naples, p. 252 (Soc. de Phys., XIX, p. 562).
PI. X, fig. 1 .
Le nombre des antennes de celte espèce a été porté par les différents auteurs, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, tantôt à 5, tantôt à 4, tantôt à 2, tantôt à 0. L'antenne médiane est en effet réduite à l'étal d'un petit tubercule. Il en est de même de la paire d'antennes inférieures, et les antennes de la paire supérieure, bien que facilement reconnaissables, sont cependant fort petites. Les figures de faciès que nous devons à M. Krohn, à M. A. Costa et à M. de Quatrefages, sont toutes fort reconnaissables, et je ne doute pas que tous les auteurs cités n'aient en vue la même espèce '. Même la Torea vitrea ne saurait être exclue de celte synonymie, bien que M. de Quatrefages n'ait pas vu les antennes. En revanche, ce savant est le seul qui ail noté l'existence des denticules de la trompe, qu'il distingue sous le nom de papilles triangulaires.
De grands individus, comptant au moins 160 segments, atteignent une longueur de 16 centimètres, sur un diamètre maximum de 2mni envi-
1 Délie Chiaje a déclaré l'espèce de M. Krohn identique avec la sienne. M. Krohn, de son côté, auquel je dois plusieurs des nombreux individus observés vivants par moi , les reconnaît comme son Alciopa candida. I/examen des individus déposés au Musée d'anatomie comparée de Naples par M. Costa m'ont amplement prouvé que la Liocapa vertebralis de ce savant est encore la même espèce. Enfin, une réclamation récente de M. Costa relègue la Torea vitrea Qtfg. au rang de synonyme de la Liocapa vertebralis (Annuario, an. IV, 1867, p. 56).
l'on. C'est donc un rapport de 80 à 1 environ, bien différent de celui de Ion I, ([lie nous signalions pour VAlciopa Cantrainii. La diaphauéilé des tissus incolores est plus grande peut-être encore que chez celle dernière. Aussi ne reconnaît-on souvent l'animal, dans l'eau de nier, comme le remarque fort bien M. de Quatrefages, qu'aux gros yeux rouges et aux rangées latérales de points d'un brun violacé, tonnées par la succession des organes glandulaires.
Le lobe céphalique esi court, mais en revanche très-large, grâce au volume extraordinaire des yeux, plus développés relativement que chez aucun autre Alciopien connu. Ces yeux ont naturellement attiré l'attention de tous les obervatéurs, et M. Krohn, de même que M. Leydig, en ont l'ait en particulier une étude tort soignée. Mais ici, comme ailleurs, il reste toujours quelque chose à glaner. Les yeux sont formés par une enveloppe ellipsoïdale, soit sclérotique, qui se bombe en avant du cristallin, en un segment à courbure de faible rayon , jouant le rôle de cornée. A la surface inférieure de cette sclérotique, court une crête peu saillante, couverte de cils vibraliles, dont la signification m'échappe, mais qui a déjà été vue par M. Costa. Une grande partie du reste de la membrane est clair-semée de petits mouchets de cils vibraliles fort courts. En dedans de la sclérotique se trouve la rétine (PI. 10, fig. 1, i), ('■paisse membrane dans l'épaisseur de laquelle est logée la couche de pigment choroïdien, d'un brun rouge foncé. A celle rétine manque le segment tourné vers la cornée, el dans celle ouverture se trouve placé le cristallin sphérique, maintenu en position par une sorle d'iris plissé, à reflets argentés et bleuâtres. Gomme chez tant d'autres invertébrés, la membrane pigmentaire divise donc la rétine en deux couches: l'une externe, insensible à la lumière, l'autre interne, renfermant les éléments percepteurs. C'est ce que M. krohn el M. Leydig ont fort bien compris. La couche externe de la rétine est formée de cellules dont on ne dislingue bien, à l'état frais (surtout après l'action de l'acide acétique), que les nombreux nncléus. La couche interne est formée par une mosaïque de bâtonnets déjà décrite par M. Krohn, et figurée par M. Leydig à
110 ANNÉLIDES CHÉTOI'ODES
une petite échelle. Je complète maintenant les données de mes prédécesseurs par des dessins exacts faits à une échelle qui permette de faire connaître des détails de structure jusqu'ici insuffisamment connus. Une coupe tangent ielle au plan de la rétine ( 1 L) fait voir les bases des bâtonnets, de forme circulaire ou elliptique, distribuées en lignes régulières. Le diamètre de ces bâtonnets est en moyenne de H"»"»^ cependant on en trouve çà et là quelques-uns de moitié moins larges. Un petit nombre sont comprimés. Déjà dans ces coupes on peut distinguer deux couches : une enveloppe corticale et un cylindre axial. Ces deux substances sont également faciles à reconnaître dans les coupes ( 1 M) perpendiculaires au plan de la rétine, coupes dans lesquelles les bâtonnets se montrent comme rangés eu palissade régulière. Soit dans ces coupes, soit dans les bâtonnets isolés (i N), on voit que chaque élément est composé de trois pièces très-inégales : une longue diaphyse (a) et deux épiphyses très-courtes (belc), placées à ses deux extrémités. L'éplphyse interne (b) est incolore et finement granuleuse. L'externe (a) est remplie de granules pigmenlaires. La couche choroïdienne est en effet formée par la juxtaposition des épiphyses externes. De là l'apparence de mosaïque de cette membrane, qui fait en réalité partie de la couche de bâtonnets. M. Costa, qui décrit à tort la choroïde comme appliquée directement contre la sclérotique, sans interposition d'aucune couche nerveuse, et qui ne connaît pas les bâtonnets, représente du moins ces épiphyses externes comme des amas de pigment en rosette, et les figure à un grossissement énorme. M. de Quatrefages par]e fpune choroïde treillissée, expression qui peint assez bien l'apparence de l'ensemble des épiphyses en place '.
Si l'on se reporte aux magnifiques travaux dont la rétine a été l'objet, chez divers animaux, dans ces dernières années, il est tout naturel de chercher dans la diaphyse l'homologue de ce que M. Schultze appelle les articles externes dans les bâtonnets des vertébrés, et dans l'épiphyse
1 M. Krohn, qui avait déjà fort bien décrit la mosaïque des bâtonnets, représente à tort le pigment comme formant une gaine à la partie medinne de chacun d'eux.
interne l'homologue des articles internes. Les proportions sont, il est
vrai, très-différentes. En effet, le bâtonnel étant large de 5 ', et long de
S2, Pépiphyse interne, soit article interne, ne compte dans cotte longueur que pour 7 à 8mi". L'épiphyse pigmentaire n'a également qu'une longueur de 8rai,r; mais cela n'empêcherait point la légitimité de ces b<>mologies.
Il était naturel de rechercher si les bâtonnets des Alciopiens ne présentent pas cette structure en pile de plaques que M. Schullze a décrite le premier dans les articles externes chez les vertébrés, et sur laquelle M. Zenker a basé son ingénieuse théorie de la vision. Toutefois, je dois dire qu'à l'état frais, je n'ai pu trouver de structure autre que l'emboîtement du cylindre axial homogène dans la couche corticale également homogène. Dans des bâtonnets conservés pendant quelques jours dans une solution très-étendue d'acide hyperosmique, j'ai cru, au contraire, apercevoir une apparence île stries transverses. Toutefois, l'emploi d'un grossissement suffisant montra bientôt que cette apparence résultait d'une décomposition de la substance nerveuse. Les bâtonnets (1 0) se trouvaient en effet réduits à l'étal de tubes à paroi fort mince, dans l'intérieur desquels étaient accumulées des gouttelettes de myéline aplaties. Je ne veux certes point expliquer de cette manière la formalion des piles de plaques dans les bâtonnets d'autres animaux ', mais je crois devoir attirer l'attention sur cette cause possible d'erreur.
Les bords de la bouche, et d'une manière générale les bords du segment buccal, ainsi que les bords antérieurs et latéraux des segments suivants sont couverts de cils vibraliles. en partie déjà vus par M. Krohn et M. Costa.
Les cirres dorsaux foliacés commencent dès le ime segment. Ils renferment une foule de follicules incolores, lagéniformes(lF), dont le fond se prolonge en une fibre dirigée vers la base du cirre. Le cirre ventral
1 Aucun des habiles observateurs qui uni pris pari à la discussion relative à la structure de la rétine, n'aurait hésité à reconnaître dans ces bâtonnets en voie de décomposition des gouttes de myéline. Mais ne pourrait-il pas se faire que tel ou tei autre produit de décomposition ou de coagulation fût moins facile à reconnaître comme tel'?
112 ANNÉLIDES CHÈT0P00ES
est relativement plus petil et moins foliacé. La rame pédieuse est soutenue par un long acicule incolore, dont l'extrémité recourbée perce les téguments comme chez YAlciopa Canlrainii, pour se prolonger bien au delà du pied. L'éventail de soies composées est en majeure partie extérieur et ne pénètre, comme riiez les autres Alciopiens, qu'à une trèsfaible profondeur dans le pied.
Les glandes sombres sur les côtés de chaque segment sont, chez cette espèce, très-foncées, le plus souvent d'un violacé noirâtre. Elles se prolongent fréquemment à la rencontre l'une de l'autre sur le dos des segments, de manière à former une bande transversale, comme M. Krohn l'a déjà remarqué. Os organes sont formés par des cellules larges de 25mi" (X, 1 D) renfermant un gros nucléus granuleux et une gouttelette qui, sous le microscope, parait dun brun jaunâtre. Le liquide sécrété par ces glandes, est en effet «lie/, celle espèce, comme (liez d'autres, de couleur brunâtre, et leinl rapidement en jaune les tissus naturellement incolores de l'animal. M. Krohn suppose que ces organes glandulaires pourraient bien servir à la défense de ranimai, hypothèse (pie je crois très-fondée. A la moinde irritation, les Alciopes laissent en effet écouler, de la région irritée, un liquide jaune, dont l'affinité avec les tissus animaux est fort grande, puisque le corps même de l'Alciope se teint à son contact. .M. de Quatrefages pense plutôt (pie les organes en question sont des corps spongieux, servant à retenir et à fixer les œufs que la femelle porte avec elle. Cependant l'observation qu'il cite à l'appui n'est guère probante, et ce que nous savons jusqu'ici du développement des Alciopes, rend peu probable que les oeufs soient fixés au corps de la femelle après la ponte '.
La trompe (1, a) est un organe cylindrique, festonné sur le bord et orné de deux longues papilles ou tentacules, vus par tous les auteurs. Le caractère le plus remarquable de celte trompe, entrevu jusqu'ici par
i D'après le récit de M. de Quatrefages, il parait probable que ce savant a capturé une Aslerope cundida au moment de la ponte, et surpris les neufs encore engagés dans les pores extérieurs des organes segmentaires.
1)1 GOLFE l>E NAPI.ES. 113
M. de Quatrefages seul, c'est l'existence à son extrémité d'une foule de petits (lenticules (1 À, c; l B, c) à pointe tort acérée. Ces (lenticules reposent sur la cuticule par une base élargie, souvent dentelée sur son pourtour. Ils s'étendent jusque sur la région basilaire des deux tentacules. La substance qui les compose a des caractères physiques tout autres que la cuticule proprement dite. Il est probable qu'ils sont formés de sels calcaires, cependant je ne les ai traités par aucun réactif.
Dans les deux tentacules, la cuticule atteint une épaisseur considérable (1 A, a) tout en restant incolore. Elle est tapissée par un hypoderme dont les petits nucléus ronds ou ovales </>>, sont toujours fort distincts. L'axe est occupé par un cordon indistinctement fibrillaire, donnant naissance à de nombreux ramuscules, disposés en verticilles successifs (/). C'est peut-être le nerf du tentacule. Tout autour de cet axe, sauf pourtant près de l'extrémité du tentacule, se trouvent de nombreux follicules (d) en forme de cornue, dont le col perce la cuticule pour 'ouvrir à l'extérieur par un pore circulaire, (e). Des follicules tout semblables (1 B, d) se voient dans le tissu de la trompe proprement dite. De petits mouchets de cils vibratiles (h) fort courts sont semés entre les pores glandulaires.
Le reste du tube digestif a déjà été fort bien décrit par M. Krobn. Il est remarquable, comme ce savant le signale déjà, que l'intestin soit, dans la règle, distendu au point de tapisser exactement la paroi du corps. C'est aussi ce que M. Leuckarl a vu chez un jeune Alciopien étudié par lui. La transparence extrême des tissus permet aux gros nucléus (1 E) de l'épithélium intestinal ( nucléus qui atteignent un diamètre de 22micr) de frapper d'emblée les regards. Aussi est-il facile, tant qu'on n'a pas reconnu la disposition singulière de l'intestin, de prendre ces nucléus pour ceux d'une coucbe péritonéale.
Les organes segmentaires fort remarquables de celte espèce, paraissent n'avoir été entrevus, jusqu'ici, que par M. Hering, qui n'en a même donné qu'une description fort incomplète. Il se contente de dire que la vésicule séminale communique directement, et non par un canal
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intermédiaire, avec le boyau de l'appareil. Mais cela ne suffit point pour donner une idée de la structure remarquable de ces organes.
L'ouverture interne de l'organe segmentaire se présente, comme d'ordinaire, sous la forme d'un entonnoir (1 C, a) engagé dans le dissépiment qui sépare le segment auquel appartient l'organe, du segment précédent. L'entonnoir se continue dans le boyau cilié qui forme une anse en boucle (b), de forme très-constante ; puis le boyau se dirige en arrière en décrivant de légères sinuosités, presque jusqu à la limite du segment suivant. Là, il se recourbe sur lui-même, en s'élargissant considérablement, ou, pour parler plus exactement, il débouche dans un vaste réservoir cilié, à paroi fort épaisse, qui se dirige en avant, en s'atténuanl par degrés (e) pour venir s'ouvrir à la base du pied. Ce réservoir est la vésicule séminale de M. Hering. En effet, on le trouve quelquefois rempli de zoospermes à l'époque de la maturité sexuelle, mais, le plus souvent, je l'ai vu complètement vide. La particularité la plus remarquable de cet appareil, consiste dans l'existence de touffes de longs poils raides insérées sur la surface externe du boyau (Cf. fig. 1 C). Ces touffes se présentent surtout à la surface de l'anse en forme de boucle, mais on peut les poursuivre au delà, jusque vers le milieu de la longueur du boyau. M. Ivrobn, qui se trouvait à Naples en même temps que moi, examina, à ma requête, YAsterope candida au point de vue de ces singulières touffes de poils, et en confirma entièrement l'existence. La signification de ces organes m'échappe entièrement. On pourrait songer à des faisceaux de brides fort ténues, destinées à maintenir l'organe en position, mais l'extrémité des poils m'a toujours paru parfaitement libre. Ceux qui ne verront que la planche pourront aussi penser à des régimes fasciculaires des zoospermes; mais pour celui qui a vu les zoospermes véritables et mobiles à côté de ces poils raides, la confusion n'est pas possible un instant. Peut-être faut-il néanmoins chercher, dans ces touffes de poils, l'explication de l'assertion singulière de M. Keferslein',
1 Einiye Bemerkungm iiber Tomopteris, von D' W. Keferslein. — Arch. [tir Anal. Plujs. a. iviss. Mediein, 1861, p. 360.
que les Alciopiens seraient hermaphrodites. Ce savant les a peut-être
aperçus chez une femelle en même temps que les œufs, et tenus pour des zoospermes. II n'est d'ailleurs pas impossible que sa méprise soit basée uniquement sur l'existence des réceptacles séminaux dans les segments antérieurs, chez les femelles '.
Les éléments sexuels ont été déjà décrits par M. krolin. Je compléterai sa description par quelques détails sur la conformation des zoospermes, qui nous serviront, plus loin, de point de comparaison avec les étranges éléments sexuels de la Vanadis formosa.
Les zoospermes mûrs ont une tète en forme de cône (fig. 1 K), dont la pointe donne naissance à une longue queue, très-fine et animée de mouvements ondulatoires. Presque tous sont semblables au point de vue de la taille; quelques-uns (1 K, />)onl toutefois une tête rudimentaire; mais le caractère le plus remarquable de ces éléments spermatiques, c'est l'existence d'un petit aileron membraneux latéral (a), près de l'extrémité postérieure de la tète. Si l'on examine des régimes de zoospermes en voie de formation (1 Ci), on voit que chaque cellule spermatique est formée d'une masse spbérique de protoplasma, avec une petite proéminence. La queue naissante est toujours insérée à côté de cette proéminence. Lorsque, plus lard, une grande partie du protoplasma primitif a été utilisée pour la formation complète de la queue, la proéminence persiste et forme l'aileron. Parmi les éléments spermatiques en voie de formation, j'en ai rencontré, dans la règle, quelques-uns d'une apparence particulière (1 II) que je suis disposé à considérer plutôt comme une forme morbide que comme une phase normale de développement.
1 Je dois dire cependant nue M. Keferstein publie un dessin dans lequel on aperçoit un régime de zoospermes à rôle d'oeufs véritables, [/espèce qu'il observait, et qu'il a déterminée comme Alciopa liryntutdii Aud. Edw. était d'ailleurs évidemment différente de I" Aslerope enndida, car l'acicule était renfermé en totalité dans le pied. L'organe segmentaire, que M. Keferstein a aperçu en partie, pourrait bien avoir
une certaine ressemblance avec celui de notre Asterope. L'auteur figure du iris une rangée de longs
poils, qu'il indique, il est vrai, comme garnissant l'ouverture interne de l'appareil. La longueur de celle rangée est pourtant insolite, et l'ouverture n'est en réalité pas figurée.
116 ANNÊLIDES CHÉTOPODES
Genre VANADIS «.
Le genre Vanadis est caractérisé par l'existence d'un appendice cirriforme (3 A,c) à l'extrémité des pieds, et par l'absence de dentieules durs à la trompe.
Vanadis formosa.
PI. X, fig. 3.
Corpuslongum vitreimi, longitudine circa 30°°M, latitudine 5mm, segmentis 220. Lobas , • phalicus brevis, oculis mediocribus, antennis brevissimis. Paîpi ante orificium oris obvii, cirriformes. Pharynx 33ma longa, papiUis cirriformibus duabus longissimis , lœvibus. l'rdrs hinceolnti, cirris fdliaceis, dorsuali cordiformi : aciculis singulis, vitreis, apices pedam non penetrantibus.
Celte espèce est, sans coniredit, l'un des Alciopiens les plus beaux du golfe de Naples. Les yeux sont, il est vrai, relativement moins grands que ceux de YAsterope candida, mais la grande taille de ce ver, parfaitement incolore, à l'exception des yeux et des organes glandulaires, en fait l'un des plus splendides ornements des aquariums. Il s'agit d'ailleurs d'une espèce rare, car je ne l'ai obtenue qu'une seule fois, grâce à l'obligeance de M. Aug. Krohn.
Les antennes paires, malgré leur petitesse, se reconnaissent facilement comme quatre petits tubercules à la surface inférieure du lobe céphalique (fig. 3). L'antenne impaire est en revanche si rudimentaire, qu'on a de la peine à la trouver du côté dorsal. Les yeux font saillie sur les côtés, mais bien moins fortement que chez \'Asterope candida. Leur forme est un peu différente, le diamètre anléro-postérieur (parallèle à l'axe de l'animal) étant beaucoup moins long proportionnellement, mais la structure est d'ailleurs la même. Les palpes cirriformes sont assez longs, sans pourtant dépasseï le niveau de la cornée en dehors.
Les trois premières paires de pieds sont rudimentaires et dépourvues de soies. Mais à partir de la quatrième paire, les pieds (3 A) prennent la forme caractéristique du genre. La rame pédieuse, de forme lancéolée, porte à l'extrémité un appendice cirriforme (e) assez long. Le cirre dorsal est foliacé, cordiforme (a), bien plus grand
1 L'un des noms de Freia, la Vénus Scandinave.
que le ventral (6). L'acicule est entièrement enfermé dans l'intérieur du pied. Le Faisceau Qabelliforme de soies composées ne pénètre qua une très-faible profondeur dans la rame pédieuse. Il esl facile de reconnaître chez cette grande espèce que les soies sont distribuées en plusieurs rangées concentriques, très-régulières, et parallèles au bord du pied (3 B). Chaque suie suri par une ouverture spéciale. Je ne doute pas que chacune d'elles ne se fraie elle-même sa voie h travers les (issus, comme cela a lieu pour tant d'autres Annélides.
La trompe est munie de deux tubercules cirriformes, longs de trois millimètres au moins. Rétractée, elle est logée dans l'axe de l'intestin largement distendu, comme M. Krohn l'a déjà décrit chez l'Mciopa Cantrainii. L'intestin avant normalement ses parois appliquées contre les dissépiments et contre les parois des segments, et étant d'ordinaire rempli d'eau, la trompe paraît comme suspendue dans le liquide incolore, où elle glisse à travers les ouvertures circulaires ménagées dans le centre des dissépiments. En réalité, ces ouvertures ont leur bord recouvert par la membrane intestinale qui tapisse successivement les deux laces de chaque dissépiment et la trompe esl suspendue dans l'intestin même. Le tissu de la trompe renferme quelques rares follicules en forme de cornue.
Le seul individu observé était un mâle adulte. Sa cavité périviscérale était remplie de semence. Les éléments spermaliques, mis en liberté sur le porte-objet, me présentèrent une forme bien inattendue. Leur têle esl en forme d'un cône allongé, long de 10micr, dont la base donne naissance ta une queue ténue, semblable à celle des zoospermes ordinaires. .Mais en oulre de cette queue filiforme, il en existe toujours une seconde fort épaisse et très-courte (3 C), naissant à côté de la première. Celle seconde queue, dont la longueur excède rarement celle de la tète, est d'une flexibilité et d'une mobilité remarquable. Elle se recourbe en sens divers, comme pour làler à la manière d'un doigt. Souvent le zoosperme se fixe au porle-objel par l'extrémité, sans doute visqueuse, de cet appendice, et s'agite bizarrement autour de ce point fixe. Après m'ètre convaincu que tous les zoospermes, sans exception, présentaient cette disposition si étrange, je désirai examiner ceux d'autres Alciopiens, à ce point de vue. Mais l'époque de mon départ approchait, et je ne pus me procurer que YÀsterope candida, dont les zoospermes n'offrent aucun
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appendice mobile, ninsi que cela ressort de la description donnée pins haut. Je me demande cependant si l'appendice en forme d'aileron, que présentent ces zoospermes, ne peut pas être considéré comme un rudiment de celle queue digïtiforme supplémentaire des zoospermes de notre Vanadis.
Il m'est impossible, à ce propos, de ne pas rappeler une observation faite il y a une dizaine d'années, sur les côtes d'Ecosse, chez une Tomopleris que j'étudiai de concert avec mon digne ami, M. William Carpcnler. Les zoospermes de ce ver ne présentaient pas une seule queue, mais bien deux. Cette observation est tombée dans l'oubli, et, les années s'élant écoulées, sans l'observation d'aucun l'ait analogue, je commençais à me demander si nous n'avions pas été victime d'une erreur. Toutefois, la découverte de zoospermes à deux queues, il est vrai dissemblables, chez un Alciopien, c'est-à-dire dans une famille très-proche parente des Tomoptéridiens, me porte à croire que nos anciennes observations étaient parfaitement fondées.
Famille des HÉSIONIENS Gr. (Sars, Schmarda).
Genre STEPHANIA.
And mnee très : palpi duo bimriihiti. cirri tentactdares 12. pedes dorsuales et ventrales discreti, setis fascicidi dorsualis linearibus, ventralis eomposUis, articidis modo brevibus modo longioribus, apieïbus curvatis. Maxilice desunt.
Stephania flexuosa '.
Nereis flexuosa Délie Chiaje, Mein. sugli anim. senza Vert. Il, p, 368, 100 et 424; Tav. xix, fig. S.— Descrizione e notomia, III, p. 97; V, p. 103, Tav. 129, lig. 8.
PI. XII, fig. I.
Corpus longitudine 38mm,latituMne {sine pedibus) 3mm, subteres, antice etpostice atte nuatwn, segmentis 55 ; color Intrus rittis transversis albis quatuor, interdum albidus. Lo bus cephalicus parvus suborbicularis ; antennis, lateralibus brevibus, média brevissima.
1 Consacré à la mémoire de Slefano Délie Chiaje.
Ce curieux Hésionien vil en compagnie de l'Âckùloë astericola en épizoaire des ambulacres de ['Aslropeclen aurantiacus. C'est aussi là qu'il lui rencontré par Délie Chiaje. Il n'y a, eu effet, aucun doute que la Nereis flexuosa ne soil identique avec notre ver, malgré les nombreuses erreurs de la courte diagnose que ce savant a plusieurs l'ois répétée. Ses dessins sont d'ailleurs assez reconnaiss;ibles. Cette Annélide circule avec beaucoup de vivacité entre les pieds de l'Astérie, sous la protection des piquants de PEchinoderme. Il n'est pas Irès-facile de l'obtenir intacte, car, dans la vivacité de ses mouvements . dès qu'elle se sent poursuivie, elle se rompt spontanément en plusieurs fragments. L'immersion dans l'alcool, provoque aussi immédiatement sa rupture.
La couleur de l'animal (lig. 1) est variable. Dans la règle elle est d'un fauve verdàtre, lavé quelquefois de brun violàtrc sur les côtés, avec quatre bandes blanches transversales. Ces bandes ne sont peut-être pas trèsconstantes dans leur position, mais paraissent formées cependant, le plus souvent, par le sixième segment sétigère, le neuvième, le quatorzième et le vingt-troisième. Telle est la coloration pour l'œil nu, mais l'emploi de la loupe la l'ait apparaître bien plus complexe. En elfet, le dos de chaque segment porte un système de lignes blanches, qui s'étend jusque sur la base des pieds. L'examen de la figure (1 A) en fera mieux saisir la disposition qu'une description détaillée. Fréquemment on rencontre des individus entièrement blancs, ou au moins d'un jaune trèspale, qu'on pourrait être lente de prendre pour une autre espèce. Cependant, en y regardant de près, on s'aperçoit que les dessins blancs caractéristiques de l'espèce existent encore comme des lignes incolores, sur le fond d'un blanc jaunâtre pâle. Ces individus ont donc tous les caractères de vrais Albinos. Tous les individus albiniques, examinés par moi, étaient des mâles; tous les individus colorés, des femelles. Est-ce là une circonstance fortuite, ou s'agil-il d'une différence sexuelle constante'? c'est ce que je n'ose décider.
Le lobe céphalique est arrondi ou plutôt en ovale transverse avec deux paires d'yeux noirs sur sa moitié postérieure. Le bord frontal porte deux petites antennes
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coniques. L'antenne impaire est implantée beaucoup plus en arrière sur un article basilaire. Elle est très-courte, cylindrique, brusquement atténuée à l'extrémité. Les palpes sont formés d'un article basilaire conique, fort épais, et d'un article terminal, grêle et conique.
Le lobe céphalique, comme chez beaucoup d'autres Hésioniens, repose entièrement sur la partie dorsale du segment buccal. Celui-ci porte deux paires de cirres tentaculaires, ainsi que chacun des deux segments suivants. Dans chaque segment la paire dorsale est plus longue que la ventrale, et le cirre dorsal du second segment est beaucoup plus long que celui du premier et que celui du second. Tous ces cirres tentaculaires sont filiformes et reposent sur un article basilaire cylindrique.
La première paire de pieds sétigères apparaît au quatrième segment. Chaque pied (T B) est couvert de cils vibratiles sur toute sa surface, et divisé en deux rames distinctes, à peu près égales. Chacune d'elles est soutenue par un acicule, à pointe hérissée de courtes épines (1 C). La rame dorsale est conique emporte à l'extrémité, en dessus, un long cirre filiforme: en dessous, une languette épaisse et conique. La rame inférieure, plus large, se termine aussi par une languette triangulaire, en arrière de laquelle est le cirre ventral, relativement court. Les soies de la rame supérieure sont extrêmement nombreuses, simples et capillaires. Celles de la rame inférieure ont un arrangement spiral et sont toutes composées. Leur article terminal, cilié, diminue par une série très-régulièrement graduée, de la forme d'une serpe très-allongée (1 E) à celle d'une serpe fort courte (4 D).
La présence de cils sur les pieds peut faire supposer à leur surface des phénomènes respiratoires [dus intenses que dans le reste du corps. Cependant le réseau vasculaire (1 B) n'y est pas très-riche, et l'oxygénation ne pourrait guère concerner que la lymphe périviscérale.
Le segment anal est terminé par deux longs cirres terminaux.
Le nombre total des segments est d'environ 55. Cette forme établit donc une sorte d'intermédiaire pour la longueur entre la plupart des Hésioniens, qui sont oligomérés par excellence, et la Psamalhe cirrata lvef., à corps polymère.
La trompe pénètre jusqu'au onzième segment.
La paroi de la cavité périviscérale est couverte de cils vibratiles. C'est donc un nouvel exemple d'Annélide vasculaire présentant ce phénomène.
Les œufs, d'un brun verdâtre, atteignent un diamètre de 0mm,l l.
Famille des SPIONIDIENS Sars.
Genre SPIO O. Fabr. (Œrst. rev.)
Spio Bombyx.
Pi. XII, fig. 2.
Corpus longitudine 38""*, latitudine 1 ', depressum. Lobus cephalicus elongatus, angulis
frontalibus in lingulam utrinque productis, octdis quatuor in rectangulo sitis, minimis. Sègmentum primum setigerum uneinis validissimis utrinque armatum binis. Gîcmduîœ peculiares setiparœ in segmentis 5 ad II. Branchies in segmentis anterioribus permuîtis desiderata.
Bien que mes observations sur celle espèce aient été faites d'une manière très-cursive, et présentent de grandes lacunes, je ne pense pas devoir les passer sous silence. En effet, les filières que je décrirai tout à l'heure, sont des organes trop exceptionnels pour ne pas mériter d'attirer l'attention des naturalistes. L'espèce sera d'ailleurs toujours facile à reconnaître tant elle présente de caractères particuliers. Elle ne paraît point rare à Naples. Du moins vit-elle en sociétés nombreuses. J'en ai reçu un jour des centaines ensemble, logées côte à côte dans des tubes de vase noire, comme le Spio fuliginosus.
Le lobe céphalique est relativement assez allongé, avec ses angles frontaux développés en deux cornes ou languettes latérales: il est légèrement étranglé en arrière de ces deux processus. Les yeux, au nombre de quatre, sont très-petits, situés en arrière et disposés en carré. Les cirres tentaculaires, renfermant un vaisseau aveugle, et conformés comme chez tous les autres membres de la famille, sont d'une longueur assez variable, mais toujours médiocres pour des Spionidiens.
Les rames pédieuses sont distiques, comme chez les autres Spio. Dans la région antérieure du corps, elles sont armées de longues soies, lus unes simplement capillaires (2 D, a), les autres élargies près de l'extrémité par un double limbe (2 D, b). En outre, le premier segment sétigère est armé à la rame ventrale, de chaque côté, de deux
122 ANNÉMDES CHETOPOUES
grosses soies (2 C) recourbées à l'extrémité en un croc vigoureux. Au quinzième segment sétigère les soies changent. A la rame inférieure apparaissent des crochets (2 D, c) étranglés dans le milieu de leur tige et armés d'une dent sur le vertex. A ces crochets sont associées des soies subulées, légèrement arquées, à surface couverte de petites aspérités (2 D, d). Enfin la rame supérieure est armée de soies simples en baïonnette (2 I), é) avec limbe également couvert d'aspérités.
Du 5me au lime segment sétigère, on trouve, à la base de chaque pied, une vaste poche, comparable à celles des Polydores, mais à contenu bien différent. En effet, en outre d'une masse celluleuse, je vois dans chaque poche un écheveau de soies chilineuses, ténues et élastiques. Leur diamètre n'est que de 2mir|. Lorsque ces soies sont peu longues (2 B), l'écheveau trouve à se loger dans l'intérieur de la poche, en décrivant seulement quelques sinuosités. Atteignent-elles une plus grande longueur (2 A), l'écheveau se recourbe de manière à former une ou plusieurs boucles. Je ne saurais formuler aucune hypothèse sur les fonctions de ces singuliers organes qui doivent évidemment être rapprochés des écheveaux soyeux que j'ai décrits ailleurs chez le Polyodontes maxillosus.
Les branchies commencent très en arrière, à un segment que je n'ai pas noté. Ce caractère rapproche celte espèce des Polydores plus que les autres Spio.
Celte espèce offre un nouvel exemple d'œufs à auréole de vésicules, qu'il faut ajouter à ceux que j'ai déjà l'ail connaître chez différents Spionidiens. Ces œufs ont la forme de sphéroïdes aplatis (2 E), dont le plus grand diamètre est 0,u,n,13. L'enveloppe de l'œuf est épaisse, incolore, papillaire à la surface. Le vitellus est granuleux, avec une grande vésicule germinative sphérique et un nucléole également sphérique. Les vésicules incolores sont disposées au nombre de 18 ou 20 suivant un grand cercle. Le diamètre de chacune d'elles est d'environ Hmi«. Sous l'action de l'eau douce (2 F), la membrane se dilate, et une couche de liquide s'accumule entre elle et le vitellus qui se différencie en même temps en deux masses: l'une centrale plus obscure, enfermant la vésicule germinative, l'autre périphérique et très-transparente. Les vésicules
restent pour un temps au moins engagées dans celle dernière, mais il est facile de s'assurer qu'elles adhèrent en outre au chorion, qui mérite d'aillem> plutôt le nom de membrane vitelline. Cette membrane subit en effet, en ce point (2 F, a), une traction qui l'infléchit en dedans. L'adhérence de la vésicule à la membrane, est due à un petit tube (2 H) qui met en communication la vésicule avec le monde extérieur. Ce tube est ici d'observation aussi facile que chez VAonides auricularis Clprd. de Port- Vendres, où je l'ai décrit naguère, et par conséquent bien plus évident que chez la Nerinc Cirratulus (Lumbricus Cirralulus Délie Chiaje) et la Nerine aurisela Clprd. '.
Genre POLYDORA Bosc.
(LEICODURE Jolmsl. LEUCODURUM Œrst.)
POLYDORA FLAVA.
Corpus longitudine circa 2cei", dépression. Lobus cephalieus in procession fronkdem productifs, margine antico emarginato, angidis non productis. Oculi nidli. Cirri tentaculares médiocres. Mutatio sctarum ventraliwn in segmento septimo. Sefœ dorsuales in scgmentis anterioribus 20 simiïes, in cœteris dissimiles.
Cette Polydore vit dans le sable en compagnie de la Hyalinœcia rigida. Ses tubes sont formés par du sable agglutiné. La région antérieure est à peu près incolore, mais tout le reste de l'animal paraît d'un jaune assez vif. Cette couleur provient uniquement de l'intestin. Dans aucune partie du corps on ne trouve la moindre trace de pigment noir, si fréquent chez d'autres Polydores. Même les taches oculaires font défaut.
La forme du lobe céphalique et du segment buccal ne ressemble que peu à celle des autres Polydores de Naples, mais rappelle en revanche beaucoup celle du Spio Mecznikowianus. Le processus frontal du lobe céphalique est seulement un peu moins allongé. Les crochets apparaissent à la rame ventrale dès le septième segment sétigère. Les soies de la raine dorsale sont subulées, toutes semblables les unes aux autres dans les dix-neuf premiers segments. Mais à partir du vingtième segment, on
1 Les Spio paraissent abondants dans le golfe de Naples. Je possède des esquisses relatives à deux autres espèces, non encore décrites. Toutefois, comme je ne les ai étudiées qu'en passant, et qu'elles ne présentent aucune particularité anatomique importante, je préfère les passer sous silence.
124 ANNE M DES CHÈTOPODES
voit dans chaque pied s'associer aux soies normales un faisceau de soies capillaires plus courtes, extrêmement ténues et en nombre très-considérable.
Les poches glandulaires caractéristiques des Polydores existent comme chez les autres espèces. Elles ressemblent à celles de la P. Agassizu. Elles apparaissent dès le sixième segment sétigère et se répètent à peu près dans toute la longueur du corps.
Les œufs n'ont pas d'auréole de vésicules. L'axe de l'ovaire est occupé par un vaisseau.
La particularité la plus intéressante de celle espèce concerne les soies du cinquième segment. J'ai remarqué ailleurs que chez la P. Agassizii, il existe au cinquième segment, en outre des grosses soies caractéristiques du genre, un petit faisceau de soies ventrales normales. Les grosses soies me paraissaient par conséquent devoir être considérées comme représentant le faisceau dorsal modifié. Chez la P. antennata, j'ai fait une remarque précisément inverse. Il existe, en effet, au cinquième segment, chez cette espèce, un petit faisceau de soies sétacées normales du côté dorsal, et les grosses soies semblent donc résulter d'une modification du faisceau ventral. La P. /Java présente un troisième mode de distribution des soies. Il existe en effet chez elle, en outre des grosses soies caractéristiques du genre, un faisceau rudimenlaire de soies sétacées normales aussi hien du côté dorsal du cinquième segment que du côté ventral. Cette disposition prouve que les grosses soies sont en réalité une production à part, qui ne peut être identifiée ni avec le faisceau dorsal, ni avec le ventral.
Famille des CHETOPTERIENS Aud. Edw.
J'ai pu faire une élude assez complète de l'organisation de la famille des Chéloplériens, grâce surtout à une récolte abondante de Chœlopterus variopedalus provenant de Pouzzoles el de Baja. Je réserve cependant les détails de cette étude pour un travail hislologique circon-
stancié que j'espère bientôt publier. Je me contente pour le moment de remarquer que les données de Renier relatives au système circulatoire
de ce singulier ver sont entièrement erronées, ainsi que je l'avais d'ailleurs déjà présumé '.
Tous les Chétoplériens du Golfe de Naples sont doués de propriétés
phosphorescentes à un très-haut degré, particularité déjà bien connue pour le genre Chéloplère par les observations de Will et d'autres. L'intensité de la lumière produite, est vraiment surprenante. Un Chœtoplerus variopedatus, sorti de son lube de sable agglutiné, et légèrement irrité dans l'obscurité, devient lumineux dans tontes les parties de son corps, au point que tous les détails de sa surface deviennent apparents. Le mucus sécrété par les glandes cutanées, accumulées surtout sur le dos de la région moyenne, présente le pouvoir éclairant le plus considérable. En agitant l'eau autour du ver, on entraîne ce mucus dans tontes les parties du bassin, au point de rendre lumineuse la masse d'eau tout entière. Un bassin de verre ainsi illuminé par les traînées de mucus phosphorescent, présente un spectacle vraiment magique.
Je me borne pour le moment à la description d'un nouveau genre de la famille.
Genre RANZANIA -.
Lobus ceplialicus m lui m us: segmentum buccale in labwm permagnwm bUobwm expansiidi. cirris teniactdaribus obsoletis. Corpus e regionibus duabus constans : anteriore de-
1 Je relèverai pourtant en passant une singulière monstruosité que j'ai rencontrée deux fois riiez des l'.lm optent» variopedatus, et que je n'ai pas observée jusqu'ici chez d'autres Annélides, à savoir l'atrophie de l'une des moitiés d'un segment. Dans la région Ihoracique, les segments sont si bien fondus en une seule masse charnue que leurs limites ne sont plus apparentes et que le nombre des segments convtilulifs ne peut plus être reconnu que par relui des paires de pieds. Or il m'est arrivé de rencontrer deux individus dont le premier comptait, d'un rùté, neuf pieds, et de l'autre huit; le serond, d'un côté, dis pieds, et de l'autre huit. Je n'oserais dire s'il s'agissait de pieds surnuméraires ou, au contraire, de pieds atrophiés, car le nombre des paires de pieds thoraciques est inconstant chez cette espèce. Le nombre des segments de celte région ne peut donc être utilisé pour distinguer l'espèce de Naples de celle de Venise, pas plus que la présence de taches oculaires à la base des tentacules chez la première, ces taches étant si petites qu'elles ont facilement pu échapper à Renier et à M. Meneghini.
2 Dédié à la mémoire de Ranzani, dont les travaux ne sont pas sans importance pour l'étude des Annélides de la Méditerranée.
126 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
pressa, pedibus simpUcibus, compressis, flabello setarum unico ; posteriore pedibus composites instructa, ramo dorsuali in nonnullis foliaceo. in cœtcris cylindrico, aut conico, setis simpUcibus ; ramo ventrali duplice, uncinis permultis armai o.
Ce genre esl voisin, soit des Telepsavus, soit des Spiochétoptères; mais il se distingue immédiatement des uns et des autres par l'absence des grands cirres lentaculaires que ceux-ci partagent avec les Spionidiens. Du moins ces cirres n'existent-ils qu'à l'étal rudimenlaire sous la forme de deux tubercules très-peu saillants. Quant à la seconde paire de tentacules qu'on trouve chez les Phyllochétoptères, il n'en n'existe pas ici le moindre vestige.
Ranzania sagittaria' .
PI. Xl.fig. 1.
Corpus longitudine circa J2°m' subteres. Lobus cephalicus conicus, oculis duobus. Segmenta thoracica uncinis destituta, pharetris vero instructa 12. Rami dorsuales segmenti 13' cylindrici, lé' foliacei, setas includentes ; cœteri conici setis destituti.
Cette petite Annélide est fort commune dans le golfe de Naples, où elle vil en sociétés nombreuses dans des tubes formés de grains de sable agglutinés, très-semblables à ceux des Clymènes. Ces tubes ont tout à fait les dimensions de ceux du Phyllochétoplère social. Ce Chétoplérien serait digne d'une élude plus approfondie que celle que j'ai pu lui consacrer. Je puis cependant affirmer que les grands tentacules semblables à ceux des Spionidiens font défaut à ce ver, et que leur absence n'est point due à un simple accident. Le nombre des individus que j'ai examinés sous ce rapport, esl trop considérable pour qu'une erreur ait pu se glisser dans mes observations sur ce point *.
* Ce nom spécifique fait allusion aux pieils de la région antérieure, dont la forme rappelle celle d'un carquois plein de flèchps.
' J'ai accordé à cette absence des tentacules une attention toute spéciale. J'avais, en effet, présente à l'esprit la mutilation si fréquente des Phyllochétoptères, qui avait fait dénier les grands tentacules à ce genre par M. Grube, quoiqu'à tort. Je savais que M. Leuckart a décrit une Polydore, accidentellement privée de ses tentacules, sous le nom de Leucodore mulica. Je savais, en outre, par ma propre expérience, combien les tentacules sont caduques chez les Polydores, les Nérines, les Spio, les Phyllochétoptères et les Telepsavus. Mais, malgré tout, j'ai dû me convaincre que les Ranzania n'ont que des tentacules rudimentaires, à peine appréciables.
Le lobe céphalique est extrêmement petit et repose on entier sur le segment buccal qui le dépasse même beaucoup en avant. Il a la forme d'un cône surbaissé et offre de chaque côté une tache oculaire noire. Le segment buccal apode porte sur le dos deux tubercules arrondis (fig. I, b), présentant chacun une cavité intérieure. Ce sont les vestiges des tentacules si développés chez d'autres Chétoptériens. Le bord inférieur et antérieur du segment buccal s'étale en une large lèvre bilobée (à) qui dépasse, ainsi que je viens de le dire, les limites du segment buccal en avant. Cette lèvre inférieure forme avec le lobe céphalique une sorte d'entonnoir au fond duquel est située la bouche.
Le thorax est formé par douze segments dont chacun porte une paire de pieds (I Bt en forme de pharètre pleine de soies simples. La partie terminale plus ou moins lancéolée de ces soies varie de forme, suivant une série parfaitement graduée dans chaque pharètre. La fig. 1 B représente cette série au complet. La fig. 1 H reproduit à un plus fort grossissement celle des soies où la partie élargie offre le maximum d'expansion. Comme chez les autres Chétoptériens, les pieds du quatrième segment sétigère sont conformés autrement que les autres. Ils sont beaucoup plus larges et moins saillants. Chacun de ces pieds (1 A) renferme deux groupes de soies. L'un est formé par de fortes soies cylindriques rectilignes, dont les unes sont simplement subulées (a), les antres élargies à l'extrémité en une massue obliquement tronquée (b). L'autre comprend des soies très-aplaties (c), cultriformes, à extrémité amincie et légèrement recourbée. Toutes ces soies sont plongées dans un tissu aréolaire (d) qu'on prendrait au premier abord pour du cartilage. Cependant ce tissu, dont les mailles ont un diamètre d'environ lOmi'r, est éminemment contractile.
Les palettes uncinigères ventrales (rames ventrales) commencent au treizième segment sétigère. Elles portent des plaques onciales pectinées (1 F), auxquelles viennent s'attacher de forts tendons chitineux. Ces plaques onciales, aux dents vigoureuses, ressemblent beaucoup plus à celles des Chétoptères qu'à celles des Telepsavus ou des Phyllochétoptères.
Tous les segments thoraciques sont à peu près égaux entre eux, sauf le quatrième. En revanche le treizième segment (1er abdominal) est une fois et demie aussi long que chacun des précédents. Le quatorzième et le quinzième sont chacun six ou sept fois aussi longs que chaque segment thoracique. Les segments suivants redeviennent beaucoup plus courts. La rame dorsale du treizième segment a la forme d'un long cylindre (1 D, à); l'axe en est occupé par deux ou trois soies dont l'extrémité en forme de fer de lance fait légèrement saillie au sommet de la rame. Celle du quatorzième segmenta la forme d'une large palette triangulaire, placée verticalement (1 C). Le bord de
128 ANNÉLIDES CHÉTOPODES
la palette est renflé en un bourrelet chargé de cils un peu plus vigoureux que ceux qui recouvrent le reste de la surface du corps. Ils sont en revanche plus faibles que les franges vibratiles des organes correspondants chez les Telepsavus et les Phvllochétoptères. Dans l'épaisseur de la palette est logé un faisceau de soies capillaires fort ténues. Les rames dorsales du reste de l'abdomen sont bien moins développées. Ce sont des processus coniques (1 E) dans l'intérieur desquels on trouve tout un réseau de brides contractiles, mais point de soies. A leur base est un corps glandulaire (1 E, b) brunâtre, qui fait sans doute partie de l'organe segmentaire.
Le tube digestif est conformé comme dans les autres Chétoptériens. Après un long œsophage rectiligne, vient une partie très-sinueuse du tube, qui occupe le quatorzième segment et une partie du quinzième. An milieu de ce dernier commence l'intestin hépatique, de couleur verte.
Le dos du treizième et du quatorzième segment est recouvert par ces mêmes glandes mamelonnées qui produisent chez la plupart des Chétoptériens un mucus phosphorescent.
Les tissus de la Ranzania sagùtaria renferment un grand nombre de follicules bacillipares (1 G, a) et présentent comme ceux de tant d'autres Chétoptériens la particularité de décharger une foule de filaments contournés 1 1 (i, b) dès que l'animal est irrité.
Famille des TÉRÉBELLIENS Grube (Qtrfg. rev.)
Certaines erreurs analomiques semblent reparaître périodiquement dans la science. A propos de la Terebella Meckelii, j'ai remarqué, dans une Note de mes « Annélides chétopodes de Naples » qu'il était à peine nécessaire d'insister sur l'anangie de ses tentacules. Aucun Térébellien ne renferme, en effet, de vaisseau sanguin dans ces organes. Les données de M. Williams, à cel égard, sont aussi erronées que celles de Rathke au sujel des tentacules des Amphicléniens. Mais voici la vascularité des tentacules remise en avant par M. Achille Costa ', à propos de
' Anmmri» del Muse» zuulogico d. r. Univ. di Xapoli, da Achille Costa, Anno IV, 1864. Napoli, 1867. P. 63.
sa Pallonta rapax, qui n'est autre chose que la Terebella Meckelii (Amphilrite Meckelii Délie Chiaje) elle-même, Ce savant insiste sur l'excellence de son genre Pallonta, basé précisément suc l'existence de ce vaisseau sanguin dans chaque tentacule. .Mes recherches précédentes, sur celte Annélide, ne me laissaient aucun doute sur l'erreur contenue dans celle assertion. Cependant je n'ai pas négligé de renouveler mes observations sur ce point, et je suis obligé, n'en déplaise à M. Costa, de nier formellement toute vascularilé des organes en question. Je ne puis m'expliquerla méprise du savant napolitain, que par la couleur d'un fauve rougeâtre, spéciale aux tentacules de la Terebella Meckelii. Toutefois celle couleur ne provient point du sang, mais bien de granules pigmenlaires . Seule, la lymphe périviscérale pénétre dans les tentacules, chez tous les Térébelliens.
Genre AMPHITRITE O.-F. Mûller (Malmgr. rev.)
Le nom d'Amphitrite est un de ceux dont il a été l'ait l'abus le plus grand dans la science. Il a été appliqué aux vers des familles les plus diverses, et il a fini par tomber dans le discrédit et l'abandon. Toutefois, après une nouvelle étude de l'espèce typique, VA. cirrata O.-F. Mùll., des mers arctiques, M. Malmgren a cru pouvoir ressusciter le genre. Il se distingue des Térébelles par la circonstance qu'au moins une partie des soies capillaires des pharètres, présentent, à la suite de la région hilimbée normale, une sorte de baïonnette terminale à bord finement dénié en scie. En outre, les écussons ventraux, souvent peu distincts chez les Térébelles proprement dites, sont ici larges et nettement délimités. Peut-être aurait-il mieux valu ne donner à celle coupe que la valeur d'un sous-genre.
AMPHITRITE INCANA.
PI. XIII, fig. G.
Corpus pàttide roseum, longitudine circa ai)""", latitudine circa *""". inter thoracem et abdomen constrictum, loris uncinigeris latissimis, sentis ventredibus J:i-15. Lobus cepha-
130 ANNÉUDES CHÉTOPODES
licus utrinque potie teutamla in lobuhim verticalem subrotundaium ptodactus. Tentacula candida, numerosissima, maxime extensilia. Pharetree in 24 segmentis. Branchiœ raberrimce très œquales, a stipite crassiore fascicidatim ramosce. Tubas crassus ex argilla vel lima tenui eonfeetus.
Celte espèce se reconnaît, à première vue, au milieu de tous les Térébelliens du golfe de Naples, à son tube d'argile, à sa couleur d'un rose tendre un peu laiteux, aux dimensions extraordinaires de ses tores uncinigères, et surtout au nombre et à la largeur de ses tentacules blancs, susceptibles d'une extension extraordinaire. J'ai dû, dans la plancbe, restreindre de moitié la longueur de ces organes. C'est dire qu'ils peuvent devenir au moins trois fois aussi longs que le corps lui-même, et davantage. Ce magnifique animal se reconnaît au premier coup d'oeil. La famille des Térébelliens est certainement une de celles où la coloralion a le plus d'importance. Considérez-la dans les musées, elle semble offrir une monotonie extrême, et la détermination des genres et des espèces exige un travail minutieux. Au bord de la mer, en revanche, chaque espèce se reconnaît à première vue, tant les différences de faciès sont considérables.
Le lobe céphalique forme en dessous des tentacules une lèvre supérieure très-saillante et arrondie. En outre il s'élève de chaque côté en un lobe membraneux arrondi, un peu plus petit que la lèvre proprement dite, mais placé en arrière des tentacules. La base de ces organes ou du moins de ceux qui occupent les côtés est donc comprise entre deux lobes membraneux : la lèvre supérieure en avant et le lobe latéral en arrière. Cette disposition remarquable n'existe pas chez cette espèce seulement, car elle est signalée par M. Malmgren chez plusieurs Amphitrites.
Le segment buccal est achète et forme en dessous la lèvre inférieure arrondie. Les deux suivants sont larges, également achètes, et présentent sur le dos les deux premières paires de branchies. Le quatrième segment porte la troisième paire de branchies et de chaque côté la première pharètre, mais pas de tore uncinigère. Ce segment est fort étroit et à peine perceptible du côté ventral. Le troisième segment offre en dessous de la tige de la branchie, et le quatrième en dessous de la pharètre, une papille cylindrique très-saillante que je n'ai pas aperçue dans les autres segments. Ce sont sans doute les ouvertures d'organes segmentaires. Les vingt-trois segments suivants
sont tous porteurs de pliarétres. La région Ihoraeique compte donc en tout vingt-sept segments dont vingt-quatre à pliarétres. Les soies (G B) ont l'appendice terminal à fine serrature, caractéristique du genre. Cependant je trouve en outre, dans chaque pharètre, un certain nombre de soies auxquelles celte serrature fait défaut et qui se terminent par un simple filet volnble.
Les tores uncinigères commencent au cinquième segment. Leur largeur est extraordinaire, au moins dans la région thoracique, et ils repoussent les pliarétres fort haut sur le dos. Les dimensions exceptionnelles de la région latérale du corps frappent donc à première vue, les tores se distinguant soit à leur relief et à leur rigidité, soit à leur couleur un peu jaunâtre. Les crochets aviculaires (6 A) ont le rostre long et pointu, avec le vertex strié par trois ou quatre crêtes '. Les six premières paires de tores ne portent qu*une seule rangée de crochets, tous rétrogrades. Dans tous les tores suivants (c'est-à-dire à partir du onzième segment), soit au thorax, soit à l'abdomen, les crochets sont disposés en deux rangées engrenantes, l'antérieure progressive, la postérieure rétrogressive. Au thorax, j'ai compté jusqu'à soixante crochets dans une seule de ces rangées, ce qui fait deux cent quarante pour un seul segment. A l'abdomen, ils sont beaucoup moins nombreux. Chez tous les individus, une constriction profonde, remarquable surtout sur le dos, sépare le thorax de l'abdomen.
Le premier écusson ventral est au troisième segment. J'en compte treize à quinze. Il n'est guère possible d'en fixer avec exactitude le nombre. En effet, trèslarges dans les premiers segments, ils se rétrécissent rapidement en arrière, et les derniers, encastrés entre les tores uncinigères, forment un relief à peine sensible, sur le fond du simple sillon qui sépare plus en arrière les deux rangées de tores l'une de l'autre.
Les branchies sont grandes, rameuses, d'un rouge très-vif, par suite du sang qu'elles renferment, et à peu près toutes d'égale grandeur.
J'ai beaucoup hésité à réunir cette espèce à YAmphilrite Johnsloni Malmgr. * Sauf sa taille beaucoup plus grande (parfois jusqu'à 150mm), celle espèce septentrionale paraît se rapprocher beaucoup de Y À. incana de Naples. Presque tout ce qu'en dit M. Malmgren s'applique à noire espèce. Malheureusement ce savant n'a étudié que des individus conservés
1 Chez Ions les Térébelliens, ces crêtes apparentes dans la vue de profil, paraissent ducs à des rostres secondaires, placés à droite et à gauche du rostre principal • Njrdisku Hafs Antidater. — Ojfversigt ai k. V:t. \UA. Forh. 1835, n° 5, p. 377. Tab. XXI, fig. 51.
132 AXXÉLIDES CHÉTOPODES
dans l'alcool. Rien par conséquent dans sa description de la couleur rosée du corps, si caractéristique; rien de la blanche perruque de larges tentacules. Cependant, l'examen de la figure publiée par M. Malmgren ne m'a pas autorisé à réunir les deux espèces. Les tores uncinigères de VA. Johnstoni, bien que larges, sont loin de présenter la largeur de ceux de l'espèce napolitaine. Puis les segments paraissent être d'une longueur exceptionnelle dans la première, tandis qu'ils sont d'une brièveté tout aussi remarquable dans la seconde, ce qui entraîne un port entièrement différent. Enfin, l'étranglement profond entre le thorax cl l'abdomen, caractère qui se conserve fort bien dans l'alcool, parait faire défaut à l'espèce septentrionale. M. Malmgren ne nous dit pas si VA. Johnsloni habite un tube d'argile '.
Famille des AMPHARÉTIEKS Malingr.
Genre AMPHICTEIS Grube.
(CROSSOSTUMA Gosse.) A.MP11ICTEIS CURVIPALEA.
pi. xiii, fig. 5.
Corpus longitudine 30mm. îafdudine S'"~°,~>, postice valde attenuatum. Lobus ceplialkus antice truncatus, sulco midio longitudinali. Tcntivtla circiter viginti, filiformia, subtus ciliata. Sctœ /lu1' Morum segm nti secundi In'/,-. In; vior î, apice < tirvo. Branchies utrinque quatuor filiforiu s. segm nto secundo tertioque insidentes. Segmsnta pharetris dorsualibus fasciculum setarum capïllarium includ ntibus munita 16, quorum anteriora duo pinnulis uncinigeris curent. Pharctrœ cirro brevissimo cl a rat o instructee. Segmenta abdominalia pharetris destituta pinnulis vero instructa lé. Segmentant postremum cirros 2 anales gerens.
Toutes les espèces d'Amphictcis jusqu'ici décrites, sont ou de la mer
1 II vaut peul-étrela peine île remarquer que l'espèce typique du gcmre, l'A. cirrata 0.-F. Mûll., habite un lube d'argile, comme VA. iucana de la Méditerranée.
(.iOG)
du Nord et de la mer Glaciale, on de la Caspienne. Il était à présumer, toutefois, que ce genre ne fait pas défaut à la Méditerranée '. On rencontre, en effet, ça et là dans le golfe de Naples, vivant dans un tube d'argile fine, une espèce fort voisine de l'Âmphùrile Gunncri (Âmplticteis Gunneri Sais) des mers du Nord. La description très-circonstanciée que M.Sars nous a donnée de celle dcrnière,-s'applique, pour la grande majorité des détails, à l'espèce napolitaine. Elle s'en éloigne sur quelques points d'appréciation peut-être difficile, comme le nombre de scgmenls porteurs de branchies. Toutefois, la forme entièrement différente du second segment, montre jusqu'à l'évidence qu'il s'agit d'une espèce bien distincte.
Le lobe céphalique (fig. 5) est tronqué en avant par une éehancrure concave, et échancré également sur les cotés. Sur la ligne médiane il est creusé d'un sillon large et profond. En arrière il porte deux agglomérations de petits points noirs (oculaires?). Ce lobe céphaliqne recouvre la base des tentacules buccaux qui sont au nombre d'une vingtaine environ et susceptibles d'être rétractés dans la bouche. Ces tentacules, bien que relativement courts, sont très-si mblables à ceux des Térébelliens. Leur surface dorsale convexe est à peu près glabre, semée seulement de quelques rares soies tactiles ; leur surface ventrale, creusée d'un sillon dans toute sa longueur, est au contraire couverte de cils vibratiles s destines à conduire à la bouche les particules nutritives.
1 II s'y trouve d'ailleurs une Annélide fort voisine, le Sabellidei adspersnsGr . découvert par M. Grulie à Lussin piccolo Les ailleurs récents restreignant, avec raison, |e genre Sahellidcs aux espèces i!ont les tentacules sonl pennes, !eS. adspersus ne saurait plus en faire partie. M. de Qualrefages n'a pas aperçu, dans son Histoire (h*s Annelès, relie contradiction entre 1rs caractères rie l'efpèce el cens du genre. Il s'est glissé d'ailleurs dans l'ouvrage de ce savant une confusion de termes qui pourrai! tromper le lecteur. Dans la d agnose du genre, l'auteur indique 1rs tentacules oraux sous le nom rie brantliirs pennées, elles véritables branchies sous celui rie cirres filiformes (d'après Sars). Dans les diagnoses d'espèces, les premiers portent, au contraire, le nom de eirres lenlaciihircs, el les seconds celui de branc/ties. — Le Sibelliiles adspersus Grube me paraît devoir rentrer dans le genre Samytlia Malmgr.
8 Je dois faire à ce propos une remarque importante. M. Malingrcn, qui a enrichi la l'amille des Ampharéliens d'un grand nombre rie genres, attribue à une partie de la l'amille ries tentacules ciliés, ainsi aux genres Ampharele cl Subellidés. Au reste rie la famille (genres Âmpliirleis, Lysippe, Sosane, Aiioy/c, Samgllia, Melinna) il attribue des tentacules lisses. I.e terme rie cilié, employé par M Malmgrcn, n'est pas dans ce cas fort heureux. H ne doit point s'entendre rie cils vibratiles, comme icu\ que je décris ici, mais bien de ramifications latérales distiques, tout à l'ait comparables aux barbnles îles branchies liiez les Serpuliens. Il esl probable que tous les Ampliaiélicus oui la surface *cnlrale des tentacules ciliée, c'est-à-dire couverte de cils vibratiles.
134 ANXÊLIDES CHÉTOPODES
Le segment buccal est achète comme dans le reste fie la famille. Il est profondément échancré en avant, du côté dorsal. Le second segment porte de chaque coté un éventail de palées. Ces palées, peu nombreuses, sont de grosses soies (5 B, a), finement striées en long et en travers, et recourbées à l'extrémité en une pointe obtuse. Lorsque la palée est jeune, la pointe est étirée en un long bec très-acéré (b) qui parait être fort fragile et caduque. Du moins n'en retrouve-t-on pas trace dans les palées adultes. Les 16 segments suivants présentent des pharètres sétigères, ce qui porte à 18 le nombre total des segments thoraciques. Ces pharètres sont bilobées à l'extrémité et ornées en dessous d'un petit cirre terminal (5 A, a), renflé en massue au sommet. Peut-être cet organe, qui existe aussi chez l'A. Gunneri, ne mérile-t-il pas le nom de cirre. Du moins la cavité périviscérale se prolonge-l-elle dans l intérieur. Le prétendu cirre pourrait bien servir à l'évacuation des éléments reproducteurs. Le faisceau est formé par des soies capillaires, bimarginées près de l'extrémité (5 C), de manière à paraître comme lancéolées. Les tores uncinigères (5 A,B) qui commencent au quatrième segment, sont développés en véritables pinnules, dans l'intérieur desquelles les œufs pénètrent aussi bien que dans les pharètres. Les plaques onciales sont distribuées en une seule rangée, en nombre considérable (jusqu'à 135 et au delà) sur chaque tore. Elles sont hautes de 35n,icr, munies de cinq derts crochues trèsvigoureuses et d'une sixième fort petite (5 D). Celle forme parait d'ailleurs trèsgénérale dans le genre Ampliicleis.
L'abdomen est formé de 14 segments privés de pharètres, mais à pinnules ventrales fort saillantes. Les plaques onciales ont la même forme qu'au thorax. Le dernier segment (5 E) se termine par deux longs cirres filiformes comme dans les autres espèces du genre.
Les branebies sont au nombre de quatre paires et me paraissent portées par le second et le troisième segment. (Chez l'A. Gunneri elles apparliennent, d'après M. Sars, au troisième et au quatrième '.) Elles sont filiformes, assez larges à la base. Elles paraissent verdàlres, grâce au sang d'un beau vert qui remplit les vaisseaux. En outre elles sont annelées d'un grand nombre de taches transversales brunes. Des taches analogues, mais plus diffuses, sont d'ailleurs semées sur tout le dos de l'animal.
L'ce>ophage s'étend en ligne droite dans les six premiers segments. L'estomac de couleur brune dans lequel il débouche, s'étend jusque dans l'abdomen.
1 M. Malmgren les indique comme portés par les segmenls 3, i el 5 ; mais il ne faut pas oublier que son 3"w segment correspond au second de M. Sars, et son 5mc par conséquent au 4me. 11 compte, en effrt, deux segmenls achètes et pas un seul, opinion que je ne saurais partager pour l'espèce méditerranéenne.
Famille des SERPULIENS Burin.
Dans mes « Annélidcs de Naples,» je n'ai admis que deux tribus dans celle famille : celle des Sabellides et celle des Serpulides. La Iribu des Eriographides, dans le sens de M. Malmgren, ne me semblait pas suffisamment séparée des Sabellides. Aujourd'hui, après une élude approfondie des genres Myxicola cl Leplochone, je serais moins éloigné de l'opinion de M. Mahngrcn, que précédemment. Il est certain, tout au moins, que les Ériographides avec leur tube muqueux, la conlraclililé extraordinaire de leur corps, la forme particulière de leurs soies, forment un petit groupe très-particulier. Toutefois, je ne saurais les séparer des Amphiglèncs, qui n'ont pourtant pas de membrane inlerbrancbiale. Les Leptochoncs en ont du moins le port, le genre de vie, la progression à reculons. Tous ces vers ont d'ailleurs une particularité qui fait défaut aux vrais Sabellides. C'est que leurs deux glandes mucipares, logées dans le thorax, se réunissent pour former un tube excréteur commun, qui vient s'ouvrir à la base des branchies, sur le dos de l'animal, par un pore unique. Chez les Sabellides, ces deux glandes restent au contraire entièrement séparées, et s'ouvrent à l'extérieur, chacune pour son compte, à la base des pieds du premier segment sétigère. C'est donc le caractère tiré de ces glandes que je choisirais de préférence à celui de la membrane inlcrbranchiale, pour distinguer les Ériographides. Il me permet en effet de comprendre dans ce groupe les Amphiglènes, chez lesquelles j'ai déjà décrit dans mes « Glanures » la réunion des glandes lubi pares en un tube excréteur commun, à une époque où je ne connaissais, il est vrai, pas encore les homologies de ces glandes.
Par la réunion des deux glandes lubipares, pour former un tube ex-
13G ANNE Ll DES CllÉTOPODES
créteur dorsal, les Ériographides se rapprochent de la tribu des Serpulides, chez laquelle j'ai constaté la même disposition. La position normale des Eriographides est par conséquent entre les Sabellides et les Serpulides. Au point de vue de l'ouverture de ces glandes à la base des pieds, les Sabellides donnent la main aux Térébellides,et ils représentent, dans tous les cas, la forme phylogénétiquement la plus ancienne de la famille, puisque le type de l'organe segmentairc est conserve chez eux pour les glandes tubipares. Du reste, même chez les Ériographides et les Serpulides, chacune de ces glandes conserve la forme typique d'un boyau recourbé dont les deux branches, il est vrai souvent très-plissées, sont accolées l'une à l'autre.
J'ai exposé naguère les variations fort nombreuses du Spirographis Spallanzanii, variations qui m'ont conduit à réunir plusieurs espèces distinguées par les auteurs. Ces variations vont encore plus loin que je ne le pensais alors. J'avais vu le nombre des segments thoraciques toujours de huit, mais aujourd'hui je possède des exemplaires à 7 et même G segments thoraciques seulement. C'est d'ailleurs ce que savait déjà M. Grube. II me semble donc difficile maintenant de séparer la Sabella Josephinœ Grube et le Spirographis longispira Qlrfg. du Spirographis Spallanzanii Viviani.
J'ai indiqué le sillon copragogue du Spirographis Spallanzanii comme ventral dans toute sa longueur, mais se perdant insensiblement en avant. En examinant un grand nombre d'individus, je me suis pourtant assuré que ce sillon passe bien au thorax sur le côté dorsal, comme chez tant d'autres Sabellides, seulement, il est si peu marqué, qu'il est souvent presque impossible de le reconnaître. Chez les individus contractés par l'action de. l'alcool, celle partie du sillon devient, en revanche, beaucoup plus facile à reconnaître.
TRIBU DES SABELLIDES.
Genre BRANCHÏOMMA Kœll. (Clprd. em.) Branchiomma vigilans.
PI. XIV, fig. 3.
Corpus <>°°°' longnm {sine branckiis), latitudine 6""", roseum, albo punctidatinn, segmentas circa 140. Collare 4-lobum. Branchiœ magnce, oculis sphœricis ornatœ, apicibus longissimis. Segmenta thoracica octo. Antennce brcrcs, basi crassiuscula. Tubus argillaceus.
Je n'ai rencontré que trois fois ce magnifique Branchiomma, mais toujours dans les mêmes conditions, à savoir comme épizoaire de l'.4phrodita aculeala. Son tube, formé d'argile recouverte en dedans d'une substance organique, est logé sous la voûte de poils feutrés de l'Aphrodite. Dans les trois cas observés, l'extrémité postérieure du tube était fixée près delà tète de l'hôte. L'extrémité opposée sortait, dans deux des cas, au-dessus de l'anus de l'Aphrodite, et dans le troisième, sur le côté, entre deux pieds, non loin de l'extrémité postérieure.
Le thorax compte 8 segments sétigères. Les tores uncinigères portent des rangées de crochets aviculaires (3 A) et de soies en javelot (soies en pioche Qtrfg.) qui ne s'écartent guère de celles des espèces voisines. Les soies en javelot sont régulièrement lancéolées. Le sillon copragogue parcourt le milieu du thorax sur le dos. Il le quitte immédiatement après le huitième segment pour se diriger vers le côté droit et passer obliquement à la lace ventrale dont il atteint la ligne médiane au dixième segment. A partir de là il parcourt la ligue médiane ventrale jusqu'à l'extrémité postérieure du ver.
La collerette est divisée en quatre lobes, sans parler des deux lobes dorsaux qui en sont complètement distincts. Elle est très-pointue en avant, du côté ventral. Les deux antennes, soit tentacules ciliés, sont courts et triangulaires.
Les branchies s'élèvent en un superbe panache rose formé d'une quarantaine de branches. Lorsque l'animal est à l'état de repos, tous les filets branchiaux décrivent une
138 ANNÉL1DES CHÉTOPODES
courbe semblable en retombant élégamment en dehors. Leur ensemble forme une sorte de vase comparable a la corolle d'un convolvulus. Seuls, les deux filets branchiaux placés à droite et à gauche de la ligne médiane dorsale, restent constamment dressés (Cf. fig. 3), comm:3 cela a lieu aussi chez les autres espèces du genre. Ils portent des yeux trois fois aussi gros que les autres.
La fig. 3 B représente l'extrémité d'un filet branchial ordinaire, chez le B. vigilans, au grossissement de 125 diamètres. On voit que l'œil est sphérique ou à peine légèrement piri forme. Il n'est point terminal comme dans le B. Kôllikeri, ni subterminal comme dans le Br. vesiculosum, mais il est dépassé par un long prolongement de la lige de la branchic, qui ne porte, il est vrai, plus de rameaux. La surface de ce dernier est hérissée de poils tactiles clair-semés. L'axe cartilagineux se continue sans interruption jusqu'à l'extrémité de ce prolongement, de même que le vaisseau branchial. L'œil composé est formé d'un très-grand nombre d'ocelles juxtaposés, à cristallin piriforme, entouré d'une gaine de pigment violet. Sur le côté de l'œil, qu'on peut appeler interne par rapport à l'entonnoir formé par l'ensemble des branchies, les ocelles sont serrés les uns contre les autres, sans laisser subsister d'espace vide. Sur le côté opposé, au contraire (i\<^. 3 B), on voit tout une zone longitudinale dépourvue d'ocelles. Cette zone est la région par laquelle l'œil composé est soudé à la branchie. L'œil n'est en effet point traversé par la lige branchiale suivant son axe, mais il est appliqué contre la surface interne de celle lige. Il ne résulte de cette disposition aucun désavantage relatif pour la vision. En effet, lorsque les branchies sont entièrement étalées (fig. 5), leurs extrémités se recourbant en arc de cercle, le côté interne porteur de l'œil, se trouve tourné en dehors. Les gros yeux des deux branchies dorsales sont conformés comme les autres, seulement le nombre des ocelles est plus considérable. Comme chez les autres Branchiomma l'acuité de vision est fort grande. Le moindre mouvement de la main ou de la lèlc fait rentrer précipitamment l'animal dans son lube.
L'axe cartilagineux (3 C) de chaque lige branchiale a un diamètre
d'environ 0,12m,n. Il est composé de plusieurs rangées de grosses cellules à épaisse paroi, dans lesquelles le protoplasma, accumulé autour du nucléus, envoie de nombreux prolongements ramifiés jusqu'à la paroi. Les axes des rameaux branchiaux secondaires sont formés par des cellules cartilagineuses, dont les trois ou quatre premières décroissent trèsrégulièrement de diamètre (6), à partir de la première qui est au moins aussi grosse que les cellules de l'axe principal.
Genre SABELLA Linn. (Sars rev.) Sabella brachychona.
PI. XIV, fig. 5.
Corpus teretiusculum, longitudine 6"", gracile (latitudine 18im longitudinis partent cequante), segmentis 130-140. Collare humillimum, dimidiatum. Branchiarum paria vidgo vigiuti, punctis ocidaribus hullis, fasciis transversis circiter 15, fuscis, latitudine sextant, longitudinis corporis partent cequante. Tentacula duo. Uolor flavo-carneus. Tubus cartilagineus.
Cette espèce frappe immédiatement par la brièveté de ses branchies qui atteignent à peine lcent de long, pour une longueur de six centimètres du corps, branchies non comprises. Le nombre des filets branchiaux est d'une vingtaine de chaque côté. Ils sont entièrement dépourvus de taches oculaires, mais sont ornés d'une quinzaine de bandes brunes. L'axe de chaque filet branchial est formé par des cellules cartilagineuses beaucoup plus petites que celles de la plupart des autres Sabellides. Aussi, tandis qu'on ne compte que d'une à trois rangées de cellules dans la largeur de l'axe chez la plupart des espèces, j'en trouve jusqu'à cinq ou six chez cette Sabelle (5 A, a). Ces cellules sont très-déprimées et superposées comme des briques dans une muraille. Les cellules cartilagineuses de l'axe, dans les rameaux secondaires de la branchie, sont beaucoup plus grandes (b) et plus globuleuses, du moins les quatre premières dans chaque rameau. La première de toutes est presque sphérique; les suivantes ont la l'orme de sphéroïdes aplatis. La seconde et la troisième sont les plus larges de toutes. Les antennes sont au nombre de deux et renferment chacune un vaisseau aveugle.
Un autre caractère fort sadlant est la brièveté du thorax qui ne compte que six segments, chiffre relativement rare chez les Sabelles. Le sillon copragngue court sur la ligne médiane ventrale, de l'extrémité postérieure jusqu'au huitième segment.
140 A.WÉLIDES CHÉTOPODES
De là il passe obliquement sur lé côté droit, remonte sur le dos et atteint la ligne médiane au milieu du sixième, pour se continuer en avant sur le milieu du thorax.
Les crochets aviculaires (fig. 5, a) ont le rostre très-aigu, avec une crête striée sur le rostre. Au thorax ils sont accompagnés de soies en pioche (b), marginées près de l'extrémité, au point d'en devenir sécuriformes. Chacune d'elles sort par une ouverture ou fente spéciale.
La collerette est peu saillante et divisée seulement en deux moitiés.
La couleur générale est d'un rose clair, tirant sur le jaune, surtout aux boucliers ventraux.
Le tube est résistant, mais formé par une matière semi-transparente, à peu près incolore, ressemblant à du cartilage.
THIBL DES ÉKIOGUAPHIDES.
Genre MYXICOLA Koch. (Char, emend.)
(Non Sars, née Mlmgr.)
Corpus crassum muciparum, cottare million : tori uncmigeri prommentes nulli; uncini in anteriore corporis parte desiderati, in posteriore numerosissimi, brevissimi, seriem a dorso usque ad ventrem (i. e. tam supra quam infra fascieulnm setarum capUlarium) extensam componentes. Branchies semiorbem iftrinque formantes, partim mit fere totœ ente connexes, pinnulis dorsualibus nuîlis, punctis ocularibus mdlis. Tentacula duo minuta.
Celte diagnosc est empruntée, en majeure partie, à celle que M. Sars publia dès 1801. Toutefois, j'ai dû lui faire subir certaines modification*. Le type du genre Mijxkola Koch est en effet une espèce de la Méditerranée, que M. Grube surtout a décrile d'une manière très-reconnaissable, et que les auteurs identifient à tort ou à raison avec VAmphilrite Tnfundibulum Mont. Soit M. Sars, soit M. Malmgren, ont senti le besoin de définir le genre un peu plus complètement que ne l'avaient fait MM. Koch et Grube. Malheureusement les savants Scandinaves ne connaissaient pas l'espèce-lype par eux-mêmes, et ils ont introduit dans leur diagnose des restrictions qui auraient pour effet d'exclure du genre Myxicole l'espèce-type. En effet, ils attribuent aux Myxicoles, dans la ré-
gion antérieure (thorax), des crochets différents de ceux de la région postérieure el munis d'un long manubrium. Sous ce rapport, ces vers se comporteraient donc comme les genres Chone Krôy. (Sars rev.) et Euchone Mlmgr. Toutefois, l'espèce méditerranéenne ne présente nullemenl ce caractère. 11 esi évident que le nom de Myxicola doit être conservé pour l'espèce de MM. Kocli cl Grube. D'autre part, la coupe générique établie sons le même nom par M. Sars, mérite d'être acceptée, mais avec un nom nouveau. Elle parait coïncider avec le genre Leplochone que je décris un peu plus bas.
Myxicola Infundibulum.
Terebella Infundibulum Renier, Tav. ail', il. Conch. Adriat., p. xni, n" 579, 1804 (fide Meneghini).
Sabclla gelalinosa Renier, lliid. (fide Meneghini).
Terebella Bucriiw Renier. Prospetto ilella Classe dei Vermi, 1804, p xix (fide Meneghini)
Tuba divisa Renier, Tavole di Classifirazione, 1807, Tav. vi (fuie Meneghini).
Amphitrile Infundibulum Montage, Linn. Transacl., IX, p. 209, pi. vu.
Sabella Infundibulum Délie Chiaje, Memorie sugli anim. senza Vert. IV, p, 204; Tav. lxii, fig. 5.
Sabella viliosa Cuvier, Régne animal, 2™ édit., 1829-30; 3m' édit, 1836, II, p. 192.
Sabella Infundibulum Cnvier, Règne animal, 2""" édit., III. p. 192;3ra<- édit., II. p. 118.
Amphilritc Infundibulum Edw. Animaux sans vertèbres de Lamnrrk, V, 611.
Sabella Infundibjilum Délie Chiaje, Descrizionce notomia, III, p. 72; V, p. 95; Tav. 106, fig. 5.
Sp. innnminala Forbes ', Aimais and Mag. of nat. llislory, VIII, p. 2iri.
Tuba Infundibulum Meneghini, Osservaz. posltnne di zool. Adrialica del Renier, 1847, p. 52.
Eriograpliis borealis Grube, Uie l'amilien der Anneliden, p. 89.
Sabella Infundibulum Johnst. Ann. and Mag. of nal. Hist., XVI, 1841. p. 449.
Myxicola Infundibulum Grube, Beschr. n. o. w. bek. Annel.— .Archiv fiir Nalurgesrhichte, 1855, XXI, 122.
Myxicola Grubii Krôyer, Ovcrsigt over del k. danske Vid. Selsk. Forhandl. i Aaret 1856, p. 9.
Arripasa Infundibulum Johnst. Catalog. of non parasit. Worms, p. 252.
Myxicola Infundibulum Quatrf. Histoire natur. des Annelés, II, p. 481.
PI. XIV, 11g. 2.
Corpus crassiusculum, depresswn, longitudine 9-10"™, latititdine 6""", carnenm, postice
' Bidrag lil Kundtkaben om Norges Annelider (fjerde, Afliandling) af Prof. M. Sars. — Videnskabs- .telskabits Forliandlingeri Christiania fur 1861 (Sœrskilt Aftryck, p. 28).
' Il est au moins évident que l'Annélide découverte par Forbes dans l'Archipel grec en 1840, est une Myxicole Le savant anglais indique l'appareil branchial infundibuliforme, formé de 28 cirres réunis par une membrane, chacun de ces cirres portant à l'intérieur de l'entonnoir une rangée de cils longs el lins; il mentionne et figure le tube muqueux transparent. Vers la même époque, M. Loven observa aussi des Myxicoles au Cap Nord el près des côtes de Bohuslan (Arsberàllelse om zoolorjiens Framsleg nnder âren 1810-42, p. 83) ; mais nous ne savons pas s'il s'agit de notre espèce, puisqu'il existe plusieurs Myxicoles dans les mers du Nord.
acuminatum, segmentis distincte biannulis quorum numerus ferme 115-125. Thorax octo compositus segmentis. Sulcus adominaïis conspicuus, in dorso fhoracis confinuatus. Tiîbcrcida setigera minima, vix conspicua, setis capiUaribus lanceolatis . gracillimis, annota. Uncini brevissimi, numerosissimi, sericm transversam corpus cingentem continuant, in dorso tantum interruptam formantes. Paria branchiarum circa 20, semiorbem utrinque formantia, 2'"" longa. apicc libero, breviore, violaceo.
Celte espèce est-elle bien celle de Montagu? M. Kocli n'hésite pas à l'admettre. C'est aussi l'avis de M. Grube, qui ne trouve pas, il est vrai, la description du savant anglais très-satisfaisante, mais qui estime, en revanche, sa figure excellente. M. de Quatrefages pense, au contraire, que MM. Koch ei Grube se sont trompés dans cette identification, et que la Myxicole delà Méditerranée « n'a certainement aucun rapport avec la Sabella Infundibulum de Montagu '. » Toutefois, M. de Quatrefages n'a évidemment pas compris le texte de Montagu \ L'espèce des côtes d'Angleterre, si elle n'est pas identique avec celle de la Méditerranée, en est au moins fort voisine, et les descriptions qui en ont été données jusqu'ici, ne suffisent pas pour l'en différencier nettement. Montagu paraît avoir eu entre les mains des individus de très-ajrande taille, car il leur attribue une longueur de 8 à 10 pouces ( peut-être les branchies comprises), un nombre de segments variant de 150 à 160, et des rayons branchiaux au nombre de 37 dans chaque moitié de l'appareil. Tous ces chiffres sont supérieurs à ceux que j'ai observés à Naples sur un grand nombre d'individus, et que j'ai indiqués dans la diagnose. Mais ils peuvent ne résulter que d'une différence d'âge. Johnslon, qui a observé des individus de quatre localités différentes sur les côtes d'Angleterre, fixed'ail-
' Histoire naturelle des Annelés, tome II, p. 481.
* En effet. Al. de Quatrefages {Hist. mil. des Annelés, II, p. 55") déclare que la Sabella Infundibulum de Montagu n'est point une Myxicole, mais une vraie Sabelle. Mais en admettant qu'on puisse se méprendre sur les caractères du genre par la seule inspection de la planche, pourtant fort claire, le doute n'est plus possible un instant lorsqu'on prend connaissance du texte. Montagu dit, en effet, que les rayons de l'appareil branchial (appelés par lui du nom de tentacules) sont réunis par une membrane transparente gui ne laisse libres que leurs extrémités. Ce caractère suffirait à lui seul po\ir prouver qu'il ne s'agit point d'une Sabelle, mais bien d'une Myxicole ou d'une Chnne. Montagu a si bien compris l'importance de ce caractère qu'il ajoute en manière de résume, à la fin de sa description : « The essenlial chaiacler ofthis species is the connected fibres of the lentacula, in which il differs front ail the others bitberto described.» Il est donc difficile de comprendre sur quoi M. de Quatrefages a basé son assertion.
DU f.OI.FE PE NAPLES. 1 43
leurs le nombre de segments à 120 seulement, ce qui est précisément le chiffre moyen pour les individus adultes à Naples '.
Tout le reste de la description, il est vrai fort brève de Montagu, s'applique parfaitement à la Myxicole de Naples. Certaines particularités sont même pins exactement rapportées dans cette description que dans celles qui ont été faites depuis lors.
« L'habitation (ou tube) formée par cette espèce d'Amphilri le,» dit Montagu, «est entièrement gélatineuse, d'une nature très-ferme et (Mastique, verdâtre à la surface externe, mais d'ordinaire maculée de noir par le sol dans lequel le ver séjourne. Ces habitations sont formées de plusieurs couches ou strates, et lorsque la première couche est enlevée, les suivantes sont parfaitement hyalines, de sorte que l'animal est vu au travers aussi bien que si le tube était de verre. L'animal est susceptible de contractions extrêmement soudaines qui ramènent sa longueur
de 8 ou 10 pouces à 3 ou 4 Lorsque le tube gélatineux est placé sur
la main, l'animal en extension, la soudaine contraction du ver dans sa demeure, produit une secousse vibrante dans les parties en contact avec le tube, secousse qui surprend vivement l'observateur non prévenu. » Tout cela est littéralement vrai de la Myxicole de Naples, si ce n'est que le degré de raccourcissement subit résultant de la contraction, me semble un peu exagéré par les chiffres de Montagu. Si Ton ajoute à la description de Montagu celle de Johnston, la conformité de l'espèce de la Grande-Bretagne avec celle de Naples devient toujours plus évidente. Johnston signale en effet l'état rudimentaire des rames portant les soies capillaires; la ténuité de ces soies, impossibles à découvrir avec le seul secours de la loupe; la petitesse des crochets aviculaires qui forment une série linéaire continue du dos au ventre, en dessus comme en dessous des rames sétigères; la netteté des segments, bien que les sutures intersegmentaires ne soient point enfoncées; la grande ressemblance de la surface dorsale et de la ventrale; la forme sélacée de la pointe libre des
1 Forbes en indique 1 40 chez un individu de la mer Egée. La taille des individus figurés par Renier est supérieure ;'i celle des exemplaires observés par moi.
144 ANNÉLIDES CHfcTOPODES
rayons branchiaux; l'absence de collerette au premier segment thoracique qui est apode; la prolongation de ce segment en avant, sur la ligne ventrale ' médiane, pour former une pointe triangulaire encastrée entre les deux moitiés de l'appareil branchial; le profond sillon sur la ligne médiane dorsale * du thorax, sillon qui ne se continue point en arrière sur le dos de l'abdomen, mais forme un angle pour se diriger de côté. Tout cela est aussi littéralement vrai de la Myxicolc de Naples.
M. Krôyer a cherché à distinguer quatre espèces : M. Infunâibulum Monl.; M. Grubii Kr., de la Méditerranée; M. Sarsii Kr., de la mer du Nord ; et M. Steenslrupii Kr., des Ferôe et du Groenland r>. Mais il me paraît évident que les deux premières n'en font qu'une.
Je passe à la description circonstanciée de l'espèce.
Le corps, en forme de cylindre aplati, est d'un rose-chair fort tendre qui passe au blanc jaunâtre dans l'alcool. Chaque segment est biannelë, l'anneau postérieur plus étroit que l'antérieur ef en même temps un peu plus large sur les cotés que vers la ligne médiane. La distinction entre la face dorsale et la ventrale n'est pas parfaitement facile au premier abord, en l'absence de raines pédieuses visibles à l'œil. En effet, les deux faces sont colorées de même et aplaties au même degré. Il n'existe aucune trace de ces boucliers ventraux de nature glanduleuse qui, chez la plupart des autres Sabellides, établissent au premier coup d'œil une grande différence entre le dos et le ventre.
Le segment buccal, entièrement acheté et porteur des branchies, se prolonge en avant, du côté ventral, en une pointe triangulaire très-saillante. A sa suite le thorax compte huit segments sétigères. Le sillon copragogue parcourt le thorax d'avant en arrière, pour quitter la ligne médiane dorsale au huitième segment et se diriger obliquement (fig. 2) du côté droit, où Johnston a cru qu'il se terminait abruptement. Toutefois, en y regardant île près, on voit que le sillon contourne le corps de l'animal pour atteindre la ligne médiane ventrale vers la fin du neuvième segment. Là il dévie , à peu près h angle droit et se continue directement sur la ligne ventrale jusqu'à l'extrémité postérieure. Sur les côlés des segments sont des tubercules sétigères minimes,
1 Johnston dit ligne dorsale, parce que. avec Montagu, il prend chez tous les Sabellides le ventre pour le dos, et rire versa.
* Johnslon dit ligne médiane ventrale pour la même raison q«e ci-dessus. 5 Toutes ces espèces ont été omises dans YHist. val. des Annelès.
perceptibles seulement a l'aide du microscope. Chaque tubercule porte un petit faisceau de soies linéaires (2 A), lancéolées à l'extrémité, dont le diamètre n'excède pas 3micr. Les huit segments thoraciques ne portent que cette seule espèce de soirs. Mais à partir du neuvième segment, c'est-à-dire du premier segment abdominal, chaque segment porte, en outre, des crochets aviculaires birostres (2 B) à large base. Ces crochets, microscopiques au plus haut degré (leur hauteur n'est que de 20micr), sont disposés en une seule rangée transversale, continue, soit au-dessus soit au-dessous des faisceaux de soies linéaires. Au milieu du dos seulement, celte rangée est interrompue sur une petite étendue, comme on le voit sur la coupe schématique fig. 2 C. L'interruption sur la ligne médiane ventrale est le plus souvent nulle.
Derrière la plupart des faisceaux de soies sétaeées sont placées des lâches oculaires brunes dont le nombre varie de 1 à 4 ou 5. Ces taches sont si petites quelles ne sont pas même visibles à la loupe. Leur diamètre n'excède, en effet, pas 20micr. Chacune d'elles pourtant est formée d'un cristallin entouré de pigment.
Les branchies sont portées par deux demi-cercles cartilagineux entre lesquels sont placées les deux antennes. Celles-ci ont la forme de lobes membraneux semi-lunaires. Les branchies sont en général au nombre d'une vingtaine dans chaque moitié de l'appareil. La membrane délicate qui relie entre elles toutes les branchies d'une même moitié ', est ciliée sur toute sa surface externe et le mouvement de ses cils parait être, comme nous le verrons, d'une grande importance pour la confection du tube. L'animal offre dans la règle les deux moitiés de l'appareil branchial dressées et rapprochées l'une de l'autre, de manière à constituer un entonnoir très-régulier. Chaque rayon branchial porte comme chez les autres Serpuliens deux rangées de branches secondaires, faisant saillie dans l'intérieur de l'entonnoir. La superposition des branches appartenant à un même rayon produit, à l'œil nu, l'illusion de cloisons verticales, comparables à celles d'un Polype zoanthaire. Les branches secondaires cessent à la même hauteur que la palmure. Seules, les extrémités
1 Renier figure el décrit les branchies comme formant un entonnoir complet, sans diïision en deux moitiés Mais sur ce point, comme sur plusieurs autres , il se trompe décidément.
146 ANNËLIDES CUÉTOPODES
des branchies font saillie au-dessus de ce niveau, sous la forme de languelles triangulaires d'un violet assez intense, tandis que le reste de l'appareil branchial est rosé (sang vert).
Le cartilage branchial de celte espèce est fort caractéristique. L'axe de chaque rayon est formé de deux rangées de cellules seulement, disposées de manière qu'on n'en voie qu'une seule dans le rayon placé de profil (2 D), mais qu'elles apparaissent toutes deux, dès qu'on examine ce rayon par la surface interne (2 E) ou externe de l'entonnoir. Ces cellules ont la forme de disques très-aplatis, à peu près sept ou huit fois aussi larges que haut. Le nucléus est au centre, entouré d'une masse de protoplasma envoyant des prolongements en sens divers. Les rayons secondaires ont leur axe formé par de longues cellules cartilagineuses, cylindriques (2 D, c), disposées en une seule série. Ces rayons secondaires se greffent sur le rayon principal par l'intermédiaire d'une énorme cellule sphérique (2 \),b; 2 E), dont le diamètre équivaut à quatre fois la hauteur d'une des cellules de l'axe principal. Ces grandes cellules sont extrêmement propices à l'étude de la structure du cartilage des Sabellides. Examine-t-on en coupe optique (2 F) l'une de ces cellules, large de 65micr, on est frappé de l'épaisseur de la membrane d'enveloppe, véritable capsule, épaisse de i à omi r. La cavité sphérique de la capsule est remplie par une sérosité incolore. Au centre est placé un nucléus ovale, entouré d'une masse irrégulière de proloplasma granuleux. Des filaments de protoplasma, naissant de celle masse centrale, se dirigent à travers le liquide jusqu'à la paroi de la capsule, non sans se ramifier souvent et s'anastomoser ça et là les uns avec les autres. Arrivés à la paroi, tous ces filaments s'unissent par un réseau proloplasmalique appliqué contre elle, réseau qu'on aperçoit fort bien, lorsque, cessant d'examiner la cellule en coupe optique, on fait arriver au foyer la surface interne de la paroi (tig. 2 G). Je m'attendais à trouver des phénomènes de conlraclilité dans ce beau réseau de protoplasma. Je les ai épiés pendant longtemps, mais sans réussir à en constater avec certitude l'existence.
Le système vasculaire de la Myxicole est très-semblable à celui des
Sabelles. M. Grube a déjà cru pouvoir signaler l'existence d'un vaisseau dorsal, d'un vaisseau ventral et d'un troisième vaisseau longitudinal adhérent à l'intestin en dessous. Toutefois les données de ce savant relatives au vaisseau ventral sont seules exactes. Le prétendu vaisseau dorsal et le sous-inleslinal n'existent pas. Ils sont remplacés, comme chez les autres Serpuliens, par un large sinus à paroi contractile, dans l'intérieur duquel est logé l'intestin. Sur une partie de sa longueur, ce sinus présente, il est vrai, deux dilatations longitudinales qui font saillie dans l'intestin, en refoulant devant elles la membrane interne de celui-ci, dilatations qu'on pourrait facilement prendre pour un double vaisseau dorsal.
Le système nerveux est fort remarquable. M. de Quatrefages a avancé ' que chez les Myxicoles le système nerveux abdominal est divisé en deux chaînes ganglionnaires latérales, comme chez les autres Serpuliens. Je me garderai bien de contester l'exactitude de cette observation, d'autant plus que M. de Quatrefages a négligé de nous dire sur quelle espèce elle a été laite. Mais je puis affirmer que la M. lnfundibulum fait à ce point de vue une exception à une règle, d'ailleurs si générale chez les Serpuliens. Les deux moitiés du système nerveux abdominal et thoracique sont réunies chez elles en un seul cordon, sur lequel repose une énorme libre tabulaire, comparable aux fibres nerveuses gigantesques des Oligochètes. Cette fibre, ta elle seule, est plus volumineuse que tout le système nerveux proprement dit*. La chaîne nerveuse unique ne résulte à proprement parler pas d'une simple fusion des deux chaînes typiques, mais bien plutôt de l'atrophie normale de l'une d'elles.
Chez les mâles les éléments spermatiques se développent par la multiplication de cellules (2 I, a) incolores, à nucléus clair, larges de 8 à 10micr. Les régimes de zoospermes en voie d'évolution (b) sont formés par des cellules sphériques dont le protoplasma enveloppe un nucléus
1 Hisl. nnt. des Annelés, II, p 409
2 Je n'en dis pas davantage sur celle conformation remarquable des vaisseaux et du système nerveux, parce que je compte traiter ce sujet avec beaucoup de détails dans un mémoire sur l'histologie des Anoélides.
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ovale et s'allonge en une queue d'abord relativement courte. Lorsque les zoospermes se séparent les uns des autres, le nucléus est encore distinct et la tète ovoïde (2 I, c). Toutefois les zoospermes mûrs ont la tète conique à sommet très-aigu (2 K), longue de omicr.
Chez les femelles, les œufs mûrs, larges de 0",n,,15, ont une membrane vitelline épaisse et chagrinée. La vésicule germinative a un diamètre de 50micr et renferme une tache de Wagner de forme variable, large d'environ 20micr.
Quelques mots encore sur la formation du tube. La Myxicole renferme dans la région thoracique deux glandes brunes dont j'étudierai ailleurs la structure. Ces deux glandes sont situées à droite et à gauche du tube digestif. Elles s'amincissent en avant et se continuent en un canal excréteur Ces deux canaux convergent et s'unissent l'un à l'autre sur la ligne médiane, au-dessus de l'œsophage. Le canal excréteur désormais unique va s'ouvrir dans l'entonnoir branchial sur la ligne médiane dorsale. Cet appareil fournil la mucosité destinée à former le tube. Il suffit, en effet, de priver une Myxicole de son tube muqueux et de la replacer dans l'eau pour voir un courant d'une matière blanchâtre, opalescente, sortir du canal excréteur que je viens de décrire, traverser l'entonnoir branchial, se recourber en arrière (lig. 2, a) en descendant le long de la paroi externe de l'entonnoir et venir se répandre sur la surface du corps de la Myxicole. Les cils vibratiles qui revêtent l'extérieur de l'entonnoir jouent ici un rôle important pour le transport de la matière muqueuse. 11 en est de même des cils qui paraissent revêtir la surface du corps'.
Le rôle de ces glandes n'est donc pas douteux. Ce fait a une certaine importance. En effet, ces glandes mucipares sont les homologues de celles que M. Leydig ;* a considérées jadis comme un organe respiratoire
1 Je dois dire que je n'ai noté nulle part l'existence de ces derniers, et que je ne me souviens point de les avoir vus. Toutefois. M. Grube en signale l'existence. Il me parait très-vraisemblable qu'ils existent, au moins à la surface de l'anneau antérieur de chaque segment, car cela établirait une ressemblance de plus avec les I.eptochones décrites plus bas.
* Anatomische Bemerkuntjen uber Car inaria, Firnla und Amphicora, von D1 Franz Leydig. — Zeilschr. f. wts». Zoo/. III, 1851, p. 325.
chez un ver d'ailleurs très-voisin des Myxicoles, YÂmphiglena mediterranea (Amphicora mediterranea Leyd.). J'ai déjà exprimé en 1864 1 l'opinion que ces organes de l'Amphiglène constiluenl un appareil glandulaire sécrétant la substance destinée à former le tube d'babilalion du ver. Cette opinion gagne donc en vraisemblance. Ces organes existent d'ailleurs chez tous les Serpuliens et, chez certaines espèces à tube calcaire, le liquide sécrété par eux est riche en carbonate de chaux*.
Genre LEPTOCHONE.
Corpus muciparum ; coïïare radium ; tori uncinigeri prominentes nulli ; uncini in anteriore eorporis parte paru/m numerosi, manvbrio elongato, rostrati, in posteriore numcrosissimi , brevissimi, avicuîares, uniseriales, tam supra quant infra fascicidum setarum capiUarium obrii. Branchies semiorbem utrinque formantes, ultra dimidiam arum lovgitudinem membrane, connexes, apice nudo, pinmdis dorsualibus punctisque ocidaribus nuUis. Antennes minutes dues, semilunares.
Les Leptochones se distinguent des Myxicoles par la présence au thorax de crochets unirostres à long manubrium, entièrement différents des crochets aviculaires très-courts de l'abdomen. Elles partagent ce caractère avec les Cbones et les Eucbones, genres dont elles se distinguent d'ailleurs immédiatement par l'absence totale de collerette. Elles partagent avec les Myxicoles le caractère des crochets aviculaires de l'abdomen, disposés en longue série transverse, tant au-dessus qu'au-dessous des faisceaux de soies sétigères. Elles s'éloignent aussi des Chones et des Eucbones parle nombre des antennes qui n'est que d'une seule paire. Les Myxicoles, dans le sens restreint que M. Sars et M. Malmgren ont donné à ce mol, rentrent dans le genre Leptochone, ou doivent former
1 Glanures zootomiques parmi tes Annélides île Pori-Vemlres, par Ed. Claparède. Genève, 1864, p 31 (Soc. de Phys. et d'Hist. nat. de Genève, tome XVII, 2™" partie, p. 191)
* On pourrait donc se demander si ces organes sont bien les homologues des organes segmenlaires des Térébelles. Mais des fondions différentes n'empêcheraient point l'homologie morphologique. L'appareil pourrait d'ailleurs servira la fois a la ponte et à la sécrétion du tube. Je dois dire d'ailleurs que je n'ai, pour ma part, encore jamais rencontré d'éléments sexuels dans les organes en question, ni chez les Térébellicns, ni chez les Serpuliens.
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un genre à part, placé immédiatement auprès de lui dans le système zoologique.
Leptochone ^esthetica.
PI XIV, fig. 1.
Corpus crassiusculum, subteres, longitudine 7-22mm, postice acuminatum, albidum. Segmenta anteriora uncinis maniibrio instructis numéro 3. Stdcus copragogus obsoletus. Tu-
bereula setigera mininia, vix conspicua, setis laiiceolatis armata. Uncini abdominales brevissimi, numerosissimi, sérient transversam corpus cingentem, in dorso ac ventre vix interruptam, formantes. Paria branchianim circa 8 scmiorbcm /(trinque formantes, apice lïbero, longiore, fûiformi. Oculi numerosissimi in segmentonun Jateribus siti. (Japsulœ auditives plures.
Celte Leplochone ne vil point enfoncée dans la vase comme les grandes Myxicoles. On la trouve parfois en abondance sur des fucus ou des floridées où elle rampe à la manière des Amphiglènes el des Fabricies. Comme ces petites Annélides, elle paraît ne se former qu'un tube assez temporaire, muqueux et délicat, qu'elle abandonne facilement pour errer dans la forêt qu'elle habite. Dans ces pérégrinations, elle chemine souvent à reculons, comme les vers en question '. La manière d'être de l'animal, est en particulier si semblable à celle des Amphiglènes, que j'ai cru au premier abord avoir affaire à une nouvelle espèce de ce genre. Toutefois l'examen des branchies me montra bientôt que malgré la grande parenté de ces vers, la Leplochone doit former un genre à part, intermédiaire entre les Amphiglènes et les Myxicoles.
Le corps du ver est presque cylindrique, un peu déprimé. Il est sujet à des contractions subites comme celui des Myxicoles. Sa couleur est d'un blanc jaunâtre. Le microscope fait pourtant reconnaître des bandes noires assez minces sur le dos. Ces bandes sont transversales et interrompues sur la ligne médiane (fig. 1). Au point de l'interruption, chaque moitié de la bande se recourbe en avant pour former une espèce de crochet. Ces bandes sont dues à des boyaux de cellules brunes sur la signification desquels je suis dans le doute le plus complet.
1 C'est aussi la manière d'être de la Mi/xirula modeslu Qlrfg. d'après M. de.Qnatrefages (Histoire nal. des An ne lés, II, p. 481).
Le premier segment est achète. Les trois suivants ont des tubercules séligères rudimentaires, dorsaux et ventraux. Les soies dorsales (1 A), peu nombreuses, sont lancéolées, un peu recourbées à l'extrémité. Les ventrales (1 B) sont des crochets unirostres à long manubrium, renflés en leur milieu. Au cinquième segment (quatrième sétigère) Tordre des soies est interverti. Les soies lancéolées sont ventrales et les crochets sont dorsaux. Ces crochets sont d'ailleurs entièrement différents des premiers. Us sont aviculaires (1 C) de même que dans tous les segments suivants, biroslres, hauts seulement de 8"licr. Leur nombre est peu considérable et ils sont disposés en une seule série transversale. Dès le segment suivant (cinquième sétigère) les crochets aviculaires deviennent fort nombreux et, disposés en une seule série, ils forment tout autour du corps une ceinture qui n'est interrompue que sur une très-faible longueur à la ligne médiane dorsale et à la ventrale. Les soies lancéolées sont implantées en avant de celte ceinture (1 II). Une large zone de cils vibra tiles (l H, a) forme également une ceinture autour de chaque segment, un peu en avant des soies. D'autres cils vibrantes (6) sont implantés sur les sutures intersegmentaires. Les tores uncinigères n'existent pour ainsi dire pas, en ce sens qu'ils ne font pas saillie au-dessus du niveau général. Cependant ils se distinguent par un tissu particulier. Ils présentent un épitbélium de grandes cellules polygonales, à protoplasma granuleux (l F). Chacune d'elles renferme un nucléus rond, clair, large de 5micr, avec un nucléole toujours distinct.
L'appareil branchial est formé d'un nombre variable de rayons branchiaux. J'en ai compté en maximum 8 de chaque côté chez les adultes. Chaque moitié de l'appareil forme un tout indivisible, grâce à une palmure qui comprend les '/,, de la longueur des branchies. Tantôt ces deux moitiés sont relevées et rapprochées de manière à simuler un large entonnoir (fig. 1), tantôt elles sont renversées sur les côtés comme deux éventails. Chaque rayon porte au côté interne de l'entonnoir les deux rangées habituelles de barbules branchiales. Toute la surface externe de l'appareil est couverte de cils vibraliles comme chez les Myxicoles.
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L'axe cartilagineux, vu de profil (fi g. 1 G), ne présente pas une rangée unique de cellules comme chez la Myxicola Infundibulum , mais bien deux. Ces cellules ne sont guère que deux fois aussi larges que hautes. Leur capsule est épaisse et le proloplasma paraît accumulé autour du nucléus, sans donner naissance à des prolongements aussi multiples que chez les Myxicoles. Les axes des barbules (1 G) s'unissent bien ici avec l'axe principal par une cellule sphérique comme chez les Myxicoles, mais le diamètre de cette cellule est à peine supérieur à celui des cellules cylindriques qui forment le reste de l'axe secondaire.
Bien que dépourvue d'yeux branchiaux, la Leplochone œsthetica est fort richement dotée au point de vue des organes des sens. De là son nom spécifique. Le premier segment du corps porte de chaque côté un amas de taches oculaires d'un brun noirâtre. Tous les autres segments du corps sont ornés d'yeux latéraux formés d'un amas de pigment rouge violacé et d'un cristallin. Il n'existe dans la règle qu'un seul œil de chaque côté de chaque segment, toutefois il n'est pas rare d'en compter deux ou trois. Le dernier segment du corps (1 D) porte un grand nombre d'yeux, semblables aux yeux latéraux des autres segments. 11 est intéressant de voir apparaître soit des yeux proprement dits, soit des taches oculaires au segment anal chez les Leptochones, les Amphiglènes, les Oria et les Fabricies, c'est-à-dire chez les genres de Sabellides qui cheminent souvent à reculons.
Le second segment (premier séligère) renferme de chaque côté des organes auditifs. Leur nombre ne paraît pas constant. Du moins en ai-je trouvé tantôt trois, tantôt seulement deux de chaque côté. Ils sont formés par des otolithes sphériques, enfermés chacun dans une capsule spéciale. Les plus gros ololilhes ont un diamètre de llmicr, les plus petits de 4a,icr seulement.
La fréquence relative des capsules auditives dans la tribu des Sabellides est frappante. Nous connaissons, en effet, aujourd'hui ces organes dans les genres Oria, Amphiglena, Dialychône et Leplochone, auxquels il faut ajouter le genre Amphicorina Qtrfg., à supposer qu'il soit réellement
différent du genre Oria'. En revanche ces organes sont fort rares chez les autres Annélides, puisqu'on ne les connaît avec certitude que chez les Arénicoles5.
TRIBU DES SERPULIDES.
Genre PSYGMOBRANCHUS Phil.
PSYGMOBRANCHUS COECUS.
PI. XIII, fig. 4.
Corpus teretiusculum, longitudine 12mm (branchvis cxclusis), latitudhie 0mm,8, postice vtdde atténuât uni, segmmtis 40-50. Branchiarum paria quinque, fasciis transversis aurantiacis 2 vel 3, pantin ilidindis, ocellis midis, longitudine 3-âmm. Thorax septem compostius segmmtis, setis capiUaribus limbatis, nusquam pedinatis. l'abus cretaceus, paUide roseus, cuva3°"" longus, postice attenuatus, 7 vel 8-earinatus, scaber.
Cette espèce est commune sur les piquants de Cidaris, où l'on trouve ses tubes cylindriques, sinueux, longs d'environ 3 centimètres, larges de 2mra en avant, mais s'atténuant graduellement et se terminant en pointe fine en arrière. La surface du tube est ornée de 7 à 8 côtes longitudinales, irrégulières et dentelées.
Les segments thoraciques sont au nombre de sept. Le premier est armé de chaque côté d'un faisceau de soies spéciales. Ces soies sont distribuées par groupes de deux (fig. 4): l'une mince et sétacée, l'autre beaucoup plus épaisse et munie d'un fort andouiller. Cette conformation rappelle celle des Serpules et de quelques autres genres. Aux segments suivants, les soies de la pharètre dorsale sont sétacées, munies d'un
' Une phrase de Y Histoire naturelle des Annelés (lome 11, p. 409) semlile indiquer que H. de Quatrefages a trouvé en outre des organes auditifs chez les Myxicoles Ce savant a sans doute en vue un ver des cotes de la Sicile, chez lequel il a décrit, dès 1850, des capsules auditives {Types inférieurs île l'embranchement des Annelés. — Ann. des Se. nat., 1850, XIII, p. 30), et qui parait èlre le même qu'il a décrit plus tard (Hist. nat des Annelés, II, p. 480) sous le nom de Myxicola parasites, sans faire mention de ces organes. Ce ver est évidemment fort voisin de la L. cesthetica, malgré la différence de coloration, et je soupçonne fort qu'il doit rentier dans le genre Leplochone plutôt que dans le genre Myxicola. Le peu qu'en dit H. de Qualiefages ne permet malheureusement pas de décider celte question Dans tous les cas, ce ver présente , comme notre Leptochone, des yeux sur la nuque, des yeux latéraux et des yeux multiples sur le segment anal.
4 Les observations de M. de Quatrefages, relatives à des organes auditifs chez la Marphysa sanguinea, ne sont en effet pas probantes, d'après la déclaration de l'auteur lui-même.
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large limbe d'un seul côté (4 A), mais il n'y a pas de soie pectinée comme chez les Protules. A l'abdomen, les soies sétacées sont remplacées par des soies rectilignes (4B) dont l'extrémité libre est élargie en une large spatule triangulaire, pectinée sur le bord. Soit au thorax soit à l'abdomen les tores uncinigères portent des plaques onciales (4 C) armées généralement de 7 dents, larges en avant et étroites en arrière. L'abdomen porte en outre, à ses 20 derniers segments environ, les fines soies capillaires si répandues chez les Serpulides.
Les branchies sont incolores, sauf deux ou trois bandes ou taches orangées mal définies. Elles ne portent aucune trace des ocelles, d'ailleurs si répandus dans ce genre. Leur nombre ne parait pas dépasser cinq paires chez les individus adultes et mûrs.
Chez les individus mûrs (sexes séparés) les éléments sexuels remplissent complètement les 40 segments abdominaux. J'ai constaté chez eux l'existence d'organes segmentâmes à chaque segment de l'abdomen.
Genre SALMACINA Clprd. (char, rev.)
Serpulidœ membrana thoracica instructçe, branchiis œqualïbus, basi circidari, operculo destituais. Segmentum thoracicum primum utrinque fasciculo setarum dorstudium sequentïbus nudto majorum, formaque distinctarum munitum. Setœ spathidatœ vel peetinatœ in abdomine desiderata. Tubi ccdcarei, aggregati.
La diagnose du genre Salmacina, telle que je l'avais établie dans le principe, ne différenciait guère ce genre des Psygmobranches que par la forme particulière des soies du premier segment. Ce caractère est insuffisant. En effet, le Psygmobranehus cœcus que je viens de décrire se comporte sous le rapport des soies exactement comme les Salmacina. Et pourtant ces dernières doivent certainement former un genre à part. On les dislingue au premier coup d'oeil à leurs petits tubes, agrégés en grand nombre, grâce à un bourgeonnement postérieur, entièrement étranger aux Psygmobrancbes. Les Salmacina sont beaucoup plus voisines des Filogranes que des Psygmobrancbes. Ce sont en réalité des Filogranes dépourvues d'opercules. J'ai donc dû chercher des caractères anatomiques différentiels, en outre de ceux fournis par les tubes. Or je trouve que les Salmacina n'ont à l'abdomen que des .soies capillaires trèsténues, en outre des plaques onciales. Chez les Psygmobranches, au con-
traire, on parait trouver toujours, associées aux soies capillaires, ou bien des soies à extrémité élargie en spatule pectinée, comme chez \ePs.cœcus, ou bien des soies recourbées en faucille à lame ciliée ou pectinée, comme chez le Ps. prolensus. Les trois espèces jusqu'ici connues de ce genre (j'y fais rentrer la Prolula Dysteri Hoxl ) sont d'ailleurs hermaphrodites, particularité qui ne se présente chez aucun Psygmobranche connu.
SALMACINA jEDIFICATRIX.
PI. XII, fig. 1.
Corpus subtils aurantiacum . longitudine 2mm — J2mm,5, segmentis 45-50. Branchiarum paria quatuor, albida, tuberculis granulosis paMidis externis instructa, ociilis nuUis. Segmenta thoracica 9, setis dorsualibus segmenti primi geniculatis, cuspidaiis, ad basin cuspidis alatis, cœterorum (diis subulatis limbatis, aliis faldform ihus pectinatis. Uncini mini/mi multidentati. Tubi capillares dense ramoso-glomerati et intricati. Species hermaphroditica.
Cette petite espèce est fort voisine de la Salmacina incrustans, dont elle ne diffère que par des caractères d'importance minime, en ce qui concerne l'animal proprement dit. Leurs tubes, en revanche, ne peuvent se confondre. La S. incrustans, fort abondante aux environs de Naples, forme des incrustations plus ou moins étendues à la surface des fucus et des plantes marines les plus diverses, ainsi que sur des coquilles et d'autres corps étrangers. Ses tubes rampent à la surface de ces corps en y adhérant par toute leur longueur. La S. œdifxcairix est bien moins fréquente que la précédente et parait habiter à une assez grande profondeur. Elle construit des sortes de polypiers, formés de nombreuses branches qui s'anastomosent les unes avec les autres, et dont chacune résulte de l'agrégation d'un grand nombre de tubes sinueux et enchevêtrés. Ces sortes de polypiers s'élèvent librement dans la mer, où ils atteignent une hauteur d'un décimètre et peut-être davantage. Le fragment que j'ai eu entre les mains était en elîel brisé, bien qu'il renfermât des milliers de tubes. Ces constructions sont parfaitement identiques à celles de la Salmacina Dysteri (dont notre espèce se distingue facilement par l'absence de renflements à l'extrémité des branchies) et des Filogranes. Leur struc-
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ture ne permet pas de douter que l'animal ne se reproduise comme ses voisins par bourgeonnement postérieur, bien que je n'aie pas suivi ce phénomène.
Le thorax compte neuf segments à pharètres dorsales. Le premier n'a pas encore de tores uncinigères. Les soies sont d'ailleurs plus grosses que celles des segments suivants et de forme particulière. Ce sont des soies génicûlées (1 A), se terminant par une baïonnette. Au genou, la soie se dilate en une sorte d'aileron du côté convexe. Cet aileron est strié, mais point armé de fortes dents comme chez la S. mcrustans. Aux autres segments thoraciques, les pharètres renferment deux autres formes de soies, très-semblables à celles de la S. incrustons, les unes (1 B) sétacées et marginées, les autres (1 C) recourbées en faucille à l'extrémité et dentelées ou ciliées sur le tranchant. Les plaques onciales (1 E), hautes de 1 lmicr, diffèrent notablement de celles de la S. incruslam. Le premier tore uncinigère est au second segment. L'espace achète entre le thorax et les premières soies abdominales, équivaut à la longueur de quatre ou cinq segments. A l'abdomen, les plaques onciales sont semblables à celles du thorax. Quant aux soies proprement dites, elles sont toutes capillaires et marginées (1 D).
Les branchies sont au nombre de quatre paires, dans la règle. Leur longueur équivaut presque à la moitié de la longueur du corps. Elles sont parfaitement incolores ou légèrement teintées de vert par suite de la couleur des vaisseaux. Sur le dos de chaque rayon branchial se voient, comme chez la 6'. incrustans, deux rangées de coussinets granuleux, correspondant à l'insertion des rameaux secondaires, soit barbules. L'extrémité des rayons est dépourvue de barbules.
L'œsophage présente une dilatation dans le premier segment. 11 s'élargit pour former l'estomac (d) qui occupe surtout la région achète entre l'abdomen et le thorax. Cet estomac est d'une couleur brun-violàtre, grâce à une couche colorée qui appartient à la surface interne du tube digestif. L'intestin est, comme chez les autres Serpuliens, logé dans un sinus sanguin.
Les deux glandes pour la sécrétion du tube ( 1, b) se réunissent pour former un canal excréteur commun qu'on peut poursuivre jusqu'à la base des brancbies, du côté dorsal.
Celle pelile Annélide est hermaphrodite. Les ovules sont produits exclusivement dans les" premiers segments de l'abdomen, où les plus mûrs frappent l'œil par leur couleur d'un brun orangé (/"). Les zoo-
spermes se développent dans les segmenls suivants, jusqu'à l'extrémité postérieure de l'abdomen. Leur tête a la forme d'un cône très-allongé, long de 6micr, la queue étant fixée à la base du cône (1 F).
Genre SPIBOBBIS Lmrck.
Spirorbis ljevis.
Spirorbis lœvis Qtrfg. Histoire natur. des Annelés, tome II, p. 490.
PI. XII, fig. 3.
Tubus calcareus, lœris, albus, in spiram nautiloideam convolutus, gyris quatuor, latitudinc totitts apirœ imm.5. Branchiaram paria duo discreta, dimidiam longitudinis corporis partent valde superantia, radiolis gracitibus, fleocuosis. Segmenta thoracalia 3,'setissegmenti primi minimis genicidatis, cceterorum majoribus lanceolatis. Segmenta abdominalia setigera novem, setis falciformibus denticulatis. Unàni minimi, vix dentieulati. Operculum cylindrico-conicwn, tabula calcarea iruneatum. Corporis longitude) lmm,5.
Les espèces de Spirorbes décrites en si grand nombre, surtout parles auteurs anglais, ne peuvent guère être identifiées, parce que les observateurs n'ont le plus souvent tenu compte que du tube. Je crois pourtant reconnaître dans l'espèce que je vais examiner, le Sp. lœvis, que M. de Qualrefages a observée sur les côtes de la Mancbe et dont il a très-brièvement décrit soit le tube, soit l'animal. Le peu de cbose qu'en dit ce savant s'applique du moins entièrement à l'espèce actuelle.
J'ai trouvé cette espèce sur des Cidaris. Son tube (3 E) se distingue immédiatement de celui du Sp. rommunis Flem. Qtrfg., si répandu sur les algues et autres corps marins de tout genre. En effet, il est beaucoup plus régulièrement enroulé, lisse et dépourvu d'empâtement latéral. Le lest est plus mince et plus fragile. Le nombre des tours de spire est plus considérable, car il s'élève cà quatre et même davantage, tandis qu'il ne dépasse pas trois dans le Spirorbe commun.
Le thorax, bien qu'assez long, ne compte que trois segments sétigères. Le premier est, comme chez les autres espèces, armé de soies spéciales, seulement au lieu d'être plus grandes, elles sont relativement plutôt plus petites que celles des segments
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suivants. Ce sont des soies géniculées (3 D), nullement dentelées. Les soies dorsales des deux autres segments thoraciques sont filiformes, lancéolées à l'extrémité (3 A). Ces deux segments portent en outre, au côté ventral, une rangée de plaques onciales de cliaque côté. Ces plaques (3 C), de forme à peu près triangulaire, sont striées, mais leurs dentelures sur le bord libre sont à peine perceptibles, même à l'aide du plus fort grossissement. Ce bord se termine pourtant en arrière par une dent très-accusée. L'espace entre le thorax et les segments sétigères de l'abdomen, est très-considérable, mais sans division en anneaux distincts. La paroi ventrale de cette région présente une couche musculaire d'une épaisseur extraordinaire (fig. 3). Au contraire la paroi dorsale, ciliée à sa surface, est d'une ténuité extrême et se moule sur l'estomac et les circonvolutions de l'intestin. La délicatesse de cette paroi aurait lieu de surprendre, si cette- partie de l'animal n'était pas constamment protégée par le tube calcaire. La région sétigère de l'abdomen compte neuf segments. Les soies (3 B) s'y terminent par une partie en forme de faucille, à tranchant cilié. Ces suies sont parfaitement identiques à l'une des formes de soies thoraciques des Salmacina, mais elles sont toujours abdominales chez les Spirorbes. Les plaques onciales sont semblables à celles du thorax.
Les branchies sont au nombre de quatre seulement, relativement longues, à barbules ciliées, allongées et se tordant en sens divers. C'est en vain que j'ai cherché des vaisseaux sanguins dans l'intérieur. Je ne les ai pas plus trouvés que dans le reste de l'animal. Le sang n'est, dans tous les cas, point vert comme celui de l'immense majorité des Serpuliens, mais je ne crois pas même à l'existence d'un système de vaisseaux charriant un liquide incolore.
L'opercule est porté par un pédoncule creux dont la cavité est en communication avec celle du corps. L'opercule proprement dit a la forme d'un cône obliquement tronqué par une plaque calcaire concave. Dans la cavité de l'opercule, on trouve en général quatre ou cinq œufs mûrs, de couleur rosée, ou des larves en voie de développement. La gestation operculaire a donc lieu ici comme chez le Sp. Pagenslecheri Qlrfg. et la Pileolaria militaris Clprd. M. de Qualrefages a déjà vu ces œufs, mais il les décrit comme de grandes Cellules rosées, rouges au centre, remplis de granulations très-fines, qui paraissent lui « rappeler un peu ce que M. Huxley a dit de la structure des opercules de sa Pro-
lula Dysleri. » Ce rapprochement n'est, dans tous les cas, pas justifié. Les renflements terminaux des branchies de la Salmaeina Dysteri, renflements que j'ai décrits en détail et figurés ailleurs, ne renferment pas d'oeufs et n'ont rien à faire avec le développement de l'animal.
Dans l'intérieur du thorax on aperçoit sans peine les deux glandes tuhipares brunes, semblables à celles des autres Serpulides.
L'œsophage est un tube rectiligne, incolore, qui traverse les deux premiers segments thoraciques, pour s'ouvrir dans un large estomac d'un brun rougeàtre. Cet estomac s'étend jusqu'au milieu de la région achète pour se continuer jusque dans l'intestin. Ce dernier forme d'abord quelques circonvolutions, sur lesquelles la paroi dorsale du corps s'applique très-exactement.
Ce Spirorbe est hermaphrodite comme les autres espèces du genre. Les ovules se forment dans les deux premiers segments abdominaux. La migration des œufs mûrs, jusque dans l'opercule, a indubitablement lieu à travers le thorax, le calibre du pédoncule operculaire s'ouvranl largement dans la cavité périviscérale. Cependant la cavité du pédoncule est séparée de celle de l'opercule proprement dit, par une épaisse paroi. Celte paroi est elle percée d'une ouverture très-dilatable, ou se résorbe-l-elle à certaines époques? c'est ce que je ne saurais dire. Les zoospermes remplissent toute la partie postérieure du corps, à partir du 3me segment abdominal.
Genre VERMILIA Lam.
VERMILIA INFUNDIBULUM '.
? Serpula Infiintlilmltim Gmel. Linn. Syst. nat. cur. Gm. VI, 3745, n°28. Vcrmilia Infundibulum Phil. Arcbiv f. Naturgesch. B<i X, 1814, p. 193 ; Taf. VI, fig. G. Serpula Infundibulum Grube, Die Familier) der Anneliden, 1851, p 92. Vermilia mtillivarica Môroh, Revisio Serpulidàrum, p. k'> (/We Qlrfg .). Vermiha Infundibulum Qlrfg. Histoire Dalur. des Annelés, 11, p. 524.
PI. XIII, fig. 3.
1 M. de Quatrefages remarque, avec raison, qu'il n'est guère probable que l'espèce de Gmelin, de la mer
160 ANNÉLIDES CHËTOPODES
Testa teres, àlba, mvUtoties varicosa, quasi ex infundibulis sese recipientîbus conflaia, orè quant maxime patulo.— Corpus subteres, longitudine 5e"" {sine branchns), latitudine 3mm, carneum, postice atténuation. Collare magnum, trilobum. Branchiarum paria cirea25, rubro flavoque annulata, ocellis permultis ornata. Segmenta thoracis setis instructa septem. Operculum cylindrieo-conicum corneum, stylo haud alato.
Le tube très-remarquable de cette espèce est formé par une série d'entonnoirs emboîtés. Celte apparence résulte de ce que l'animal, à certaines époques de la vie, où la croissance paraît se ralentir, sécrète, comme beaucoup de mollusques, un péristome réfléchi. Lorsque, plus tard, la croissance recommence, l'animal prolonge son tube, du fond du calice formé par le péristome. Cette particularité n'est point spéciale à cette espèce, et il est probable que les auteurs ont confondu, sous le nom de Serpula Infundibulum, des formes spécifiquement distinctes. II est certain, dans tous les cas, que Délie Chiaje a appliqué ce nom à une tout autre espèce qui n'est point une Vermilie, mais une vraie Serpule, bien qu'elle forme un tube tout semblable à celui de notre Vermilie.
La couleur du ver (fig. 3) est d'un rose-ctiair tirant sur le jaunâtre, avec une bordure rouge à la membrane thoraciqne qui est large et nettement trilobée au point où elle forme la collerette. Les branchies sont annelées de rouge et de blanc. La cupule qui porte l'opercule est d'un beau rouge.
Le nombre des segments thoraciques sétigères est de sept, dont les six derniers seulement portent des tores uncinigères. Les soies du premier segment sont semblables à celles des pharètres suivantes et de même dimension. Elles sont sélacées, légèrement coudées et bordées d'un limbe strié (3 A), sans aucune frange. A l'abdomen, ces soies sont remplacées par d'autres beaucoup plus franchement coudées, volubles à l'extrémité et frangées sur le tranchant dans toute la partie supérieure au point de flexion (3 B). Les plaques onciales ont, au thorax, environ 0mra,t 1 de haut. Elles sont plus larges en haut qu'en bas (3 C). Leur bord libre forme un peigne vigoureux d'une quinzaine de dents pointues, sauf la plus inférieure qui est obtuse et en même temps plus longue et plus large que les autres. A l'abdomen, les plaques onciales ont la même forme, mais leur hauteur n'est plus que de Un,m,06. En outre des soies que
des Indes, soit identique avec celle de Philippi, de la Méditerranée. Comme, toutefois, la véritable espèce de Gmelin ne saurait être déterminée avec certitude, il n'y a pas d'inconvénient à conserver son nom pour l'espèce méditerranéenne.
nous venons d'indiquer, les derniers segments du corps portent, comme chez la plupart des Serpulides, des soies capillaires fort longues et fort ténues.
Les branchies sont au nombre d'environ vingt-cinq dans chaque moitié de l'appareil. La palmure interradiale est peu élevée. Chaque rayon se continue en un petit filet terminal au delà du point où cessent les dernières barbules. Tous sont comprimés et portent de chaque côté une longue rangée d'ocelles. Ceux-ci sont extrêmement rapprochés vers le sommet de la branchie (3 D) où chacune des deux rangées est elle-même multiple. Ils deviennent de plus en plus rares à mesure qu'on descend le long du rayon et la base en est même complètement dépourvue. Le filet terminal qu'on doit considérer comme l'extrémité de la branchie en voie de croissance, nonseulement renferme toujours un prolongement du vaisseau contractile principal, d'un beau vert, mais présente en outre toujours plusieurs ocelles. Chaque ocelle est formé d'un cristallin piriformp, long de 0ram,02, et d'une enveloppe de pigment rouge autour de la pointe de celui-ci. Tous les ocelles regardent vers le côté interne de l'entonnoir branchial. Leur nombre est d'au moins 220 par rayon branchial. Le nombre total des yeux pour un seul individu est donc d'environ 11,000. On voit que ces vers n'ont rien à envier aux Arthropodes pour la multiplicité des organes visuels.
L'opercule est à peu prés cylindrique (fig. 3) et corné. Les Vermilies ont en général l'opercule calcaire, mais cette exception n'a pas assez d'importance pour justifier la formation d'un genre nouveau. Cet opercule repose sur une sorte de cupule rouge qui le fait ressembler à un gland.
Genre SERPULA Linn. (Phil. rev.) Serpula Crater *.
Serpula Infundibulum Délie Chiaje, Memorie sugli Aoim. senza Vert. III, p. 2"26; lav. XL1X, p. 40. — Llescrizione e notomia, III, p. 70; V, p. 94; tav. 71, fig. 39-40.
PI. XIII, fig. 2.
Testa arnica albu, multoties varicosa, infiuulibidis sese recipientïbus conflata, striis transversis et longitudinalibus exarata. — Corpus crassiiisculum subteres, îongitudme35tDm
1 L'espèce considérée aujourd'hui, à tort on à raison, comme étant la Serpula Infundibulum typique de Gmelin, a passé dans le genre Vennilie. On pourrait, par conséquent, conserver le nom de S. m/undibulitm pour l'espèce que Délie Chiaje avait déterminée comme telle. Toutefois, différents auteurs n'admettant les Vermilies que comme un simple sous-genre des Serpules, il m'a paru nécessaire de modifier le nom.
162 ANNÈL1DES CHÉTOPODES
(sine branchiis), latitudine 4-5mm, pallide flavum, postice attenuatimi. Coïïare trifidum. Segmenta thoracica setigera septem. Branchiarum paria cire. 40, nèro albidoque annulata, ocidis nullis. Operculum stellatum corneum, stylo hand alato.
Le lube de celte espèce ressemble, à s'y méprendre, à celui de la Vermilia Infundibulum. La succession des péristomes réfléchis donne la même appprence d'enlonnoirs emboîtés, un peu exagérée dans la figure de Délie Chiaje. Que ce savant ail figuré le lube de cette Serpule et point celui de la Vermilie, c'est ce dont il n'est pas permis de douter. Il donne en effet une figure de l'opercule, assez mauvaise, il est vrai, mais suffisante pour montrer qu'il s'agit d'une Serpule proprement dite. La diagnose ne laisse d'ailleurs aucun doute : « apertura operculo slellato clausa » y est-il dit expressément.
Le corps de cette espèce est beaucoup moins gracile que celui de la Vermilia Infundibulum. Son thorax, en particulier, n'est pas beaucoup plus long que large. Le premier segment est armé de soies toutes spéciales, beaucoup plus grosses que celles des segments suivants. Elles sont de deux espèces (flg. 2 A) : les unes plus minces, simplement sétacées et arquées vers l'extrémité, avec de très-fines dentelures sur le côté convexe; les autres beaucoup plus fortes, se terminant par trois andouillers, dont deux courts, lisses et obtus, et un grêle, long, denticulé sur le côté convexe. Aux autres segments thoraciques, les soies des faisceaux dorsaux sont subulées avec deux limbes striées dans la partie terminale (213). A l'abdomen, ces soies sont remplacées par d'autres (2 D), élargies à l'extrémité en une spatule triangulaire. A un grossissement suffisant, on peut s'assurer que cette spatule est en réalité un entonnoir oblique, très-comprimé, dentelé sur le bord. Les tores uncinigères commencent dès le second segment thoracique. Soit au thorax, soit à l'abdomen les plaques onciales pectinées ont la forme représentée flg. 2, C. Elles sont armées de six dents.
Les branchies présentent quatre zones d'un rouge cinabre, séparées par des zones blanches. Le long de chaque rayon sont semées des taches, blanches à la lumière incidente, opaques à la lumière transmise, et disposées comme les yeux d'autres espèces. Rien cependant dans la structure de ces organes ne peut faire présumer des organes visuels. L'axe de la branchie est formé par un tissu cartilagineux à cellules petites, nombreuses et polygonales. Mais en dehors de l'axe proprement dit, du côté externe, sont semées de grandes cellules isolées, larges de 24""".
La tige de l'opercule présente dans la règle un anneau rouge cinabre vers le milieu
de la longueur. La surface concave de l'opercule, ornée de côtes rayonnantes, comme dans le reste du genre, offre des rayons rouges et blancs alternativement.
Genre EUPOMATUS Phil. '
EUPOMATUS TRYPANON '.
PI. XIV, fig. i.
Corpus vermiforme, postkevaldc atténuât uni, longitudine 9-10mm,latitudine lmm, segmentas circa 82, thoracicis septem. Branchiarum paria 15-16, 2mm longa, viridescentia, basi aurantiaca, oculis mdlis. Operculum infundibuliformc costatum, in centro coronam gerens spinarum flexuosarum, basi tumida, lateralibus dentictdatis. Tubus convolutus, sœpe spinditer productus, haud carinatus.
Cette petite espèce vit fixée sur les piquants des Cidaris, où ses tubes calcaires, très-en roulés et variables, peuvent facilement être pris pour des tubes de Spirorbis à spirale un peu irrégulière.
Le thorax compte sept segments. Comme chez les espèces voisines, le premier porte deux faisceaux de grosses soies (4 A): les unes simplement sétacées et arquées, les autres armées de trois pointes dont deux obtuses et courtes et une longue et aiguë. Les segments suivants portent à la rame dorsale des soies subuléns, à double limbe strié (4 B), et à la rame ventrale des plaques onciales (4 D), à sept dents, dont la postérieure est un peu plus forte que les autres. Ces plaques forment une seule rangée transversale sur chaque tore. Leur hauteur est de 25micr. Elles sont conformées à l'abdomen comme au thorax. En revanche, les soies subulées sont remplacées à l'abdomen par des soies (4 C) dont l'extrémité est obliquement dilatée en une spatule triangulaire à bord finement dentelé. Les derniers segments de l'abdomen portent, en outre, des soies capillaires fort fines et longues. Il n'existe pas d'iutervalle achète entre le thorax et l'abdomen.
1 D'après M. Malmgren, le nom à'Eupnmatiis Phil. devrail faire place, par droit de priorité, à celui d'Hi/drniites Gunn. Le mémoire de Giinnerus date de 1 708 II n'est malheureusement pas à ma disposition (Act. Nidros. IV, p. 51), et je ne puis voir si les Hy froides ont été considérés par Gunni-rus comme un genre distinct des Serpules, ou si ce nom n'était employé par lui que comme mi synonyme du génie Serpula. M. Malmgren n'entre malheureusement dans aucun détail à ce sujet. En attendant de plu;, amples informations, je préfère conserver, au moins provisoirement, le nom do Philippi, aujourd'hui génciaralemenl accepté.
* Par allusion à la couronne de dents de l'opercule, comparable à un trépan.
164 ANNËLIDES CHÉTOPODES
Les branchies sont au nombre de 30 à 32 en tout. Elles sont verdâtres par suite de la couleur du sang; seule, la base est orangée. Nulle part il n'existe d'ocelles à leur surface. En revanche on trouve deux taches oculaires sur le dos du segment buccal, comme chez la plupart des Serpulides.
L'opercule est souvent double ', mais dans ce cas l'un d'eux est toujours plus petit que l'autre et paraît être un opercule de remplacement en voie de formation. La partie basilaire de l'opercule (fig. 4) est tout a fait comparable à un opercule de Serpule proprement dite. Elle a la forme d'un large vase à bord crénelé. Chaque créneau correspond à une côte saillante longitudinale de la surface externe, côte qui s'efface vers le milieu de la hauteur du vase. De l'intérieur de ce vase sort un faisceau ou plutôt une couronne d'épines, renflées et soudées entre elles à la base, et recourbées en crochet à l'extrémité. Chacune d'elles présente vers le milieu de sa longueur et de chaque côté, deux denticules saillants.
Les zoospermes (4 E) ont une tête ovoïde, longue de 2micr seulement.
Cette espèce est évidemment fort voisine de YE. pectinalus Phil. \ Mais chez ce dernier les épines de l'opercule portent un plus grand nombre de dents sur les côtés, au point de paraître pectinées. En outre les branchies sont ornées de points rouges, c'est-à-dire, sans doute, d'ocelles qui font entièrement défaut à YE. Trypanon. M. Phihppi ne dit d'ailleurs rien de l'apparence de Spirorbe du tube, apparence qu'il aurait certainement relevée.
1 Particularité signalée également par M. Philippi chez une espèce fort voisine, l'JE. pectinatus. * Archiv fur Nalurgeschichte, 1814, I, p. 195.
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