‹ Les annélides chétopodes du Golfe de Naples (volume 4)Chapitre 6 sur 20 · EUNICE SICILIENSIS · texte numérisé non relu

EUNICE SICILIENSIS

Eunice siciliensis Grube, Act. Echinod. u. Wûrmer, 1840, p. 83. — Die Famil. der Anneliden, p. 44.

— Die Jnsel Lussin u. i. Meeresfauna. Breslau, 1864, p. 79. Eunice adriotica Schmrd. Neue wirbellose Thiere I, u, I8(il,p. 124. Tab XXXII, p. 257. Eunice sicilknsis Qtrfg. Hist. nai. des Annelés, 1865, 1, p. 325. Eunice siciliensis Kblers pro parle, exclus, syn. Die Borstenwûrmer, p. 353. Tab. XVI, lig. 1-7.

PI. Il, fig. 5.

Corpus longitudine ultra W*'". latitudine partis anterioris 4""°,5, posterions 6""° , antice />tilli<l< carneum, postice fusco-violaceum, segmentis circa 460. Branchies filiformes m segmentis anterioribus permultis desiderata. Antennct et cirri teiitanilurcs dorsualcs que jUifofmes, basi spheerulas flavas includente. Setce biformes aîice simplices subulatce, li/mbatce, aliœ composites, falcigerœ.

\JE. siciliensis offre une synonymie assez embrouillée. Elle a été longtemps méconnue par suite d'une faute d'impression du mémoire primitif de M. Grube, faute qui n'a été que récemment corrigée. En effet, le texte original porte que les branchies commencent auSme segment pour cesser au 8omc, tandis qu'il faut lire qu'elles commencent au 8ame segment. Cette apparition tardive des branchies paraît se présenter dans tout un groupe d'Eunices, chez lesquelles le numéro d'ordre du segment où apparaissent les branchies est, contrairement a la règle, très-inconstant. Ce segment est en effet situé d'autant plus en arrière que l'animal est plus âgé et le nombre de segments plus considérable. M. Ehlers a cru pouvoir réunir en une seule espèce toutes les formes méditerranéennes qui présentent ce caractère remarquable. Toutefois cette fusion n'est pas justifiée. Je crois, pour ma part, qu'il existe à Naples trois et peut-êlre quatre Eunices à branchies très-simples, restreintes à la légion postérieure. Je n'en ai pourtant étudié avec soin que deux, dont

28 ANNÉLIDES CHÉTOPODES

l'une paraît identique avec celle qui a servi de base aux études de M. Ehlers, et dont l'autre sera décrite plus loin sous le nom (YE.schizobranchia. Il est d'ailleurs douteux pour moi que l'espèce de M. Ehlers soit bien réellement la même que celle de M. Grube. Celle dernière a les branchies antérieures simplement filiformes, les postérieures au contraire bifurquées'. Ce dernier caractère, qui se retrouve chez YE. schizobranchia, parait complètement étranger à lespèce de M. Ehlers. Je conserve néanmoins le nom d'-E. siciliensis pour la forme étudiée par M. Ehlers, la description de M. Grube étant trop brève et trop insuffisante pour permettre une détermination bien sûre. Quanta YE. Tœnia Clprd., que 31. Ehlers réunit aussi à YE. siciliensis, il suffit de comparer ses rames pédieuses avec celles de celte dernière pour voir qu'elles sont totalement différentes. Les soies falcigères des deux espèces ne se ressemblent pas davantage. Enfin la taille aussi bien que la couleur sont bien différentes. J'ai indiqué pour YE. Tœnia une longueur de 65 centimètres et un nombre de segments s'élèvant à 750 ou 800. L'E. siciliensis, à Naples, n'a qu'une longueur de 15 à 16 cent, et un nombre de segments qui ne dépasse guère 460. Le seul exemplaire complet de l'Adriatique que M. Ehlers ait rencontré, ne mesurait que 11 à 12 cent. Il est vrai qu'il a eu entre les mains des fragments d'individus plus gros dont il estime la longueur probable à 40 cent., estimation dans tous les cas sujette à caution.

Un caractère extrêmement frappant de cette espèce, c'est la dissemblance de la moitié antérieure et de la moitié postérieure du corps, dissemblance presque aussi frappante que chez une Hétéronéréide ou que chez une Syllis traînant un stolon mûr à sa suite. Ce caractère n'étant pas mentionné comme régulier par M. Ehlers, nos espèces pourraient être tenues pour différentes. Mais il est possible que celte dissemblance ne devienne très-évidente qu'à la maturité sexuelle. Du moins M. Ehlers remarque-t-il déjà que, chez quelques individus, la région postérieure se distingue par une couleur

• Tel serait du moins le caractère de l'espèce d'après les données premières (Aetinien, Echinod. u. Wiïrmer, p. 83) et dans ce cas elle pourrait être identifiée avec \'E. schizobrancliia. Mais les corrections introduites plus tard par l'auteur (Die lnael Lussin, etc., p. 79) doivent faire admettre qu'il a eu entre les mains des exemplaires à branchies toutes simples et d'autres à branchies toutes doubles.

ni) GOLFE DE NAPLES. 29

d'un vert cuivreux qui ne s'étend jamais à la région antérieure et qui parait liée à la présence des œufs. Chez les exemplaires de Naples, la couleur de cette région postérieure est d'un violet sombre qui constraste fortement avec la nuance rose-chair, très-pàle, de la région antérieure. La différence de forme entre ces deux régions est encore plus frappante que la différence de couleur. La région antérieure est cylindrique ou même comprimée, c'est-à-dire plus haute que large ; la postérieure est au contraire très-déprimée, beaucoup plus large que haute et, en même temps, plus large que la région antérieure.

Un autre caractère de l'espèce qui parait fort constant et qui peut servir à la distinguer de la suivante, c'est l'extrême longueur du segment buccal et la brièveté du second segment, porteur des deux cirres tentaculaires eux-mêmes, relativement courts.

J'ai représenté (PI. II, 6g. 5 A) un pied de la région antérieure. Ces pieds sont coniques, courts, soutenus par des aeicules noirs dont le nombre peut varier de trois à cinq. Le cirre dorsal est court, assez rapproché de l'extrémité de la rame, et renferme dans sa base renflée des sphérules de couleur jaune. Ces mêmes corps se retrouvent dans la base des antennes. Le cirre ventral est tout à fait terminal et fait saillie comme une languette à l'extrémité inférieure du pied. Dans la région postérieure, les pieds changent de forme : ils deviennent relativement beaucoup moins épais et plus longs (fig. ÔB). Le cirre dorsal n'a plus guère que l'apparence d'une papille; la branchie qui naît de sa base dès le 200rac segment environ, devient rapidement cinq ou six fois aussi longue que lui. Cette branchie est toujours fdiforme, sans aucune ramification. Sa coloration est d'un beau rouge, grâce à la couleur du sang contenu, comme d'ordinaire, dans deux vaisseaux longitudinaux réunis entre eux par une double série d'anses. Le cirre ventral est, dans cette région postérieure, tellement fondu avec l'extrémité du pied, qu'il ne peut plus mériter le nom de cirre. Cette languette pédieuse est remplie d'un réseau vasculaire si riche que je ne puis m'empêcher de lui attribuer un rôle respiratoire. Dans toute la région branchiée, on ne trouve dans la règle plus qu'un seul acicule noir par pied (5 B). Les aeicules du cirre dorsal, si constants chez \'E. Tcenia, paraissent faire toujours défaut à celte espèce. Les soies sont, dans toute la longueur de l'animal, de deux espèces seulement ; circonstance importante, puisque chez \'E. schizobranchia, d'ailleurs fort voisine, le nombre des sortes de soies s'élève à quatre. Ces soies sortent, comme l'ont déjà vu MM. Grube et Ehlers, en deux faisceaux, dont le supérieur est formé par des soies subulées, marginées près de l'extrémité, et l'inférieur par des soies falcigères (5C), à serpe bidentée et lame tectrice striée.

Dans toute la région branchiée chaque pied offre une tache obscure, vague, due à un organe segmentaire enroulé.

30 ANNÊL1DES CHÉTOPODES

Les antennes ont leur surface semée de papilles en forme de dômes surbaissés (5 D), larges d'une quarantaine de micromètres et hérissés de petits cils raides et courts. Leur cuticule a une épaisseur de 8micr.

J'ai omis dans cette description tout ce qui ne serait qu'une simple répétition des observations de M. Ehlers.

Page 1