‹ Les annelides chétopodes du Golfe de NaplesChapitre 30 sur 69 · ANNÉLIDES SÉDENTAIRES · texte numérisé non relu

ANNÉLIDES SÉDENTAIRES

lAUD. et Edw.)

Famille des CIRRATULIENS Viet. Carus.

Genre CIRRATULUS Lam. (Qtrfg. rev.)

M. de Qiiatrefages a subdivisé le genre Cirratulus en plusieurs, et les deux espèces les mieux connues, le C. horealis Lam. et le C. Lamarchii Aud. et Edw,, ont été en particulier attribuées par lui, la première au genre Cirratulus^ la seconde au genre Audouinia. Ces deux genres sont caractérisés de la manière suivante. Chez les Cirratules les branchies latérales el dorsales se montrent à la fois ou presque en même temps et l'extrémité postérieure du corps en est dépourvue; en outre les pieds ne portent que des soies capillaires aux deux rames. Chez les Audouinies au contraire, les branchies latérales se montrent avant les branchies dorsales ' et persistent jusqu'à l'extrémité posté-

* Nous verrons plus loin qu'il s'agit là tie deux catégories d'organes à fonctions distinctes.

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rieure ; de plus les pieds portent des soies capillaires à la rame supérieure et des acicules à la rame inférieure au moins, et parfois aux deux rames. Ces deux genres peuvent être adoptés, mais les caractères tirés des branchies sont seuls bons, encore le presque est-il un peu choquant. Quant aux caractères tirés des soies, ils ne signifient rien. Lorsque M. Grube découvrit les crochets aciculiformes chez les Cirratuliens, c'était chez le C. Lamarckii, c'est-à-dire chez une Audouinia dans le sens de M. de Quatrefages. Mais depuis lors ces crochets aciculiformes ont été revus et figurés chez bien d'autres espèces, en particulier par M. Keferstein chez le C. borealis Lam., et le C. bioculalus Kfrst. dont M. de Quatrefages ne fait pourtant point des Audouinies, puisqu'il prend le premier pour type du genre Cirialule restreint et le second pour type du genre Cirrineris.

CiRRATULUS CHRYSODERMA.

Pl. XXIII, fig. 4

Corpus longitmline 20 — 22"""% latitudine 0,4 — 0,'""5, scgmentis circa 150, filiforme, oculis nullis, setis omnibus capïllarihus. Cutis hyalinu, grantdis aaratis undique sparsis. Fila dorsualia tentacularia a segmenta quarto incipientia, lateralïbus hranchialihus stnictura haud similia.

Ce Girratule habite constamment de petites quantités de vase accumulées entre des balanides. Les quatre premiers segments sont toujours dépourvus de filets dits branchiaux. Ceux-ci apparaissent, pour la première fois, au nombre de deux à trois paires sur le dos du cinquième (4'"" sétigère). Chacun des segments suivants en porte une paire seulement, dont l'implantation ést aussi dorsale, mais recule graduellement en dehors, si bien que dès le 10'"" segment elle est complètement latérale. Le nombre des segments branchiés est très-inconstant. Les filets naissent d'une manière irrégu- Uère, deviennent de plus en plus courts, et cessent en général complètement vers le milieu de la longueur du corps.

' Ce caractère assignerait une place à ce Cirralulien clans le genre Timare.te Kinberg. Mes études sur les Cirratuliens portent sur un trop petit nombre d'espèces pour que j'ose porter un jugement sur les nombreux genres nouveaux proposés par M Kinberg. {Anniilata nova nrensuil ,1,-0. -H. Kinberg.— Oefvers. afK. Vet. Akad. Fôili. m5, n» 4, p. 253.)

Cette espèce, vu sa petitesse, est plus commode que d'autres pour déterminer avec certitude la naissance de chaque filet branchial et le mode de distribution des deux catégories d'organes qui ont été confondues sous le nom de branchies. Certains filets ont en effet une circulation complexe, d'autres une circulation très-simple. Je réserve le nom de branchies aux premiers, je donne celui de filets tentaculaires aux seconds.

Les véritables branchies (4 B) sont des cylindres un peu comprimés, revêtus à l'extérieur d'une cuticule mince, qui repose sur une épaisse couche de parenchyme. Cette couche renferme sans doute des fibres musculaires, comme chez les Audouinia, toutefois je n'ai pas réussi à y reconnaître de différenciation de tissu. L'axe de la branchie est occupé par une cavité (e) communiquant librement avec la chambre periviscérale. Les faces comprimées de la branchie sont ornées dans toute leur longueur d'une gouttière large et peu profonde. Ces deux gouttières sont couvertes de cils vibratiles très-courts {d) et reconnaissables seulement dans une position favorable. Ces cils entraînent les particules suspendues dans l'eau de l'extrémité de la branchie vers la base '.

La cavité axiale de la branchie renferme deux vaisseaux longitudinaux (4 B,a et h) dont l'un est constamment plus large que l'autre. M.deQuatrefages et Johnston n'ont su en voir qu'un seul. Us auraient pu trouver cependant la duplicité du vaisseau branchial mentionnée par divers auteurs, entre autres par M. Grube^ M. Williams' et M. Schmarda*. Ces vaisseaux sont réunis par deux séries d'anses très-fines. Celles-ci arrivent presque jusqu'au contact de la cuticule et doivent par suite facilement subir l'action de l'oxygène dissous dans l'eau. La projection de l'arc de

' Le fait que ces cils fort courts et fort ténus sont logés dans deux gouttières, en rend la recheiclic difficile. Aussi ne puis-je m'étonner de voir certains auteurs, comme M. Williams, insister éneigiquemenl sur l'absence de cils aux branchies des Cirratuliens. Cependant je dois les contredire d'une manière positive.

^ Zur Allât, u. Physiol. der Kiemenwiirmer , p. 33.

* Report on brilish Annelida, loc. cit. p. 200.

* Neue wirbellose Tliiei-e, II, p. 56.

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l'anse apparaît comme une lâche d'un rouge plus l'oncé (c) sur le bord de la branchie. C'est là ce que M.deQualrefages a pris pour une ampoule contractile. En y regardant de plus près, il aurait trouvé sur chaque vaisseau deux séries de taches semblables produites par la projection des courbes des anses vasculaires à leur naissance des vaisseaux longitudinaux. Tous ces vaisseaux de la branchie ont des parois fort minces et sont dépourvus de contractilité, ou du moins de pulsations rhythmiques. Sous l'influence d'une pression exercée sur l'animal, les branchies peuvent se gorger de sang et dans ce cas les anses latérales se distendent beaucoup. Mais dès ce moment elles restent distendues et ne se contractent point. A sa base, la branchie est fortement étranglée avant de s'insérer à la paroi du corps, et les vaisseaux longitudinaux prennent part dans une certaine mesure à cet étranglement.

Les filets tentaculaires sont, pour l'œil nu ou armé de faibles grossissements, entièrement semblables aux branchies. Toutefois, une étude approfondie à l'aide de grossissements plus forts enseigne que chacun d'eux ne renferme qu'un seul vaisseau longitudinal (4 C, a) se terminant en cœcum à l'extrémité. Les anses latérales font complètement défaut. Une autre particularité qui frappe l'observateur, c'est que la paroi de ce vaisseau, au lieu d'être mince, incommensurable même comme celle des vaisseaux branchiaux, est fort épaisse (4 C, b), incolore et plissée en travers. Enfin cette paroi est éminemment contractile et le vaisseau présente des pulsations rliythmiquesqui font circuler le sang alternativement dans un sens et dans l'autre. En un mot, la circulation des filets tentaculaires chez les Cirratuliens est entièrement semblable à celle des tentacules chez les Spiodiens, les Amphicténiens et les Phérusiens, ou à celle des antennes latérales des Staurocéphales.

Les fdets tentaculaires sont placés en avant des branchies. Cependant je ne suis pas certain qu'ils soient restreints au quatrième segment sétigère '. Il m'a semblé parfois que les trois ou quatre segments suivants

' Déjà Audouin et Edwards ont songé à établir une distinction fonctionnelle entre les filaments latéraux

avaient encore des tentacules et pas de branchies. Ceux qui répéteront ces observations, impossibles sans Taide d'assez forts grossissements, excuseront cette incertitude. Il n est, en etï'et, pas toujours facile dans l'enchevêtrement des filets branchiaux et tentaculaires qui souvent ne sont favorables à l'étude que dans une partie de longueur, il n'est pas facile, dis-je, de déterminer exactement l'origine d'un tentacule donné.

Chez quelques individus, certains filets tentaculaires prennent un diamètre supérieur à celui des branchies, mais ce n'est point le cas chez tous et il m'a été impossible d'attribuer à ce caractère, à cause de ses variations mêmes, une valeur spécifique. Parfois la prépondérance d'un ou deux tentacules (qui se creusent en même temps d'un sillon longitudinal très-profond) devient si frappante qu'on serait tenté de classer l'animal dans le genre Helerocirrus.

Le vaisseau dorsal renferme les mêmes organes bruns que je décrirai plus loin chez rAudouinia filigera. Ces organes ne se prolongent pas en avant au delà du neuvième segment sétigère. D'ailleurs le vaisseau dorsal s'arrête en ce point, ou du moins ne se prolonge-t-il en avant que sous la forme d'un petit rameau fort mince. La masse du sang se déverse en cet endroit dans deux vaisseaux latéraux qui se recourbent immédiatement en arrière. Après avoir cheminé d'arrière en avant jusqu'au neuvième segment sétigère, le sang retourne donc d'avant en arrière dans les vaisseaux latéraux sans pénétrer dans la région antérieure du corps. J'ai remarqué cette disposition chez tous les Cirratuliens du golfe de Naples, et elle est sans doute générale dans la famille. M. Keferstein l'a constatée chez le Cirratulus ftliformis des côtes de la Normandie, seulement les vaisseaux latéraux naissent chez cette espèce au troisième et non au neuvième segment.

Chaque branchie latérale reçoit son artère du vaisseau latéral et sa

dorsaux. Ils proposaient d'appeler les premiers des cirres et les seconds des branchies. Nous venons de voir que ce dernier nom conviendrait bien plutôt aux premiers. M. Kinberg a été mieux inspiré en appelant les filaments dorsaux des « branchies tentaculaires. »

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veine ou artère épibranchiale va se jeter dans le vaisseau ventral. On comprend dès lors que, dans tous les segments situés en avant du neuvième, la circulation doive s'opérer d'une autre manière. En effet le vaisseau latéral faisant défaut, ne peut plus fournir l'artère branchiale. Aussi la partie antérieure du ver n'a-t-elle plus de véritables branchies, mais seulement des tentacules à vaisseau unique. Ce vaisseau aveugle paraît provenir du vaisseau ventral; je n'en suis pourtant pas certain.

Le C. chrysoderma, comme tous les Cirratuliens, n'a qu'une seule paire d'organes segmentaires débouchant au second segment (l®*^ sétigère) par une ouverture ovale (fig. 4, e) située en dedans de la rame ventrale. L'organe est enroulé en spirale anguleuse. Sa partie externe est étroite, mais bientôt elle s'élargit brusquement en un tube cilié large de 0™™,1L L'ouverture interne m'a échappé.

Les tissus de la paroi du corps de ce petit Cirratulien offrent une apparence très-particulière. L'épaisseur de cette paroi est de 13™'•'^ Je n'ai pas réussi à y découvrir les couches musculaires habituelles. Elle est formée essentiellement par une substance homogène traversée par des fibres (fig. 4 A, c) dirigées normalement à la surface. Au point où chaque fibre arrive sous la cuticule, elle s'élargit en une sorte de massue renfermant un noyau de couleur jaune d'or (d). En réahté, chacune de ces fibres n'est qu'un prolongement d'une cellule étoilée de la couche chitinogène. La cuticule forme une petite saillie, au-dessus de chaque granule doré.

Le sang du C. chrysoderma^ comme celui de tous les Cirratuliens que j'ai examinés sous ce rapport, est chargé de globules fusiformes aplatis, qui ne pénètrent cependant pas dans les anses latérales des branchies.

J'ai rencontré à Naples deux autres espèces de Cirratules filiformes et jaunes, que je n'ai pas étudiées assez bien pour autoriser une description dans ce Mémoire.

Genre AUDOUINIA Qtrfg.

AUDOUINÏA FILIGERA.

Lumbrineriis filigerus Délie Chiaje, Memorie, III, 178, t. XLV, 1.

CirniUilm filiyenis Délie Gliiaje, Descn'zione, III, 85 ; V, 99 ; tav. 91, tig. 1-2; lav. 80, lig. 1 , Cirratulus Lamarckii, var. Grube, Ad. Echinod. iind Wûrmer, p. 70.

Pl. XXIII, lig. 3.

Ce ver est très-proche parent de VAudouinia Lamarckii, dont il n'est peut-être qu'une variété. La seule différence entre les deux espèces est, en effet, la suivante : Chez VAudouinia filigera le faisceau de fdaments dorsaux est porté par le cinquième segment sétigère', chez VA. Lamarckii par le septième ^ Quant aux paires de branchies latérales, elles naissent dès le premier, quelquefois seulement dès le second segment sétigère.

Je ne puis affirmer que cette espèce n'ait pas, comme le Cirratulus chrysoderma, de tentacules distincts des branchies. Cependant, je n'ai réussi à reconnaître dans aucun filament la structure des filets tenlaculaires. Tous ceux que j'ai examinés étaient de véritables branchies avec deux vaisseaux dans l'axe et deux rangées d'anses. Leur surface paraît aussi toujours creusée de deux sillons longitudinaux couverts de cils vibratiles. Cependant, il n'est pas impossible que les tentacules m'aient échappé au milieu de la forêt de branchies. Je suis d'autant plus disposé à l'admettre, que les grands traits de la circulation sont les mômes chez les Audouinies que chez les Cirratules. Le vaisseau dorsal ne se continue pour ainsi dire en avant pas au deLà du septième au huitième segment, lieu où le sang se divise dans les deux vaisseaux laté-

' M. Grube (Arcliiv fiir Nuttmi., XXI, 1855, p. 100) a identifié le CÂrralulus jilifjerus Délie Gliiaje avec le (lirratiilus Blainvillei Gr. de Trieste (cette espèce doit rentrer dans le genre Cirrinneris Qtrfg., bien que M. de Quatrefages, ignorant la description de M. Grube, ait décrit de son côté une Cirrliineris Hlainvilhi), qui n'a pas de fdaments dorsaux. Les dessins imparfaits de Délie Ghiaje semblent, il est vrai, donner raison à M. Grube. Toutefois, fextrême abondance à Naples de l'espèce que je décris ici, met pour moi hors de doute qu'elle est bien le véritable Cirraitilus filigerus de Délie Chiaje,

^ M. Kinberg les placerait donc toutes deux dans son genre Timurelc.

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raux', et revient en arrière. En avant de ce point le vaisseau dorsal n'est plus qu'un mince filet. En arrière, c'est-à-dire dans sa partie large et contractile , il est accompagné de trois cordons d'une substance brune granuleuse. Ils ont été déjà vus et figurés par Délie Chiaje, et M. Keferstein les mentionne comme trois bandes de pigment brun chez le Cirralulus filiformis. Aucun autre auteur ne paraît s'en être occupé. Ces corps singuliers existent chez tous les Cirratuliens et leur liaison avec le vaisseau dorsal est intime. Ce dernier est enveloppé d'une tunique musculaire (3 B, b) de laquelle dépendent ses mouvements rhythmiques. Les fibres annulaires qui forment cette tunique ont une largeur de 5"''*"',5 et s'anastomosent quelquefois les unes avec les autres. Les cordons bruns sont placés en dedans de la tunique et prennent part aux mouvements ondulatoires du vaisseau. Sont-ils placés entre la tunique musculaire et la paroi propre du vaisseau ou dans l'intérieur même de ce dernier? C'est une question que je n'ai pu résoudre. On réussit bien à isoler les cordons par la préparation, mais alors on déchire toujours le vaisseau. Dans la partie postérieure du corps, les gouttelettes brunes qui remplissent les cordons sont moins abondantes et moins foncées. Les cordons deviennent alors indistincts.

La circulation des Audouinia et même des Cirratuliens en général est mal connue. M. de Quatrefages la résume dans son Histoire des Annelés en quelques traits entièrement erronés , empruntés à un travail de M. Grube. Mais M. Grube n'avait étudié que des Cirratuliens conservés dans l'alcool, et l'auteur de V Histoire des Annelés aurait eu la main plus heureuse en profitant des travaux plus récents de M. Keferstein et même des anciennes recherches de Délie Chiaje, puisque ces deux savants ont examiné et disséqué des individus vivants.

En somme, la description de M. Keferstein est exacte et s'accorde avec les quelques détails que j'ai donnés. Je complète ceux-ci par une coupe

' Ce sont sans doule ces deux vaisseaux latéraux que M. Schinarda a en vue, lorsqu'il attribue aux Cirratuliens des mers d'Europe un double vaisseau dorsal [Nam wirhellose Tliiere, p. 50). I.e vérilable vaisseau dorsal lui aura échappé sous les cordons bruns que je vais décrire.

du ver indiquant les troncs principaux (fig. 5). On y voit le vaisseau dorsal (a), le vaisseau ventral (6), les vaisseaux latéraux (d) principaux que j'ai déjà décrits et une seconde paire de vaisseaux latéraux (c) placés un peu plus bas. Les vaisseaux latéraux sont réunis entre eux et avec le vaisseau dorsal par de nombreux rameaux anastomotiques. Les uns et les autres sont animés de pulsations rhylhmiques. En outre, il existe des vaisseaux inférieurs de l'intestin. Tout cet appareil vasculaire a été parfaitement connu de Délie Cliiaje, qui figure tous les troncs principaux et leurs anastomoses'. Je ne diffère de lui que sur un point. Il représente le vaisseau ventral comme double. Je l'ai toujours vu simple.

Les segments antérieurs ne sont ornés que de soies capillaires, auxquelles se joignent plus en arrière des crochets aciculiformes. L'apparition de ces derniers à un segment plutôt qu'à un aulre ne peut fournir de caractères spécifiques. Chez les individus de grande taille, je vois paraître les premiers crochets isolés, à la rame supérieure, vers le 40™" ou iâ""" segment, et leur nombre commence à l'emporter sur celui des soies capillaires vers le 65'"" segment environ. A la rame intérieure les crochets aciculiformes apparaissent dès le 23'"" segment et deviennent vite prédominants. Tels sont les chiffres pour un individu comptant environ 200 segments. Mais, chez les individus plus jeunes, l'apparition des crochets a lieu relativement bien plus vite: j'ai vu par exemple un individu de petite taille chez lequel les crochets apparaissaient dès le 26""^ segment à la rame dorsale et dès le lO""" à la rame ventrale.

Les ouvertures de la paire unique d'organes segmentaires sont au premier segment sétigère, en dedans de la rame ventrale. Chez quelques individus elles sont entourées d'un cercle de pigment noir et peuvent être distinguées par suite à l'œil nu.

Les corpuscules du sang (5 A) sont fusiformes, longs de 0'""',033 à 0™'",55, dépourvus de nucléus. Leur couleur paraît identique à celle du liquide rouge dans lequel ils flottent.

' Voyez Délie Cliiyje, Descrizinite e nulumia deyli aiiimali sema uerlehre, lav. 91, lig. 1 et "2.

Famille des CAPITELLIENS Grube \

Genre CAPITELLA Blnv.

LUMBRICONAIS ŒrsU, VALLA Johnston, ANCISTRIA Qlifg. «

Capitella capitata.

Lumbricus cnpitntus Fabr. Fauna Grônl., p. 279.

CapMIa fninV// Blnv. Dicl. des Sc.natur., lomo 57, 1828, p. 443.

Lumbrimiais marina Œrst. Krôyei 's Naturh. Tiilsskrift, 1842, p. IS'i. lab. III, lig. 6, 11 et 12 Lumhrimnnh c.apitala Frey et Lenrk, Beilrage z. Kenntn. wirbellosor Tbierc, 1847, p. 151.

» » Leuckarl, Arcliiv f. Naturgescbichle, XV, 1849, p 163.

Capitella capilata Van Ben. Bull. Acad. de Belg., 1857 ; III, n» 9 el 10, et pl.

« » Clprd. Becb. Anat. Annélides des Hébrides, 1861 , p 42, pl I, lig. 9 à 14.

Valla ciUata .lobnst Llatalog of non paras. Worms, 1865, p. 67.

Var. mm,

PI. XXVII. fig. 1.

La Capitella capilala paraît jouir d'une circonscription géographique très-étendue. Dans toutes les mers du Nord, du Groenland au Spitzberg, des Hébrides à la Baltique el aux côtes de France, c'est une des Annélides les plus communes. A Naples elle fourmille dans le port, quoi-

' Je ne saurais donner, avec M. Malmgren, la préférence au nom de Halelminthes Carus. M. Victor Carus n'a ni saisi, ni même entrevu la famille des Capilelliens. Au mT'pris de toutes les affinités, il a élevé les Gapitelles avec les Polyophtbalmes en un ordre des Haloscolecina parallèle aux Polychètes, aux Onycbopliores, aux Oligochètes el aux Discopliores. Dans cet ordre malheureux, le seul genre Capitelle forme la famille des Halelminthes, tandis que d'autres Capilelliens, comme les Dasybranches, par exemple, sont placés parmi les Polycbètes. Mon ami M. Haeckel {Generelle Morphologie (1er Organismen. Berlin 1866. Band II, p. LXXXIII) a poussé à l'extrême le point de vue faux de M. Carus en créant sous le nom de Drilomorpltex une classe à part pour l'ordre des Oligochètes et celui des Haloscolecina. Pour ma pari, je ne saurais voir dans le mot Halelmintliea qu'un synonyme du genre Capitelle. La famille des Capilelliens a été fondée, en réalité, par M. Grube. En fait de genres bien caractérisés, elle renferme les Gapitelles, les Notomastes et les Dasybranches, mais il est probable qu'il faudra lui incorporer, en outre, les Hyboscolex Schmrd. el les Oneoscolex Schmrd., rangés par M. Schmarda parmi les Anciens el jusqu'ici Irèsimparfailement connus.

^ Le genre Ancistria Qtrfg. est établi sur une véritable Capitelle.

qu'elle n'ait pas encore été signalée avec certitude dans la Méditerranée. Je crois impossible, malgré les vues théoriques de M. de Quatrefages sur la circonscription géographique des Annélides, de séparer spécifiquement l'espèce napolitaine de l'espèce ordinaire. Sa taille excède, il est vrai, rarement 5 centimètres pour les cf et 5 pour les 9, tandis que j'ai rencontré des individus de 14 centimètres dans les Hébrides. Toutefois M, van Beneden trouve sur les côtes de Belgique lescf longs de 5 à 6 centimètres, les 9 de 10 à 11 ; M. CErsted parle de 10 à 12 lignes pour les individus du Sund; Johnston dit que les individus observés par lui étaient longs de 3 pouces, mais susceptibles de s'allonger jusqu'à 6; enfin M. Frey et Leuckart attribuent une longueur de 7 pouces aux individus de la mer du Nord.

Tout cela parle pour une grande variabilité de la taille de l'espèce suivant les localités, plutôt que pour des différences spécifiques. Du moins il m'est impossible de distinguer les individus de Naples de ceux que j'ai étudiés dans les Hébrides par d'autres caractères que par le suivant: dans les Hébrides j'ai toujours vu les soies en forme de crochet simple, comme le figurent aussi MM. Œrsled et van Beneden ; les individus de Naples au contraire ont souvent le crochet bifide (1 A), le rostre supérieur, plus court que l'inférieur, étant lui-même bidenté. Mais baser làdessus une distinction spécifique, sans être certain que cette différence apparente ne résulte pas seulement de la puissance des objectifs employés, c'est ce que je n'oserais faire. Il est d'ailleurs certain que chez les Ca pitelles de Naples ce caractère est inconstant.

Mes observations ne font que confirmer sur tous les points importants, en les étendant, les résultats obtenus précédemment par M. van Beneden et moi-même. Les petits yeux que le savant belge attribue aux seuls embryons existent bien toute la vie durant, comme M. Œrsted le savait déjà. Cependant ils sont rudimentaires et difficiles à voir chez l'adulte tandis que chez les jeunes individus ils sont relativement plus grands et même munis de cristallin.

Le lobe céphalique présente la particularité de laisser surgir à sa

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base et de chaque côté comme chez les Nolomaslus, une paire d'organes vibraliles dont les cils engendrent de très-vifs tourbillons dans l'eau (1, « et 1 G, a). Dès que le ver est inquiété, il les rétracte et l'on n'en voit plus aucune trace à l'exlérieur. L'ouverture même par laquelle l'organe est rentré s'efface aux regards. Mais lorsque l'Annélide est abandonnée en sécurité à elle-même, elle étale fréquemment ses appareils rotatoires. La surface du lobe céphalique est en outre couverte de larges papilles circulaires, mesurant Hm'^r diamètre, percées chacune d'un canal dans l'axe et hérissées de petits poils roides, fort courts.

Relativement à la distribution des soies, il y a quelques divergences entre les auteurs. M. OErsted attribue des soies subulées aux faisceaux externes seulement des segments 4 à 6. M. van Beneden indique des soies toutes subulées aux faisceaux internes et externes des six premiers segments ; dans le 7"" et le S""" chaque faisceau serait composé de six soies subulées et de deux crochets ; enfin, à partir du 9™" segment on ne trouverait plus que des crochets. Moi-même j'ai indiqué chez les Capitelles des Hébrides rien que des soies subulées à tous les faisceaux des sept premiers segments, et rien que des crochets à tous les suivants. A Naples, je trouve régulièrement pour les adultes la distribution suivante : Chez les Q les six premiers segments (buccal compris) ont quatre faisceaux de soies subulées chacun. Au 7™" segment les faisceaux externes n'ont que des soies subulées, mais le faisceau interne est formé dans sa moitié externe par des soies subulées, dans sa moitié interne par des crochets. Dès le 8™" segment on ne trouve plus que des crochets. Chez les les six premiers segments n'ont que des soies subulées à tous les faisceaux. Au 7™^ segment le faisceau externe est formé de huit à dix crochets, suivis en dedans d'une soie subulée et le faisceau interne compte à peu près autant de soies subulées (en dedans) que de crochets (en dehors). Le S™" et le 9""^ segment n'ont que des crochets aux faisceaux externes, les faisceaux internes sont modifiés pour former l'appareil copulateur; dès le lO""" segment les quatre faisceaux sont formés exclusivement de crochets.

Toutefois cette description n'est vraie que des adultes. Les embryons, dont je décrirai le développement dans une autre occasion, n'ont pas de soies au sortir de l'œuf, mais au bout de quelque temps les soies se forment dans une série de segments et cela au nombre d'une seule par

faisceau. Je lus Irès-étonné de voir chez lous ces jeunes individus les trois premiers segments seuls munis de soies subulées, et les crochets apparaître déjà au quatrième. Il ne pouvait y avoir de doute sur l'identité spécifique des jeunes et des adultes, car les embryons étaient éclos, dans mon aquarium, d'œufs pondus sous mes yeux. Cette restriction des soies subulées aux trois premiers segments se maintient pendant une longue période de la croissance du ver, même à l'époque où les soies de chaque faisceau sont devenues nombreuses. Le ver a déjà acquis plus du tiers de sa taille définitive lorsque les soies en crochet du quatrième au sixième segment tombent successivement pour être remplacées par des soies subulées, et l'on trouve à cette époque une foule de variations dans la distribution des soies des segments 5 à 7 '.

Si j'insiste si longuement sur ces détails, c'est qu'ils prouvent amplement qu'on ne saurait, chezlesCapitelles, établir de différences spécifiques basées comme chez les Serpulacés sur le numéro des segments où le changement de soies a lieu. Au moins la comparaison devra-t-elle être faite seulement entre des adultes. Ainsi la Capitella filiformis Clprd. est bien une bonne espèce, car ses soies n'ont pas de ressemblance avec celles de la C. capUata, cependant un des caractères sur lesquels j'insistais le plus dans la description de celle espèce^, l'existence des soies subulées au quatrième segment seul se trouve n'avoir plus qu'une valeur très-douteuse.

M. van Beneden a été le premier à nous faire connaître l'appareil copulateur des mâles, et la figure donnée par lui des soies extrêmement vigoureuses qui le constituent ' est assez exacte. Il en est de même de celle de Johnston\ Toutefois ces savants paraissent n'avoir pas bien vu l'appareil dans sa totalité el n'en pas avoir saisi les homologies. L'appareil n'est point formé comme le pense M. van Beneden d'un

' Les chiffres de M. Œrsted, cités plus haut, comme aussi sa figure, la grandeur des yeux qu'il représente, tout indique que le savant danois n'a eu sous les yeux que de jeunes individus. ■ Voyez Glanures zoolomiques, p 49.

* Loc. cil., fig. 3.

Catalogue, p. 68, (ig. 4.

demi-cercle de lames cornées, mais bien de quatre groupes distincts de larges soies recourbées (1 F) dont les pointes convergent vers l'ouverture génitale par laquelle les plus longues d'entre elles font saillie. Cette ouverture est placée en effet sur la ligne médiane entre le 8™^ et le 9""^ segment ', et les quatre groupes en question ne sont que les faisceaux de soies internes et transformés de ces deux segments. Les rames pédieuses sont devenues ici un appareil accessoire de la génération

Entre les deux groupes postérieurs de soies copulatrices on trouve la poche que M. van Beneden interprète comme testicule. J'avoue n'avoir jamais trouvé de zoospermes dans l'intérieur. Elle me semble d'ailleurs bien petite en regard de fonctions si importantes. Je crois plutôt qu'il s'agit d'une poche sécrétant un liquide propre à diluer la semence.

(( C'est par la partie postérieure du corps que les œufs se frayent (( un passage à travers la peau et c'est par l'extrémité caudale que la « ponte s'effectue. » Ainsi s'exprime le savant belge à propos des Capitelles femelles. Sur ce point il est décidément dans l'erreur. Les pores sexuels des femelles sont en réalité au nombre de deux et il est facile de les trouver sous la forme de fentes transversales, sur le ventre, entre le T™*" et le 8me segment, un peu en dedans de l'alignement des faisceaux de soies externes. A l'époque de la maturité sexuelle le pourtour de ces deux ouvertures se renfle et prend une apparence qui rappelle le clitellura des Oligochètes. Il en résulte, lorsqu'on observe l'animal à la lumière transmise, deux grandes taches opaques dans lesquelles les pores sexuels apparaissent comme des fentes claires

Les pores sexuels des femelles sont donc situés d'un segment plus en avant que le pore sexuel des mâles. J'en ai pu faire souvent l'étude, les Capitelles ayant pondu chaque jour pendant près de deux mois dans un de mes aquariums.

Les ovaires ont été déjà très-bien vus par MM. Frey et Leuckart et

' M. van Beneden dit, il est vrai, entre le Q^e et le lO™», mais il figure bien l'ouverture entre le S^^ et le 9™«, où elle est placée réellement.

* Voilà une analogie indubitable avec certains Oligochètes, auxquels on a si souvent tenté de réunir les Capitelles.

par M. van Beneden. Ce sont dans chaque segment, sauf les premiers, deux poches situées de chaque côté de la chaîne ganglionnaire. Leur paroi incolore (1 E, a) est très-épaisse, et presque tous les ovules qu'ils renferment paraissent mûrir simultanément. C'est en quelque sorte une exception lorsqu'on aperçoit un ovule en relard de croissance (1 E) entre deux œufs arrivés à maturité. Les œufs mûrs sont mis en liberté, probablement par déchirure de la poche ovarique, et Uottent dans la cavité périviscérale.

Le système nerveux (1 D) ne m'a pas présenté à la chaîne ganglionnaire la grosse libre tubulaire que j'ai signalée chez d'autres Capitelliens. Les commissures interganglionnaires sont intimement accolées et dans chaque ganglion les cellules se distribuent tout autour. Le cerveau est échancré en arrière (6) ; son bord antérieur décrit exactement un demi-cercle, les parties latérales donnant naissance à deux gros nerfs destinés au lobe céphalique. Le plus gros rameau de chacun de ces nerfs aboutit à l'un des yeux (a), bien plus petit que le diamètre du nerf lui-même.

Les globules rouges de la cavité périviscérale atteignent un diamètre de là""'*" et renferment de nombreuses petites granulations. L'acide acétique fait naître un précipité dans chaque vésicule et fait ressortir un nucléus circulaire parfaitement distinct. J'insiste de nouveau sur ce fait qui a été contesté, mais à tort, par M. Reichert.

CaPITELLA COSTA NA.

Pl. XXVII, lig. 2.

Corpus longitudine lO"""', latitiidine 0,6 ( specimina vix matiira ) teres, filiforme, fuscorubrum, oculis pluribus. Setarum species très; segmevta setis destituta nulla.

Cette Capitelle ' est remarquable par la très-grande élongation des anneaux cylindriques de la région moyenne de son corps (2 A) et par la forte saillie de ses mamelons pédieux, surtout dans la région postérieure.

' Je me lais un plaisir de la dédier à M. le prol. Achille Costa.

Le lobe céphaliqiie est conique (fig. 2), tt ès-pointu et porte sur les côtés un groupe de taches ocnliformes dont j'ai vu le nombre varier de deux à huit selon les individus. Auprès des yeux sortent les deux organes vibratiles (a). On peut s'assurer, lorsque l'animal les a fait saillir, qu'ils renferment un prolongement de la cavité périviscérale dans lequel pénètrent les globules l ouges.

Cette espèce présente la particularité rare chez les Capitelliens ' de posséder trois sortes de soies au lieu de deux. Les deux premiers segments (buccal compris) sont armés de soies simples subulées et bordées (2 B) à tous les faisceaux. Dans les neuf segments suivants ces soies sont remplacées par d'autres (2 D), simples aussi, mais à extrémité large, tronquée, s'étalant en une mince et large palette, tronquée elle-même suivant une ligne parfaitement droite. Enfin, au 12""' segment commencent les crochets (2 C) qui sont très-finement tridentés, et divisés en deux par-ties par un étranglement, comme c'est fréquemment le cas chez les Capitelliens.

Capitella major.

Pl. xvn, fig. 3.

Corpus latitudine 5""", longitudine iguota, fusco-ridmmi, antrorsmi rigidmn, lobo cephalico minimo. Segmenta antica setis destituta qmtuor. Regio antica sulcis in areas polygonales divisa. Organa segmentalia distinda. Setarum species duce.

Je n'ai obtenu de cette espèce que deux fragments qui ne me permettaient pas de fixer la longueur de l'animal. La largeur autorise cependant à conclure à une espèce bien plus grande que toutes les Capitelles connues.

Le lobe céphalique, très-petit, sort en avant comme une petite languette conique de l'anneau charnu formé par le segment buccal. Ce dernier est aussi large que les suivants. Les quatre premiers segments sont achètes. A partir du 5'"^ chaque segment porte quatre faisceaux de soies, très-distants les uns des autres. Jusqu'au H""® segment ce sont des soies subulées, à partir du 12"'" des crochets. Toute la région antérieure du corps présente des sillons qui la divisent en une espèce de carrelage hexagonal rappelant celui de divers Notomastes, mais à partir du sixième ou septième segment ce carrelage devient indistinct.

Jusqu'au neuvième, tous les segments sont biannelés, mais à partir du dixième cette division en deux anneaux secondaires cesse : en même temps les segments deviennent de moitié plus courts. Ces neuf premiers segments constituent d'ailleurs une

' Elle n'était connue jusqu'ici que chez la Capitella filiformis Clprd.

région à part qu'on pourrait appeler thoracique. Cette région est très-charnue, résistante et colorée en rouge-brun par un pigment. Au dixième segment, le corps devient tout à coup flasque, flexible, et la coloration est due, à partir de ce moment, presque exclusivement aux globules du liquide périviscéral, vus à travers la paroi semi-transparente. Au thorax, dès le segment buccal, on voit sur les côtés de chaque segment une ouverture circulaire placée au centre d'un carreau de la cuticule. Ces larges ouvertures disparaissent plus loin. En revanche, dès le dixième segment se montrent les organes segmentaires recourbés, semblables à ceux des Notomastus.

Je ne puis pas me dissimuler que cette espèce fait par tout son habitus une grande disparate avec le genre Capitelle. La consistance différente des diverses régions du corps, les ouvertures thoraciques, le grand développement des organes segmentaires, tout cela se retrouve chez les Notomastes, mais paraît étranger aux Capitelles Cependant, si l'on s'en tient aux caractères génériques adoptés jusqu'ici, la C. major est bien une Capitelle et point un Nolomaste.

Le système nerveux de cette Capitelle est fort approprié à l'étude, les ganglions de la chaîne ventrale atteignant un diamètre de O"'",^. A l'œil nu la chaîne ventrale paraît entièrement double en avant, les deux cordons longitudinaux s'accolant l'un à l'autre vers le milieu de la longueur de l'animal seulement. Toutefois ce n'est là qu'une apparence due à l'existence d'un cordon médian plus transparent que les latéraux. Dans chaque ganglion les cellules nerveuses forment trois amas (5A,rf,e),run médian, entre les deux cordons nerveux, les deux autres externes. Les cellules ganglionnaires y sont, les unes grandes, à nucléus large de 12™**", les autres petites, à nucléus mesurant seulement 5'"''=^ Les grandes sont beaucoup moins nombreuses que les petites et paraissent occuper généralement la périphérie. Les cordons longitudinaux sont formés comme

' Les Notomastes sont peut-être de toutes les Annélides celles chez lesquelles les organes segmentaires sont le plus faciles à voir. Ces organes ne sauraient échapper aux regards de quiconque les recherche. Au contraire, malgré des tentatives répétées, je n'ai jamais réussi à en découvrir la moindre trace chez la Capitella capitula. Ce serait là une étude à poursuivre, en regard peut-être de l'appareil générateur. Il ne faut pas oublier que jusqu'ici personne n'a vu chez les Notomastes d'appareil copulateur semblable à celui des Capilelles.

278 ANNÉLIDES CHÉTOPODES

chez tant d'Annélides par de minces fibrilles ondulées, seulement ils sont ici semés de nombreux petits nucléus (acide acétique) ovales, dont le grand axe est dans le sens des fibres. Ces nucléus sont tout semblables à ceux du névrilème. Chaque cordon est composé lui-même de deux faisceaux ou colonnes (h, c). Quant au cordon transparent médian (a), il prend sous l'influence du carminate d'ammoniaque, suivie d'une macération dans de la glycérine, une apparence parfaitement semblable aux autres. On ne peut donc l'assimiler aux grosses fibres tubulaires, de quelques autres Capitellacés et des Oligochètcs. Dans fintérieur des ganglions les fibres des cordons nerveux deviennent indistinctes, noyées qu'elles sont dans une substance finement granuleuse, identique sans doute à la fibrillàre Punklsubstatiz de M. Leydig. On peut cependant s'assurer de l'existence dans cette région, au cœur même du ganglion, de nombreux nucléus ovales dont le grand axe est perpendiculaire à la direction de la chaîne nerveuse. Des noyaux semblables existent dans les trois paires de nerfs qui naissent de chaque ganglion, au moins dans la partie de leur trajet.

Genre NOTOMASTUS Sars.

{AHENIA Qtrfg. SANDANIS Kinberg

NOTOMASTUS LINEATUS.

Pl. XVII, fig. 4.

Notoniastus longitudine tiltra 12"'"", latitîidme2"'"\5, antrorswn teres, fusco-ruber,ahclomine albido, depresso, linea dorsuali rubra notato. Ahdominis segmenta ntrwque macula nigra insignia. Tori uncinigeri in branchiam ligulatam superne prodmti.

' L'espèce pour laquelle M. de Quatrefages a établi son genre Arenia (A. cruenta Qtrfg.) est à n'en pas douter le ^otomaslus rubicundus {CapitellaKfysl.), nom qui a pour lui la priorité.

* M. Kinberg (Oefvers. afK. Vet. Akad. Forli. 1866, n"9, p. 343) sépare le Notomasius rubicundus (Capitella Kfrst.) des autres Notouiastes à cause de ses tentacules rétracliles. Mais ce caractère est commun à tous les Notomastes et probablement à tous les Capitelliens. La position que M. Kinberg assigne à ce genre Sandanis, parmi les Ammochariens, est injustifiable. Ce savant ne paraît, du reste, point avoir étudié lui-même ces vers,

Le N. lineatiis compte dix segments à la région thoracique. Le premier (buccal) est achète, les suivants portent chacun quatre faisceaux de soies simples (4 G), bordées d'un limbe étroit. La paroi de cette région est charnue et pigmentée de rougebrun. Chaque segment y est divisé par un sillon en deux anneaux secondaires. Toute cette région présente un carrelage hexagonal de la cuticule. Les trois derniers segments thoraciques ont, dans le sillon transversal médian du segment et dans l'alignement de la rangée dorsale de soies^ une ouverture de chaque côté'.

Au 1 1"" segment commence la région abdominale, caractérisée par des crochets aviculaires (4 H) dont le bec principal est surmonté de deux denticules accessoires. L'extrémité du crochet est enfermée dans une espèce de large gaîne, percée d'une ouverture ovale par laquelle sort le bec. La tige du crochet est renflée en son milieu et coudée près de la base. La région abdominale a des parois musculaires d'une épaisseur extrême, sauf an dos. Il en résulte qu'elle présente en général la couleur blanchâtre des muscles (le pigment fait ici défaut), mais que la ligne médiane dorsale est rouge. En effet, le long de cette ligne la couleur rouge des globules de la cavité périviscérale apparaît à travers la paroi amincie. Les crochets sont implantés à chaque segment de la région abdominale sur un bourrelet (4 B, d), qui naît très-près de la ligne médiane ventrale et remonte sur les côtés jusqu'au dos. Le nombre des crochets disposés en une seule rangée sur l'un de ces bourrelets s'élève parfois à 130 et au delà. Au point où le bourrelet cesse sur le dos, il donne naissance à une languette (4 B, a; 4 C, a), dans l'intérieur de laquelle pénètrent librement les corpuscules rouges de la cavité périviscérale. Ces languettes à paroi mince doivent sans doute être considérées comme des branchies lymphatiques.

Leur surface est, il est vrai, dépourvue de cils vibra tiles, mais l'organe lui-même est éminemment contractile et par ses mouvements irréguliers de systole et de diastole permet le renouvellement constant de la lymphe rouge qui le remplit^. Le l'aisceau dorsal est réduit, comme chez les autres espèces du genre, à 3 ou 4 petites soies implantées dans un ma-

' Comparez la Capitella major (ci-dessus, page 277).

" Bien des zoologistes actuels, amateurs de la multiplication des genres, me blâmeront d'avoir laissé cette espèce branchiéc parmi les Notomastes. Je rappellerai toutefois que les branchies ne peuvent pas toujours fournir un bon caractère générique, témoin les Glycères. Dans le cas particulier, je considérerais rétablissement d'un genre pour les Notomastes branchiés comme entièrement lautif. Chez pluie urs espèces, en effet [N. Sarsii (]l[ird. ; N. Benedeni Clprd.), le bourrelet ventral se renfle en un mamelon très-appréciable à son extrémité dorsale. La languette branchiale du iV. lineatus n'est que l'exagéi alion de ce mamelon et une limite serait impossible à tracer.

melon à peine appréciable (4 B, d). Entre la languelte branchiale et le mamelon dorsal s'élève un bouton comprimé, large, de 0™™,17, hérissé d'une forêt de soies très-délicates, mais roides (4 C, b). J'ai déjà fait connaître cet organe chez divers autres Notomastes.

Le corps de ce Notomaste est très-attenué en avant, grâce à l'étroitesse du lobe céphalique. Les organes vibratiles exsertiles qui surgissent parfois sur les limites de ce lobe et du segment buccal, ont l'apparence de gros tubercules mamelonés (4 A) comme ceux du Not. riibicundus Kfrst. de la Manche.

Les taches noires signalées dans la diagnose comme caractérisant chaque segment abdominal, sont dues à la coloration sombre des organes segmentaires. Ces boyaux qui ont une position presque transverse, sont très-larges dans la partie tournée vers la paroi externe du segment, trèsamincis au contraire à l'extrémité opposée (4 D, è), où paraît être la communication avec la cavité périviscérale. Le canal excréteur naît du milieu de la partie renflée. Il est cylindrique et va s'ouvrir en droite ligne à l'extérieur sur une petite papille (a) de la surface dorsale du segment.

Le système nerveux (4 F), comme celui d'autres Notomastes, se distingue par l'existence d'une large fibre tubulaire reposant sur la ligne médiane de la chaîne ganglionnaire. Le cerveau est formé de deux lobes principaux, et de deux autres postérieurs plus petits. Les nerfs naissent non-seulement des ganglions, mais aussi des connectifs interganglionnaires, commeje l'ai déjà signalé chez d'autres espèces du même genre.

Les globules rouges (4 E) de la cavité périviscérale, larges de 20""'«'% traités par l'acide acétique, permettent toujours de reconnaître, en outre de quelques granulations, un nucléus circulaire, large de 8'"'''^

Genre DASYBRANGHUS Grube.

Dasybranchus caducus.

Dasijhranchus caducus Gruhe, Arcli. fiir Naturg., 1864, p. 166, lab. V, fit;. 3-4. Dasybranchus caducus Clprd. Glanures zoot., p. 56 (516), pl. VIII, fig. 8.

Pl. XXVll, lig. 5.

J'ai rencontré rarement ce Dasybranche à Naplcs. Les plus grands individus (mûrs) comptaient 1 20 segments. Le segment buccal est constamment achète et suivi de treize segments à soies subulées. Le premier segment hamifère est donc en réalité le 15™" et pas le li"", comme je l'avais indiqué dans mes Glanures. La figure 5 B représente l'un des crochets qui ressemble beaucoup à ceux des Notomastes.

Chez les mâles approchant delà maturité, le liquide de la cavité périviscérale m'a présenté des caractères fort remarquables. Il tient en suspension deux natures d'organites: d'une part des cellules rouges (5 A), larges de SG*"'", dans lesquelles lacide acétique fait naître un précipité et permet de reconnaître le nucléus rond, large de 8™'*"^ ; et^ d'autre part, des disques formés par l'agrégation d'une très-grande quantité de nucléus larges de 8™'*"", à peine séparés par une substance granuleuse peu abondante. Sur tout le pourtour de ce disque (5 E) est une auréole de grandes cellules pâles atteignant un diamètre de 26"'<^^ Les nucléus correspondent aux corps framboisés des autres Annélides. Ils se transforment en régimes de zoospermes. Si l'on compare ces disques et leur couronne aux testicules que j'ai décrits chez les Néréides, l'analogie ne peut échapper, et il faut considérer ces organes comme de véritables testicules flottants. Les cellules de la couronne sont les homologues du tissu connectif sexuel des Lycoridiens. Ces testicules circulent avec la lymphe rouge dans la cavité périviscérale. Les branchies lymphatiques des Dasybranches sont parfaitement transparentes et on peut les observer sous le microscope chez un ver non mutilé. On voit alors les lesti-

282 ANNÈLIDES CHÉTOPODES

Cilles pénétrer dans les branchies el en ressortir avec les corpuscules lymphatiques.

La structure de ces branchies (fig. 5) est d'ailleurs fort remarquable. Malgré leur extrême contractilité, elles ne renferment aucune fibre musculaire. Sous la cuticule (5 D, a) fort mince et dépourvue de cils vibratiles, on trouve un seul tissu dans toute l'épaisseur de la paroi. C'est une trame aréolaire (5 D), formée par des sphéroïdes d'une substance amorphe et incolore, serrés les uns contre les autres. Dans les interstices sont semés de petits nucléus ronds (c) et çà et là des amas de granules bruns (b). Cette trame paraît contractile comme du sarcode.

Chaque organe segmentaire (5 C) forme une anse qui court parallèlement à la rangée de crochets ventraux. L'une des branches s'ouvre à l'extérieur non loin de l'extrémité de la rangée, du côté dorsal, l'autre se prolonge vers la partie tergale de l'animal. Toutefois je n'ai pu reconnaître sa terminaison. L'organe est jaune avec des taches claires disposées très-régulièrement et résultant des nucléus des cellules qui le constituent.

Famille des OPHELIENS Grube (Mlmgr. Qtrfg.)

(Inclus. POLYOPHTHALMIENS Qtrfg.)

La réunion des Ophéliens aux Polyophlhalmiens peut surprendre au premier abord. L'organe vibratile et le genre de vie errant des Polyophthalmiens semblent devoir les éloigner entièrement des Ophélies. Cependant on verra plus loin que les Ophélies sont munies d'organes ciliés, rélractiles, homologues des appareils ciliés des Polyophthalmes, organes dont la présence fait disparaître l'absurdité du nom d'Ophelia hicornis donné par Savigny à une espèce de cette famille par suite d'une méprise. L'objection tirée du genre de vie n'a qu'une valeur Irès-secon-

daire. A ce point de vue la différence entre les Ophélies et les Polyoph- Ihalmes est moins grande que celle qui sépare les Néréides des Hétéronéréides \

Le rapprochement des Ophélies et des Polyophthalmes n'est du reste point nouveau. Il a déjà été fait, soit par F. de Filippi ^ soit par M. Grube". M. de Quatrefages ne le mentionne même pas, mais les mémoires dans lesquels ces auteurs ont exprimé leur opinion paraissent lui être restés inconnus \ Les pages qui suivent, seront une ample justification de la fusion des deux familles

Genre OPHELIA Sav. (D, Chiaje, Œrsted rev.)

On sait que Savigny prit la tête des Ophélies pour la queue, et que sa diagnose en a été rendue méconnaissable. M. Œrsted ' a dû la refaire telle qu'elle est aujourd'hui généralement adoptée, et M. de Quatrefages" revendique en faveur du savant danois l'honneur d'avoir délivré la science d'une grande erreur. Il n'est cependant que justice de rappeler que longtemps avant Œrsted, soit Délie Chiaje^ soit M. Sars'", soit M. Gabr. Costa" avaient très-explicitement réfuté l'erreur de Savigny.

' M. de Quatrefages représente les Polyophthalmes comme nageant à l'aide de leur appareil cilié. Je ne les ai jamais vus en faire un semhlable usage. Les Polyophthalmes nagent comme des anguilles par le mouvement ondulatoire de leur corps.

^ Arckivio per la Zooloijia, l'Anatomia e la Fisiologia. Genova, 1861, p. 315. Ausflufi nacli Triesl und Qaamern, p. 49 et Arcliiv fiir Nalury., XXIX, 1863, p. 51.

" S'il en eût été autrement, M. de Quatrefages n'aurait point passé complètement sous silence le geni-e Armandia Fil. dans son Histoire ml. des Atmelés.

^ Les nombreux genres nouveaux établis par M. Kinberg dans la famille des Ophéliens ne sont connus jusqu'ici que par des diagnoses fort brèves. Il m'est impossible d'en apprécier la valeur. Système des Annélides, p. 38.

^ Grônland's Annulata dorsibmnchiala,]>. 51.

^ Histoire naturelle des Annelés, 11, p. 270.

^ Mmone, etc. Napoli, 1825, II, p. 414 e( Descrizione e Noiomia, etc. Napoli, 1841, 111, p. 86. Sur quelques animaux invertébrés des côtes de Norwége. Comptes rendus de l'Acad. de Paris, t. V, 1837, p. 97, et Ann. des Sciences natur., t. VII, 1837, p. 246. " Annali dell' Accademiu defjli Aspirunli ituturalisti, vol. 11, fascic. 3, Napoli, 1843,

ANNÉLIDES CHÉTOPODES

Ophelia RADIATA.

Lumhricus radiatus Délie Chiaje, Meinorie, II, 329, lav. XXIX, fig. 1-4.

Lumbricus radiatus Délie Chiaje, Descrizioiie e notomia, lav. 93, fig. 1 -4.

Op/iilia hkornis Délie Chiaje, Descriziono, vol III, p. 86 et vol. V, p. 99 ; tav. 100, fig. 1-5.

Neomeris uropliylla Gab. Cosla Annali d. Accad. d. aspir. iialiir., Il, 81 .

Ophelia neapolilana Qtrfg. Hist. nat. des Annelés, II, p. 275.

Lumbricus radiatus Qlrfg. sp. incertœ sedis fam. Opiiel. Ibid , p. 279*.

Pl. XXVI, fig. 1 et pl. XXIX, fig. 1.

Corpus longitudine 33""", latitiidiiie 4""" carneum, iridescens; regio thoracica segmentis decem setigeris composita; regio ahdoininaJis supra convexa, suhtus plana, sulco Jongitudi- • ncdi ormta, e segmentis circa 20 constans, quorum anteriora quatuordecim branchifera. ï'apUlarum analium paria octo, inferiori ceeteris crassiori.

Celte espèce, exlrêniemenl commune à Naples, est jusqu'ici la seule Ophelia connue du golfe. La scinder en deux espèces comme le fait M. de Quatrefages d'après les deux noms employés par Délie Chiaje esl impossible dès qu'on lit le texte du zoologiste napolitain. En effet, ce texte dit positivement que le nom (VOphilia bicornis doit remplacer celui de Lumbricus radiatus par suite de la priorité du nom de Savigny appliqué à la même espèce. Aujourd'hui qu'il semble douteux que l'espèce de Naples puisse être identifiée avec l'espèce-type de Savigny, il faut revenir au nom premier de Délie Chiaje

' Je ne sais en vertu de quels principes de législation zoologique M. Gabriel Costa a créé ce nom de Neomeris urophijHa. En effet, rautciu' n'ignore nullement qu'il s'agit d'un animal appartenant au genre Ophelia et spécifiquement identique avec le Lumbricus radiatus de Délie Chiaje, comme son Mémoire en fait foi.

" Pour compléter cette synonymie, il faudrait peut-être ajouter l'O. coarctala Edw. (Règne animal illustré. Annélides, pl. 17, fig. 2.) Le peu qu'on dit et figure M. Edwards est, en efi'et, applicable à l'O. radiata. M. de Quatrefages {Annelés, II, p. 273), indique bien, dans une diagnose faite d'après les figures de M. Edwards, les papilles anales comme égales entre elles, tandis que les deux papilles inférieures sont beaucoup plus grosses que les autres dans l'espèce napolitaine. Toutefois la diagnose de M. de Quatrefages est sur ce point en contradiction avec la figure de M. Edwards. L'O. coarctata est des Antilles.

' Pour ma part, je ne suis point convaincu que les deux espèces soient différentes. L'espèce type de Savigny est très-mal connue. Nous en devons une diagnose fort brève à M. de Quatrefages, d'après des individus de la collection du Muséum de Paris, qui proviennent de la Rochelle. Cette diagnose s'applique de tous points à l'espèce napolitaine, sauf que le nombre des papilles anales est de quinze au lieu de seize, ce qui impliquerait l'existence d'une papille impaire. Mais est-ce là un caractère bien certain chez des Annélides conservées dans l'alcool, et bien important? Il est vrai que la taille est indiquée comme bien supéi ieure à celle de la moyenne des individus de Naples.

Le lobe céphalique est fort petit, en forme de cône très-atténué et séparé du segment buccal par un étranglement marqué. L'animal s"en sert pour fouiller le sable. Cet organe paraît n'avoir été considéré par la plupart des auteurs que comme un appendice conique de la tête, mais c'est bien le lobe céphalique dans sa totalité. Il renferme, en effet, le cerveau (flg. 1, c et 1 B, d), et, à la surface de celui-ci, deux petits yeux noirs, faciles à méconnaître ' .

Le segment buccal est conique, relativement fort long et divisé en un grand nombre d'anneaux par des crêtes de la cuticule (1 B). La bouche (1 B, a), au côté ventral, est largement béante et comprise pour ainsi dire entre quatre lèvres. La lèvre antérieure et la postérieure, doucement arrondies, sont, en effet, comme emprisonnées entre deux lèvres latérales à bord tranchant et dentelé par les crêtes de la cuticule. De chaque côté de la bouche se voient les deux premiers laisceaux de soies. Le segment buccal est donc sétigère. Immédiatement en avant de ces soies est de chaque côté une grande fosse (1 A, b, b'), dont la profondeur est sujette à variations. Celte fosse est, en effet, déterminée par la traction du point d'attache de muscles qui vont se fixer par l'autre extrémité à l'angle externe des lèvres.

La partie antérieure du segment buccal paraît d'ordinaire entièrement dépourvue d'appendices, et je ne pensais pas qu'il pût y avoir d'erreur à ce point de vue. Aussi grand fut mon étonnement le jour où je vis pour la première fois une Ophélie faire surgir de chaque côté une espèce de petit boulon cilié (1 A, a, a'), tout à fait semblable à celui des Capitelliens. Les cils engendrent des courants rapides dans l'eau. Ces courants cessent subitement dès que l'animal rétracte les organes qui en sont la cause. On reconnaît là sur une petite échelle les organes vibratiles si bien connus chez les Polyophthalmes.

La région antérieure comprend neuf segments en outre du segment buccal. Ils ne sont point délimités par des sillons, et leur existence n'est trahie que par une série de dix faisceaux géminés de soies simples, de chaque côté. Le double faisceau représente deux rames rudimentaires,

' Délie Ghiaje se félicitait d'avoir détruit l'erreur de Savigny, lequel avait attribué des yeux aux Opliélies. Il serait étonné de voir la vue rendue à ces prétendus aveugles. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que les yeux mentionnés par Savigny sont bien différents de ceux que je décris, puisqu'il les plaçait près de l'anus (pour lui, la buuclie). M, Sars signale aussi des yeux chez une Ophélie du Nord.

;286 ANNfiLIDES CHÈTOPODES

mais la surface du corps ne se relève pas même en papilles à leur naissance. A l'extrémité postérieure de cette région, les parties latérales du corps font saillie sous forme de deux gros tubercules qui délimitent les deux régions.

La forme de la région abdominale est très-remarquable. Elle ressemble de tous points à celle que j'ai lait connaître chez les Polyophthalmes. Le corps comprimé est extrêmement convexe en dessus; en dessous il est déprimé en une sorte de plante ou de sole canaliculée sur la ligne médiane, et les bords de celle sole forment deux carènes latérales trèsaccentuées. Cette forme remarquable est due aux mêmes causes que chez les Polyophthalmes. La cavité périviscérale des Ophélies est en effet partagée, pour ainsi dire, en trois parties par deux planchers musculaires obliques dont les ais sont disjoints. Les bandes musculaires qui constituent les ais de chaque plancher s'attachent d'une part à la paroi latérale de la cavité du corps, en dessus de la carène latérale, d'autre part à la paroi ventrale, auprès de la chaîne ganglionnaire. Les planchers délimitent, par conséquent, sur les côtés du ver deux chambres longitudinales prismatiques à trois faces, la face interne étant formée par le plancher musculaire, les deux autres par les parois de la carène. A chaque segment correspondent cinq bandes musculaires pour chaque plancher'. Une jeune Ophélie assez transparente pour laisser voir ces muscles, présente sa face ventrale comme divisée en une série de bandes parallèles. Il sufïit de comparer la fig. 1 F avec celle que j'ai publiée d'un Polyophthalme dans mes Glanures (pl. I, fig. 19), pour se convaincre que l'identité est complète. Cette similitude a même donné lieu dans les deux cas aux mêmes erreurs. Dujardin, chez le Polyophthalmns pictus, avait pris chaque bande musculaire pour un segment du ver; chez les Ophélies, Délie Chiaje fait naître les branchies de cinq en cinq segments : il a, par conséquent, considéré aussi chaque bande comme un

' Ces muscles ont d'ailleurs élé forl bien vus et figurés par Rallike chez les Amniolrypanes, qui appartiennent à la famille des Ophéliens. Voyez Beitray zur Fauna Norwef/cns dans Nova Acla Acad. Uop. Curiusurum naturœ, tome XX, pl. 1, 1843, p. 202.

segnu'iU à part. — La contraction des planchers musculaires a pour effet d'augmenter la profondeur du sillon ventral.

Les segments abdominaux portent de chaque côté deux faisceaux de soies capillaires, naissant très-près l'un de l'autre comme au thorax. Les quatorze premiers segments sont ornés en outre d'une branchie ligulée, naissant par une base un peu étranglée immédiatement audessus de ces faisceaux. La surface de la branchie est couverte de cils vibratiles extrêmement fins (1 G), visibles seulement avec des objectifs puissants. La structure de l'organe est d'ailleurs celle d'une branchie normale. Il renferme, en effet, une anse vasculaire (a, a') dont les deux branches sont réunies par une double rangée de rameaux transversaux (6, b'), larges de 6™'<". Le sang des Ophéhes, comme celui de quelques Térébelles, est fort riche en globules sanguins circulaires (d), dont le diamètre dépasse quelque peu celui des petits vaisseaux branchiaux. Aussi lorsqu'on examine la circulation dans une branchie intacte sous le microspe, on voit les globules passer à Ilot continu de l'artère branchiale dans la veine branchiale (soit artère épibranchiale), mais pas un seul ne s'engage dans les anses latérales à circulation purement plasmatique '.

Le liquide de la cavité périviscérale offre des caractères fort remarquables. 11 tient en suspension des corpuscules de deux espèces. Les uns sont des disques circulaires (pl. XXIX, fig. 1 a, 6, c), mesurant en diamètre lia 28"'''% dont tout le pourtour donne naissance à des prolongements filiformes, quelquefois bifurqués ou trifurqués. Soit le disque, soit ses prolongements sont très-granuleux. Au premier abord on croit avoir sous les yeux des milliers d'Actinophrys, mais c'est en vain qu'on croirait surprendre le moindre mouvement dans les prolongements pseudopodiques D'ailleurs la constance de ces éléments exclut

' M. Williams (Reporl on brh. Annelides, p. 175) a doue été trop loin en aflirmanl que ciiez aucune Annélide, sans exception, il n'existe de corpuscules sanguins. Sans doute, quelques auteurs, comme MM. de Ouatrefages, Milne Edwards, Wliarton Jones et d'autres, ont pris, dans certains cas, les corpuscules de la lymphe pour des corpuscules du sang. Mais il n'en est pas moins certain que chez plusieurs espèces il existe des corpuscules plasmatiques en suspension dans le sang proprement dit.

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ridée d'un parasitisme. Beaucoup de disques renfermeul une ou deux vésicules claires, peu distinctes, mais d'autres ne présentent rien de semblable, et aucun réactif n'a pu me révéler l'existence d'un nucléus dans ces singuliers organites '.

Les corpuscules de la seconde espèce ont une certaine ressemblance avec ceux de la première, mais ils sont incomparablement plus gros, leurs processus plus larges, leur contenu est souvent rendu comme aréolaire par la présence d'un grand nombre de vésicules, mais ce qui les caractérise avant tout, c'est la présence d'un corps dur dans leur intérieur (1 A, 1 B, 1 C). Ce corps, dont la couleur varie d'un brun clair à un noir intense, représente une sorte de baguette cylindrique rectiligne ou arquée, quelquefois sinueuse, dont les deux extrémités se renflent en massue comprimée ou en palette. On en trouve de toutes les longueurs, depuis 0™™,25 jusqu'à 0'"",03. Les plus grandes font toujours saillie par les deux extrémités hors du corpuscule de protoplasma dans lequel ils se sont formés. Cependant ces extrémités ne sont jamais à nu ; une mince couche de protoplasma les revêt toujours. Il est évident que ces corps s'accroissent par apposition à leurs extrémités. Les parties nouvellement formées sont toujours plus claires que les parties médianes de la baguette plus anciennes. La valeur physiologique de ces singuliers corps est très-problématique. Peut-être doit-on y voir des substances excrétionnelles. Leur apparence est celle de la chitine, mais leur insolubilité dans l'acide acétique et l'acide azotique étendus ou concentrés est complète.

Je ne veux point d'ailleurs m'attribuer la découverte de ces étranges organites qui ne peuvent guère échapper à quiconque étudie les Ophélies, car les plus gros se distinguent à l'œil nu. M. Gabr. Costa ^ a été le premier à les voir et à les décrire. Seulement, par une singulière méprise, il se figure les avoir vus dans les vaisseaux sanguins, et il les

' Tel est, du moins, le résultai de mes observations sur les individus frais. Sur d'autres conservés dans l'alcool, je crois distinguer Irès-ciaii^menl un nucléus circulaire Loc. cit., p. 84.

représente cliemirianl dans le vaisseau dorsal, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, enlin il les fait s'accumuler dans le cœur (distinct pour M. Costa du vaisseau dorsal), où ils apparaissent sous la forme d'un caillot noir. A une époque plus récente M. Kowalewsky ' en a fait aussi brièvement mention.

La bouche conduit directement dans un tube digestif cylindrique qui s'étend en ligne droite jusqu'à l'anus. Sur ce point je suis d'accord avec Délie Chiaje, comme aussi avec les résultats publiés par M. OErsted au sujet des Ophélies du Nord (0. borealis Qtrfg., et 0. mamillaia Œrsted) tandis que la ressemblance avec les Ammotrypane de M. Rathke est moindre Toutefois il est un point sur lequel je dois contredire M. Œrsted de la manière la plus formelle. Il décrit et figure sur le dos de la partie antérieure du tube digestif un cœcum, s'ouvrant au fond de la cavité buccale, et considéré par lui comme une glande salivaire '.L'organe existe bien réellement. Il a été vu déjà par Délie Chiaje et par M. Gabr. Costa, mais tous ces anatomistes se sont mépris sur sa signilication. Délie Chiaje y voit une double vésicule respiratoire animée de mouvements rhylhmiques et pleine d'un liquide aqueux * ; M. Gabr. Costa en fait un cœur charnu, comparable à celui des vertébrés et rempli de sang noir.

M. Gabr. Costa est certainement celui qui a étudié cet organe problé-

' Enlwkkelunijsijeschkhle der Ripperxjiialle.n, p. V|. — Mênioiirs île l'Acad. uiip. des Sciences de Sainl- Pétersbouiy. Vll^ série, lomeX, p. 404, 1866.

Ces deux notices bibliogi apliiques ont passé coniplétemenl inaperçues, au moins la première qui renfermait déjà pourtant les caractères essentiels de ces singulières productions. J'ai su, en outre, de M. Meczniliow que ces organiles ne lui étaient point inconnus.

"Ml y a d'ailleurs une grande variation du tube digestif chez les Aminotrypanes. D'api'ès Rathke, ce tube, chez fA. oeutnudes, est très-tortueux et muni de deux cœcum stomacaux semblables à ceux des Arénicoles; chez 1'^. anlofiuslpr, il est droit et muni de cœcum; chez VA. limaciim, enfin, il est droit et dépourvu de cœcum.

' M. de Quatrefages, qui pai'aît avoir examiné les figures d'Gîrsted sans avoir jiris connaissance du texte, prétend que le savant danois aurait décrit une I rompe dé|)assant la bouche en avant et communiquant avec cette ouverture par un canal étroit évidemment dilatable au gré de l'animal. Libéralités pures à l'endroit de M. Œrsted, car le texte ne dit pas un mot de tout cela. Il ne parle que de Sityltekjertel (glande salivaire) et l'explication des planches de Blindtarm {boyau aveugle). M. Sars en revanche signale bien une trompe.

* Descrhione e Notomi'i, etc. ; vol. III, p. 89.

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matique avec le plus de soin et qui l'a le mieux vu, malgré les singulières divagations physiologiques qui accompagnent sa description analomique- Et d'abord il a raison, de même que Délie Chiaje, contre M. OErsted en séparant entièrement cet organe du tube digestif, avec lequel il n'a que des connexions de voisinage. Sa nature est essentiellement musculaire. Il est formé (pl. XXVI, 1 B, 6) de deux sacs ou cœcum coniques, emboîtés l'un dans l'autre et réunis par une série de dissépiments. L'extrémité atténuée du double cœcum est libre au-dessus de l'œsophage. L'autre extrémité s'élargit et va se fixer sur le pourtour de la paroi du corps. La partie antérieure du tube digestif se glisse sous cette base du double cône en en soulevant la paroi pour atteindre la bouche. L'organe forme donc en réalité une double cloison musculaire ' qui sépare complètement la partie céphalique de la cavité périviscérale d'une part, de la partie principale de celte cavité d'autre part, seulement celte double cloison envoie un prolongement conique tubuleux en arrière. Le corps des OphéHes présente presque continuellement des ondes successives de contraction; courant pour l'ordinaire d'arrière en avant, quelquefois aussi en sens inverse. Ces ondes ont pour effet d'entretenir une circulation constante dans la lymphe périviscérale. Or, chez les jeunes individus, la transparence permet de suivre sous le microscope les mouvements des corpuscules de la lymphe, surtout de ceux qui renferment des baguettes noires. On voit alors que leur mouvement est complètement arrêté en avant par la double cloison musculaire. Souvent la lymphe est embarrassée par une multitude de corpuscules à baguettes en arrière de la cloison, sans qu'un seul se voie en avant d'elle. Par exception, cependant, on voit parfois quelques corpuscules passer subitement à travers la première cloison dans sa région périphérique et s'accumuler entre elle et la seconde; quelquefois aussi ils traversent celle-ci pour pénétrer dans la région céphalique de la cavité périviscérale. Il faut en conclure nécessairement que la double paroi est per-

' M. Costa a déjà reconnu la duplicité de cette paroi, comme aussi sa natuie musculaire (Loc. cil., p. 83). La paroi externe est, à ses yeux, le péricarde.

cée d'une ou plusieurs ouvertures conlracliles, fermées pour l'ordinaire, mais susceptibles de se dilater dans certaines circonstances pour permettre le renouvellement du liquide lymphatique de la région antérieure.

Voici maintenant quelle est la fonction de ce singulier appareil. 11 est, comme nous l'avons dit, de nature musculaire, et l'épaisseur des couches de libres est surtout considérable dans le prolongement aveugle conique. Ce prolongement est animé de contractions déjà vues par Délie Chiaje qui les taxe de systole et de diastole, et par M. Gabr. Costa qui les appelle rhythmiques. Elles sont en définitive assez irrégulières. Dans tous les cas la systole a pour eftet de diminuer la cavité du cône, et le liquide ne pouvant s'échapper qu'en avant dans la chambre céphalique, dilate celte chambre et donne une grande rigidité à ses parois, en particulier à celles du lobe céphalique. Or ce lobe est évidemment doué d'un sens tactile délicat. Le ver s'en sert continuellement pour Ibuiller à droite et à gauche et se frayei' un chemin à travers le sable. Tout cela n'est possible que grâce à une certaine rigidité de la pointe du lobe céphalique et l'expérience enseigne que cette rigidité est bien autrement considérable qu'on ne pourrait le supposer chez un organe dépourvu de squelette dur. Cette rigidité provient de la grande tension intra-céphalique, tension déterminée par la contraction de cet organe singulier (ju'on a interprété tour à tour comme un organe respiratoire, un cœur, une glande salivaire et une trompe. C'est en réalité un appareil injecleur du lobe céphalique, appareil rigidi fiant si l'on veut

Le système circulatoire des Ophélies est à proprement parler resté inconnu jusqu'ici. Délie Chiaje l'a brièvement décrit, mais les caractères les plus remarquables lui ont échappé. Quant à M. Gabr. Costa, il en traite fort longuement, mais tout ce qu'on peut conclure de sa descrip-

' Cfl appareil paraît faire dôfaut aux Ammotrypanes, à en juger par les dessins de Rathke. Toutefois ce savant nous représente la cavité périviscérale de l Ammolrypane anlot/usler comme pourvue de deux cloisons très-rapprochées l'une de l'autre. Ces cloisons sont certainement l'homologue de l'appareil injecleur des Opiiélies.

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lion obscure, c'est qu'il n'a absolumenl rien vu du système circulatoire véritable*.

Les deux principaux troncs vasculaires, le vaisseau dorsal (pl. XXVI, lîg. 1, g) et le ventral (h) sont tous deux accolés à l'intestin, le premier dans la région abdominale tout au moins. Au neuvième segment deux grosses anses (i), contractiles comme le vaisseau dorsal, se détachent de celui-ci et se dirigent obliquement en arrière sous un angle trèsaigu, en embrassant le tube digestif, pour aller se jeter dans le vaisseau ventral. La grande masse du sang poussée en avant par la systole du vaisseau dorsal s'engage dans ces deux anses et revient en arrière dans le vaisseau ventral. Une faible partie seulement du liquide sanguin s'engage plus en avant dans la partie antérieure du vaisseau dorsal qui devient subitement d'une grande ténuité de même que la partie correspondante du vaisseau ventral. Le vaisseau dorsal (1 B, g) continue sa marche en avant, traverse l'organe injecteur, passe dans la chambre céphalique et atteint le cerveau ; de là le sang revient en arrière par deux troncs latéraux qui convergent l'un vers l'autre pour se réunir en arrière de la bouche et former le vaisseau ventral. Sur tout ce parcours le vaisseau dorsal et le vaisseau ventral sont mis en communication par une série d'anses. Le caractère le plus remarquable de cet appareil, c'est que tous ces vaisseaux, surtout le dorsal et les anses, sont munis de centaines d'appendices aveugles, contractiles, dont le jeu alternatif de systole et de diastole est fort curieux à observer. Ces appendices sont surtout nombreux dans l'intérieur de la chambre périviscérale céphalique. En arrière de l'organe injecteur ils sont relativement rares. Au dernier segment Ihoracique est une paire de cœcum sanguins se distinguant de tous les autres par leur grand diamètre.

Dans chaque segment de la région abdominale les vaisseaux ventral

• Nous avons déjà vn ce qu'il avait pris pour le cœur. Dans le vaisseau dorsal, il fait circider tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre des grumeaux noirs formés par des agglomérations de corpuscules à baguettes. Évidemment il a en vue les ondulations irréguliéres de la lymphe dans la cavité périviscérale. Quant aux véritables vaisseaux à sang rouge, pas un mot.

et dorsal sont réunis par une paire d'anses qui fournissent en même temps les vaisseaux branchiaux. Au moment d'entrer dans la branchie, chacun de ces vaisseaux porte un riche pinceau de cœcum contractiles (fig. 1, A', k\ k"), nageant librement dans la cavité périviscérale, cœcum dont le jeu doit contribuer à activer la circulation branchiale. C'est la seule partie de tout ce singulier appareil contractile que Délie Chiaje paraisse avoir vue. Il signale en effet l'anse respiratoire avec un fiocchetlo vasculare. — Les corpuscules du sang ont été déjà mentionnés plus haut.

Le système nerveux paraît avoir été aperçu par Délie Chiaje, qui signale son extrême ténuité ; par OErsted, qui l'a trouvé sur le côté considéré comme dorsal par Savigny ; peut-être aussi par M. G. Costa qui, à l'inverse de Délie Chiaje et de la vérité, le taxe de svilupatissimo. Personne cependant n'a relevé ses caractères les plus remarquables. Le cerveau (pl. XXVI, fig. 1 E, a) est minime, légèrement bilobé ; il porte les deux petits yeux sur sa surface supérieure et fournit en avant deux nerfs au lobe céphalique. Les deux connectifs œsophagiens sont très-grêles et longs : ils vont se réunir en arrière de la bouche au premier ganglion de la chaîne ventrale. Ce ganglion est simple, de même que le suivant ; chacun d'eux donne naissance à trois paires de nerfs. Mais à partir de là, chaque ganglion (6) s'allonge beaucoup et se divise par deux étranglements en trois parties, de sorte que chaque segment semble renfermer trois ganglions, donnant chacun naissance à une paire de nerfs.

Les Ophélies mâles se distinguent facilement des femelles à leur couleur blanchâtre, comme Délie Chiaje et M. Costa l'ont déjà su. Les ovules (pl. XXVI, fig. 1 H), de couleur verdàtre, sont longs de 77 microm., en forme d'ellipsoïde allongé et aplati. Les vésicules germinatives sont trèsgrandes et dans le vitellus granuleux on aperçoit toujours quelques taches claires, multilobées, de forme très-caractéristique.

Les organes segmentai res (1 D) existent dans toute la région abdominale et rappellent ceux des Oligochètes L'ouverture externe se

' Halhke a déjà connu les organes segmentaires des Amniolrypanes, et les a considérés comme des glandes mucipares.

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montre tout auprès des soies de chaque segment sous la forme d'un pore triangulaire (b). Elle conduit dans un tube cilié, sinueux, dont la paroi est colorée en brunâtre. Le tube (d) est dilaté dans la partie la plus voisine du pore externe. L'ouverture interne de l'appareil a la forme d'un entonnoir cilié (e), fixé à la paroi du corps au niveau des soies du segment précédent. Tout à côté se voit le pinceau de vaisseaux contractiles (f) situé à la base de la branchie.

Genre POLYOPHTHALMUS Qtrfg.

Après avoir étudié de nouveau avec soin une espèce de Polyophlbalme différente du P. piclus de Port-Vendres, je ne puis que coulirmer les résultats anatomiques publiés dans mes Glanures et maintenir énergiquement les points nombreux et importants sur lesquels je suis en désacord avec M. de Quatrefages.

POLYOPHTHALMUS PALLIDUS.

Pl. XXXI, lig. 7.

Corpus longitudine 16""", miteriora versus dilute hrwnnemn, postice pallidius, segmentis setigeris 27. Ocitli cerehro iiisidevtes très. Mamlarnm ocnliforininm latcralimii parm decem a segmenta setigero sexto incipientia. Pedes obsoleti ad instar mamillœ rider setarum fasciculos siti.

Ce Polyophthalme se distingue immédiatement de l'espèce de Port-Vendres, par l'absence des taches qui ont fait donner à cette dernière par Dujardin le nom spécifique de pictus. D'ailleurs la structure anatomique est à peu près identique dans les deux espèces, et je m'en tiendrai ici aux quelques différences que j'ai constatées.

D'abord, cliez le P. piclus, les faisceaux de soies naissent en deux groupes très-rapprochés, de chaque côté de chaque segment, sans aucune trace de rames pédieuses. Chez le P. pallidus il existe, au contraire, entre les deux faisceaux un tubercule arrondi (fig. 7), surmonté d'une petite papille qu'on doit peut-être considérer comme un rudiment de pied, avec son cirre dorsal. Une seconde petite papille à peine appréciable représenterait le cirre ventral.

Les papilles anales sont, en général, un peu renflées immédiatement au-dessus de leur base, quelques-unes sont bifarquées à l'extrémité. Mais, en somme, elles sont trèsinconstantes quant à la forme et au nombre, et ne sauraient être utilisées comme carcatère spécifique. .l'en ai compté jusqu'à dix-sept, mais souvent bien moins^ et même une fois j'ai constaté leur absence totale. Quatre ou cinq petits mamelons à peine appréciables en étaient les seuls représentants.

Les bandes musculaires des deux planchers obliques n'offrent point l'extrême régularité que j'ai signalée chf^z le P.pictus. On on compte, en général, cinq par segments, toutes de largeur égale ou à peu près. Sur ces cinq bandes, une ou deux se subdivisent parfois de manière à porter le nombre total en apparence à six ou à sept. Dans les cinq premiers segments sétigères, leur nombre est seulement de trois.

Les paires de taches oculaires latérales commencent seulement au sixième segment. 11 y en a dix paires, qui paraissent toujours dépourvues de cristalhn'.

Dans la région antérieure, les segments sont quadriannelés sur le dos; leur couleur est en même temps brunâtre par suite de Texislence de deux ou trois bandes transverses de pigment. La cuticule est fort épaisse, criblée de petits pores, mais dépourvue de cils vibratiles.

Famille des TÉLÉTHUSIENS Savigny (Mlgr. rev.)

(DORSALÉES Lam. pr. parte. AREN ICO LIENS Qtrfg.)

M. Malmgren a restreint, peut-être avec raison, la famille des Téléthusiens en en éloignant les Eumenia Œrst. et les Scalihregma Rthk,, dont il l'orme la famille des Scalibregmidœ. Le premier de ces genres mériterait surtout une étude analomique approfondie. M. Malmgren

' Il me semble me souvenir d'avoir eu entre les mains, dans les premiers temps de mon séjour à Naples, un Polyoplithalmc ù cristallins latéraux. Peut-être appartenait-il aune autre espèce.

- M. de Quatrefages a hauni le genre Emienia Œrsted de son Histoire, rics Annelés,, ou du moins en a-t-il échange le nom contre celui de Poii/physia Qtrfg. Cette substitution, comme le fait remarquer M Malmgren (Anuukila polficliceta, 77), repose sur une méprise. M. de Quatrefages croit, en etïet. (juu Risso aurait déjà employé le nom (YEumenin pour des Phyllodociens. Or, Risso s'est, en réalité, servi du nom bien différent dCEunomia, terme qu'il faut substituer à celui à'Eumenia à la page 161 du tome second de y Histoire des Annelés.

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trouve dans chaque pied des Euménies un cerlain nombre de soies courtes et profondément bit'urquées qui avaient échappé à M. Œrsted aussi bien qu'à M. Sars. Ce caractère serait entièrement nouveau dans ce groupe.

Genre ARENICOLA Lamarck.

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