‹ Les annelides chétopodes du Golfe de NaplesChapitre 35 sur 69 · POLYDORA ANTENNATA · texte numérisé non relu

POLYDORA ANTENNATA

Pl. XXI, fig. 3.

Corpus longitiidine ?, loiittidine 0""^,9, depressimi, lobo cephalico antemiis genuinis qimttior prœdifo. Setarum ventralium mutatio in segmenta octavo, branchdis a septimo incipientibm. Setee validiores quinti segmenti ventrales.

J'ai trouvé cette espèce dans les galeries d'un morceau de bois habité par des tarets.

Cette Polydoren'a pas seulement de fausses antennes, comme les précédentes, c'està-dire de simples expansions plus ou moins cirriformes du lobe céphalique, mais de véritables antennes, séparées du lobe céphalique par une articulation, et formées d'un tissu distinct (fig. 3). La carène aplatie qui existe ici. comme chez les autres espèces, sur la ligne médiane du lobe céphalique et des premiers segments, se termine en avant par une espèce d'épatement pentagonal. Le côté antérieur du pentagone porte les deux antennes frontales, cylindriques et indistinctement annelées. Les côtés adjacents portent les antennes latérales, coniques, beaucoup plus larges que les précédentes et presque aussi longues qu'elles.

Les branchies commencent au T"" segment et sont remplacées dans les précédents (5™® excepté) par de petits cirres dorsaux cylindriques. Par ces caractères, comme aussi par les soies et la conformation des rames pédieuses, l'identité avec les espèces voisines est complète. L'armure du 5'"" segment est, en revanche, caractéristique. Les soies (3 A) qui la composent sont toutes à peu près de même diamètre; elles se renflent à l'extrémité en un bulbe coupé obliquement par une troncature concave et oblique qui se termine par une pointe acérée. Ces soies sont disposées en peigne, de manière à ce qu'une partie d'entre elles fassent saillie, tandis que les autres sont en retrait, et les premières alternent régulièrement avec les secondes. Celles qui font saillie se distinguent, d'ailleurs, par leur pointe très-obtuse (3 A, a), ce que je pense devoir rapporter à l'usure, aux ruptures, plus qu'à la conformation originelle. Le nombre de ces soies est, d'ailleurs, beaucoup plus considérable que dans les espèces précédentes, car il s'élève jusqu'à trente-quatre. Ce faisceau de soies modifiées est ventral. Les soies du faisceau dorsal ne difl'èrent pas de celles des segments voisins. L'inverse a lieu chez la P. Agassizii, où le faisceau dorsal est modifié, tandis que le faisceau ventral est normal.

Le changement des soies de la rame ventrale a lieu au 8'"'= segment, c'est-à-dire

nu GOLFE DK NAPLHS. 321

plus en arrière d'un segment que chez les autres espèces. Il existe, par conséquent, un segment, le sixième, portant à la fois des soies subulées aux deux rames et des branchies, ce qui ne se voit ni chez la P. Agassizii, ni chez la P. hoplura.

Le sixième el le septième sei»menl ont les orjuitles poehes l'olliculeuses caractéristiques du ijienre Polydorr, mais cliacun d'eux en possède deux paires, ce (jui n'est connu d'aucune autre espèce. Les segments 8-12 en ont aussi chacun une paire, mais Tort petite ou même rudimentaire.Dès le treizième segment on n'en trouve plus trace.

Je représente une coupe de la hranchie (5 C), figure qui est valable d'ailleurs pour la l'amille tout entière. On voit que la cavité (d) de l'organe est limitée par une paroi très-épaisse d'un côté, très-mince de l'antre. Elle renferme une anse vasculaire dont l'une des liranches (b) offre une surface de section bien moindre (jue l'autre (a). Enlin, les deux langées de cils vibratiles (c), destinées au renouvellement de l'eau, sont implantées sur le côté à paroi mince, au travers duquel ont lieu les phénomènes de diosmose respiratoire.

Genre SPIO Otto Fabr. (Œrsted rev.)

(COLOBRANCIIUS Sclimaida ; MALACOCEROS Qtrtg. ; UNCINIA Qliig.)

Les Spio ont eu une destinée bizarre. Ils ont été vus de tous el méconnus de tous. Cependant les Spio typiques de Eabricius sont déterminables, au moins généri(|uemenl, et M. Œrsted en a renouvelé la description d'une manière très-suffisante '. Nous lui devons une diagnose générique parfaitement claire. Cela n'a pas empêché même les auteurs les plus récents d'embrouiller singulièrement la synonymie. Ainsi M. Schmarda ' a fait pour de véritables Spio le genre Colobran-

' En revanche, le prétonilu Spio seticonns (ii;nré par Ulaiiiville dans le Dicliouvaire des Sciences valurelles est nne Polyilore.

' C'est ce que M. iVlecznikow a iléjà relevé.

322 ANNÉMDES GHÉTOPODES

che', et M. de Qualrefages fait figurer successivement ce malheureux genre dans la famille des Nériniens sous les noms de Malacoceros', d'Uncinia el de Colobranche, sans compter qu'il le laisse subsister sous son véritable nom de Spio dans la famille des Leucodoriens''. A proprement parle)', le genre Nerine Johnst. devrait encore être réuni aux Spio, comme je le montrerai plus loin ; mais ce mauvais genre étant généralement reconnu, nous le conserverons provisoirement'.

Spio fulkiinosus.

Pl. WIU, fig. I.

Corpus loufjit'udwe lidltudiiic (mteriora versus fidiginosmn, sefjmentis cirai 90. Bronddce a segmmtoprmio setigero incipicntes. lobo culitato basilari lanceolafo. Lobiis œphcdicm in processus duos <mtemnforrms produefm. PapiMm anales quatuor nsque ad octo.

Ce Spio est très-commun dans la vase du port, où il vit en société de la Capitella capitata et de la Polydora Agassizii. Il prospère facilement pendant des mois en captivité, où j'en ai vu une foule pondre des œufs ou les féconder.

Chez ce Spio la carène du lobe céphali(fue ne se prolonge pas en arrière du segment buccal et porte quatre yeux disposés en carré. En avant, elle se continue en une espèce de petite trompe charnue, dont les parties latérales donnent lieu à deux expansions antenniformes très-développées.

' Je Siiis bien (|ue M. Sdiinarda (Neuc wirlx'llnse Tliicir, II, p. 6^>) fiUribue aux S|)io deux leulaciiles l'I aux Colobranches quatre. Mais il emploie ici le tei iiie tentacule dans deux acce|)tions très-différentes. I>a |)rélen(lue seconde paire de tentacules des Colobranclies se résout en une proéminence des angles latéraux du lobe céphalique.

- M de Qualrefages a établi son geine Mulameios dès l'année \Wù'> (MdtjusM de Zouloyie de Guerin; année 1843, p. 8). M. Lcuckarl montra plus tard (Archiv fur Natury., 185"!, XXI, p. 77) que ce genre n'a qu'une valeur de synonyme. M. de Qualrefages le maintient dans son Histoire des Annelés sans mentionner les objections parl'aitemenl fondées de M. Leuckarl.

Une même espèce paraît figurer à plusieui's reprises sous ces noms génériques dillérenis.

' Lorsque .lohnslon ( C(italu;iue, p. 20*2) caractérise les Spio par des soies simples seulement à la rame inférieure, et des soies simples accompagnées de soies à crochets à la rame supérieure, il est évidemment victime d'une méprise qui lui fait renverser les rapports vrais. Quant aux elliptical bodies, qu'il figure avec les soies, ce sont les follicules bacillipares. M. Williams {Report, p. 208) commet la même erreur relativement à la position des soies à crochets chez les Polydores.

1)1 fiOLFE DE !VAl»LES. 323

Les tentacules sont de longueur très-variable. Recourbés en arrière ils atteignent, chez certains individus, le 10"'" ou le 1 1 ""' segment. Chez d'autres, adultes aussi, ils ne dépassent pas le quatrième. Ces tentacules ont, d'ailleurs, la même apparence que chez les autres membres de la (amillH. Ils n^nl'erment uno cavité parcourue par un vaisseau aveugle, contractile, ;ï trajet régulièrement spiral (i P, a). La paroi du vaisseau est incolore, semée de gros nucléus de distance en distance. La cavité elle-même est remplie d'une sorte de tissu mobile (c), formé par une multitude de gouttelettes homogènes, d'apparence sarcodique. Cette cavité est limitée par une paroi, mince du coté externe, extrêmement épaisse du côté interne qui correspond à la gouttière ciliée. Ce côté interne est hérissé d'un grand nombril de petites soies roides (/"). Le côté opposé n'en porte que très-peu.

Dès le second segment commencent les branchies (1 E, b) qui sont conformées comme celles des Polydores, si ce n'est qu'elles portent à leur base, du côté externe, un lobe membraneux de forme largement lancéolée {a). Un second lobe foliacé (c) recouvre la rame inférieure. Dans la région antérieure du corps les deux rames ne portent que des soies simples, subulées (1 B). Mais, à partir du 32""^ segment, on voit apparaître, dans chaque faisceau ventral, un fort crochet (1 C), dont le l'ostre porte sur son vertex une petite dent. L'extrémité très-comprimé(! du crochet est enfermée entre deux valves. Plus en arrière le nombre de ces crochets s'élève à deux par rame, et il s'y associe encore une forte soie simple, cnitriforme, à pointe acérée (i D).

Les organes segmentaires (1 A) se présenlenl sous la rorme d'une anse lubuiaire («), placée transversalement à droite et à gauche de chaque segment. La branche antérieure de l'anse a son extrémité engagée dans le dissépimenl où se trouve l'ouvertme interne de l'organe; la branche postérieure vient s'ouvrir au dehors (6) entre deux pieds consécutifs. On aperçoit à ce point un mouchel de cils vibraliles. La paroi de l'organe est très-épaisse et pigmentée de brun vers la courbure de l'anse. On voit d'ailleurs facilement vibrer les cils dans l'intérieur.

Les tissus du Spio fuliginosus sont très-riches en follicules bacillipares, dans certaines régions au moins. On en trouve déjà dans les branchies proprement dites, sous la forme de boyaux virgulaires (1 I, b) donl la pointe s'attache à la cuticule. Là se trouve un pore servant à l'émission des bâtonnets. Mais ce sont surtout les lobes foliacés des rames pé-

324 ANNÈLIDES CHÊTOPODES

dieuses, et les antennes (1 K), qui sont littéralement bourrés de ces follicules. On les trouve aussi, mais de l'orme beaucoup plus cylin(b'ique(l L) et rectiligne, dans les papilles anales'.

La couleur enfumée de ce ver est due à un pigment granuleux disposé assez irrégidièremenl, mais laissant toujours subsister certains espaces blancs de forme constante. C'est ainsi qu'on trouve sur le dos de cliaque segment, jusqu'au onzième inclusivemeni, une figure blanche en forme d'anse (voyez tig. l).

Les œufs mûrs sont ovoïdes, longs de O^m^l^, et lloltent dans la cavité périviscérale. Ils sont enveloppés d'un chorion mameloné, épais de 4"''%4. Pendant leur croissance ils sont emprisonnés dans un stroma aux côtés de la chaîne nerveuse ventrale. Les zoosperines ont une tête corniculée, longue de 4 micr.

Malgré sa grande ressemblance avec les Polydores, cette espèce est privée des poches folliculeuses que nous avons décrites chez ces Annélides.

Spfo Mecznikowiamis.

Pl. XXlll. li^. -2.

Corpus Jongitidine H""", latitudinc 0""",5, se(jmcntis circa Sfi, depresmm, lobo cephalko antemtis destitnto. Tentacnla vittis mmnlarilms flnoo-fums ivsignia. Brmichke loho foliaceo destitutœ, primi paris obsoletœ.

Je dédie cette espèce à M. Elias Mecznikow, qui l'ut le premier à la rencontrer et à découvrir chez elle de très-curieux spermalophores, que nous espérons décrire plus tard dans un travail commun sur l'embryogénie des Ânnélides.

Le lobe céphalique se prolonge en avant en forme de trompe cylindrique, très-légèrement échancrée à l'extrémité, mais dépourvue de processus antenniformes. Ce lobe ne se continue pas en arrière sous formf^ de carène sur les premiers segments. L'occiput porte régulièrement quatre yeux, les deux antérieurs plus grands et plus espacés que les deux postérieurs.

' On trouve d'ailleurs ces follicules bacillipares semés dans loule la peau, mais à des intervalles plus grands.

Sur le dos de chaque segment un pigment brunâtre est disposé en forme de o.

Les branchies commencent au second segment sétigère. Au précédent elles n'existent du moins qu'à l'état rudimentaire, sous la forme d'une paire de mamelons. Ces branchies sont entièrement semblables à celles des Polydores, et sont, par conséquent, dépourvues du lobe membraneux caractéristique des autres Spio. Elles subsistent jusqu'à l'avant-dernier segment.

Les rames pédieuses (2 A) ne portent que des soies simples, bordées (2 C, c'), jusqu'au septième segment sétigère. Mais, à partir du 8'"% je vois s'associer à chaque faisceau ventral le crochet encapuchonné (2 D), qui existe chez toutes les espèces.

Le segment anal se termine par une paire de papilles.

Les tissus de celle espèce, surtout les branchies (2 A) et les rames pédieuses (2 B), sont bourrés de follicules bacillipares bien plus grands que ceux du S. fuliginosus.

L'intestin hépatique, de couleur verte, commence au 8me segment. Cetle espèce présente à la rame ventrale des poches folliculeuses, trèssemblables à celles des Polydores.

Les éléments sexuels remplissent la cavité périviscérale dès le IS""^ segment.

Genre NERINE Johnst. (Sars rev.)

M. Sars fait remarquer, avec raison, que si Johnston avait eu connaissance des Spio de Fabiicius, il n'aurait jamais créé le genre Nérine; en effet, quelques etTorls que Ton fasse pour modifier et compléter la caractéristique première de Johnston, on n'arrive jamais qu'à faire une caractéristique de Spio. M. Sars, après avoir étudié le sujet avec beaucoup de soin, parvient cependant à conserver les deux genres, tout en laissant sentir combien la distinction lui semble artilicielle. En elïel, le seul caractère dilîérentiel est le suivant: chez les Nérines, chaque pied est muni d'une lamelle, soit lèvre foliacée, tandis que chez les Spio cette lèvre n'est plus représentée que par un petit lobe ou un mamelon. Mais où tracei' la limite enire le petit lobe et la lèvre? M. Sars a raison : la

326 ANNÉLfDES CHÉTOPODES

distinction est artificielle, et je crois bien qu'un jour il faudra réunir les Nérines aux Spio. Dans la pratique j'ai interprété la distinction telle que l'exprime M. Sars de la manière suivante : J'ai laissé dans le genre Spio les espèces où la lèvre membraneuse de la rame supérieure ne constitue qu'un lobe soudé à la base de la branchie ou même disparaît complètement (S. Mecznikowianus). En revanche, j'ai placé parmi les Nérines celles chez lesquelles celte lèvre membraneuse borde la branchie à peu près jusqu'à son extrémité, du moins dans les segments antérieurs.

Il y aurait peut-être eu un moyen de subdiviser d'une manière plus simple ce groupe homogène. Certaines espèces, en effet, ont le segment anal terminé par un cercle de papilles, d'autres par une petite ventouse rappelant celle des Polydores, ou même par un simple mamelon. Établir des coupes génériques nouvelles sur celle base m'eiil obligé à bouleverser toute l'économie du groupe. En etfel, soit les Spio typiques de Fabricius, soit les Nérines typiques de Johnslon ont des papilles lerminales, et M. Sars classe parmi les Nérines des espèces à papilles et des espèces sans papilles. J'ai donc préféré conserver les coupes établies, quelque imparfaites qu'elles soient.

Page 1