‹ Les annelides chétopodes du Golfe de NaplesChapitre 52 sur 69 · TRIBU DES SABELLIDES · texte numérisé non relu

TRIBU DES SABELLIDES

Genre FABRIGIA Blainv. '

Tabricia Sabella.

Ampilicora Sabella Elii b., Milllieil. der Ges. nutiirC. Kreiiiule, 1836.

Othonia Fabiicii Jolinst., Loiid. Mag. ol' Nul. IlisL, vol. VIII, |). 181, fig. 19.

Fabricia qnadripiiiiclatn iM-ey mid Leiick,, Lteili'iige zur K. wiil). Thiere, \i. 157 (lS/i.7).

Amphicora Sabella Ose. Sclimidt, Neuo Beilriige zur Naturg. dcr Wùi'mer, 1848, p. 21.

Fabricia af/iiiis Leuck., Arcliiv fur Nalurg., 1840, t. XXIX, p. 193.

Fabricia Sabella Grube, Familien der Anneliden (1851), p. 95.

Othonia Fnbricii Gosse, Ann. and Mag. of Nat. Ilist., série, t. V, p. 33.

Fabricia Sabella Clprd., Recherches aiiat. sur les Annel. Turb. etc., des Hébrides, 1801, p. 50.

Fabricia qiiadripunctala Mecznk., Zeitsch. fiir wiss. Zool., XV, Cand 1 (1805), p. 328.

Fabricia Amphicora Qlrfg., Histoire naturelle des Annelés, 1860, II, p. AU.

Fabricia rjundripunctala Marcusen, Arcliiv fui- Naturgeschiclite, 1867, p. 358.

lières fécales doivent et peuvent voyager de l'extrémité postérieure du tube jusqu'à l'extrémité antérieure. Voyez Descriplioii of a new marine Animal, in a Ivlter f'rom M. Everard Home, mrijeon, lo J. Hunier Knij. wUh a postscript by M. Hunter. — ['kilos. Transact., Mardi 1785, vol. LXXV, p. 333.

• M. Malmgren donue la préférence au nom dAmphicora, qui ne date que de 1836, sur celui de Fabri-

412 ANNÉLIDES CHÉTOPODES

Celte espèce n'esl point rare aux environs de Naples, où on la distingue immédiatement de ses voisines, grâce à ses deux cœurs branchiaux de couleur rouge. M. Mecznikow, auquel nous devons un mémoire circonstancié sur la T. Sahella du Nord, s'est aussi convaincu qu'on ne saurait en distinguer spécifiquement celle de Naples.

M. Marcusen l'a trouvée à Odessa, et, ignorant son existence dans la Méditerranée, il y voit un argument en faveur de sa thèse, que la faune de la mer Noire ressemble plus à celle de la mer du Nord qu'à celle de la Méditerranée. Il est clair que la force de cet argument-là (je ne parle pas des autres), se trouve invalidée.

En face de la longue synonymie de cette espèce si bien caractérisée, je tiens à relever de nouveau la priorité du nom spécifique de Sabella, proposé par M. Ehrenberg. M. de Quatrefages a cru mettre un terme à toutes ces difficultés en créant récemment un nom nouveau, destiné à remplacer les anciens. Ce principe révoluliomjaire de législation zoologique trouvera difficilement des défenseurs '.

cia établi par Blaiiiville dès hS'iS, et cela parce que le uoiu de Fabricia a déjà été employé, soit eu botanique, soit eu (Miloiiiologic. Je ne pense pas que cette raison soit suffisante pour annuler la priorité du nom de lilainville. (Voii' plus haut la note à propos du genre Si pho nos tu ma Otto, pai,e 3()7.) D'ailleurs le nom de Fabricia, dûl-il être abandonné, celui d'0</tOH/a Johnst. primerait le nom d'Ampliicora. Il est vrai que M. Malmgren ne peut supporter le nom d'Othonia, parce qu'il est formé d'après un nom de baptême (Christniiigsnamnet). Sa législation zoologique est décidément bien draconienne. Pour ma part, quehiue peu chrétien que je sois, je ne saurais repousser un nom de genre par la seule raison qu'il rappelle aussi indirectement une cérémonie de l'Eglise. Parce que la nomenclature zoologiijue parle quasi latin, il n'est pas nécessaire qu'elle s'alTuhIe d'un paganisme intolérant. Combien de genres bien établis ne faudrait-il pas dénommer à nouveau '! Un zoologiste oserait-il rejeter, par exemple, l'excellent genre d'Annélides Armandia dédié par feu mon ami F. de Filippi à M. de Quatrefages. Faudra-t-il peut-être le transformer en Quatrefagcsia ? Dans ce cas, un Romain ressuscitant pourrait nous demander de prendre un peu moins à cœur l'intolérance de sa nation et un peu plus l'harmonie de sa langue.

' La synonymie de cette espèce est d'ailleurs faite peu exactement dans \ Histoire naturelle des Annelés. L'auteur indique paimi ses synonymes le nom de Fabricia quadripunctata, comme employé par M, Grube, par M. Schmidt et par moi. Nous nous sommes, au contraire, servis expressément, M.Grube et moi, du nom de Fabricia Sabella, Schmidt de celui d'Ampliicora Sabella.

Dl! GOLFE DE NAPLES.

Genre ORIA Qtrfg.

Syn. AMPHICOUINA Glprd. non Qtrfg.

Oria Armandi.

Fabricia (Ampliicorina) irmandi Clprd., Glaiiures, p. 36, pl. III, fig. 2. Orin Armandi Qtrfg., Histoire naturelle des Annelés, II, p. 462.

Cette espèce est commune à Naples. Je n'ai rien à ajouter à son sujet aux études anatomiques publiées dans mes Glanures.

J'avais cru pouvoir rapporter ce ver au genre Àmphicorina Qtrfg., qui n'était alors connu que par un passage méritant à peine le nom de diagnose. Depuis lors M, de Quatrefages a caractérisé ce genre d'une manière plus précise, et il a cru devoir en séparer ï Àmphicorina Armandi sous le nom générique d'Orm, J'adopte ce nom. Toutefois je ne puis étouffer une remarque. Je ne doute pas que le genre Amphicorina ne tombe comme tant d'autres dans le capul morluum de la science. Le genre Amphicorina est en effet censé se différencier des Oria par l'absence de transposition des soies caractéristique des Oria et de tant d'autres Sabellides. Quoique étudiée par de nombreux observateurs, la Fabricia Sabella a passé pour échapper à la loi de la transposition des soies, jusqu'au jour où, par un examen plus attentif, j'ai montré qu'elle y était en réalité soumise. Les études de M. de Quatrefages sur ses Amphicorines sont antérieures à la constatation de ce fait ; il n'est donc point étonnant qu'il ait cru que ces petites Annélides ne présentent aucune interversion des soies. Mais aujourd'hui, il est au contraire vraisemblable que cette transposition existe bien réellement, et qu'elle a échappé à l'observateur.

ANNÉLIDES CHÈTOPODES

Genre AMPHIGLENA Clprd.

Amphiglena MEDIÏERRANEA.

Amphicora mediierranea Leydig, Zeitsclir. fur wissens. Zool., III, 1851, p. 325. ? Fabricia gracilis Grube, Archiv fur Naturgesch., 1855, p. 123. Amphiglena Armandi Clprd., Glanures zootomiques, 1864, p. 32 (492). Ampliigleim mediierranea Clprd., Ibid., p. 128 (588), pl. III, lig. I. » » Qlrfg., Histoire naturelle des Aiinelés, H, 463.

PI XII, fig 6.

Celte Amphiglène abonde partout dans le golfe de Naples et remplit les aquarium. Je n'ai pas négligé cette occasion de répéter les observations que j'avais faites à Port-Vendres sur l'hermaphrodisme de ce Serpulien. La chose était d'autant plus nécessaire que M. de Quatrefages avait jeté dans l'intervalle quelques doutes sur l'exactitude de ma description'. L'hermaphrodisme des Amphiglènes est au-dessus de toute espèce d'incertitude. M. Mecznikow, pendant son séjour à Naples, s'en est convaincu tout aussi bien que moi. Si, comme M. de Quatrefages le remarque, j'ai négligé de parler de mouvements chez les prétendus zoospermes, c'est que je considère une pareille indication comme superflue chez les Annélides. Pour dissiper tous les doutes du savant Académicien, je publie les dessins représentant divers stades d'évolution des régimes de zoospermes (6 A; 6 B et 6 C). Ces stades n'exigent pas de description, car ils correspondent exactement à ce que chacun connaît chez d'autres Annélides. Cependant je ne négligerai pas de dire expressément cette fois, que les zoospermes mûrs sont tout aussi mobiles que ceux d'autres Annélides.

Les œufs mûrs sont d'une belle couleur rose. .

La tache pigmentaire que j'ai signalée à la base de chacun des tenta-

' M. de Quatrefages se plaint de mon laconisme. (Voyez Hist. nal. des Annelés, tonne II, p. 411.) Ce blâme m'a fait sensiblement plaisir. J'ai toujoui s eu pour ma part le sentiment que nos successeurs nous reprocheront, à moi et à la plupart de nies contemporains, notre extrême verbosité.

cules ciliés, ne saurait être considérée comme un œil. A l'aide d'un fort grossissement;, on peut s'assurer que la substance colorante est renfermée dans un boyau tordu sur lui-même en forme de 8 (6 D).

Les branchies', traitées par la glycérine colorée en vert pâle par de l'acide chromique, laissent facilement reconnaître les grands nucléus de leur couche sous-culiculaire (6 E, c). Dans les rayons, les cellules de l'axe cartilagineux forment une série unique, dans laquelle chaque cellule est quatre ou cinq fois plus longue que large (6 E, h).

Genre SPIROGRAPHIS Viviani (Qtrfg. rev.).

A la diagnose du genre Spirographis, telle que l'a donnée en dernier lieu M. deQuatrefages, il est nécessaire d'ajouter un caractère important, celui d'une rangée de soies en pioche, à côté de la rangée de crochets sur les tores uncinigères de la région thoraciquel

Spirographis Spallanzanii.

Corallina tubularia melUensis Ellis, Coralline.'?, p. 107, pl. 33.

Amphitrite Penicillus Gmel. (non Linné), Syst. natur. , tom. I, pars 6, p. 3110.

Amphitrite Veniilabrum Gmel., Syst. natur., tom. I, pars 6, p. 3111 pro parte.

' Est-il besoin de dire que les cils vibratiles forment une double rangée sur le côté interne seulement des branchies, comme chez tous les autres Serpnliens? M. Williams affirme pourtant que cette disposition est particulière à quelques espèces de la famille seulement! (Report on british Annelida, p. 192.)

- Les seuls auteurs qui, à ma connaissance, aient déjà mentionné les soies en pioche des Spirographes sont M. Grube et M. Williams. Le premier les décrit comme des leviers susceptibles d'agir sur les soies à crochets. Voyez Zur Anat. u. Physiol. d. Eiemmwurmer, Konigsberg, 1838, p. 25.) Le second {Report on british Annelida, p. 205) en donne, d'ailleurs, une description assez inexacte.

' La confusion qui règne dans la science relativement à XAmpMlrite Ventilabrum et à V Amphitrite Penicillus m'oblige à rejeter ces deux noms et à adopter celui de Spirographis Spallanzanii proposé par Viviani. En effet, Gmelin dans son édition du Systema naturœ donne comme synonyme à son Amphitrite Ventilabrum la Sabella Penicillus Linn., de l'édition précédente du Syst. nat. En outre, bien qu'il l'indique comme habitant la Méditerranée, il lui donne comme synonyme la Tubularia Penicillus Q.-¥ MixW. An Groënland. VAmph. Pemcillm Gmel. du golfe de Naples (/oc. cit., p.3H0)est probablement bien identique à notre espèce. Quant à Y Amphitrite Ventilabrum Dalyell {The powers of the Creator, vol. II, p. 212, pL XXX) ce n'est point un Spirographe. Il faut peut-être l'identifier avec la véritable Sabella Penicillus Linn. non Gmel.

ANNÉLIDES CHÈTOI'ODES

Spirograpliis Spallanzanii Viviani ', De phosphor. maiis. Geniiœ, 1805, p. 14. Specie di Tuhularia Spallanzani, Vlemorie délia Società ilaliana, vol. II, p. 2 (fide Viviani). Amphitrite Ventilabrum Lamarck, Histoire des aniinaii.x sans vert., tome V, p. 610. Sabella unispira Cuvier, nouvelle édition, 1830, lome III, p. 193.

1) Ventilabrum Sav., Syst. des Annélides, p. 81.

» unispira Sav., Ibid., p. 80.

Amphitrite Ventilabrum Blnv., Dict. des Sciences natur., art. Vei's, p. 43<l.

» Spallanzanii Blnv., Ibid., p. -WA.

» Ventilabrum Risso, Histoire natur. Eur. niérid., IV, p. 410.

» Josepliinœ Risso, Ibid., p. 410. Sabella Ventilabrum Délie Chiaje, Descrizione e notom , lome III, p. 71.

i> unispira Grube, Zur Anat. und Phys Kiemenwiirmer, p. '24.

» unispira Edwards, Règne animal illustré, Annélides, pl. 4. ? » Josepliinœ Grube, Archiv fur Naturgescli., 1846, p 53, taf. II, fig 6.

X Ventilabrum Grube, Familien der Anneliden, p. 88.

» Spallanzanii, Grube, Ibid., p. 88.

Spiro(jraphis Spallanzanii Qtrfg , Histoire naturelle des Annelcs, II, p. 427.

» elegans Qtrfg., Ibid , p. 430.

t brevispira Qtrfg., Ibid., p. 430.

Sabella Ventilabrum Qtrfg., Ibid., p. 554.

? Spirographis lonyispira Qtrfg., Ibid., p. 429.

l'I. \\X, fiL!. 2.

L'abondance de celte magnifique Annélide dans le golfe de Naples m'a permis d'en étudier de riches séries et de débrouiller sa synonymie fort confuse. Les auteurs l'ont partagée en plusieurs espèces, d'après divers caractères que l'étude comparée d'un grand nombre d'individus, montre dépourvus de toute valeur taxonomique. Je vais les examiner les uns après les autres.

Chez les Spirographes, l'une des branchies est constamment plus développée que l'autre. C'est tantôt la droite, tantôt la gauche indilFéremmenl*. Sans doute à ce point de vue il y a des races plus ou moins

' Dalyell (The Poivers of the Creator, vol. II, p. 228), sans doute par une erreur de copie, écrit Spinographi s au lieu de Spirographis, et cite à l'appui ces prétendues paroles explicatives de Viviani: « Spinogrnphis, id est penicillus in spinam depictus. » Celte phrase ne serait point dépourvue de sens. En effet, j'ai rencontré souvent des Spirographes qui ont perdu les barbules des branchies et dont les rayons, ou du moins leurs axes cartilagineux restent seuls sous la forme de longues épines. Mais ce caraclùre est purement maladif, comme le fait remarquer Dalyell, auquel il n'avait point échappé. D'ailleurs la phrase de Viviani, inexactement citée par l'illustre Écossais, est textuellement: « Penicillus in spiram effictus. »

* Ce fait n'est point nouveau. Il a été déjà affirmé de la manière la plus positive par M. Grube (Zur Anal. u. Phys. d. Kiemenwiirmer, p. 25) dès 1838 Cela n'em[)êche pas M. de Quatrefages d'établir en

DU GOLFE DE NAl'LES. 417

permanentes. J'ai tout au moins remarqué que dans le produit de la pêche d'un seul pêcheur, faite généralement dans une seule et même localité, l'atrophie frappe la môme branchie chez la majorité des individus.

Le nombre des tours de spire de la branchie développée est très-inconstant. Je l'ai vu varier de un à six et demi. En général, les plus gros individus ont aussi le plus grand nombre de tours de spire. La longueur et la finesse des barbules des rayons branchiaux est également sujette à variation.

La coloration des branchies varie tellement que, sur une douzaine d'individus, on en trouve difficilement deux chez lesquels elle soit parfaitement semblable. Quelques-uns ont les branchies pâles et entièrement monochromes. D'autres ont les rayons de la branchie jaunes, avec une série d'anneaux blancs et violets ou bruns; les anneaux blancs sont en général restreints à la base de la branchie. Ces anneaux colorés, étant placés à la même hauteur dans tous les rayons, forment en apparence des bandes spirales parallèles très-élégantes, dont le nombre peut s'élever jusqu'à six pour une seule couleur (violet). Entre ces deux colorations extrêmes, on rencontre tous les intermédiaires, soit sous le point de vue du nombre des anneaux colorés, soit sous celui de l'intensité de la coloration ^

Le seul des caractères prétendus spécifiques, qui m'ait semblé trèsconstant, c'est celui du nombre des segments thoraciques. Je l'ai trouvé toujours de huit. M. Grube affirme, il est vrai, le contraire'. Il dit l'avoir vu varier de la manière la plus positive. S'il en est ainsi, il devient impossible de distinguer la Sabella Josephinœ Gr., et le Spirographis longispira Qtrfg. du Sp. Spallanzanii.

Lorsque je communiquai le résultat de ces recherches à mon ami, M. le professeur Panceri, il me dit que le musée de Naples possédait

18G5 des espèces de Spirographes basées uniquement sur ce caractère variable. Ellis décrit la grande branchie comme étant toujours la gauche ; et ce cas est peut-être au moins le plus fréquent.

' Celte grande variabilité dans la coloration des branchies des Sabelles est déjà relevée par 0 Fabricius chez la Tubulann Fcmcillus du Groenland. (Voy. Fauna Grœnlandica . Uainiod etLipsiœ, 1780, p. 440.)

■ Airhiv fiir NaturijcscJi., 18i6, XII, p. 55.

une riche série de Spirographes et qu'il n'avait jamais eu de peine à distinguer \eSp. Spallanzanii de la Sabella Ventilabrum. Toutefois, ayant à ma demande revu ses bocaux, il acquit la conviction que tous les individus de grande taille avaient été attribués au S p. Spallanzanii et tous les individus plus jeunes à la Sab. Ventilabrum ou la Sab. Josephinœ. Il est en effet impossible de trouver de jeunes individus dont la branchie fasse six tours de spirale {Sp. elegans Qtrfg.), ou même seulement trois à quatre (Sp. Spallanzanii Qtrfg.), tandis que ces chiffres sont trèsfréquents pour les individus de grande taille. Chez les individus qui n'ont encore que 5,5 centimètres de long sur 3 à 4 mm. de large, individus dont les branchies sont aussi longues que le corps et fort grêles, c'est à peine si la base de l'une des branchies commence à s'enrouler en spirale. Je n'ai compté dans ce cas que vingt-cinq rayons à la grande branchie contre vingt-deux à la petite. Sans le secours de la numération on ne se douterait pas que l'une des branchies soit plus développée que l'autre. Les jeunes Spirographis sont donc de vraies Sabelles.

Le tube des jeunes individus a d'ailleurs la même apparence que celui des adultes, sa surface externe grise, paraissant formée d'un limon très-fin. Mais les couches internes, nombreuses, incolores sont purement organiques, comme Ellis et Viviani le savaient déjà, et fort extensibles. Je ne doute pas qu'elles ne soient susceptibles d'une extension considérable pendant la croissance en diamètre de l'animal*.

Nous devons à M. Grube une monographie anatomique de cette espèce (Sabella unispira Grube) à laquelle il n'y a que peu de chose à changer. C'est chez elle qu'il fit la découverte du cartilage branchial des Serpuliens cartilage qui a été vu depuis lors par MM. Schmidt,

' On ne saurait trop recommander, pour l'étude de la formation du tube des Sabellides, la lecture de Dalyell. Chez des Sabella PenirJllus (Amphilrite Ventilabrum Dal.) eu captivité, il a pu suivre pas à pas rédification du tube pendant des mois entiers (Voyez The powers of the Creator, vol. II, p. 212-235). La régénération des branchies tombées par accident y est suivie avec beaucoup de soin.

* M.Edwards attribue la découverte des cartilages branchiaux chez les Serpuliens à M. deQualrefages {Leçons sur Vanat. et la physioL, II, p. 103). Toutefois M. Grube les avait déjà signalés bien plus tôt, et, à une époque où le nom même d'histologie était encore à créer, Viviani écrivait : « Horum filamentorum (i. e, branchialium) pariîcu/a microscopio subjecta tubum exhibet cartilagineum, tolum in annulas seclum, etc.y<

Quatrefages,Leydig, Huxley, Williams' et d'autres, mais qui a fait surtout l'objet d'une étude histologique soignée de la part de M. Kôlliker".

M. Kôlliker paraît n'avoir eu entre les mains que des Spirographes conservés dans l'alcool, de là certaines erreurs qui seraient impossibles chez les individus frais. Il décrit très-exactement la cuticule, la couche sous-cuticulaire, les muscles longitudinaux occupant le côté dorsal de la branchie et l'axe cartilagineux. Je ne puis que confirmer entièrement sa description en ajoutant que le cartilage est toujours enveloppé d'une épaisse gaine hyaline (lig. 2, e), que M. Kôlliker paraît d'ailleurs avoir vue quelquefois ". Le reste de l'organisation lui a échappé. Le côté convexe de l'axe cartilagineux est adjacent à une cavité tubulaire qui s'étend d'un bout à l'autre de la branchie, et dans laquelle pénètre le liquide périviscéral. Cette cavité est tapissée d'un épithélium pavimenteux (lig. 2, f). Elle renferme le vaisseau sanguin (^), adhérant dans toute sa longueur à la tunique hyaline (e) de l'axe cartilagineux (c). Ce vaisseau unique* pousse le sang alternativement en avant et en arrière, comme M. Grube le savait déjà en 1838. Les mouvements de systole sont dus à une couche externe de larges libres musculaires. Quant à la diastole, elle paraît due à la simple élasticité des parois, du moins n'ai-je pu découvrir aucune fibre longitudinale dans la paroi du vaisseau. Chez les individus conservés dans Falcool, ce vaisseau a été vu par M. Kôlliker, qui fa tenu pour un corps solide et l'a considéré comme un nerf. A ses côtés, il figure deux cordons celluleux qui n'existent pas, ou du moins ne sont que la

' M.Williams représente le squelette branchial comme formé par un cartilage ilexible, dont les clutiiibres, remplies par un fluide limpide, sont en c.ommuni cation avec la cavité périlonéale!

2 Unlersuchuiifjeii zur vergleicJiendm Gewebelehre, angestellt in Nizza im llerbste 1856 von A. Kôlliker. — Wurzhurijer Verhandlungen, p. 114 du tii'age à part.

En dépit des travaux sur le cartilage branchial des Sabelles, Johnston décrit encore dans son « Catalogue » les fdaments branchiaux des Sabelles comme cloisonnés à la manière des Conl'erves !

* J'ai déjà remar(jué ailleurs (voyez i'ruléyuinèiu's, p. 21) que les Serpuliens seuls, dans toute la classe des Annélidcs, ont un vaisseau branchial unique, aveugle et contractile dans chaque rameau branchial, mais sont dépourvus du système d'ampoules contractiles que leur attribue M. de (Juatrefages. M. Williams, qui paraît ignorer les observations de M. Grube, décrit et figure chez les Serpuliens (lie/mit on british Annelida,^. 192, iig. 11, B) le vaisseau branchial comme double (artère et veine). C'est une erreur manifeste.

ANNÉLIDES CHÉTOPODES

lymphe de la cavité branchiale coagulée aux deux côtés du vaisseau

La collerette du Sp. Spallanzanii est d'un beau violet et porte sur les lobes ventraux plusieurs papilles digitiformes (2 B), assez longues. Entre ces lobes ventraux sont les deux tentacules inférieurs, également violets, charnus, convexes en dehors, concaves en dedans. Leur surface concave est couverte de cils vibratiles (2 A, a). Les tentacules supérieurs, soit antennes, sont beaucoup plus longs, en forme de lanières triangulaires, jaunes, ciHés sur toute la surface. Le mouvement de leurs cils est tel, que les substances étrangères montent le long du côté ventral de l'organe et redescendent du côté dorsal.

Le sillon copragogue' est ventral dans toute la longueur de l'animal, seulement sa profondeur diminue dans les segments thoraciques antérieurs.

M. Grube n'a point réussi à se former une idée exacte des organes générateurs. Il a considéré comme testicules les glandes antérieures que chacun a, depuis cette époque, rattachée à l'appareil sexuel. Ce sont en réalité des organes segmentaires dans lesquels les éléments sexuels ne prennent certainement point naissance.

A l'époque de la maturité sexuelle, la cavité périviscérale se remplit de cellules flottantes (2 G), renfermant de petits granules oranges et des gouttelettes pâles, d'apparence huileuse'. Le nombre de ces dernières varie d'un (a) à une vingtaine et au delà {b, c). Ces cellules sont

' M. Kôlliker remarque, d'ailleurs, lui-même que ces cordons lui ont semblé parfois absents et remplacés par une vaste lacune sanguine autour du nerf. S'il eût parlé d'une lacune lympliatique autour du vaisseau, sa description eût été tout à fait juste. Les erreurs d'interprétation de M. Kolliker proviennent de ce qu'il n'avait pas une connaissance suffisante de la circulation de labranchie chez l'animal vivant. Il paraît avoir considéré les branchies comme purement lymphatiques, erreur partagée par M. ftlilne Edwards (Leçons sur Fanai, d la phys., tome 11, p. 103). Ce serait donc à tort, semble-t-il, que j'ai rangé, dans les Prolégomènes, M. Kôlliker parmi les auteurs qui ont connu exactement la circulation branchiale des Sabelles. Toutefois ce savant décrit ailleurs (Zeitschr. fur wiss. Zool., IX, p. 339) le vaisseau branchial et contractile chez les Dasychones d'une manière parfaitement exacte.

* Voir pour l'explication de ce terme les généralités de la famille.

' Ces cellules qui paraissent exister avec quelques modifications chez tous les Térébelliens et Serpuliens ont été déjà signalées par M. Williams (Report on lUe liritish Annelida, loc. cit., p. 170) sous le nom de smoothredged aval cells chez la Terebella nebulosa, mais il leur dénie tout nucléus. Chez toutes les espèces examinées par moi, ces cellules sont nucléées.

sans doute destinées à élaborer les substances nécessaires à la formation des éléments sexuels. Entre elles apparaissent en effet chez les femelles les jeunes ovules (2 D, a), chez les mâles les cellules aux dépens desquelles se forment les régimes de zoospermes. Peut-être ces éléments se forment-ils dans le principe à la surface de la paroi de la cavité périviscérale. Dans ce cas ils s'en détachent de très-bonne heure, car des ovules de fort petite taille flottent déjà dans le liquide périviscéral. La tache germinative présente d'ordinaire plusieurs zones d'apparence dilférente (2 D, b).

Genre SABELLA Linn. (Sars em.).

M. Sars a rendu un service réel à la zoologie, comme je l'ai déjà remarqué ailleurs' en restreignant le grand genre Sabelle de Linné à l'aide d'un caractère important et bien défini. Il a réservé en effet ce nom aux Sabelles dépourvues de pinnules dorsales aux branchies et portant sur chaque tore uncinigère thoracique une rangée de crochets et une rangée de soies en pioche. M. de Quatrefages n'a pas admis cette nouvelle délimitation du genre Sabella dans son Histoire naturelle des Ànnelés, et le genre Dasychone n'y a, par conséquent, pas trouvé place. Sous ce rapport, M. de Qwatrefages ne s'est pas élevé au niveau de la zoologie moderne. Le genre Sabelle est subdivisé aujourd'hui en plusieurs, à bien plus juste titre que tant d'autres dont les débris ont trouvé place sous des noms divers dans XHistoire naturelle des Ànnelés.

En revanche, je ne puis donner entièrement raison à M. Sars, quant à la dénomination de Dasychone '^ qu'il a créée en 186L Déjà en 1858 M. Kôlliker' a formé le nom de Branchiomma pour des Sabelles munies

' Glaniires, p. 33.

- Bidrag til Kundskabcn om Non/es Annelider ; fjerde Afhandliny. — Vidensk Selsk. Forhandl. f. 1861 {Saerskill Aftryck, p. 28 et 33).

' Ueber Kopfkiemer mit Augen an deii Kiemen. Zei(sclir. fur wiss. Zool,, IX, p. 536.

4i22 ANNÉLIDES CHÈTOPODES

d'yeux sur les branchies \ et il prit pour type de ce genre VAmphitrite Bombyx Dalyell. Lorsque M. Sars créa son genre Dasychone, il insista surtout sur les pinnules des branchies. Or, le Branchiomma Bombyx {Branchiomma Dalyelli Kôll.) est une véritable Dasychone. On peut difficilement admettre que l'espèce-type du genre Branchiomma passe ainsi dans un autre genre. M. Sars aurait dù se contenter de modifier la diagnose du genre Branchiomma, en plaçant le caractère des pinnules en première ligne, d'autant plus que ce caractère n'était point ignoré de M. Kôlliker. Il a sans doute été détourné de cette marche régulière par la pensée qu'il existe peut-être des Dasychones dépourvues d'yeux.

Quoi qu'il en soit, le nom de Dasychone a pris place dans la science, et celui de Branchiomma est à peu près oubhé. Je pense pourtant pouvoir ressusciter celui-ci, en tenant compte des scrupules de M. Sars, et sans proscrire le nom de Dasychone. Dans son mémoire sur le genre Branchiomma, M. Kôlliker décrit en outre de la Dasychone Bombyx une autre espèce qu'il n'a étudiée que d'une manière très-cursive, il est vrai, dans le golfe de Naples, et qui est caractérisée par des yeux à l'extrémité des branchies. Cette espèce que j'ai retrouvée n'est point une Dasychone. Elle pourra rester dorénavant l'espèce-type du genre Branchiomma.

Il existe dans le golfe de Naples plusieurs espèces du genre Sabelle proprement dit. Toutefois, mes études sur ces espèces, très-voisines les unes des autres, sont trop imparfaites, pour que je les relate ici, et que j'enrichisse de quelques descriptions imparfaites le dédale inextricable de mauvaises espèces cataloguées dans la science.

Genre BRANCHIOMMA Kœllkr. char. em.

SabelUdce toris ventrcdibus thorackis série duplici setarum, aliis imcinatis aïiis jaculiformihus (soies en pioche, Qtrfg.) munitœ, brmichiis oculis compositis svbtermindilus ornatis.

' La première indication d'yeux sur les branchies des Sabeiles est due à M.Leuckart. Après lui et antérieurement à M. Kôiiiker, M. de Quatrefages et M. Krôyer ont fait aussi de nombreuses observations sur ce sujet.

Le fait que des yeux composés existent chez d'autres Serpuliens ne m'arrête pas dans le maintien de ce genre. En etîet, les yeux des Branchiomma sont beaucoup mieux localisés, beaucoup plus développés. Leur position est caractéristique. Les tubes de ces animaux sont aussi très-diflférents de ceux des Sabelles, étant recouverts d'une épaisse couche de sable agglutiné '.

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