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modifie un être bien organisé en vue de la lutte pour la vie.
Ces deux caractères —- brusquerie, inutilité — se retrouvent dans le mongolisme que nous rattachons dès maintenant aux mutations. Nous considérons donc la dystrophie pseudo-mongolienne comme dépendant d'altérations chromomériques.
Notre incertitude sur l'étiologie du mongolisme se confond avec notre ignorance sur les causes des mutations. Les mutations ne sont spontanées qu'en apparence ; ce qui les a produites nous échappe mais n'en existe pas moins. À ce point de vue, en ces dernières années, quelques progrès ont été réalisés ; on a réussi à provoquer des mutations expérimentales en faisant agir des agents chimiques -- ingestion de substances métalliques — ou physiques — radiations.
On a observé chez l'homme des faits comparables. L'irradiation ovarienne aux rayons de Roentgen permet d'obtenir une ménopause temporaire ; les auteurs allemands insistent sur les méfaits de cette irradiation qui entraine de fréquentes malformations congénitales. Ces malformations sont particulièrement à redouter au cours des grossesses qui surviennent précocement après l'irradialion et se font aux dépens d'ovules déjà mûrs au moment de l'action des rayons. Pour ces raisons, Gauss exige de ses patientes, qu’elles s'engagent à interrompre toute grossesse survenant dans les 4 mois qui suivent l’irradiation ovarienne.
Les malformations consécutives à la ménopause
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temporaire sont variées ; on cite un cas de mongolisme ; est-ce une simple coïncidence ? Appert et Kermorgant ont observé une forme atténuée de mongo-
lisme chez un enfant des rayons X.
Précisons dès maintenant notre conception pathogénique de la dystrophie mongolienne. Cette affection comparable à une mulation ou plutôt à un ensemble de mutations, est liée à une modification des éléments constitutifs des chromosomes, les chromomères. La nature de cette modification reste ignorée, Peui-être est-elle physique : déplacement des particules qui forment le chromomère ; peut-être est-elle chimique : modification de substances constitutives chromomériques. k
Parmi les chromomères intéressés, les uns seraient lésés de façon constante : ceux auxquels ressortissent par exemple le facies mongolien et les troubles du développement intellectuel ; les autres seraient lésés accessoirement et expliqueraient les malformations congénitales variées, observées au cours de la dystrophie mongolienne.
Les deux éléments qui définissent en quelque sorte le mongolisme — arriération et facies mongoliens — semblent liés de façon absolue. Tout autant que le facies, l’arriération est spécifique. Quoique plus ou moins marquée, l'atteinte du psychisme se produit en effet toujours dans le même sens, Loin d’être déprimé, comme on l'a longtemps admis, l’arriéré mongolien
est le plus souvent hypertonique ; il est enjoué, affec-
le
tueux, craintif, pas méchant; il aime la musique, le rythme, la danse ; il a beaucoup d'esprit d'imitation. L'un d’eux, que nous avons connu, passait la majeure partie de ses journées à courir les rues en fredonnant d'une grosse voix, des refrains en vogue, qu'on reconnaissait d'ailleurs aisément; il n’oubliait jamais de se munir de deux morceaux de bois avec lesquels il se plaisait à imiter les mouvements d’un violoniste.
Donc facies mongolien et arriération mongolienne, vont toujours de pair. Cette dépendance de l’intelligence et de la physionomie, n’est pas une nouveauté ; la lecture des sentiments sur le visage est chose commune ; il est habituel de prêter aux inconnus la mentalité que suggèrent leurs traits.
Il est très probable que certains facteurs dont dépend le facies, sont associés — chacun à chacun — à certains autres qui interviennent dans le développement du cerveau. Deux facteurs ainsi associés sont sans doute, fixés sur les chromomères d’un même chromosome. Ils font partie d'un même bloc héréditaire. Tous deux tendront à passer ensemble dans la même cellule sexuelle ; seule une section chromosomique au cours d’un entrecroisement pourra les désunir. Encore faut-il que la section passe entre les deux chromomères supports. Cette condition a d'autant moins de chances d'être réalisée que les supports sont plus rapprochés. On se souvient en effet que dans le chromosome, les chromomères se suivent en file indienne ; une section quelconque de cette file séparera toujours les deux chromomères extrêmes ; au
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contraire, deux éléments consécutifs ne seront isolés l’un de l’autre que si la section passe justement à leur hauteur.
Il faut donc admettre que les chromomères qui conditionnent arriération et facies mongoliens, sont voisins ; peut-être même leurs dimensions minimes et leur écart presque nul,rendent-ils toutecoupure impossible à ce niveau. On peut encore imaginer que ces chromomères s’engrènent bout à bout et s'opposent ainsi à touté dissociation. Deux chromomères ainsi engrenés, se pénétrant plus profondément, ne pourront être lésés séparément ; toute perturbation frappant l’un frappera l’autre.
Les deux signes majeurs du mongolisme pourraient dépendre d’un tel engrènement chromomérique qui occupe une toute petite portion insécable d’un chromosome. Mais le plus souvent, sinon toujours, la la lésion nucléaire occupe un territoire plus étendu englobant un certain nombre de chromomères voisins. Ces chromomères varient avec la topographie de la lésion et avec la situations des chromosomes qui sont en continuel déplacement. Ainsi s'expliqueraient les malformations variées si souvent observées chez les mongoliens. Certaines anomalies particulièrement fréquentes sont peut-être conditionnées par des facteurs localisés dans le chromosome où siègent les chromomères engrenés.
Les éléments constants du mongolisme — facies et arriération — répondent à une lésion nucléaire très limitée ; mais la dystrophie pseudo-mongolienne
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dépend d’une surface plus grande qui ne représente pourtant qu'une petite fraction du noyau. En effet, outre qu'une lésion massive semble peu compatible avec la vie, le nombre des troubles congénitaux observé chez le même mongolien est le plus souvent restreint.
Ceci s'applique à quantité de malformations congénitales d’origine germinative dont le mongolisme, réduit à ses deux éléments, n'est d’ailleurs qu’une variété : la malformation mongolienne. Chacune de ces anomalies a son origine dans la perturbation d’un point minuscule mais invariable du noyau ; le plus souvent, la lésion plus étendue est cause d’un certain nombre d’autres malformations.
Parmi la multitude des chromomères — plusieurs dizaine de milles chez l'homme — quelques-uns seulement sont assez profondément modifiés pour entrainer un trouble du développement. Dans la loterie des lésions chromomériques, si les chances d’être lésé sont égales pour chaque chromomère, elles ne peuvent être que très faibles. Aïnsi s'explique pour nombre de malformations, la rareté des cas où elles frappent plusieurs frères ou sœurs. Ces cas exigent des coincidences peu ordinaires. L'’intéressante observation des D" Babonneix et Villette, relative à 4 frères et sœurs mongoliens, constitue un record qui n’est pas près d’être égalé.Pogorschelsky a observé 2 enfants uniques, mongoliens et issus de sœurs.
À présent que nous voilà fixés sur les modifications
qui, dans, les gamètes expliquent le mongolisme,
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il faut préciser l’origine de ces gamètes, S'agit-il de cellules mâles, de cellules femelles, ou des deux à la fois ? Plus simplement : un seul gamèie peut-il conditionner l’idiotie mongolienne ou est-il nécessaire que soient lésés les deux gamètes qui s’uniront pour donner un œuf ? Il suffirait pour répondre de savoir si les deux caractères du mongolisme dominent ou non les caractères normaux. Dans le premier cas il suffit d’un seul gamète, dans le second il en faut deux.
Or, si d’un côté l’œuf mongol paraït être dominant, d’un aütre, il semble bien que la débilité mentale soit dominée. Comme arriération et facies mongolien sont nécessairement de même sens — sans quoi la dissociation serait possible — on ne peut tirer aucune conclusion. Seuls des croisements divers de mongoliens pourraient nous fixer. Il ne peut être question d’une telle expérimentation impossible, et physiquement el moralement.
Nous devons donc examiner successivement les deux hypothèses : la malformation mongolienne est
dominante; la malformation mongolienne est récessive.
La malformation mongolienne est dominante. — Il est suffisant qu'un seul gamète soit lésé ; il peut s'agir indifféremment d'un gamète mâle ou d'un gamète femelle, quelquefois même des deux. Les causes envisagées à propos de la théorie de l’origine germinative pathologique du mongolisme peuvent intervenir épuisement maternel, épuisement paternel, syphilis.
Remarque curieuse, du fait même de sa dominance,
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la malformation mongolienne ne peut être héréditaire. Elle ne peut en effet se transmettre que par l’intermédiaire de sujets mongoliens qui sont les seuls à présenter la tare mongolienne, puisque cette tare qui est dominante, ne peut rester à l’état latent.
La malformation mongolienne est dominée. — Ceci implique la nécessité d’une atteinte des gamètes mâle et femelle. Cette fois, la transmission héréditaire de l’affection devient possible. Cette transmission peut en effet se faire par l'intermédiaire de sujets apparemment sains mais porteurs de la tare demeurée latente. Cette latence cessera au moment où se réuniront deux gamètes présentant tous deux les facteurs anormaux.
La tare mongolienne dans une cellule sexuelle a
deux origines possibles :
1° elle a été transmise héréditairement ; 20 elle est due à une lésion de la cellule : elle est
acquise.
Il en résulte deux variétés de gamètes mongoliens ; ceux qui sont héréditaires et ceux qui sont acquis. Trois cas pourront expliquer la formation d’un œuf
mongolien :
19 l'union de deux gamètes mongoliens héréditaires. — On ne pourra retrouver chez les parents la cause de cette anomalie des ga mèêtes, qui remonte plus ou moins haut chez les ascendants ;
20 l'union d’un gamète mongolien héréditaire et
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d’un gamète mongolien acquis. — La cause n'apparaîtra que chez l’un des procréateurs : le père ou la mère;
3° l'union de deux gamètes mongoliens acquis. — La cause pourra être retrouvée chez chacun des parents.
Choisir entre les deux hypothèses qui viennent d’être exposées n’est pas facile.
Arriération et facies mongoliens sont-ils dominants comme l’œil mongol, ou récessifs comme la débilité mentale ?
S'il y a identité entre la débilité mentale et l'arriération mongolienne, il n'en est plus de même entre l'œil mongol qui est physiologique et l'œil mongolien qui ne l'est pas.
I! est donc logique d'admettre la récessivité de la malformation mongolienne, en faveur de laquelle milite d’ailleurs un certain nombre d'arguments.
Mais une objection se pose : l'hérédité du mongolisme est peu admise et seule la dominance rend compte du fait. En réalité, les facteurs mongoliens sont transmissibles, mais comme ils restent presque toujours latents pendant plusieurs générations, cette transmissibilité passe inaperçue. Une preuve que ces générations ne sont pas aussi indemnes de toute tare mongolienne, qu'elles le paraissent, c'est qu'on retrouve souvent chez elles, quelques-unes des malformations qui gravitent habituellement autour du mongolisme.
Les malformations sont en effet fréquentes dans la
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parenté des mongoliens et la récessivité explique bien cela. Dans les cellules sexuelles, le facteur mongolien est presque toujours accompagné d’autres facteurs anormaux. Tant que deux gamètes mongoliens ne fusionnent pas, le mongolisme reste latent. En attendant, quelques-unes des tares satellites appa: raissent, soit au cours de fusions favorables, soit d’emblée quand elles sont dominantes ; ces tares annoncent en quelque sorte le mongolisme.
L'hypothèse de la dominance ne permet pas d'interpréter les notions précédentes puisque l’idiotie mongolienne ne peut être alors, ni latente, ni héréditaire.
La récessivité rend aussi parfaitement compte des observations où il est absolument impossible de trouver quoi que ce soit chez le père ou la mère du mongolien. Elle s’applique également aux cas où la cause apparaît chez un seul des parents ou chez tous les deux. En un mot, elle englobe les cas variés qui rendent si malaisée l'interprétation étiologique du mongo-
lisme.
Toutes ces considérations pathogéniques n'auraient qu'un intérêt limité si l’on ne pouvait en tirer des déductions sur l’étiologie si obscure de l'affection.
La récessivité étant admise, l’œuf mongolien peut
être formé de trois façons différentes :
1° l’union de deux gamètes mongoliens hérédi-
taires ;
Le
20 l'union d'un gamète mongolien héréditaire et d’un gamète mongolien acquis ;
30 l’union de deux gamètes mongoliens acquis.
Le premier cas correspond à un mongolisme purement héréditaire qui remonte plus ou moins haut chez les ascendants. Ce sont les fois où l’on retrouve chez ces ascendants les malformations annonciatrices du mongolisme.
Le troisième cas s'applique à un mongolisme purement acquis dont seuls le père et Ia mère peuvent être rendus responsables. L'affection éclate brusquement, aucune malformation chez les ascendants des parents ne permettait de la prévoir.
Le deuxième cas n'est qu’un Cas intermédiaire.
Trois étiologies sont à envisager:
l'épuisement maternel, l’épuisement paternel, la syphilis.
Les deux premières ne s'appliquent pas au mongolisme purement acquis, puisque chacune d'elles ne peut atteindre que l’un des gamètes, La syphilis, au contraire, s'applique à tous les cas.
De plus, il devient possible de réfuter les principales objections dressées contre l’étiologie syphilitique du mongolisme.
Première obiection : ordinairement la syphilis diminue de virulence à chaque grossesse et les lésions spécifiques observées à chaque naissance sont de gra-
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vité décroissante ; le mongolisme semble échapper à cette loi, puisque le mongolien est souvent le dernier né de plusieurs frères et sœurs normaux.
Mis à part les cas de mongolisme d’origine héréditaire bilatérale, pour lesquels l’objection ne se pose Pas, nous pensons que le mongolisme acquis est surtout le fait d’une syphilis très diluée, le plus souvent incapable de donner des lésions spécifiques. Or la loi de la dilution s'applique à ces lésions qui se développent pendant la vie intra-utérine, elle ne régit pas les troubles d’origine germinative.
Remarquons de suite qu’une syphilis virulente est également susceptible de provoquer l’arriération mongolienne, mais plus exceptionnellement. D'abord, parce que lorsqu'elle touche la cellule sexuelle, elle doit donner le plus souvent de graves lésions qui entraînent la mort cellulaire ; ensuite parce qu'elle engendre des lésions spécifiques el compromet la bonne marche de la grossesse, ce qui a pour effet de rendre
le mongolisme souvent méconnaissable.
Deuxième objection : souvent un des jumeaux est mongolien tandis que l’autre est absolument sain. L'objection na de valeur que contre les théories de
l'origine embryonnaire du mongolisme.
Troisième objection : les stigmates d'hérédo-syphilis sont rares chez les mongoliens. Il ne peut en être autrement pour le mongolisme héréditaire ; quant au mon-
golisme acquis, il est dû le plus souvent à une syphi-
lis trop diluée pour donner ces stigmates.
H. Fourment mn