ANOMALIES DU LONG SUPINATEUR
Le plus superficiel et le plus volumineux du groupe externe, le muscle long supinateur, prend naissance, en haut, sur le bord externe de l'humérus, ainsi que sur la cloison intermusculaire
externe, dans une étendue de quatre centimètres environ. De là, il se porte verticalement en bas en longeant toujours le côté radial du muscle. Aplati d'abord de dedans en dehors et puis d'avant en arrière, le corps charnu se jette, à la partie moyenne de l'avant-bras, sur un tendon fort large, lequel s'aplatit en descendant vers le poignet et vient se jeter sur l'apophyse styloïde du radius.
Dans un cas, rapporté par Macalister, ce muscle affectait la forme digastrique, tout comme un muscle de la région voisine, le fléchisseur commun superficiel des doigts.
§ I. — Variations en hauteur de l'insertion supérieure.
— Il suffit d'avoir vécu quelque temps dans les salles de dissection, pour savoir combien est variable l'étendue du long supinateur sur le bord externe de l'humérus. Si le chiffre de 4 centimètres, indic^ué par Sappey, représente assez bien une moyenne, il faut convenir que les cas sont nombreux, où ce chiffre n'est pas atteint ou se trouve dépassé. J'ai vu, dans un cas, le long supinateur d'un sujet fortement musclé dépasser en haut la portion moyenne de l'humérus, dépasser même de quelques millimètres l'insertion inférieure du deltoïde.
Anaiomie comparée. — Dans un grand nombre d'espèces animales, le long supinateur remonte, le long du bord externe de l'humérus, plus haut que chez l'homme. Il occupe les trois quarts inférieurs de l'os du bras, chez Vài. Il se détache presque de l'extrémité supérieure de l'humérus, chez la loutre, ainsi que chez le chat (Meckel). Il remonte jusque sur la tête de l'humérus, chez le phascolome (Alix).
§ II. — Variations en hauteur de l'insertion inférieure.
— Le muscle long supinateur peut se fixer, dans des cas anormaux, soit au-dessus, soit au-dessous de l'apophyse styloïde.
4° J'ai vu plusieurs fois le tendon inférieur de ce muscle s'arrêter sur le radius, au niveau du bord inférieur du carré pronateur. Gegenbaur et Wood ont noté une insertion analo-
MUSCLE LONG SUPINATEUR. oH
gue. Ce dernier anatomiste a vu, dans un cas de division du long supinateur, le faisceau le plus élevé se fixer sur la portion moyenne du radius. Je l'ai vu moi-même s'arrêter plus haut encore, dans un cas que je résume ici sommairement : le muscle long supinateur, un peu plus faible qu'à l'ordinaire, présentait à son origine des insertions tout à fait normales; son extrémité inférieure s'attachait, à l'aide d'un tendon fort court, sur la face externe du radius, un peu au-dessus de l'insertion du rond pronateur. Sur ce même sujet, il existait, en avant des deux radiaux externes, un radial surnuméraire que j'ai pris tout d'abord pour un long supinateur, mais qui au lieu de se porter sur l'apophyse styloïde, venait se confondre avec le tendon du premier radial externe.
Galori et Embleton ont vu, l'un et l'autre, le long supinateur envoyer des faisceaux sur l'aponévrose antibrachiale. Dans le cas de Galori, le petit palmaire faisait défaut; le faisceau musculaire qui pouvait être considéré comme son suppléant, rejoignait l'aponévrose au niveau du ligament annulaire antérieur du carpe.
2i° Au-dessous de l'apophyse styloïde, le long supinateur a été vu s'insérant sur le scaphoïde et le trapèze (cas de Macalister), sur la base du troisième métacarpien (cas de Dursy).
Anatomie comparée. — Toutes ces dispositions se rencontrent à l'état normal dans la série des Mammifères :
ix) — Chez Véchidné, le long supinateur se termine sur les trois quarts supérieurs de la face externe du radius. Chez les Pachydermes et les Ruminants, \\ vient s'insérer sur l'extrémité supérieure du même os. Il en est de même chez les Chéiroptères (Alix). J'ai trouvé moi-même, sur mon Ursus americanus, un long supinateur fort grêle, partant du bord externe de l'humérus et venant se terminer sur le côté externe du radius, à trois centimètres au-dessus de l'apophyse styloïde.
(6) — L'insertion aponévrotique se rencontre chez l'aï et chez le fourmilier (Meckel, Humphry). Je décrirai tout à l'heure (voir § III) la disposition qu'affecte le long supinateur dans ces deux espèces.
y) — Enfin ce muscle se fixe sur le scaphoïde, chez la sarigue et le kangurou (Alix) ; sur le carpe également (scapho-lunar hone), chez le koala (Young) ; sur le métacarpe, chez le tarsier (Alix), etc., etc.
§ III. — Division en deux faisceaux 5 long supinateur accessoire {brachio-radialis brevis seu minor de Gruber. — J'ai rencontré assez fréquemment une bifurcation du tendon radial du long supinateur ; les deux tendons, séparés ou unis par la branche dorsale du nerf radial, se réunissaient sur l'apophyse styloïde ou bien s'inséraient isolément sur le radius, à deux ou trois centimètres au-dessus l'un de l'autre. Cette division du tendon peut remonter quelquefois très haut et intéresser même le corps musculaire. Dans un cas, que j'ai observé en mars 1879, du bord antérieur et de la face profonde du long supinateur se détachait, au niveau du coude, un faisceau musculaire lequel venait s'insérer, à l'aide d'un tendon aplati, sur le bord antérieur du radius, à trois centimètres au-dessus de l'extrémité inférieure de cet os.
Cette anomalie est un acheminement au dédoublement complet du long supinateur. Dans le cas de double supinateur (Beaunis et Bouchard), le faisceau interne, qui est à la fois le plus profond, le plus grêle et le plus court, doit porter le nom de faisceau accessoire du long supinateur (supinator longus accessorius de Lauth, brachio-radialis brevis seu minor de Gruber.)
Dans un cas observé en 1880, j'ai vu le long supinateur se détacher de l'humérus par deux faisceaux distincts, qui ne se réunissaient que vers la partie moyenne de l'avant-bras.
Enfin ce muscle peut recevoir un faisceau de renforcement du brachial antérieur, comme je l'ai déjà signalé en faisant l'histoire des anomalies de ce dernier muscle.
Anatomie comparée. — M. Alix décrit, chez le crocodile , comme réalisant le long supinateur de l'homme, deux muscles distincts : 1° « un muscle inséré à la face externe de l'humérus et remontant jusque sous la tête humérale, se fixant inférieurement par un tendon à la partie supérieure du radius, en dehors
MUSCLE LONG SUPINÂTEUR.
du biceps. C'est exactement le muscle de V hippopotame ; on l'appelle généralement brachial antérieur, mais cette détermination n'est pas acceptable, puisque le muscle ne s'attache pas au cubitus; si l'on donnait aux deux muscles du crocodile le nom de supinateurs externes, celui-ci serait le mpinaieur externe supérieur. 21° un muscle qui s'attache à l'épicondyle et à la face antérieure de l'humérus et qui va se terminer sur l'extrémité inférieure du radius; nous l'appellerons supinateur externe inférieur. 11 reproduit à peu de chose près le long supinateur de l'homme, mais il en diffère en ce qu'il se fixe à l'épicondyle [et non à la diaphyse humérale au-dessus de cette saillie. »
Chez les Lézards, le muscle long supinateur est également constitué par deux faisceaux, l'un huméral, l'autre épicondylien, occupant tous les deux, par leur insertion inférieure, la presque totalité de la face externe du radius. Nous trouvons un dédoublement à peu près analogue du long supinateur, chez les Emydes, les Tortues, les Iguanes.
Chez l'aï et le fourmilier, le muscle long supinateur, d'après Meckel, « peut être partagé en deux moitiés fort distinctes : la supérieure, qui est beaucoup plus longue que l'autre, descend jusque vers le carpe; une petite partie de cette moitié se fixe au radius, le reste se perd dans l'aponévrose palmaire. La moitié inférieure du muscle s'attache à l'avant dernier quart du radius. Chacune de ces moitiés, considérée à part, est très considérable, très haute et très large, ce qui est vrai surtout pour l'inférieure». Le professeur Humphry décrit également un long supinateur double, chez Vu7iau.
§ IV. — Absence du muscle. — Meckel et Silvester ont observé chacun un cas d'absence du long supinateur, chez des sujets qui n'avaient pas de radius. Humphry signale lui aussi, dans ses Lectures de 1873, l'absence de ce muscle.
Anatomie comparée. — A l'état normal, le muscle long supina nateur fait défaut dans un grand nombre de Mammifères, notam ment chez le hérisson, le lièvre, \eporc-épic, V agouti, lepaca, le castor, le rat, V hélamy s {Mecke\) , le Dasypus sexcinctus (Galton).
§ V. — Union avec quelques muscles voisins. — On a vu le muscle long supinateur présenter des connexions plus ou moins intimes avec :
a) — Le deltoïde. (Voyez ce muscle, p. 341.) — Chez le 'pangolin, cette union du deltoïde avec le long supinateur est tellement intime qu'on peut dire, avec Humphry, que ce dernier muscle prend son insertion supérieure sur l'épine scapulaire.
^) — Le brachial antérieur; (Voyez ce muscle, p. 404.) — LeS
deux muscles sont également confondus chez quelques Mammifères, notamment chez \ ornithorynque (Alix).
y) — Le premier radial externe. — Ce muscle envoie quelquefois un faisceau anastomolique au long supinateur. Cette union trouve son explication dans la fusion à peu près complète des supinateurs et des radiaux, que l'on observe chez quelques espèces animales (secteur radial du supinato-eœtensor mass de Humphry). Chez Ylguana tuberculata, le long supinateur reçoit de même, d'après Mivart, un faisceau accessoire du premier radial externe.
— Le long abducteur du pouce. — « Il n'est pas rare de voir un faisceau charnu, né du bord externe du long supinateur par une série de fibres parallèles, venir s'insérer au bord correspondant du long abducteur du pouce. » (CruveiLhier).
Bibliographie :
Meckel. Anatomie comparée, t. V, p. 360 et 367, t. VI, p. 305. Gegenbaur. Virchoio's Arch , t. XXI, p. 376. Macalister. Trans. of Roy. Irish Acadenuj, 1871.
WooD, cité par Macalister, in Mémoire précédent, et Proc. of Roy. Soc. of
London, t. XVI, p. 517.
Calori. Meinorie deW Institut. Accad. di Boloyna, série II, t. VII, p. 50,
et t. VIII, p. 46.
Gruber. Ueber d. Varietœien d. Musc, brachio-radialis {Bull, de VAcad. Imp. de Saint-Pétersbourg, t. XII, 1868, col. 277; et Mél. hioL, t. XII, p. 389).
Cruveilhieb. Anatomie descriptive, t. II, p. 690.
MiVART. Proc. ZoolSoc, Jun. 1867, p. 783.
DUR8Y. Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, 3*^ Reihe XXXIII, p. 45.
Silvester. Médical Times and Gazette, 1857, p. 643.
Humphry. Brilish mcd. Journ., 1873, t. II, p. 85.
MUSCLE COURT SUPINATEUR.
Alix. Sur la détermination du muscle Long supinateur des Oiseaux (Bull.
Soc. Philom., 1874, p. 1, et passim.
Wagstaffe. Journ. of Anat. and Phi/s., t. V, p. 279. Embleton. Ibid., t. VI, p. 217.
KôLLiKER. Varietœten Beobachtungenj eéc.j Wûrzburg, 1879.
HuMPHHY. Myology of the Umbs of the unau, etc. {Journ. of Anat. and
Phys., Novemb., 1869, p. 39).
Galton. Transact. Linn, Soc, XXVI, p. 525.
YouNG. Ths Muscular Anatomy of tlie koala {Journ. of Anat. a. Pkys., Jan., 1882, p. 228).
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