‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 107 sur 177 · CHAPITRE VIII Région antibrachiale postérieure et profonde · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Région antibrachiale postérieure et profonde

La région postérieure et profonde de l'avant-bras comprend quatre muscles : 1** V extenseur propre de Vindex; 2° le long extenseur du pouce; 3'' le court extenseur du pouce; 4° le long

MUSCLE EXTENSEUR PROPRE DE l'iNDEX.

•abducteur du pouce. Ces quatre muscles, généralement fort grêles, se dirigent obliquement en bas et en dehors, croisant à angle aigu les muscles de la couche précédente.

AETICLE I

ANOMALIES DE l'eXTENSEUR PROPRE DE l'iNDEX.

Le plus interne des muscles profonds de la région antibrachiale postérieure, l'extenseur propre de l'index, s'insère, en haut, sur la partie moyenne de la face postérieure du cubitus, sur le ligament interosseux, ainsi que sur l'aponévrose qui le sépare du muscle long extenseur du pouce. Son tendon inférieur généralement très grêle s'engage, sous le ligament annulaire du carpe, dans la même couhsse que les tendons de l'extenseur commun ; il croise ensuite obliquement le carpe et le deuxième espace interosseux et vient se confondre, au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, avec le tendon externe de l'extenseur commun, dont il partage la distribution. Dans un cas observé par Rosenmuller, l'extenseur propre du petit doigt affectait une forme digastrique ; le tendon inférieur, qui reposait sur le dos de la main, n'était vraisemblablement qu'un vestige d'un court extenseur des doigts, que nous étudierons plus loin.

§ I. — Absence du muscle. — Cheselden a signalé, sur deux sujets, l'absence du muscle extenseur propre de l'index, disposition rencontrée de nouveau plus tard par Môser, par Luschka et par MacaHster. Je l'ai vu descendre bien souvent à des dimensions fort grêles; je l'ai vu, une fois, transformé en un tendon dans toute son étendue ; je ne l'ai jamais vu manquer entièrement. Il est important d'ajouter que le muscle absent peut être remplacé par un court extenseur inséré soit sur l'extrémité inférieure du radius, soit sur le carpe ou même le métacarpe. Nous aurons à revenir, dans la suite, sur cette dernière formation musculaire.

5i8 LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

Anatomie comparée, — L'existence d'un extenseur propre de l'index chez les Mammifères constitue une disposition générale (Meckel) , mais non constante. Il fait défaut notamment chez les Solipèdes (Meckel) et chez les Ruminants (Cuvier.) Rappelons en passant que ce muscle peut toutefois se reproduire dans ces deux groupes zoologiques à l'état d'anomalie. Chauveau et Arloing déclarent en avoir trouvé les vestiges, « plusieurs fois, chez des chevaux énergiques, et plus souvent chez le bœuf. »

§ II. — Dédoublement du muscle. — Ce dédoublement peut intéresser seulement le tendon, et, dans ce cas, il remonte plus ou moins haut vers l'avant-bras ; cette disposition est fréquente. A un degré plus avancé, la division s'étend jusque sur le corps charnu (Albinus, Heymann, Macalister, Curnow, moi-même). Enfin, il peut exister deux faisceaux musculaires entièrement distincts et de volume ordinaire. Dans un fait observé par Gantzer, l'un des deux faisceaux provenait du radius. J'ai observé sur un sujet, à côté de l'extenseur propre de l'index, un petit muscle accessoire qui, longeant le bord interne du muscle normal, venait se terminer avec lui sur le tendon que l'extenseur commun envoie à l'index.

Dans les cas de dédoublement musculaire, les deux tendons peuvent :

1° Se porter, l'un et l'autre, sur l'index;

2° Se porter, l'un sur l'index, l'autre sur le médius;

3° Se porter, l'un sur l'index, l'autre sur le pouce.

Je ne retiens ici que la première de ces dispositions; la seconde fera l'objet du paragraphe suivant ; la troisième sera étudiée plus loin sous le titre : Extenseur commun du pouce et de l'index. (Voyez p. 570.)

Chez le coaïta, il existe deux tendons terminaux pour le muscle qui nous occupe : le premier se rend à l'index, le second se porte sur le médius. Or l'un et l'autre, d'après Meckel, se subdivisent à leur tour en deux languettes : une interne et l'autre externe.

MUSCLE EXTENSEUR PROPRE DE l'iINDEX. 549

§ ni. — Insertion surnuméraire sur les doigts voisins. — Le tendon inférieur de l'extenseur de l'index peut envoyer une expansion plus ou moins considérable sur le pouce (extenseur commun du pouce et de l'index). Nous décrirons plus loin cette disposition qui a été étudiée d'une façon si complète par Wood, par Kôster, par Bischoff et par Gruber. Plus souvent encore, le tendon surajouté, obliquant en dedans, vient se rendre au médius en se terminant soit sur la première phalange, soit sur le tendon que l'extenseur commun envoie à ce dernier doigt (extenseur commun de l'index et du médius). Dans un cas signalé par Humphry, le muscle précité fournissait trois tendons d'insertion : deux pour le médius et un pour l'index.

L'interstice séparatif qui sépare le tendon surajouté du médius du tendon normal de l'index peut, en intéressant le corps charnu lui-même, remonter jusqu'à son origine antibrachiale; il existe alors, on le conçoit, à côté d'un extenseur classique de l'index, un muscle surnuméraire destiné au médius (extenseur propre du médius). Nous aurons l'occasion de revenir sur cette dernière formation dans un article ultérieur, consacré aux Muscles surnuméraires de la région antibrachiale postérieure.

Meckel a vu, dans un cas, le muscle qui fait l'objet de cet article se diviser, à son extrémité inférieure, en trois tendons : le l^'^pour l'index, le 2® pour le médius, le 3"^ pour l'annulaire (extenseur commun de l'index, du médius et de l'annulaire).

Anatomie comparée. — L'insertion simultanée de notre extenseur de l'index sur le 2^ et le 3^ doigt se rencontre normalement, chez un grand nombre de Mammifères. Dans l'ordre des Primates, nous ne trouvons qu'un tendon chez le gorille et le chimpanzé [^), comme chez l'homme; mais il en existe deux pour les 2^ et 3^ doigts, chez Vorang (Bischoff, moi-même), chez le Cynocephalus maimon (Bischoff), chez le Cynocephalus anubis (Champneys), chez le Macacus cynomolgus, chez le Pithecia

(*) Il existait pourtant deux tendons sur les sujets disséqués par Humphry et par Macalister; je n'ai rencontré qu'un seul tendon pour l'index, sur le Troglodytes niger que j'ai disséqué moi-même.

hirsuta (Bischoff). Le gibbon présente, d'après BischofF, trois tendons pour les trois doigts moyens : n'est-ce pas là la reproduction exacte de l'intéressante anomalie observée chez l'homme par Meckel?

On rencontre encore la double attache à l'index et au médius chez les Makis, les Loris, Voryctérope, le raton, Y hyène, etc.

§ IV. — Union de Textenseur propre de Tindex avec les extenseurs du pouce. — L'indépendance anatomique de l'extenseur propre de l'index est considérée avec raison, par tous les anatomistes, comme une disposition caractéristique de l'espèce hnmaine. Il peut cependant se développer, entre le tendon phalangien de ce muscle et les tendons du long extenseur du pouce, des anastomoses, soit tendineuses, soit aponévrotiques qui, sur les sujets qui en sont porteurs, atteignent plus ou moins profondément l'indépendance fonctionnelle soit de l'index, soit du pouce. Kôsler a observé une pareille disposition sur lui-même d'abord, sur le cadavre ensuite : sur l'un des sujets qu'il a examinés, les connexions qui rattachaient les deux muscles étaient intimes, et méritent d'être décrites avec quelques détails : « c'était sur le cadavre d'un homme de cinquante ans, à squelette et système musculaire bien développés... Entre le long extenseur du pouce et le tendon extenseur de l'index était tendue une lame aponévrotique, à faisceaux fibreux transversaux et plus ou moins courbés en arc de cercle. Cette lame aponévrotique se rattachait tant au tendon indicateur de l'extenseur commun qu'au tendon ordinaire du muscle indicateur, situé au côté cubital du premier ; par son intermédiaire, ces deux tendons étaient donc unis entre eux et avec le tendon du pouce. Mais en outre, on voyait sur cette lame aponévrotique des faisceaux de fibres plus épais et plus longs, qui se tendaient fortement aussi quand on exerçait une traction sur les muscles extenseurs. En suivant la lame aponévrotique sous le ligament dorsal du carpe, on la voyait, le long du tendon du pouce, se confondre avec lui sails limites bien marquées; mais, de l'autre

MUSCLE EXTENSEUR PROPRE DE l'iNDEX. 551

côté, elle traversait avec les tendons extenseurs de l'index la gaine de ceux-ci, et se terminait en un tendon bien distinct et bien développé, constituant un second tendon au muscle indicateur. » Si j'ai rapporté, dans tous ses détails, l'observation de Kôster, c'est qu'elle nous amène naturellement à une disposition analomique de même ordre, mais plus intéressante encore, à savoir : l'apparition d'un muscle spécial se rendant à la fois au pouce et à l'index ; nous aurons à l'étudier plus tard, au nombre des muscles surnuméraires de la région postérieure de l'avant-bras.

Anato7nie comparée. — Strauss-Durckeim décrit comme une disposition fréquente chez le chat^ l'existence d'une lame aponévrotique qui, se détachant de l'extenseur propre du pouce, vient s'appliquer tout le long du sthétos (deuxième métacarpien) et se termine sur la phalangéole de l'index. Une aponévrose analogue unit encore les deux muscles, chez le chien (Kôster, Leisering). Chez le Pithecia hirsuta, Bischoff a trouvé l'extenseur propre de l'index « réuni au long extenseur du pouce » . Nous verrons enfin, dans un article ultérieur, les deux doigts externes solidarisés par un muscle, qui est constant dans quelques espèces : Yextensor communis indicis et pollicis de Wood.

§ V. — Insertion supérieure descendue sur le carpe fcowt extenseur de V index). — On a vu le muscle extenseur propre de l'index prendre son origine, bien au-dessous de sa surface d'insertion ordinaire, sur les os du carpe ou même sur le ligament annulaire postérieur; il mérite réellement dans ce cas le nom de court extenseur de l'index. Une pareille disposition, qui rappelle le muscle court extenseur des orteils ou pédieux, appartient à l'histoire du court extenseur des doigts. (Voyez plus loin : Muscles surnuméraires de la région postérieure de l'avant-bras).

Bibliographie :

Meckel. Anatomie descriptive, trad. Jourdan, t. II, p. 170.

Albinus, Heymann, Gantzer, cités par Meckel, in Ouvrage précédent.

Theile. Encycl. anat. ; t. III, « Myologie », p. 235. Henle. Muskellehre, zweite Auflœge, 1871, p. 228. Meckel. Anatomie comparée, t. VI, p. 323. Macalister. Transact. of Roy. Irish Academy, 1871. Cheselden, cité par Macalister, iii Mémoire précédent. MosER. Meckel's ArcMv, t. VII, p. 225.

Rosenmuller. De var. Musc, p. 6.

LuscHKA. Anatomie des Menschen, t. V, « les Membres ». Leisering. Uebersicht der Skeletmuskeln des Hundes, Dresden, 1869. HuMPHRY. British Med. Journal, July, 1873, p. 54. CuRNOW. Journ. of Anat. and Phys., May, 1876, p. 596. WooD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 532, et t. XV, p. 512. M. Flesch. Varietœten Beohachtungen, etc., Wûrzburg, 1879. Chauveau et Arloing. Anatomie comparée des animaux domestiques, p. 289.

BiscHOFF. Anatomie des Hylobates leuciscus, Mûncben, 1870. Champneys. Muscles and Nerves on a Chimpanzee and Cynoc. anubis

{Journ. of Anat. and Phys., Nov., 1871, p. 185). HuMPHRY. The Myology of Orycteropus capensis, etc. [Ibid., May, 1868,

KiiSTER. De la signification génétique des muscles extenseurs des doigts [Arck. nêerl. des Sciences exactes et naturelles, Harlem, 1879, p. 320). (Voir aussi la Bibliograpliie des autres Extenseurs des doigts.)

ARTICLE II

Page 1