MUSCLE CUBITAL POSTÉRIEUR
chez l'homme. D'après Humphry, le groupe extenseur cubital du carpe comprend deux muscles distincts : aj l'externe, plus petit, prend naissance sur le condyle externe, sur l'olécrâne et sur le corps du cubitus; contournant cet os, il aborde la région palmaire du poignet et vient s'insérer sur la face palmaire du métacarpien; (S) l'interne, plus large, se détache de l'épicondyle, entre le précédent et l'extenseur commun et se divise, un peu au-dessus du poignet, en deux larges tendons : l'un s'arrête au côté externe du 5° métacarpien; l'autre, continuant son trajet descendant, vient se fixer sur la phalange terminale du 4** doigt. r
§ II. — Prolong:ement phalang^ien du cubital postérieur
{Ulnaris quinii de Macalister) . — Il n'est pas rare de voir le tendon du cubital postérieur fournir, à une distance variable de son insertion métacarpienne, un prolongement, généralement très grêle, qui poursuivant le trajet du muscle, vient se fixer dans le voisinage de la première phalange du petit doigt. Ce petit tendon surnuméraire, qui a été signalé depiiis déjà longtemps par Meckel, par Blandin, par Henle et par Wood, se confond le plus souvent avec le tendon extenseur du petit doigt ; mais il peut également se fixer sur l'extrémité postérieure de la première phalange (j'en ai observé plusieurs cas) ou môme s'arrêter sur la tête du 5" métacarpien (cas de Wood, cas de Chudzinski).
Le degré de fréquence de cette disposition anatomique a été évaluée par Wood au chiff're de 12 pour 100. Il l'a rencontrée en effet 12 fois sur 102 sujets : 10 fois sur 68 hommes (7 fois des deux côtés, 3 fois du côté droit seulement) et 2 fois sur 34 femmes (une fois sur les deux avant-bras, une fois sur l'avant-bras gauche seulement).
Dans un cas rapporté par Macalister, le tendon que je viens de décrire remplaçait l'extenseur propre du petit doigt qui faisait défaut.
Signification et anatomie comparée. — Le tendon envoyé par le cubital postérieur à la phalange du petit doigt est, sans aucun
doute, l'homologue au membre thoracique du prolongement similaire que le court péronier latéral envoie, au membre pelvien, sur la première phalange du 5° orteil, prolongement qui a été si bien étudié par M. Pozzi et que nous retrouvons dans la suite : de là le nom de « prolongement phalangien du cubital postérieur », sous lequel j'ai cru devoir le désigner.
Nous avons vu, dans le paragraphe précédent, qu'un prolongement phalangien du cubital postérieur existait, dans quelques espèces animales, notamment chez le cheval, chez Vunau, chez le pangolin.
§ III. — Union avec quelques muscles voisins. — J'ai déjà noté, dans l'article que j'ai consacré à l'anconé, la fusion possible de ce dernier muscle avec le cubital postérieur. Macalisler signale l'existence d'un faisceau de renforcement envoyé par le triceps brachial au cubital postérieur. Le tendon inférieur de ce muscle enfin peut servir, dans une étendue plus ou moins grande, de surface d'insertion au muscle abducteur du petit doigt. C'est le cas de rappeler les origines antibrachiales similaires que les muscles des éminences thénar et hypothénar prennent, dans certains cas, sur les tendons du cubital antérieur, du grand palmaire et du petit palmaire.
Bibliographie :
Meckel. Anat. descript., trad. Jourdan, t. II, p. 166. Theile. Encr/cl. anat., t. III, « Myologie », p. 230. Henle. Muskellchre, zweite Auflaege, p. 223.
WoOD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 237 et 631 , et t. XVI, p. 510. Macalister. Transact. of Roy. Irish Academy, 1871. CuRNOW. Journ. of Anat. and Phys., t. VII, p. 307.
Gruber. Musculus uinaris externus brevis beim MenscJien (Virchoto's
Arch., Bd LXXXVI, S. 15).
Chtjdzinski. Rev. d' Anthropologie j t. III, p. 35.
HuMPHRY. The Myoloyy of the Orycteropus capensis (Journ. of Anat. and Phys., May, 1868, p. 307).
HuMPHRY. The Myoloyy of the linibs of the unau, the aï, the two-toed anteater and the pangolin (Ibid., Nov., 1869, p. 45).
Blandin, cité par Henocque. Àrt. Cubital postérieur du Dictionnaire Encyclopédique, t. XXIV, p. 95.
MUSCLE EXTENSEUR COiMMUN DES DOIGTS.
ARTICLE III
ANOMALIES DE l'eXTENSEUR OOMMUN DES DOIGTS.
Les faisceaux charnus de l'extenseur commun des doigts se détachent principalement de la face postérieure de l'épicondyle, au moyen de deux lames tendineuses qui ont été parfaitement décrites par Theile. Large à sa partie supérieure, le muscle se rétrécit en fuyant le coude, et se divise de bonne heure en quatre faisceaux, aboutissant chacun à un long tendon. Ces quatre tendons passent en arrière du ligament annulaire postérieur du carpe, au-dessous duquel ils divergent pour se porter sur les quatre derniers doigts. Au niveau de l'articulation métacarpo-phalangienne, chacun d'eux reçoit sur ses bords des expansions plus ou moins considérables des muscles lombricaux et se divise en trois languettes : la languette médiane, glissant sur la face dorsale de la première phalange, vient se fixer sur l'extrémité postérieure de la deuxième; les deux languettes latérales se fusionnent sur la face dorsale de cette dernière, pour venir se terminer sur l'extrémité postérieure de la phalangette.
Rappelons en passant que le quatrième tendon de ce muscle ou tendon du petit doigt est, en général, fort grêle et se détache, suivant Theile, plutôt du tendon de l'annulaire que d'un corps charnu distinct.
§ L — Diminution de nombre des tendons digitaux; absence du tendon destiné au petit doigt. — Le tendon destiné au petit doigt peut faire défaut. Cette anomalie, que j'ai rencontrée plusieurs fois, est mentionnée par la plupart des auteurs; j'ai vu également ce tendon diminuer de volume au point de devenir presque filiforme. Dans un cas que j'ai observé en 1881, il était représenté par une simple bandelette longue
de 3 centimètres seulement et qui, se séparant du tendon de l'annulaire sur la région dorsale de la main, venait se fusionner, au niveau de Tarliculalion mélacarpo-phalangienne, avec le tendon de l'extenseur propre de l'index.
Macalister a nolé encore l'absence du tendon que l'extenseur commun envoie à l'index.
Anatomie comparée. — Toutes ces dispositions se rencontrent, à l'état typique, chez certains Mammifères : c'est ainsi que l'extenseur commun des doigls ne se rend qu'aux 3'', 4*^ doigts chez le Siplmeus (Milne-Edwards), chez le tatou (Meckel), chez le tapir (Mûrie) ; il est à remarquer cependant que sur un sujet de cette dernière espèce, disséqué par Cuvier, Fextenseur commun fournissait un tendon au 5" doigt, comme chez l'homme. Meckel a vu également chez Vatèle, l'extenseur commun ne se rendre C[u'aux trois doigts moyens. C\\qz\ ornithorynque, d'après Meckel, ce même muscle ne fournit des tendons qu'aux trois doigts externes.
§ II. — Augmentation de nombre des tendons dig:itaux; tendon surnuméraire pour le pouce. — Ce groupe d'anomalies comprend deux ordres de faits : les premiers se rattachent au dédoublement d'un ou de plusieurs des tendons existant normalement; les seconds sont constitués par l'apparition d'un tendon supplémentaire destiné au pouce.
1° Dédoublement des tendons normaux. — Ce dédoublement
peut s'étendre plus ou moins haut du côté du corps musculaire; il peut donner naissance à des faisceaux égaux ou inégaux, lesquels peuvent se porter soit sur le doigt correspondant, soit sur un doigt voisin; de plus il peut porter soit sur un seul tendon, soit sur plusieurs ou même sur tous; de là des variations presque infinies qu'il serait fastidieux de décrire, et que je me contente de résumer. On a observé :
a) — Cinq tendons par dédoublement du tendon à l'index.
/5j — Cinq tendons par dédoublement du tendon du médius.
y) — Cinq tendons par dédoublement du tendon de l'annulaire.
d) — Cinq tendons par dédoublement du tendon du petit doigt.
e) — Six tendons par dédoublement, sur le même sujet, du tendon de l'annulaire et du tendon du petit doigt.
'Ç) — Six tendons par dédoublement, sur le même sujet, du tendon de l'index et du tendon du petit doigt.
r,) — Six tendons par dédoublement, sur le même sujet, du tendon du médius et du tendon de l'annulaire.
0) — Six tendons par division en trois languettes du tendon du médius.
1) — Huit tendons par dédoublement, sur le même sujet, des quatre tendons de l'extenseur.
Ti) — Neuf tendons par dédoublement du tendon de l'annulaire et du tendon du petit doigt, et division en quatre languettes du tendon du médius.
y — Dix tendons par dédoublement du tendon de l'annulaire, division en trois languettes du tendon du médius et division en quatre languettes du tendon du petit doigt. J'ai observé cette disposition sur le côté gauche d'un sujet adulte, au mois de janvier 1881. Des dix tendons fournis par l'extenseur, trois se rendaient au petit doigt, cinq à l'annulaire, un seul au médius, un seul également à l'index.
[j^J — Onze tendons dans un cas observé par Riidinger, ainsi que sur un sujet disséqué par Perrin.
Anatomie com'parée. — Chez Yhomme, et chez la plupart des autres Mammifères, l'extension des doigts est déterminée par deux systèmes musculaires distincts : un système de muscles longs ou superficiels provenant de l'humérus; un système de muscles courts et profonds prenant naissance plus bas, sur la face postérieure des deux os de l'avant-bras. Entre l'un et l'autre de ces deux groupes, le professeur Humphry décrit un système intermédiaire qui, comme le premier, prendrait son origine sur l'épicondyle et se terminerait, comme lui, sur les phalanges. Ce muscle surajouté, que l'on peut appeler extenseur intermédiaire [Eœtensor secundus de Humphry), serait représenté chez quelques animaux, notamment chez VOrycte-
ropus, par quelques faisceaux musculaires surajoutés à l'exlenseur superficiel et se rendant à quelques-uns des quatre doigts externes. Mais c'est surtout chez le phoque, c[ue l'on doit étudier ce système : il se rencontre en efTet, dans cette espèce, à un état de développement parfait. Voici la description qu'en donne le savant professeur de Cambridge : « Chez le phoque, dit-il, il existe deux extenseurs communs des doigts, s'insérant en haut dans la région condylienne (the external supracondyloïd ridge), l'un au-dessus de l'autre. Leurs tendons glissent sur la face extérieure du radius, dans des coulisses distinctes, et chacun d'eux se distribue aux quatre doigts externes. L'un (extensor communis digitorum), un peu plus élevé que l'autre à son origine, s'étale sur le métacarpe en forme d'une large aponévrose; ses quatre tendons se fixent aux phalanges, en suivant le côté radial de leur face dorsale. La contraction de ce muscle a pour effet simultané et d'étendre les doigts et de les rapprocher du pouce. L'autre, naissant un peu au-dessous du précédent (extemor secundus digitorum), se place un peu en dedans de lui et se divise, vers la partie moyenne de l'avantbras, en quatre tendons, lesquels, croisant les tendons correspondants de Vextensor communis, viennent se placer sur le côté cubital des phalanges. Il en résulte qu'en étendant les doigts, ils les portent en même temps dans l'abduction, par rapport au pouce. » Nous devons vraisemblablement rattacher à ce système d'extenseurs intermédiaires quelques-uns des faisceaux surnuméraires que présente, chez l'homme, à l'état anormal l'extenseur commun de nos Traités classiques.
%° Tendon surnuméraire pour le pouce. — J'ai rencontré en
1881, sur le côté droit d'une femme adulte, un extenseur commun des doigts qui se fixait en haut, comme d'ordinaire, sur la face postérieure de l'épicondyle et fournissait en bas cinq tendons; les quatre tendons internes se terminaient, comme à l'état normal, sur les cjuatre derniers doigts; le tendon externe, un peu plus grêle que les autres, se portait sur l'extrémité postérieure de la deuxième phalange du pouce : c'était un extenseur huméral du pouce. L'année suivante, j'ai
retrouvé ce faisceau pollicien de l'extenseur commun, mais, celte fois, avec une morphologie un peu différente. Il se détachait, en effet, du côté externe de l'extenseur sous la forme d'un tendon, qui se transformait en muscle à 5 centimètres au-dessous de l'épicondyle, redevenait tendineux à 3 centimètres au-dessus du carpe et venait se fixer, comme dans le cas précédent, sur l'extrémité postérieure de la phalange onguéale du pouce.
Déjà Wood, en 1868, Macalister en 1871, avaient signalé un faisceau surnuméraire envoyé au pouce par l'extenseur commun, qui commandait ainsi à tous les doigts. Nous trouvons encore en 1867, dans le mémoire de Bankart, Pye-Smith et Phihps sur les anomalies musculaires observées dans les salles de dissection de Guifs Hospital, la mention d'un prolongement de l'extenseur commun se rendant à l'un des extenseurs du pouce.
Six ans plus tard (1875), le professeur Gruber publie, dans les Archives de Reichert et Du Bois-Reymond, quatre nouveaux faits d'extenseur commun des doigts, envoyant un faisceau surnuméraire au premier doigt de la main. Dans le 'premier cas, le tendon surajouté, plus petit que chacun des quatre tendons normaux, venait s'attacher sur le côté interne de l'extrémité postérieure de la deuxième phalange du pouce ; il était distinct dans toute son étendue des extenseurs ordinaires du pouce. Dans le deuxième, assez analogue à celui que j'ai rapporté plus haut, le faisceau surnuméraire, charnu à sa partie moyenne, tendineux à ses deux extrémités, s'insérait en bas sur la phalangette du pouce et se détachait isolément, en haut, de la face postérieure de l'épicondyle. Gruber, ayant à déterminer ce muscle et à le considérer soit comme un long extenseur du pouce surnuméraire et remontant à l'humérus, soit comme un faisceau additionnel de l'extenseur commun, se rattache à cette dernière solution: « cette interprétation, ajoute-t-il, paraît avoir d'autant plus de fondement, que, dans le cas de véritable duplicité du long extenseur du pouce, le faisceau surnuméraire part du cubitus, et que dans le cas de dédoublement inférieur du corps charnu
[Exlensor bicaudatus de Gruber), le lendon additionnel passe par la quatrième coulisse du ligament postérieur du carpe, avec les tendons de l'extenseur commun et celui de l'extenseur propre de l'index, sans perdre sa signification de muscle extenseur surnuméraire du pouce, ou de faisceau terminal (cauda) surnuméraire de l'extenseur du pouce. » Dans les troisième et quatrième cas, le faisceau pollicien de l'extenseur commun se détachait du. bord radial de ce muscle et se rendait également à la phalange onguéale, en traversant la coulisse du long extenseur propre du pouce dans l'un des cas, et, dans l'autre, la coulisse de l'extenseur commun.
Le lecteur pourra lire une cinquième observation de Gruber dans le tome LXXII des Vircliow's Archiv (1878), et une sixième dans le tome LXXVII de la même publication (1879); ces deux derniers faits ne renferment aucune particularité nouvelle.
Analomie comparée. — La disposition classique présentée, chez l'homme, par l'extenseur commun des doigts (tendon pour tous les doigts à l'exception du pouce), se reproduit à peu près constamment dans la classe des Mammifères ; je n'ai trouvé nulle part, dans les nombreuses dissections de Meckel, la mention d'un cinquième faisceau pour le pouce. Le koala cependant (Phascolarclos cinereus), dont la myologie a été si complètement étudiée par Young, nous présente un extenseur superficiel ou commun qui se fixe en haut sur l'épicondyle et fournit en bas des tendons fort grêles, au nombre de cinq : les deux tendons externes passent ensemble au-dessous du ligament annulaire postérieur du carpe, pour venir se terminer, l'un sur le pouce, l'autre sur l'index ; les trois autres tendons passent au-dessous du ligament, à travers une coulisse spéciale, et se rendent aux 3^, 4^ et 5" doigts.
Nous rencontrons encore, chez les Oiseaux, un long muscle huméro-phalangien (extenseur commun du pouce et du second doigt d'Alix), qui se fixe en haut sur l'épicondyle et se divise, en atteignant le métacarpe, en deux tendons distincts : l'une de ces divisions vient s'insérer à la base de la première phalange du
pouce, dans le voisinage de son bord cubital; quant à l'autre, elle se termine sur le côté radial de la base de la première phalange du second doigt. Malgré l'arrêt de ce muscle à la première phalange des deux doigts externes, je ne partage pas les hésitations d'Alix, relativement à la détermination de ce muscle, et retenant avant tout son mode d'origine sur l'épicondyle, je crois qu'il faut le considérer comme l'homonyme de l'extenseur superficiel ou commun des Mammifhes.
§ III, — Réunion plus ou moins complète des tentions de Textenseur sur la face dorsale du carpe. — Tous les anatomistes signalent ces petites languettes tendineuses que l'on rencontre sur la face dorsale du carpe, réunissant l'un à l'autre les divers tendons de l'extenseur et solidarisant ainsi tous les doigts dans leurs mouvements d'extension. Il n'est rien de plus variable que ces languettes anastomotiques. Voici leur disposition la plus commune, d'après les recherches de Theile : « Le premier tendon de l'extenseur marche obliquement sur le second os métacarpien, pour gagner le doigt indicateur, en dehors de l'extenseur propre de ce doigt, avec lequel il se réunit à la première articulation digitale,
» Le second descend en ligne droite sur le troisième os métacarpien, reçoit ordinairement une languette du troisième, avant d'atteindre la première articulation digitale, et se réunit là encore avec une autre languette que lui envoie parfois l'extenseur propre de l'index.
» Le troisième tendon, quand il ne s'était pas déjà partagé au-dessus du poignet, se divise au carpe, ou sur le métacarpe, en deux autres tendons destinés au quatrième et au cinquième doigt. Celui du quatrième fournit généralement, au-dessus de l'articulation digitale, un faisceau qui va gagner transversalement ou obliquement celui du doigt médius, et un autre analogue qui se rend à celui du petit doigt. Le tendon de ce dernier donne également une languette transversale ou oblique à celui du quatrième doigt, et se réunit ensuite avec le tendon propre de l'extenseur du petit doigt.
» Les anastomoses entre les tendons du cinquième et du quatrième doigt ne manquent jamais; il est rare qu'on n'en trouve pas entre les tendons du quatrième et du troisième. Mais, en outre, on rencontre encore, sur le métacarpe, de minces languettes aponévroticjues transversales, qui servent à réunir ensemble deux tendons voisins. »
Ces languettes d'union jetées entre les tendons des extenseurs peuvent s'accroître soit en surface, soit en nombre; je les ai vues, dans un cas, réunir ensemble, dans presque toute leur portion carpienne, les tendons des trois doigts externes et constituer ainsi pour ces trois doigts un tendon unique, rappelant de tous points la disposition membraneuse que présentent les tendons des extenseurs, chez un grand nombre de Mammifères et que j'ai constatée moi-même, chez quelques Cercopithèques et jusque chez le Troglodytes niger. Macalister et Wood rapportent des faits semblables.
Il est à remarquer que, de tous les doigts de la main, le plus libre, au point de vue des mouvements d'extension, le plus individuel, qu'on me permette cette expression, est le deuxième, celui dont nous nous servons de préférence pour montrer les objets, le doigt indicateur. Le tendon que lui envoie l'extenseur commun est, en effet, presque toujours indépendant des autres tendons. Ici, comme partout, la disposition anatomique est merveilleusement adaptée à la fonction.
§ IV. — Isolement complet du faisceau destiné à l'index
(Extenseur propre superficiel de r index). — L'interstice séparatif qui isole le faisceau de l'index du faisceau destiné au médius remonte plus ou moins haut, du côté de l'épicondyle. Sur deux sujets, je l'ai vu s'étendre jusqu'à cette tubérosité osseuse; le faisceau musculaire qui se portait à l'index se trouvait, dans ces deux cas, tout aussi indépendant que l'extenseur propre du petit doigt et méritait réellement le nom de muscle extenseur propre superficiel de l'index. C'est là, bien évidemment, une disposition mieux adaptée encore que la disposition ordinaire à la fonction qui est dévolue au doigt indicateur. A ce litre,
MUSCLE EXTENSEUR COMMUN DES nOIf.TS.
l'isolement complet du faisceau extenseur de l'index, entraînant comme conséquence l'indépendance de ce doigt, constitue une perfection à la fois anatoraique et physiologique et rentre naturellement dans cette classe d'anomalies que j'ai appelées progressives.
Dans le même ordre de faits, nous trouvons, sur quelques sujets, des extenseurs propres pour le médius et pour l'annulaire. Je me contente de les signaler ici ; leur description sera mieux placée dans un chapitre ultérieur que je compte consacrer aux muscles surnuméraires de cette région.
§ V. — Union avec Textenseur propre du petit doigt. — •
Il n'est pas toujours facile, à l'état normal, d'isoler l'un de l'autre jusqu'à leur origine épicondylienne, l'extenseur commun des doigts et l'extenseur propre du petit doigt ; j'ai vu bien des fois, dans le voisinage de l'épicondyle, les deux corps charnus non seulement contigus, mais continus dans l'étendue de un ou deux centimètres. A un degré plus avancé d'union, les deux muscles n'en forment plus qu'un seul et l'extenseur propre du petit doigt descend au rang secondaire de simple faisceau de division de l'extenseur commun. Je possède, dans mes notes, un fait de cette nature. Macalister signale des faits probablement analogues sous le titre suivant : extenseur commun envoyant un, deux ou trois faisceaux pour remplacer l'extenseur du petit doigt absent.
Sans se fusionner complètement, l'extenseur commun et l'extenseur propre du petit doigt peuvent s'envoyer mutuellement des faisceaux anastomotiques, soit tendineux, soit charnus. Sœmmering mentionne de pareilles anastomoses. J'ai vu moimême, dans un cas, le faisceau de l'extenseur commun des doigts destiné à l'annulaire envoyer une expansion tendineuse au tendon de l'extenseur propre du petit doigt; celui-ci envoyait à son tour, sur le tendon de l'annulaire, une expansion de même nature qui croisait la première en X.
Anatomie comparée. — D'après Meckel, l'extenseur propre du cinquième doigt «n'est souvent qu'une partie» de l'extenseur commun, dans la série des Mammifères. Chez Vatèle notamment,
l'illustre auteur de VAnaiomie comparée a vu l'extenseur du petit doigt entièrement confondu avec l'extenseur commun.
Bibliographie :
Wilde. Comment. Acta Pctropol., t. XII, p. 321. Meckel. Anat. comparée, t. VI, p. 318.
— Anat. descriptive, t. II, p. 165. Albinus, Brugnone, cités par Meckel, in Ouvrage précédent. CuviER. Leçons d'anatomic comparée, t. I, p. 457. Theile, Encycl. anat., « Myologie », p. 227.
WoOD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 531, et t. XVI, p. 508. Macalister. Transact. of Roy. Irish Academy, 1871. Henle. Muskellehre, zweite Auflsege, p. 297.
Gruber. Ueher den Musculus extensor digit. communis manûs anomalus, mit .5 schnen zu allen Fingern, etc. (Reichert u. Du Bois-Reymond's Archiu., 1875, p. 204).
Perrin. Médical Times and Ga.2eite, 1873, p. 597.
CuRNOW. Variet. in the Arrangement of the extensor Muscles in the
forearm {Journal of Anat. and Phys., April, 1876, p. 595). Gruber. Anatomische Noti^en (Virchow's Arch., vol. LXXII, p. 500). Gruber. Nachtrag ^. Vorkommen d. Musc, extensor digit communis, etc.
{Virchow's Arch., 1879, p. 129).
RÛDINGER. Ueber die Muskeln der vordern Extremitœten der Vogeln,
Haar]em, 1868, tab. XV, fig. 38.
HuMPHRY. Observ. in Myology, 1872, p. 181.
Mûrie. On the malayan tapir (J. of Anat. a. Phys., Nov., 1871, p. 307). Milne-Edwards. Étude pour servir à l'histoire de la Faune mammalogique
de la Chine {Myographie du Siphneus, t. I, p. 93). HuMPHRY. On the Myology of Orycteropus capensis and Phoca communis
{Journ. of Anat., 1868, p. 307). YouNG. The Myology of the koala {Ihid., Janv., 1882, p. 229). Alix. Discussion sur le Transformisme (Bull. Soc. d'Anthrop., loc. cit.). Broca. Discussion sur le Transformisme, loc. cit., p. 320. Alix. Essai sur l'appareil locomoteur des Oiseaux, 1874, p. 413. Chudzinski. Revue d'Anthropologie, t. III, p. 35.
ARTICLE IV
Comme le muscle précédent, en dedans duquel il est situé, l'extenseur propre du petit doigt prend naissance, chez l'homme, à la fois sur l'épicondyle, sur les cloisons inter-
musculaires voisines et sur la face profonde de l'aponévrose antibrachiale. Son corps charnu se jette inférieurement sur un tendon qui « commence déjà à une grande hauteur dans l'intérieur du muscle, et devient visible au-dessous du milieu de l'avant-bras, mais reçoit encore des fibres charnues jusqu'auprès de l'articulation radio-carpienne » (Theile). Ce tendon glisse sur la tête du cubitus, dans une coulisse spéciale, et longeant le cinquième métacarpien, vient se terminer sur les deux dernières phalanges du petit doigt, après s'être préalablement fusionné avec le tendon que l'extenseur commun envoie à ce doigt. Ce muscle ne présente qu'un petit groupe d'anomalies vraiment intéressantes.
§ I. — Absence du muscle. — Les cas d'absence du muscle extenseur propre du petit doigt sont relatifs, pour la plupart, à la fusion complète de ce muscle avec l'extenseur commun, disposition anatomique que j'ai déjà étudiée dans l'article précédent. La fusion de l'extenseur du petit doigt avec le cubital postérieur donne lieu à une nouvelle variété d'absence du muscle. On comprend dans ces cas la description sommaire suivante, assignée par quelques anatomistes à cette anomalie : absence de l'extenseur du petit doigt, suppléé par un faisceau additionnel de l'extenseur commun, suppléé par un faisceau additionnel du cubital postérieur.
11 résulterait cependant d'une observation de Brugnone, mentionnée par Meckel, que le faisceau extenseur du petit doigt pourrait entièrement disparaître, sans être remplacé par aucun faisceau surnuméraire. Meckel a rencontré lui-même deux fois l'absence de l'extenseur du petit doigt; mais il se contente de cette mention sommaire.
§ 11. — Dédoublement du muscle. — On a signalé, comme anomalies de l'extenseur du petit doigt, le dédoublement de son tendon, remontant plus où moins haut du côté du corps charnu; il est même des cas où l'interstice séparatif intéresse jusqu'au corps musculaire (Wood, Macalister, Curnovv et
5ii LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.
moi-même). Smith, Howse et Davies-GoUey ont vu le tendon terminal de l'extenseur propre du petit doigt se diviser en trois faisceaux distincts l'un de l'autre, distincts aussi du quatrième tendon de l'extenseur commun.
Des deux branches de bifurcation de l'extenseur propre du petit doigt, le faisceau additionnel peut se rendre avec le faisceau normal sur les phalanges du petit doigt (disposition plus fréquente considérée même comme normale par certains anatomistes), ou bien obliquer en dehors et venir se terminer sur l'annulaire (disposition plus rare). Je consacrerai à cette dernière un paragraphe à part.
Anatomie com'parée. — D'après Meckel, le muscle extenseur propre du petit doigt est partagé, chez V ornithorynque, en deux nauscles distincts qui se rendent, l'un et l'autre, au cinquième doigt.
§111. — Faisceau additionnel pour l'annulaire. — Dans la majorité des cas, le tendon terminal de l'extenseur propre du petit doigt se porte exclusivement sur le cinquième doigt. Il est des sujets cependant, où ce tendon se bifurque dans la région métacarpienne et envoie une expansion plus ou moins considérable sur le quatrième doigt. Cette insertion du muscle aux deux doigts externes est loin d'être rare : nous en trouvons des observations dans les écrits de Vésale, de Meckel, de M. Whinnie, d'Hallet, de Theile, de Curnow. Wood, qui l'a recherchée d'une façon toute spéciale, l'a rencontrée 13 fois sur 106 sujets, soit une fois sur 8, dans les salles de dissection de Dublin. Macalister ne l'a observée qu'une fois sur quatorze.
Anatomie comparée. — C'est là une disposition véritablement simienne, se reproduisant chez l'homme à l'état d'anomalie. L'extenseur propre du petit doigt s'insère en effet d'une façon constante par deux tendons distincts sur les deux derniers doigts, chez un des Anthropoïdes les plus élevés dans la série, y orang-outang . Sur le sujet que j'ai disséqué en 1882, le tendon de ce muscle, simple dans toute sa portion antibrachiale,
se divisait, sous le ligament annulaire, en deux faisceaux complètement distincts, d'égal volume : l'un (l'interne), se portait à l'extrémité postérieure de la première phalange du 5^ doigt ; l'autre (l'externe), se terminait sur l'extrémité postérieure également de la première phalange du 4*^ doigt. Une disposition analogue a été rencontrée par Bischoff, chez le Cynocephalus maimon, par Champneys chez le Ojnocephalus anuhis. L'extenseur du cinquième doigt du gorille, du chimpanzé, du gibbon, du Cercopithecus sabœus, du Macacus cynomologus , du Pithecia hirsuta, de VHapale penicillata n'a qu'une insertion unique, comme celui de l'homme.
Au-dessous des Prima tes, l'insertion simultanée aux deux doigts externes, se rencontre également chez le cochon, \e porc-épic, le lièvre, \o kangurou, la sarigue, V hyène, les Makis (Meckel), le phoque (Duvernoy), VOrycteropus capensis (Humphry). Chez la civette, d'après Young, le représentant de notre muscle extenseur du petit doigt se fixe même aux trois doigts externes.
§ IV. — Insertion additionnelle sur le cubitus. — L'extenseur propre du petit doigt Umite ses insertions supérieures au condyle externe de l'humérus et traverse l'avant-bras sans présenter, avec les os du troisième segment du membre thoracique, d'autres relations que des rapports de contiguïté; la face postérieure de ces deux os est réservée aux extenseurs profonds. Davies-Golley, Taylor et Dalton ont cependant observé, dans les salles de dissection de Guy's Hospital, un muscle extenseur propre du petit doigt, prenant une insertion supplémentaire sur la face dorsale du cubitus.
Anatomie comparée. — Chez le tapir, le D"" Mûrie a vu le groupe indivis extenseur du médius et extenseur du petit doigt prendre son origine à la fois sur l'épicondyle et sur le cubitus (extrémité supérieure et corps dans presque toute sa longueur). De même chez V éléphant, Miall et Greenwood ont décrit à l'extenseur du petit doigt deux faisceaux d'origine distincts : l'un plus volumineux se détachant de l'épicondyle, l'autre plus grêle prenant naissance sur la tête et sur le corps du cubitus.
§ V. — Uuion avec Texteaseur commun. — J'ai déjà décrit cette disposition dans l'article précédent. (Voyez ce dernier muscle, p. 541.)
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