CHAPITRE PREMIER
Groupe pectoral.
Le squelette humain, considéré par sa face antérieure, nous présente, entre le thorax et l'articulation de l'épaule, une région importante entre toutes, qui a la forme d'un grand angle dièdre (région thoraco-scapulaire) . Limitée, dans sa partie profonde, par la rencontre du bord spinal de l'omoplate avec les côtes, en haut, par la clavicule, en dedans, par le sternum, en dehors, par le scapulum et l'humérus, elle esl comblée à l'état frais par des masses musculaires dont l'ensemble porte le nom de groupe pectoral. Tous ces muscles réunissent le thorax, soit à la ceinture supérieure, soit au deuxième segment du membre supérieur, l'humérus : fort variables, dans la série animale, ils conservent néanmoins, dans chaque espèce, une disposition assez constante, pour pouvoir au besoin servir de base à une classification zoologique. Les anthropotomistes en admettent quatre: le grand pectoral, se détachant de la clavicule, du sternum et des côtes pour aboutir à l'humérus; le petit pectoral, réunissant quelques-unes des côtes supérieures à l'apophyse coracoïde; le sous-clavier, s'étendant de la face inférieure de la clavicule au premier cartilage costal; le grand deîitele, enfin, prenant naissance dans toute l'étendue du bord spinal de l'omoplate, et s'irradiant ensuite, en éventail, sur la face latérale du thorax, depuis la première côte jusqu'à la neuvième.
Telle est, en eiïet, dans la pluralité des cas, la constitution analornique du groupe pectoral, chez l'homme; mais il n'est pas rare d'observer, dans notre angle dièdre thoraco-scapulaire, des variations morphologiques des muscles précédents ou même des muscles surnuméraires dont la rareté n'explique pas sutïisamment, selon nous, leur proscription des traités classiques; ce sont : 1° le muscle supra-costal, 2° les faisceaux si variables qui se développent autour de la clavicule, et 3°, enfin, le muscle présternal sur lequel on a tant écrit et qui n'en attend pas moins encore sa vraie formule en anthropologie zoologique.
Ce court préambulé renferme la division naturelle de ce chapitre; nous admettrons six articles que nous consacrerons :
Le premier au grand 'pectoral, dans le cadre duquel trouveront place le costo-spitrochlearis et le chondro-epitrochlearis (Wood), le sterno-epitrochlearis (Testut);
Le deuxième au petit pectoral et au sous-clavier ;
Le troisième aux faisceaux musculaires divers, qui, en raison de leur situation autour de la clavicule, méritent le nom de muscles claviculaires surnuméraires ;
Le quatrième au muscle grand dentelé;
Le cinquième au muscle supra-costal;
Le sixième au muscle présternal.
L'étude des anomalies des muscles intercostaux, sur-costaux et sous-costaux trouvera sa place dans un chapitre ultérieur.
ARTICLE PREMIER
Le grand pectoral constitue le muscle le plus superficiel du groupe. Large, épais et triangulaire, il s'insère d'une part sur le bord antérieur de la clavicule (portion claviculaire) , sur la face antérieure du sternum (portion sternale), sur l'aponévrose abdominale du grand oblique (portion abdominale ou gastrique), et enfin sur les cartilages des Si", 3^ 4* et 5® côtes; un faisceau plus ou moins volumineux se détache presque toujours de la
portion osseuse de celte dernière (portion chondro- costale). D'autre part, le grand pectoral vient se fixer à la lèvre externe de la coulisse bicipitale; cette dernière insertion se fait au moyen d'un tendon quadrilatère, dont la disposition en deux lames est bien connue. Je rappellerai cependant que la lame antérieure reçoit les faisceaux descendants du muscle, tandis que les faisceaux ascendants viennent, en contournant ces derniers, s'implanter sur la lame postérieure. En outre, celte lame postérieure s'élève sur l'humérus plus haut que la lame antél'ieure ; je l'ai vue fréquemment atteindre la grosse tubérosilé ou trochiler.
Séparé du deltoïde par un espace ceiluleux (espace deltopecloral), dans l'aire duquel se trouvent la veine céphalique et l'artère acromio-thoracique, le grand pectoral est également séparé, sur la ligne médiane, de celui du côté opposé, par un espace linéaire plus ou moins large (espace pecto-pectoral] , continuant sur le thorax la ligne blanche de l'abdomen et la ligne blanche du cou.
Les nombreuses anomalies qui ont été observées par moi ou par d'autres, dans la disposition classique du muscle grand pectoral, peuvent être ramenées à huit groupes.
§ I. — Fusion du muscle avec le deltoïde. — Rien n'est plus variable que l'espace dello-pectoral : je l'ai vu dépasser trois centimètres de largeur à sa base, comme aussi je l'ai rencontré, dans bien des cas, à peine appréciable. Sur trois sujets, que j'ai disséqués dans le semestre d'hiver 1880-1881, je n'ai pu, malgré la dissection la plus minutieuse, isoler le grand pectoral du deltoïde: ces deux muscles étaient entièrement confondus depuis la clavicule jusqu'à l'humérus.
En signalant des faits semblables, Macalister indique en même temps la position de la veine céphalique, qui, tantôt passe au-dessous du muscle, tcnlô! c i c;; ( ( ravant le bord antérieur et la face supérieure de la clavicule pour aller se jeter dans un des troncs cervicaux. Je n'ai pas observé cette dernière disposition qui est normale dans certaines espèces simiennes; dans
deuK des cas que j'ai observés (dans le 3°, le Irajel de la veine n'a pas été noté), la veine céphalique s'élevait verlicalement, du pli du coude, le long du bord externe du biceps; puis, se portant obliquement en dedans, elle gagnait l'aisselle en contournant le bord inférieur du grand pectoral et se terminait dans la veine axillaire, à deux centimètres environ au-dessus du point d'abouchement de la veine basilique.
Dans un cas de cette nature, Perrin a vu la veine céphalique perforer la masse commune delto-pectorale et s'aboucher au dessus de la clavicule dans la veine axillaire.
La fusion du deltoïde avec la portion claviculaire du grand pectoral a été notée encore par Cheselden, par Otto, par Seiler, par Koster, par Wood, et, plus récemment, dans les salles de dissection de l'Université de Wurzbourg, par le D"" Max Flesch. Rappelons ici, comme un fait de même ordre, le cas de Perrin, dans lequel la portion claviculaire du deltoïde envoyait un faisceau musculaire anastomotique à la .portion claviculaire du grand pectoral.
Anatomie comparée. — L'anatomie comparée nous montre dans bien des espèces cette fusion en un muscle unique du grand pectoral et fies faisceaux antérieurs du deltoïde. Je l'ai observée pour ma part chez le renard, le rat, la guenon, le bonnet-chinois. Meckel l'a signalée chez les kanguroo; Lannegrace chez V ornithorynque; Bischoff chez VHy lobâtes leuciscus.
M. Milne- Edwards a vu également le deltoïde s'unir au grand pectoral chez quelques Lémuriens de l'île de Madagascar.
§ IT. — Fusion du grand pectoral avec son homologue du côté opposé. — De même que l'espace delto-pectoral, l'espace compris entre les deux grands pectoraux peut s'atténuer et disparaître même d'une façon complète ; dans ce cas les deux muscles se confondent sur la ligne médiane. L'exemple le plus net de cette anomalie m'a été offert par une jeune négresse, d'origir^e sénégalaise, qui avait succombé à une tuberculose pulmonaire, en novembre 1880, Les deux pectoraux, séparés à
la hauteur de la 5*^ côte par l'interstice normal, se rapprochaient ensuite de manière à se fusionner complètement sur le tiers supérieur du sternum. Une dissection minutieuse m'a permis de reconnaître à ce niveau trois ordres de faisceaux : oc) des faisceaux qui, partant de la masse d'un pectoral, venaient s'attacher sur le sternum après avoir franchi la ligne médiane; (3) des faisceaux qui passaient sans s'interrompre d'un côté à l'autre; y) des faisceaux, enfin, qui se réunissaient à leurs homologues du côté opposé à l'aide d'une petite languette tendineuse, formant ainsi, avec ces faisceaux homologues, autant de muscles digastriques dont les deux extrémités s'implantaient sur les deux humérus.
J'ai observé sept ou huit faits de ce genre, et je crois pouvoir conclure de l'examen de ces faits, que la fusion plus ou moins complète sur la ligne médiane des deux pectoraux n'est nullement en rapport avec le degré de développement du système musculaire; j'ai rencontré cette anomalie chez des sujets présentant des muscles peu développés ; et d'autre part, j'ai vu sur des sujets fortement musclés l'espace qui sépare les pectoraux prendre des proportions considérables.
Analomie comparée. — La guenon m'a offert cette fusion des deux grands pectoraux sur la ligne médiane; je l'ai constatée également sur un Ursus amcrkanus que j'ai disséqué en avril 1881; toutefois, sur ce dernier animal, on parvenait, par la dissection, à retrouver sur la ligne médiane, surtout en arrière, des traces d'un interstice fibreux séparant les deux muscles symétriques. Milne-Edwards a signalé un raphé à peu près semblable entre les deux pectoraux du Siphneus de l'ordre des Rongeurs.
Le phoque commun, dont l'étude a été faite avec tant de soin par Duvernoy, possède un grand pectoral qui dépasse le sternum et empiète sur la région cervicale ; en avant de la poignée du sternum, les deux pectoraux sont entièrement confondus.
Chez la taupe, le faisceau le plus antérieur du grand pectoral se confond avec celui du côté opposé. Même disposition chez V ornithorynque, chez la chauve-souris, chez le cheval (xMeckel).
Dans Vhyène, \^ couche superficielle du grand pectoral nous présente la forme d'un carré long, uni sur la ligne médiane avec son homologue du côté opposé, à l'aide d'une bandelette tendineuse.
Tous ces différents degrés de fusionnement se rencontrent dans le cas anormal que j'ai rapporté plus haut.
§111. — Union du grand pectoral et du g-rand droit de rabdomen. — Macalister signale cette anomalie dans les termes suivants: on a observé l'union des fibres supérieures du reclus abdominis avec le bord inférieur du grand pectoral.
Cette disposition se retrouve à l'état normal chez un grand nombre de batraciens et quelques reptiles. Zenker a déjà signalé depuis 18216 la continuité chez les batraciens du muscle brachio-abdominaîis, ou portion abdominale du grand pectoral avec le rectus abdominis (léna, 1826).
§ IV. — Union du {jrand pectoral avec le biceps. — Macalister a vu un faisceau venant du grand pectoral se continuer avec la courte portion du biceps. Dans un autre cas, le même observateur a vu la courte portion de biceps tout entière naître du grand pectoral. M. Chudzinski a, je crois, observé un fait semblable chez un nègre.
Nous reviendrons sur cette anomalie à propos du biceps brachial.
§ V. — Séparation de la portion claviculaire et de la portion sterno-eostale. — L'interstice cellulo-graisseux qui sépare généralement ces deux portions du grand pectoral est soumis à des variations nombreuses. Quelquefois on le cherche vainement à l'aide des yeux ou du scalpel. Dans le cas cité plus haut, sur une négresse, la portion claviculaire très développée débordait d'un centimètre la portion stern;ile, en avant de laquelle elle venait faire une forte saillie. D'autres fois, au contraire, cet espace s'élargit et se prolonge vers l'humérus de manière à séparer entièrement les deux portions claviculaires. ^
Chez un adulte d'une musculature ordinaire, j'iii trou\é une distance de deux centimètres et demi entre ces deux portions. Flesch a observé un cas plus remarquable encore : il s'agit d'un triangle séparatif dont le bord inférieur correspondait au quatrième espace intercostal et dans l'aire duquel on apercevait la deuxième et la troisième côte, avec une portion du petit pectoral.
Je crois pouvoir établir, d'après mes observations, que cet interstice est d'autant plus développé, que Tinterslice deltopectoral l'est moins : il existe ainsi pour ces deux espaces une espèce de balancement.
A côté des faits qui précèdent, nous devons placer les cas de division de la portion claviculaire en deux faisceaux distincts, observés par quelques anatomistes, notamment par Macalister et par Wood.
Anatomie comparée. — M. Broca n'attache à ce degré de séparation plus ou moins complète des trois portions du grand pectoral, aucune signification anatomique : « Chez Vhomme et le chimpanzé, dit-il, on ne trouve qu'une ligne celluleuse à peine visible entre la portion claviculaire et la portion sternale. Chez le gorille et X'orang, ces deux faisceaux sont séparés dans le jeune âge par un interstice à peine plus large, mais qui s'élargit dans l'âge adulte pour donner passage à un prolongement du sac aérien. Il y a alors deux muscles bien distincts. La ligne de démarcation s'efface de nouveau chez le cynocéphale sphinx pour reparaître très accentué, au dire de Vrolik, chez le cynocéphale mandrill. Cela suffit pour démontrer le peu d'importance de ce caractère. » Nous ne pouvons partager entièrement, sur ce point, l'opinion de Broca : sans doute, nous ne devons pas attacher au développement plus ou moins considérable de l'interstice dont il est ici question, l'importance que nous accordons à quelques autres anomalies, à l'apparition chez l'homme, par exemple, des muscles acromio-trachélien et dorsoépitrochléen. Nous devons retenir cependant ce double fait d'observation : 1° cet interstice existe chez certains singes, tantlis qu'il fait défaut chez d'autres; 2° nous rencontrons chez
l'homme des muscles grands pectoraux représentant le premier type, et des nîuscles grands pectoraux se rattachant au second.
§ VI. — Grands pectoraux décomposables en deux couches distinctes. — Cette division du grand pectoral en deux couches s'observe uniquement sur la portion sterno-costale ; la portion claviculaire reste toujours indivise. Nous trouvons, dans le Journal complémentaire des sciences médicales de 1830, un bel exemple de celte anomalie rapporté par Tiedmann. Nous en devons une deuxième observation à Macalisler ; le savant professeur de Dublin l'a rencontrée sur un sujet d'une musculature très ordinaire : la couche profonde du grand pectoral était parfaitement distincte de la couche superficielle, et formait au niveau de l'épaule le frœnum suspensory de Winslow.
Je crois devoir rattacher à cette anomalie le cas suivant: sur un sujet d'une trentaine d'années, trois languettes musculaires aplaties naissaient des 3™", 4'"'' et S""" cartilages costaux, un peu en dedans de l'insertion thoracique du petit pectoral; elles se portaient de là vers l'aisselle, entre les deux muscles pectoraux, et ne se réunissaient au plan superficiel du grand pectoral qu'à 3 ou 4 centimètres de la coulisse bicipitale.
Anaiomie comparée. — Cette disposition du grand pectoral en deux couches distinctes, plus ou moins superposées, est très commune dans la série des mammifères; nous la retrouvons, d'après Meekel, chez le moulon, le cochon, Y aï, la sarigue, le kanguroo, le hérisson, etc.; le coati présente également deux couches qui ne sont « unies en arrière que dans une petite étendue » .
Dans le genre Arctomys, de l'ordre des Rongeurs, il existe, au-dessous du grand pecloral, une deuxième lame musculaire bien distincte du grand pectoral, laquelle s'étend de la portion moyenne du sternum à la crête humérale, et qu'avec M. Milne- Edwards, nous ne pouvons considérer comme un petit pectoral. Cette lame musculaire n'est autre chose qu'une deuxième couche du grand pecloral : elle a de ce dernier muscle, en effet, et l'insertion thoracique et l'insertion brachiale.
Young [Journ. of Anat., t. XIV, p. 170) décrit au grand pectoral, chez la civette, deux couches dislincles: l'une superficielle et l'autre profonde; et, entre les deux, une série de faisceaux musculaires (pectoral intermédiairej qui viennent s'insérer sur la crête humérale immédiatement au-dessous du tendon d'insertion de la portion superficielle.
§ VII. — Anomialies dans le mode d'insertion brachiale. —
En dehors de la lèvre externe de la coulisse bicipitale qui constitue sa ligne d'insertion normale, le muscle grand pectoral vient parfois s'attacher par des faisceaux variables de volume et de direction, sur V apophyse coracoïde, les tubérosilés humérales, la capsule articulaire, ['aponévrose brachiale et même sur Vépitrochlée. Nous avons là une nouvelle série d'anomahes aussi intéressantes que variées.
A. — Description anatomique. — Ces faisceaux surnuméraires, que je vais décrire avec quelques détails, peuvent se séparer de la face profonde du grand pectoral, ou bien ne présenter avec ce muscle aucun rapport de continuité. DaHs ce dernier cas, ils peuvent naître des côtes ou des cartilages costaux, ou bien se détacher de l'aponévrose abdominale (homologue de la lame abdominale de certains mammifères).
a) — Insertion à l'apophyse coracoïde et à l'aponévrose du muscle coraco-brachial {chondro-coracoïde de Wood). — Dans UU cas I'apporté
par Wood, le faisceau surnuméraire chondro-coracoïdien, large de deux pouces, naissait par deux digitations de la 6*^ côte et de l'aponévrose du grand droit, croisait le faisceau vasculonerveux de l'aisselle et se terminait par une expansion tendineuse sur l'aponévrose qui recouvre l'origine du muscle coracobrachial. Dans un deuxième cas de Wood, le chondro-coracoïdien s'insérait directement sur l'apophyse coracoïde avec le petit pectoral et envoyait en même temps quelques fibres au coracobrachial. Macalisîer a observé un cas analogue.
Perrin a vu une bande musculaire naissant de l'aponévrose de l'abdomen se terminer sur l'apophyse coracoïde. Le même analomiste a vu un muscle à peu près semblable se détacher
de la face profonde du grand pectoral, et, dans un autre cas, il a constaté la terminaison du faisceau abdominal au milieu du tissu cellulaire du creux axillaire.
F. Merkel rapporte un cas dans lequel une bande musculaire, naissant de la G*^ côte, se portait vers l'aisselle et se réunissait à un faisceau du grand dorsal pour former un muscle unique, lequel venait s'insérer sur le point d'origine du muscle coraco-bracliial. Cette dernière disposition nous rappelle l'anastomose assez fréquente que le grand dorsal envoie au grand pectoral [AcJtselbogen des analomistes allemands) et que nous étudierons plus tard.
|5j - — Insertion sur la capsule articulaire. — J'en troUVe un cas,
décril par Pye-Smith, Howse et Colley, dans le Gui/s Hospilal Reports de 1870. Déjà, en 18G0, Gruber avait signalé ce muscle sous le nom de Tensor semivaginœ articidadonis humeroscapularis; et, avant lui, Sœmmering avait mentionné un faisceau venant du tendon du grand pectoral et se portant en haut pour rejoindre l'insertion liumérale du sus-épineux et le ligament capsulaire de l'épaule.
C'est Ganlzer qui, au dire de Macalister, aurait le premier décrit le tenseur du ligament capsulaiie de l'épaule. Ce dernier anatomiste a retrouvé ce muscle sur le côté gauche d'un chimpanzé femelle, avec une origine supplémentaire sur le deuxième cartilase costal.
yj — Prolongement du tendon du grand pectoral allant s'insérer
sur la capsule articulaire. — Sur un nègre, disséqué par M. Chudzinski, le tendon du grand pectoral confondait ses fibres les plus élevées avec la capsule scapulo-humérale, et recevait en même temps de ce ligament une bandelette fibreuse, mince et étroite, qui le rejoignait au niveau de sa face interne. Cette disposition que j'ai observée plusieurs fois chez le blanc, rappelle le ligament, décrit pour la première fois par Boyer, entre la capsule articulaire de l'épaule et le bord supérieur du tendon du grand |)ecloral. Signalons ici, comme une variété du même ordre, le développement, aux dépens du tendon du grand pectoral, d'une lame aponévrolique très résistante, étendue entre les deux
lèvres de la coulisse bicipilale et transformant ainsi cette gouttière osseuse en un canal complet. Bien que Gruveilher regarde cette disposition comme assez commune, je ne l'ai observée que très rarement. Calori, lui aussi, ne l'a trouvée que sept fois sur cinquante bras, tantôt d'un seul côté, tantôt des deux, mais le plus souvent des deux côtés.
d) — Insertion surnuméraire à l'humérus. — J'ai observé, en
novembre 1881, un faisceau distinct naissant sur la cinquième côte, longeant le bord inférieur du grand pectoral, passant au dessous de ce muscle au niveau de l'aisselle, et se divisant, à trois centimètres en dedans de la coulisse, en deux faisceaux : le faisceau supérieur venait s'insérer sur la lèvre externe de la coulisse bicipitale, en arrière du tendon ordinaire; l'autre se jetait sur un tendon arrondi qui descendait jusqu'à l'épi- Irochlée. La portion supérieure de ce muscle, considérée isolément, représente un muscle particulier coslo-huméral, absolument distinct du grand pectoral, qui est placé en avant de lui, distinct aussi du petit pectoral, qui se porte vers l'apophyse coracoïde. Ce pectoral intermédiaire, normal chez le gorille et le cynocéphale sphinx, n'est autre chose que le troisième pectoral, dont Pozzi a figuré un très bel exemple dans le troisième volume de l'Association française pour l'avancement des sciences (Pl. VII, fig. 2).
e) — Insertion à l'aponévrose brachiale. — Il n'est pas rare de rencontrer chez l'homme quelques faisceaux fibreux, appartenant à la portion sterno-costale du muscle grand pectoral et venant s'épanouir sur l'aponévrose brachiale. Ces faisceaux deviennent ainsi des tenseurs de cette aponévrose.
J'ai figuré, dans mon allas, un fait de ce genre; j'en ai rencontré plusieurs autres à peu près analogues. Macalister et Kelly ont aussi rencontré des faisceaux distincts qui se portaient des côtes à l'aponévrose brachiale. Gruber a cru devoir consacrer un article spécial à celte disposition anormale, dont il rapporte un fait très démonstratif à cet égard.
— Insertion simultanée sur les deux lèvi-es de la coulisse. — Un fait de ce genre a été i\apporté et figuré par Calori. La tig. 16
de la planche VII de son mémoire nous présente (n° 5), au dessous du grand pectoral, un petit muscle distinct naissant de la sixième côte et se divisant, avant d'atteindre le muscle coracobracbial, en deux faisceaux : le faisceau antérieur vient s'attacher à lia lèvre antérieure de la coulisse bicipitale; le faisceau postérieur croise en arrière le muscle coraco-brachial et vient s'implanter sur le trochin. Le muscle coraco-brachial, les deux portions du biceps et une petite artère musculaire passent entre les deux faisceaux.
Il convient de rapprocher de ce fait tous les cas où l'on voit une bande musculaire se porter du grand pectoral sur le tendon ou sur la portion charnue du grand dorsal.
Il faut également placer ici l'anomalie si singulière rapportée par Macalisler, dans laquelle le tendon axillaire du grand pectoral était divisé, dans l'aisselle, par le tendon de la longue portion du biçeps, les fibres sterno-coslales passant en arrière et les fibres claviculaires passant en avant.
- r,J — Insertion sur l'épitrocUlée {M. chondro-epilrochleaiis de W'ood). —
J'ai observé les deux faits suivants dans les salles de dissection de notre Faculté, pendant le semestre d'hiver 1881-1882! :
1° Sur un homme âgé, le grand pectoral du côté gauche, plus épais que d'habitude, se confondait avec le bord antérieur du deltoïde, de façon à ne laisser entre sa portion claviculaire et ce dernier muscle aucun interstice. Un espace celluleux, large d'un centimètre à sa base, sépare au contraire la portion claviculaire de la portion sterno-costaîe. Cette portion sterno-costale naît comme à l'ordinaire de la face antérieure du sternum et des cartilages costaux des 2% et 4'= côtes; elle est renforcée par un faisceau charnu volumineux, qui se détache de l'aponévrose du premier espace intercostal et que l'on aperçoit très nettement quand on récline le grand pectoral en dedans. Le tendon huméral est absolument conforme à la description classique et reçoit toutes les fibres du grand pectoral, à l'exception des faisceaux les plus externes de la portion claviculaire, qui se fusionnent, comme je l'ai déjà dit, avec les fibres antérieures du deltoïde, et se portent plus spécialement à
la face externe de l'humérus (empreinle ileltoïdienne) . Au-dessous de cette masse musculaire se trouvent deux bandes charnues surnuméraires entièrement distinctes, dont les insertions 'brachiales surtout sont intéressantes. La première, large à son origine thoracique de quatre centimètres, prend naissance sur le 5° et le 6*^ cartilages costaux et se porte vers le creux axillaire, en suivant le bord inférieur du grand pectoral dont le sépare un interstice celluleux, d'autant plus marqué qu'on s'éloigne de l'insertion costale. Arrivé au niveau de l'aisselle, ce muscle, d'abord aplati, affecte une forme plutôt cylindrique et se divise avant d'atteindre l'humérus en deux faisceaux : les fibres .supérieures se jettent sur un tendon aplati qui vient s'insérer sur la lèvre antérieure de la coulisse, au niveau du tendon du grand pectoral; quant aux fibres inférieures, elles s'infléchissent en bas et en dehors, et, fuyant l'aisselle, elles viennent s'implanter sur un tendon aponévrolique qui contracte avec l'aponévrose brachiale des rapports intimes. Ce tendon, large d'un centimètre à son origine, descend vers l'avant-bras, s'arrondit dans son trajet et vient se fixer sur l'épitrochlée au dessus de la masse commune des nuiscles épilrochléens ; situé d'abord en dehors de l'artère* hurnérale et du nerf médian, ii croise ces deux organes, en passant sur leur face antérieure. Le nerf brachial cutané interne passe, au contraire, en avant dece tendon. Le deuxième faisceau surnuméraire provient de l'aponévrose abdominale et, par quelques fibres, du cartilage costal de la G*' côte; il mesure un centimètre de largeur, longe le bord inférieur du faisceau précédent pour se jeter sur le tendon épitrochléen déjà décrit. Enfin, en arrière de ce tendon, il en existe un deuxième, d'un volume à peu près égal, provenant de la partie moyenne du vaste interne. Ces deux tendons se confondent au niveau de leur insertion épitrochléenne.
2° Le deuxième fait, quoique appartenant à la même classe d'anomalies, est un peu différent. Un gros faisceau de fibres musculaires, se détachant du bord inférieur du grand pectoral, vient s'épanouir et se terminer sur les bords interne et supé-
rieur d'une aponévrose triangulaire, située en avant du biceps et s'attachant par son angle externe à la coulisse bicipitale. Cette aponévrose se termine, à (rois centimètres au-dessous de l'aisselle, sur un tendon cylindrique qui vient s'attacher à l'épi- Irochlée, en croisant obliquement le paquet vasculo-nerveux du bras, comme dans le cas précédent. En outre, une pelile bande musculaire, entièrement distincte du grand pectoral, naît de l'aponévrose abdominale et, contournant le bord antérieur du creux axillaire, vient se terminer sur la partie moyenne du tendon épitrochléen que je viens de décrire,
Les faits que je viens de rapporter renferment une variété de ce muscle anormal, qui, partant de l'aponévrose abdominale ou des côtes moyennes, aboutit à l'épitiochlée ; elle a été particulièrement étudiée par Wood, sous le nom de chondro-epitrocJdearis. 11 est juste cependant de rappeler que des faisceaux analogues avaient été signalés déjà par Sœmmering, par Strutliers, par Caldani, par Theile, par Cruveilher (^), par Develie.
En utilisant leurs observations et aussi les cas plus récenis de Calori, de J.-B. Perrin, de Gruber et de Knolt, nous pouvons donner du muscle chondro-epitrochlearis \d. description suivanle: c'est une bande musculaire longeant le bord inférieur du grand pectoral, dont elle est séparée, dans toute son étendue ou seulement dans ses portions externes, par un interstice celluleux plus ou moins marqué. Elle peut naître des i'', 5^, côtes (portion osseuse, mais plutôt portion cartilagineuse) ou bien de l'aponévrose abdominale. En atteignant l'humérus, elle se jette sur un tendon d'abord évasé, bientôt cylindrique, qui vient se fixer sur l'épi trochlée en présentant des rapports plus ou moins
(*) Voici la note de Cruveilher : « J'ai vu un faisceau musculaire très grêle, né de l'aponévrose abdominale, longer le bord externe du grand pectoral dont il était parfaitement distinct et se terminer, au niveau de l'insertion liumérale de ce muscle, par une languette tendineuse. Cette languette se continuait le long du bord interne du bras, adhérait à la cloison musculaire aponévrotique et recevait un petit faisceau musculaire de cette cloison pour venir se lixer à l'épitrochlée . {Anat. dcscript., 2" édit., 1843, t. II, p. 149.)
MUSCLE GRAND PECTORAL. ' 2i1
intimes avec l'aponévrose brachiale et la cloison intermusculaire interne.
C'est là la disposition la plus commune; mais le muscle chondro-epitrochlearis peut présenter des variantes que je résume ici le plus brièvement possible :
1° Il peut recevoir quelques faisceaux do renforcement du grand pectoral ou d'un muscle surnuméraire situé entre lui et le grand pectoral (cas de Vauteur).
2° Il peut être renforcé par une bandelette tendineuse qui descend de la capsule articulaire de l'épaule et vient se joindre à lui au niveau de la portion moyenne du bras (cas de Perrin).
3° Il semble naître du grand dentelé.
4° Son tendon reçoit, dans sa partie moyenne, un faisceau musculaire provenant du grand pectoral (cas de Calori, le mien), du muscle coraco-brachxal (Perrin).
5° Enfin, le tendon épitrochléen peut provenir d'un double faisceau, l'un émanant du grand pectoral, l'antre provenant du grand dorsal. Develle qui a observé cette disposition chez un homme de quarante ans, fait remarquer que le grand pectoral fournissait à lui seul les deux tiers de ce muscle, et il ajoute que cette particularité se rencontre chez les oiseaux.
Le faiseau dorsal de renforcement s'observe quelquefois isolément; nous le décrirons à part, dans un chapitre ultérieur, sous le nom de dorso-epitrochlearis, dorso-épitrochléen .
0) — Muscle sterno-costo-epitrocblearis. — J'ai décrit SOUS CO
ncm une variété du muscle précédent, dont il diffère cependant par son origine plus élevée. Après avoir dénudé la face antérieure de l'aisselle et du bras, j'ai aperçu, à la limite de ces deux régions, une bandelette aponévrotique très résistante qui semltlait se détacher du bord inférieur du grand pectoral, à un centimètre en dedans de son insertion humérale. De forme triangulaire et mesurant à son origine deux centimètres de largeur, elle se condensait bientôt en un tendon cylindrique qui venait s'atta- . cheràl'épitrochlée, un peu au-dessus des muscles épitrochléens. Après avoir sectionné le grand pectoral pour bien me fixer sur l'origine réelle de ce tendon, je me suis aperçu qu'il ne naissait
pas-du bord inférieur du grand pectoral, comme je l'avais cru au premier abord, mais de la lame postérieure de son tendon, et qu'il recevait un gros faisceau musculaire de la face postérieure du muscle lui-même. En outre, ce faisceau, qui constitue un véritable muscle surnuméraire, ne provient nullement des fibres inférieures du grand pectoral, mais du tiers moyen de la portion sterno-costale. W naît donc sur le sternum ou tout au moins sur les deux ou trois cartilages costaux; ce qui justifie, ce me semble, la place et le nom que je lui donne dans ce travail.
B. — • Fréquence relative de la bande musculaire huméro-abdo- MiNALE distincte DU GRAND PECTORAL {Epigastric sUp de Perrin). — La plupart des tendons aberrants que je viens de décrire, proviennent d'une bande musculaire qui longe le bord inférieur du grand pectoral et qu'une dissection facile sufïit, dans la plupart des cas, pour isoler d'une façon complète. Elle est, chez l'homme, la reproduclion minuscule d'un muscle qui est constant et généralement plus large chez beaucoup de mammifères et qu'on a décrit sous les dénominations diverses de portion ventrale (Cuvier et Laurillard), chondro-épitrochléen (Duvernoy), costo-lniméral (Huxley), brachio-abdominal (Zenker). Sa fréquence dans l'espèce humaine est beaucoup plus grande qu'on pourrait le penser au premier abord; et si nos élèves, dans les dissections, ne le notent pas plus souvent, c'est qu'ils n'en connaissent ni la situation, ni même le nom. Au -reste, ce degré de fréquence ne peut être exactement formulé que par des chiffres. Voici ceux que j'emprunte au travail de Perrin : sur 29 sujets, disséqués dans le laboratoire d'anatomie de King's Collège, dans le semestre d'hiver 1868-1869, Perrin a observé le muscle brachio-abdominal sur 6 sujets, 4 fois sur des hommes (3 fois des deux côtés, 1 fois du côté gauche seulement), 2 fois sur des femmes (1 fois du côté gauche, 1 fois des deux côtés).
Durant le semestre de 1869-1870, 29 sujets ont été disséqués à King's Collège. Le muscle qui nous occupe a été observé sur 5 d'entre eux, 4 fois sur des hommes (2 fois des. deux
côtés, 1 fois à gauche, 1 fois à droite), 1 fois sur une femme (du côlé droit seulement).
Au total, l'homologue chez l'homme du muscle brachio-abdominal des mammifères, a été noté A 1 fois sur 58 sujets, soit 18,97 pour 100, presque 1 fois sur 5 sujets.
De toutes les dispositions anormales que nous venons de décrire, il n'en est pas une qui ne se retrouve à l'état normal dans la série des vertébrés. Il suffira, pour s'en convaincre, d'étudier les variations morphologiques du grand pectoral dans les espèces les mieux connues.
C. — Anatomie comparée. — Tout d'abord, nous devons rappeler qu'un grand nombre de mammifères présentent, en arrière du grand pectoral, un faisceau plus ou moins considérable, mais généralement très distinct, naissant de l'aponévrose abdominale [M. costo-huméral de Huxley, hrachio-abdominal de Zenker, portion ventrale de Cuvier et Laurillard, etc.) Nous trouvons ce faisceau distinct chez la sarigue (Meckel), Vours (ïestut), Vindris (Milne-Edwards), la chauve-souris (Maisonneuve), les Monotrèmes (Alix). Le faisceau abdominal de ces derniers animaux naît de la hgne blanche dans toute sa hauteur.
Si des mammifères nous descendons aux batraciens, nous trouvons le muscle abdominal plus maïqué encore. Chez la grenouille, le grand pectoral s'insère bien sur le sternum, mais il prend sa plus grande ligne d'insertion sur la surface antérieure du grand droit ; et chez les Urodèles, cette portion ventrale constitue, à elle seule, tout le muscle abducteur du bras. De telle sorte cju'on peut dire, avec Lannegrace, que si « chez l'homme le faisceau abdominal est très faible, ce faisceau abdominal fut primitivement le plus important. »
Cherchons maintenant, dans les dissections faites par nous ou par d'autres, l'explication des insertions si variables du grand pectoral au membre supérieur :
Chez le mouton, la couche profonde du grand pectoral s'étend de la partie postérieure du sternum à la tubérosilé externe de l'humérus (Irochiter).
Chez les Rongeurs, il existe deux muscles pectoraux : le pecto-
ral superficiel et le pectoral profond. Ce dernier, qui représente à la fois le petit pectoral et la portion ventrale du grand pectoral (Lannegrace), naît de la partie moyenne et postérieure du sternum, de la partie externe des 3% 4" et 5' cartilages costaux et de la tunique abdominale. Se portant en dehors et en haut, il ne larde pas à se partager en deux faisceaux : le faisceau supérieur (analogue du petit pectoral) et le faisceau inférieur (analogue du muscle brachio-abdorainal). Ce dernier s'attache à la grosse tubérosilé de l'humérus.
De môme chez les Lacertiliens et les Urodèles, de la classe des Balriiciens, le grand pectoral s'attache au trochiter.
Chez les Cétacés, il est fixé, d'après Meckel, à tout l'humérus et descend jusqu'à l'aponévrose anti-brachiale. Il descend même plus bas, dans certaines espèces, et, à cet égard, le phoque nous ofTre une particularité très remarquable : les faisceaux postérieurs et moyens viennent se jeter sur une aponévrose qui se prolonge jusqu'aux extrémités des doigts et dans leurs intervalles. Cette disposilion singulière fait qu'une bonne partie de l'aclion du grand pectoral est portée immédiatement à la main, qui acquiert ainsi une très grande force pour frapper l'eau (Duvernoy).
Sur un cochon, que j'ai disséqué en novembre 1881, j'ai trouvé au grand pectoral deux portions distinctes : l'une antérieure et l'autre postérieure. Le muscle pectoral antérieur, quadrangulaire, naît de la face antérieure du sternum, dans une étendue de 5 centimètres à partir de la fourchette; ses fibres se portent en dehors vers l'humérus et se comportent difïéremnient, suivant leur situation. Les fibres les plus antérieures viennent se mettre en rapport avec le bord antérieur du muscle céphalo-huméral (portion claviculaire du deltoïde) , avec lesquelles elles se confondent, et s'attachent à la partie moyenne et inférieure de l'humérus. Les fibres situées en arrière de celles-ci, se portent vers l'avant-bras et se terminent sur le tiers supérieur de l'aponévrose anti-brachiale.
Le muscle pectoral postérieur, beaucoup plus large que le précédent, a la forme d'un vaste triangle, dont la base corres-
pond au sternum et à l'aponévrose ^ibdominale, et dont le sommet vient s'insérer sur la capsule articulaire et sur le trochiter.
Chez un renard (Canis vulpes) dont j'ai disséqué, quelques jours après, la plupart des groupes musculaires, j'ai trouvé le grand pectoral constitué par trois portions distinctes : a) la portion antérieure, partant des 4/5 antérieurs du sternum, se confond, en dehors, avec le delto-trapèze et s'attache à l'humérus, depuis la grosse tubérosité jusqu'à % centimètres environ audessus de l'interligne articulaire du coude; /3j la portion postérieure naît du 1/5 postérieur du sternum, en arrière du précédent, dont il n'est pas distinct à son origine, mais dont il ditîère bientôt par sa situation profonde et aussi par la direction de ses fibres, qui sont obliquement ascendantes, croisant à angle aigu les fibres de la précédente portion; ce muscle vient s'insérer sur le trochiter; y) enfin, je désignerai sous le nom de muscle abdomino-anlibrachial une bande musculaire, en forme de ruban, large de ^ centimètres seulement, qui part de la ligne blanche pour se jeter sur les aponévroses brachiales et antibrachiales où elle se termine. Ce dernier faisceau est entièrement distinct des deux autres.
Mon Ursus americanus m'a présenté une portion abdominale de 5 centimètres de largeur, entièrement séparée du bord inférieur du grand pectoral. Ce muscle, parti de l'aponévrose qui recouvre le grand droit, gagne le creux axillaire et se jette, avant d'atteindre l'humérus, sur un petit tendon d'aspect nacré, long de 3 centimètres, haut de \ centimètre seulement. Ce tendon terminal s'insère à gauche, sur la face profonde de la portion la plus élevée du tendon du grand pectoral; à droite, il se fusionne avec un ruban aponévrotique qui réunit le bord inférieur du grand dorsal avec le tendon du grand pectoral.
Voici la disposition que j'ai observée chez le chat : le grand pectoral du côté droit m'a paru constitué par 6 portions distinctes :
1° Le sterno- antibrachial [pecto- antibrachial de Strauss- Durckeim), superficiellement placé à la partie antérieure du
thorax, naissant de la face antérieure du sternum, confondant, après 5 ou 6 centimètres de parcours, ses fibres externes avec les fibres internes du delto-claviculaire et se portant, avec ce dernier muscle, vers le coude ; une grande quantité de ses fibres se perdent sur l'aponévrose antibrachiale ;
2° Le large pectoral, situé au-dessous du précédent, représentant la partie antérieure du grand pectoral de Thomme et s'élendant du sternum cà l'humérus;
3° Le grand pectoral, représentant la partie postérieure du grand pectoral de l'homme, part également du sternum pour venir s'attacher à la crôte antérieure de l'humérus (lèvre antérieure de la coulisse);
4" Le sterno-trochitérien , partant de la portion moyenne du sternum et venant se terminer sur la grosse tubérosité de l'humérus et sur la capsule ariiculaire;
5° Le brachio-ahdomiwd ou portion abdominale forme une portion parfaitement distincte. Pai tant de l'aponévrose qui recouvre le grand droite il se porte obliquement vers l'aisselle, et semble se confondre, au premier abord, avec le grand pectoral; mais, quand on sectionne ce dernier muscle pour bien se fixer sur la disposition du faisceau abdominal, on voit celui-ci se terminer, à 3 centimètres de la coulisse, par un tendon arrondi, très grêle, qui vient se fixer sur la crête antérieure, immédiatement au-dessous du trochiter;
6° Enfin, j'ai rencontré un dernier faisceau charnu, qui se détachait du bord postérieur du large pectoral et qui venait, en longeant parallèlement le bord interne du pecto-antibracinal, se terminer sur l'aponévrose de l'avant-bras, au-dessous de l'articulation du coude.
Cette description, on le voit, est à peu près celle qu'a donnée Strauss-Durckeim.
Chez la civette, d'après Young, en voit les fibres les plus inférieures de la portion profonde du grand pectoral se porter sur l'aponévrose qui recouvre le biceps.
Milne-Edwards décrit, chez les Lémuriens, au-dessous de la couche superficielle du grand pectoral, un faisceau profond qui,
des 3^, 4"/ et S*' côtes, va se fixer par un tendon très large et très aplati sur la tête de l'humérus, en contractant des connexions intimes avec le ligament capsulaire et en recouvrant le tendon glénoïdien du biceps. Le savant naturaliste du Muséum considère ce muscle comme le « petit pectoral » des anthropotomistes. J'hésite, pour ma part, à interpréter de la sorte un faisceau musculaire qui ne s'insère pas à l'apophyse coracoïde.
On connaît, depuis le mémoire de Broca sur le parallèle anatomique de l'homme et des singes, la présence, chez le cynocéphale et chez d'autres espèces, du 3'^ pectoral ou pectoral intermédiaire [pectoralis quartus de certains auteurs), qui, naissant des côtes moyennes et de l'aponévrose abdominale, va s'attacher à l'extrémité supérieure de l'humérus.
Sur une guenon de grande taille que j'ai étudiée en juillet dernier, j'ai rencontré, au-dessous d'une portion sterno-claviculaire très développée, une portion abdominale très distincte, dans toute son étendue, des autres portions du muscle. C'était un ruban musculaire, mesurant 28 millimètres à son origine ventrale, 24 millimètres à son extrémité opposée, un peu moins large, mais plus épais à sa partie moyenne. Il naissait en dedans de l'aponévrose qui recouvre le grand droit, jusqu'à 3 centimètres i/2 au-dessous de l'appendice xiphoïde; en atteignant l'humérus, les fibres charnues se terminaient par de petites fibres tendineuses excessivement courtes. Les fibres supérieures s'inséraient en partie sur la capsule articulaire, en partie sur le trochiter. Quant aux fibres inférieures, elles s'attachaient à une aponévrose spéciale que j'appellerai, en raison de ses connexions, aponévrose communie du peaucier dorsal et de la portion abdominale du grand pectoral.
Au fur et à mesure que nous nous élevons dans la série, nous voyons le grand pectoral se rapprocher de plus en plus de la disposition qu'il présente normalement chez l'homme. Lisons les descriptions détaillées que nous ont données, sur l'anatomie des singes anthropomorphes, Duvernoy, Champneys, Vrolik, Bischofî, etc., et nous ne trouverons rien ou à peu près rien
28 LES ÂNOM\LIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.
qui, dans ce cas particulier, puisse nous servir pour expliquer les anomalies que présente le grand pectoral de l'homme. La fusion plus ou moins complète de ce muscle avec le deltoïde ou son congénère du côté opposé, l'insertion de quelques-uns de ces faisceaux à l'aponévrose brachiale, la présence d'une portion abdominale souvent peu distincte et se confondant toujours avec le tendon huméral de la portion sterno-costale, sont des dispositions très atténuées que nous avons trouvées avec beaucoup plus de netteté chez les mammifères inférieurs. « Le grand pectoral de mon gorille, dit Bischolî, n'offre rien de différent de celui de l'homme, si ce n'est son développement plus considérable. » Toutefois, d'après Pozzi, il existerait chez le gorille, au-dessous du corps charnu du grand pectoral, un second muscle (3'^ pectoral), naissant des 6° et 7"^ côtes, séparé du premier par un long interstice où passe l'une des divisions du prolongement axillaire du sac aérien.
Dans le Troglodytes Auhryi qu'ils ont étudié avec tant de soins, Gratiolet et Alix ont vu la portion abdominale du grand pectoral s'insérer sur le tendon de la portion sterno-costale. Le chimpanzé que j'ai disséqué au Muséum ne m'a offert qu'une bande abdominale peu distincte du reste du muscle.
Le chondro-épitrochléen de l'homme pourrait à la rigueur trouver son explication dans ces faisceaux plus ou moins considérables qui, chez les animaux, descendent jusqu'à l'extrémité inférieure de l'humérus, ou même sur les aponévroses brachiales et antibrachiales. Mais, au-dessous de la classe des Mammifères, les Oiseaux nous offrent un représentant direct de ce muscle : nous n'hésitons pas en effet, avec Wood, Perrin, Develle et autres, à voir dans le chondro-épitrochléen l'homologue de Ye.vtetisoi^ plicœ alaris des Oiseaux.
Quant à la bandelette musculaire qui dans le pigeon ràmier se détache du biceps ou de l'aponévrose qui recouvre ce dernier muscle, elle ressemble absolument à la bande musculaire qui, dans le cas signalé plus haut, se détache du coraco-brachial. Ce muscle de lenforcement se jette chez le ramier sur Vextensor plicœ alaris, tout comme, dans l'anomalie observéé chez
MUSCLE GUA^iD PECTORAL. 29
rhorame, le faisceau de renforcement fourni par le coracobracbial se jelle sur le tendon du chondro-épitrochléen (Perrin).
Il nous resterait à expliquer encore l'anomalie fort rare où le grand pectoral s'attache à la fois à la lèvre interne et à la lèvre externe de la coulisse. Le grand pectoral des Anoures nous présente d'une façon très nette cette double insertion.
Yoici la description qu'en donne Lannegrace : « C'est un muscle puissant constitué par deux plans de fibres : le plus superficiel va s'insérer sur le trochiter, sur la lèvre antérieure de la coulisse bicipitale et est constitué par des fibres légèrement ascendantes venues de l'épisternum, par des fibres horizontales peu nombreuses venues de la face antérieure du sternum et du xiphisternum, enfin par un faisceau épais de fibres ascendanles qui ne sont qu'une partie différenciée du grand droit de l'abdomen et qu'on peut suivre jusqu'au pubis. Le plan profond forme un faisceau assez fort de fibres horizontales, qui partent des bords du sternum et qui vont à la lèvre postérieure de la coulisse bicipitale.
A propos des faisceaux anastomotiques qui, du grand pectoral de l'homme, peuvent aller rejoindre le grand dorsal ou son tendon, nous devons rappeler la disposition qu'indique ^^eckel chez le fourmilier, où l'on voit un faisceau postérieur distinct du grand pectoral se confondre, après un court trajet, avec le grand dorsal et devenir muscle peaucier.
L'union du grand pectoral et du grand dorsal dans l'aisselle se fait le plus souvent au moyen d'une bande musculaire que le grand dorsal envoie au tendon du grand pectoral. Il n'est pas rare de rencontrer chez l'homme, à titre d'anomalie, ce faisceau anastomotique. Nous le décrirons en détail et lui chercherons ses homologies dans la série animale, (juand nous nous occuperons des anomalies du grand dorsal.
§ VIII. — Absence d'une ou de toutes les portions du jjrand pectoral. — Cette anomalie est mentionnée dans le catalogue de Macalisler et dans la plupart des auteurs classiques : Beaunis et Bouchard, Quains, Hyrll, Theile, elc. J'ai pu recueillir sur
celte absence plus ou moins complète du grand pectoral vingtquatre cas que je vais analyser le plus brièvement possible :
1° Cas de l'auteur. — J'ai trouvé, chez un jeune sujet mort de tuberculose pulmonaire, un grand pectoral divisé à gauche en deux portions par une large fissure transversalement dirigée, à la hauteur de la 3^ et de la 4^ côtes. Cet interstice, de forme triangulaire, mesurait à sa base sternale deux centimèlres et demi. Le grand pectoral du côté opposé ne présentait pas la moindre trace de cet interstice.
2° Cas de Giovanardi [Anomalie anatomiche ; lo Spallanzani, fasc. 3-4, mars-avril 1876. Anahjs. in Hatjem, t. XF, fasc. 1, p. 14). — La plus grande partie de la portion costale du grand pectoral droit faisait défaut. Cette portion était réduite à un seul faisceau partant des 21® et S'' côtes et entièrement confondu avec la portion claviculaire. Le petit pectoral faisait défaut.
3° Cas de Calori [Memorie délia Accademia di Bologna, série II, t. VII). — Absence de la portion sterno-costale du grand pectoral droit et du petit pectoral du mênie côté chez une jeune femme de vingt-six ans.
4° Cas de Sweédy [Lancet, march 29, 1873. Analys. in Jahresberichte f. Anat. und Phys., 1873, p. 18). — Absence chez un jeune homme de la portion costale du grand pectoral et de la totalité du petit pectoral. La portion claviculaire du [lectoral était légèrement hypertrophiée. Au reste, les côtes et le sternum étaient, des deux côtés, parfaitement symétriques et bien conformés.
5° Cas deBurney Yeo [Meeting oftheClinical Society, febr. 28, 1873. Analys. in Journ. of Anat. and Phys., t. VII, p. 327). — Absence du grand pectoral gauche.
6" Cas de Turner [Journ. of Anat. and Phys., t. VII, p. 327). — Sur un sujet qu'il a disséqué en 1865, Turner a constaté l'absence des faisceaux musculaires qui partent de la 2® côte et de la portion correspondante du sternum.
7" Cas de Berger (Angeborner Defekt der Musc, pectoralis. Tngeblatt der Naturf. in Bresîau). — Sur un homme de vingthuit ans, absence de la portion sterno-costale du grand pectoral
droit, coïncidnnt avec une hypertrophie considérable de la portion claviculaire.
8° Deuxième cas de Berger (Ibid.). — Les deux portions du grand pectoral manquaient à droite. Le deltoïde antérieur suppléait vraisemblablement ce muscle.
9° Trois autres cas de Berger [Angeborner Defekt der Brustmuskeln. Yirchow's Arch., vol. LXXII, p. 438-4421). — L'auteur rapporte trois cas d'absence congénitale des muscles de la poitrine, grand pectoral et petit pectoral, observés sur le vivant. Ces faits coïncident soit avec des malformations, soit avec de l'atrophie d'autres muscles voisins du groupe pectoral.
10° Cas de Kôlliker [Varielate^i Beobachtungen ans dem prâ~ parirsaale su Wurzburg, 1877-79). — Sur un cadavre d'homme d'ailleurs bien constitué la portion claviculaire du grand pectoral est normalement conformée ; seulement les fibres les plus internes prennent naissance sur la clavicule, à l'aide d'une longue traînée tendineuse. « Quelques-unes des fibres musculaires avoisinant cette traînée tendineuse sont unies à une sorte de tissu cicatriciel, de telle sorte que la traînée tendineuse est peut-être en rapport avec ce tissu. Plus bas, la portion sternocostale, jusqu'à la 4'' côte, fait défaut; plus bas encore, le muscle existe comme à l'état normal; il y a donc dans la masse du grand pectoral une grande lacune de la forme d'un triangle dont la base est représentée par le sternum et le sommet par la réunion des deux parties existantes. »
11° Cas de Forsyth [Jahresberichie f. Anat. und PInjs., 1873). — Chez un jeune forgeron de dix-huit ans qui mourut d'une phlhisie commençante des deux côtés, il y avait absence complète du grand et du petit pectoral.
121° CasdeDeshayes (Soc. anai., 1873, p. 205). — M. Deshayes a observé chez un individu vivant l'absence de la paroi antérieure de l'aisselle. On ne sentait à ce niveau ni muscles ni tendons; l'adduction du membre supérieur était produite parla contraction de la portion claviculaire du muscle deltoïde.
13° Cas de Quains [Anat., p. 233). — Absence de la moiiie inférieure de la portion costale.
32 LES ANOMALIES MUSCUIAIRES CHEZ l'hOMME,
14° Cas de Macalister (On musculnr anomalies). — ^lacalisler a observé une fois, sur un sujet maigre, l'absence de la portion sternale du grand pectoral droit (^).
15° Hyrtl rapporte que dans sa longue pratique anatomique, il n'a observé que deux fois l'absence de la portion slerno-costale [Tratlalo di Analomia dell uomo, versione italiana dei dotl. LanzilloUi-Buonsanli et F. OccJtini, p. 349).
16° Cas de Cruveilher. — Absence de la portion claviculaire du grand pectoral chez une femme avancée en âge [cité par Hijrth ibid., p. 349).
17° Nubn [Untersuch. u. Beobacht., Helft I, p. 19), Quains (p. 317), Barkovv [Monslra duplicia, Lips., 1828, p. 21), Gruber [Virchow^s Arch., vol. X[, p. 42), cilés par Macalister, ont observé des anomalies semblables.
Quelle est la signification exacte des faits qui précèdent? Pour les apprécier sainement, nous aurions besoin de renseignements que ne contient pas la mention par trop sommaire qui nous les a fait connaître. Il faudrait, avec ces renseignements, les soumettre, les uns après les autres, à une critique minutieuse et épuiser pour chacun d'eux toutes les explications palhogéniques. Si, avec les seuls détails que nous possédons, nous voulons essayer quelques conclusions, nous pouvons dire que les faits d'absence plus ou moins complète du grand pectoral aujourd'hui connus doivent être scindés en deux classes :
S'il en est, en efïet, qui relèvent directement de ce processus morbide, décrit en pathologie sous le nom d'atrophie musculaire progressive (faits de Berger), s'il en est quelques autres irjui reconnaissent pour cause un traumatisme antérieur (fait de Kolliker), il en est un plus grand nombre auxquels une semblable explication ne saurait manifestement convenir et qui méritent d'être réservés. Les cas rares, mais bien observés, où le grand pectoral était réduit à sa portion sterno-costale sont de ce nombre : pourquoi ne pas voir dans cette dernière anomalie la reproduction, chez l'homme, d'une disposition qui est nor-
{') Il existe un cas de Freund signalé dans le deuxième mémoire de Berger et que je n'ai pu me procurer.
maie chez plusieurs mammifères, les non claviculés entre autres, chez le porc-épic, l'atèle (Meckel), le cercopithecus, le macacus et même Yorang (Bischoff). Le grand pectoral de ces animaux manque, en effet, de faisceaux claviculaires.
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