CHAPITRE IX
Muscles surnuméraires de la région postérieure de l'avant-bras.
Je comprendrai, sous ce titre, cinq groupes de faisceaux qui font complètement défaut, à l'état normal, dans la main de l'homme, mais que nous rencontrons, avec la valeur d'un organe type, dans la série des Vertébrés; savoir : 1° le court extenseur des doigts, 21° V extenseur propre du médius, 3° Vexlenseur propre de l'annulaire, 4" Yexlenseur huméral du pouce, 5" ['extenseur commun du pouce et de l'index.
ARTICLE PREMIER
La flexion des doigts est déterminée par deux muscles distincts (je fais abstraction des interosseux) : le fléchisseur superficiel se rendant à la deuxième phalange, le fléchisseur profond se terminant sur la phalange onguéale. Il existe de même, dans la série zoologique, deux muscles pour l'extension des doigts : un extenseur superficiel généralement plus long et appelé, pour cette raison, long extenseur; un extenseur profond plus connu sous le nom de court extenseur. Une pareille disposition est évidente au membre inférieur où le court extenseur est représenté par le muscle pédieux ; sur le meuibce supérieur, l'homologue du pédieux ou court extenseur s'observe normalement chez un grand nombre de Vertébrés. Chez l'homme, il est profondément modifié et fait même défaut dans quelques-unes de ses parties constituantes; mais l'anatomie anormale le fait revivre chez nous, de temps à autre, avec des caractères rappelant plus ou moins la disposition qu'il présente chez les Vertébrés, qui le possèdent à l'état parfait.
§ I. — Anatomie comparée ; le court extenseur des doig^ts chez quelques Vertébrés. — Chez le cryplobr anche, disséqué par Huniphry, le court extenseur des doigts est une lame musculaire, à la fois large et mince, partant de la première rangée du carpe et rejoignant la surface profonde de l'extenseur superficiel, lequel remonte à l'humérus. 11 est en outre réuni à ce dernier par un faisceau qui, partant de l'extrémité inférieure du cubitus, passe avec lui à la surface profonde de la portion cubitale de l'extenseur superficiel. Chez VHatlena, le même muscle est décrit par Gunther comme composé de faisceaux insérés sur l'extrémité inférieure du cubitus et étalés ensuite sur les os du carpe. Les faisceaux radiaux se jettent sur un tendon qui vient se terminer sur le métacarpien du pouce ; c'est probablement là le représentant de notre long abducteur. Du reste, il est recouvert par l'extenseur commun superficiel et envoie sur les phalanges des expansions dont l'ensemble rappelle assez bien le muscle pédieux.
Voici, d'après le professeur Huraphry, la disposition du court extenseur chez quelques Edentés : chez Vunaû, il prend naissance sur la face dorsale du deuxième et troisième métacarpien, ainsi que sur la face dorsale du carpe, au-dessous de l'extenseur superficiel. 11 fournit deux tendons : le tendon interne ou radial, se réunissant à l'interosseux qui se trouve entre le deuxième et le troisième métacarpien, rejoint le côté cubital du tendon que l'extenseur commun envoie au deuxième doigt, et vient se terminer ainsi sur la phalange onguéale de ce doigt; le tendon externe se perd sur la surface dorsale de l'extrémité inférieure de la deuxième phalange du troisième doigt. Chez Vat], la masse charnue de l'extenseur profond se détache également du carpe et du métacarpe; les fibres musculaires se continuent jusqu'à la première phalange ; les trois tendons qui en partent reçoivent les interosseux et constituent la portion principale, plutôt qu'une portion accessoire, de l'extenseur commun. Le fourmilier nous présente deux faisceaux distincts : l'un s'insère sur l'extrémité inférieure du cubitus, passe au-dessus du deuxième métacarpien et se termine sur la phalange onguéale du deuxième doigt;
l'autre, plus large, se détache du carpe à côté du ligament qui recouvre l'extenseur commun et vient s'appliquer sur l'un et l'autre des deux côtés du tendon que l'extenseur envoie au troisième doigt.
Au fur et à mesure qu'on s'élève dans la série, l'extenseur profond des doigts remonte du côté de-l'avant-bras et ne prend plus que de rares insertions sur les os du carpe ou du métacarpe. Chez le chat, en particulier, type des Carnivores, indépendamment d'un long extenseur commun détaché de l'humérus et se rendant aux quatre doigts externes, comme chez l'homme, nous trouvons dans le plan sous-jacent un extenseur propre de l'index, un extenseur propre du troisième doigt [E. p. du verpiis de Strauss), un extenseur propre du quatrième doigt {E. p. du paramèse de Strauss), un extenseur propre du cinquième doigt [E. p. du micros de Strauss). Ces quatre muscles, insérés en haut sur le tiers supérieur des os de l'avant-bras, représentent bien évidemment le court extenseur des doigts, qui a quitté la région du carpe pour se rapprocher de la région du coude.
Les Singes servent d'intermédiaire entre la disposition précédente et la disposition qui caractérise la main de l'homme. Lq cynocéphale, par exemple, nous présente encore deux tendons extenseurs pour chacun des quatre doigts externes, l'extenseur propre de l'index envoyant une expansion tendineuse sur l'annulaire et, d'autre part, notre extenseur propre du petit doigt s'insérant à la fois sur le cinquième et sur le quatrième doigt. orang-outang , parmi les Anthropoïdes, nous olfre une disposition absolument semblable. Chez le gibbon, disséqué par Bischoff, l'extenseur propre du petit doigt s'insérait exclusivement sur le petit doigt; mais, par contre, le représentant de noire extenseur propre de l'index envoyait des tendons surnuméraires sur le troisième et le quatrième doigt. Il existait donc encore ici, par un nouvel artifice de la nature, deux extenseurs pour chacun des quatre derniers doigts. Les extenseurs du gorille ressemblent absolument à ceux de l'homme.
Les quelques lignes qui précèdent sur la disposition de l'extenseur profond des doigts, nous démontrent combien est
défectueuse la dénomination d'extenseurs propres, appliquée à quelques-uns de ces faisceaux, par opposition au terme d'extenseur commun sous lequel on désigne généralement l'extenseur superficiel. tJne pareille terminologie pourrait convenir, jusqu'à un certain point, à quelques muscles de l'homme; elle ne saurait être conservée en Myologie comparée à la plupart des faisceaux auxquels on donne, dans la description, le nom d'extenseurs propres, se distribuant en réalité à deux ou même à un plus grand nombre de doigts. Aussi, Gratiolet et Alix, qui ont eu sur beaucoup d'analomistes l'immense avantage de connaître tout aussi bien l'analomie des animaux que l'anatomie de l'homme, ont-ils proposé de substituer aux termes usuels les dénominations extenseurs directs et d'extenseurs latéraux, représentant en général : les premiers, les extenseurs longs ou superficiels; les seconds, les extenseurs courts ou profonds. Ces dénominations nouvelles me paraissent parfaitement justifiées par les faits suivants : « L'existence de deux extenseurs distincts pour chaque doigt se rapporte complètement à la manière dont les doigts d'une même main se partagent en deux groupes. Or, chez certains Mammifères monodelphes, le groupement se fait ainsi : un doigt d'un côté, le pouce, et de l'autre, les quatre autres doigts. L'axe de séparation des doigts passe entre le pouce d'une part et d'autre part le groupe des quatre autres doigts réunis. Dans d'autres animaux, au contraire, et dans ceux-ci le pouce est toujours atrophié, cet axe de séparation passe entre le médius et l'annulaire, et cette relation est constante, quel que soit d'ailleurs le degré de développement des autres doigts. Dans le premier cas, on dit que l'animal a le système digital impair, dans l'autre, que son système digital est pair. Ces expressions seraient inexactes si elles n'étaient expliquées. Elles donneraient lieu de croire qu'une main à quatre doigts appartient nécessairement au système pair et qu'une main à trois doigts est nécessairement du type impair. Il n'en est rien. Quatre doigts peuvent appartenir au type impair et trois doigts au type pair. C'est seulement par rapport à la position de l'axe
de séparation des groupes digitaux que cette détermination doit être faite. Or, de quelle cause dépendent ces groupes des doigts? Des muscles propres exclusivement; et, pour cela, leur tendon s'insère non dans l'axe de la phalange, mais sur un des côtés de cette phalange basilaire. Ainsi, dans les Singes, dans les Carnassiers, ces muscles devant séparer les doigts d'avec le pouce, ils se fixent au côté cubital de la base des doigts. Dans les Pachydermes à doigts pairs, au contraire, ceux de l'index et du médius se fixent l'un et l'autre au côté radial de la base de ces deux doigts; ceux du quatrième et du cinquième se fixant seuls au côté cubital de la phalange basilaire. Ainsi l'existence de ces muscles est tout à fait relative aux mouvements d'abduction réciproque, sans lesquels ces groupements des doigts ne pourraient avoir lieu. »
§ II. — Reproduction chez rhomme du muscle court extenseur des doig-ts. — De l'extenseur profond des quatre derniers doigts, l'homme ne possède que l'extenseur propre de l'index et l'extenseur propre du petit doigt. Encore ce dernier, remonté à l'humérus, peut-il être rattaché, comme je l'ai déjà fait entrevoir, à Veœtensor secundus de Humphry. Dans les conditions ordinaires, les deux doigts du milieu ne possèdent qu'un seul tendon extenseur, émanant de l'extenseur superficiel. Anormalement, nous avons vu la nature faire insérer l'extenseur de l'index à la fois sur l'index et le médius, l'extenseur propre du petit doigt à la fois sur le petit doigt et sur l'annulaire, et rapprocher ainsi la main de l'homme de la main des singes inférieurs. Ces dispositions reversives ont été signalées plus haut; je ne les mentionne ici que pour mémoire, réservant surtout cet article à des formations musculaires nouvelles, insérées sur l'extrémité inférieure de l'avant-bras ou mieux sur la main, et rappelant plus particulièrement encore le court extenseur des doigts, homologue du pédieux.
L'existence chez l'homme de ces formations musculaires n'avait pas échappé aux anciens anatoraistes : nous en trouvons en effet une mention très nette dans les ouvrages d'AI-
binus, de Petsche, de Sandifort, de Sœmmering, d'Ollo; plus récemment, le court extenseur des doigts a été étudié par Adolphe Richard, par Wood, par Macalister, par Curnow, etc. Voici quelques observations de ce muscle, empruntées soit à la littérature anatomique, soit à mes notes personnelles :
a) — C'est un petit faisceau naissant de l'extrémité inférieure du radius et venant se terminer sur l'index. Ce faisceau peut coexister avec l'extenseur normal de ce doigt et, dans ce cas, le faisceau surajouté se jette généralement sur le tendon de ce muscle [extenseur accessoire de l'index, second chef de Vexlenseur biceps de r index de Ganlzer), ou bien il remplace l'extenseur propre de l'index absent [court extenseur propre de T index, extensor brevis digiti indicis d'Albinus). J'ai observé ces deux dispositions. M. Verneau, aide-naturaliste au Muséum, a bien voulu me communiquer le dessin d'une de ses préparations où l'on voyait le tendon de l'extenseur propre de l'index, renforcé de même par un faisceau charnu, qui se détachait du ligament annulaire.
(3) — Macalister a rencontré un court extenseur se portant ' au 3" et au 4« doigt.
y) — Le même auteur a vu un muscle analogue se terminer par un tendon sur le médius, par deux autres tendons sur le cinquième doigt.
— Je trouve encore, dans Macalister, la relation d'un fait où l'on voyait trois faisceaux se détacher des 21®, 3®, 4* métacarpiens et se terminer sur l'index, le médius et l'annulaire.
s) — Carver a rencontré un faisceau charnu, naissant de l'extrémité inférieure du radius, sur le côté interne de la coulisse du long extenseur du pouce et se rendant au côté interne du tendon du médius (court extenseur propre ou latéral du médius). Davies-Colley, Taylor et Dallon ont rapporté un fait identique dans les Guifs Hospilal Reports de 1872.
'C) — Dans un cas observé par Kelly, un petit muscle digastrique se rendait du grand os à l'annulaire.
ri) — Wood rapporte une observation où trois petits muscles, naissant en commun de la face dorsale du grand os et
MUSCLE COURT EXTENSEUR DES DOIGTS. o67
de l'os , crochu, s'inséraient en bas : les deux externes sur le tendon que l'extenseur commun envoie au médius, le troisième sur l'annulaire.
Q) — Dans un cas, observé en 1846, dans les salles de dissection de la Faculté de médecine de Paris, une petite masse charnue naissait, sur la face dorsale des deux mains, du milieu de l'interligne intercarpien, pariiculiè rement du haut de la face dorsale du grand os et de la partie voisine du semi-lunaire et du pyramidal, ou plutôt des ligaments étendus entre ces différents os. Celte lame musculaire se divisait, presque immédiatement après, en trois languettes tendineuses qui gagnaient, pour s'y terminer, le côté des tendons extenseurs de l'index, du médius et de l'annulaire, un peu plus bas que la moitié inférieure du métacarpe. A. Richard, auquel j'emprunte la relation de ce fait, nous apprend que M. Boulard a retrouvé, en 18521, un muscle tout semblable au sien.
Au total, le muscle court extenseur des doigts, dont la fréquence serait représentée chez l'homme par les fractions 1/15 (Macalister), 1/36 (Wood), se présente à nous avec les degrés de développement les plus divers : il peut s'insérer, suivant les cas, sur l'un ou l'autre des deux os de l'avant-bras, sur le ligament annulaire, sur le ligament postérieur de l'articulation du poignet, sur les os du carpe, sur les os du métacarpe; d'autre part, il peut se terminer, simultanément ou isolément, sur les trois doigts du milieu; plus rarement jl existe un court extenseur pour le cinquième doigt.
Au point de vue de sa constitution anatomique, il peut être charnu à son extrémité supérieure et tendineux à son extrémité inférieure; charnu à sa partie moyenne et tendineux à ses deux extrémités; il peut encore affecter une disposition digastrique. Je l'ai vu, dans un cas, remplacé par un simple tendon qui, de l'extrémité inférieure du radius, se rendait au tendon que l'extenseur commun envoie à l'index.
Bibliographie (Voyez à la fin du chapitre).
ARTICLE II
MUSCLE EXTENSEUR PROPRE DU MEDIUS
Nous avons déjcî mentionné celle anomalie à propos de l'extenseur propre du deuxième doigt, que nous avons vu s'étendre parfois sur les doigts voisins. Nous venons de rencontrer encore, dans le paragraphe précédent, quelques faisceaux, vestiges du court extenseur, se rendant au médius. Voici la description que Macalisler donne de ce muscle, résumant, sous une forme concise, les faits connus jusqu'en 1871: «C'est souvent une portion distincte de l'extenseur propre de l'index prenant naissance, au-dessus de ce muscle, sur la face dorsale du cubitus; toutes ses variations morphologiques se résument dans sa plus ou moins grande différenciation d'avec ce dernier muscle. Wood l'a rencontré 11 fois sur 1021 sujets (4 fois sur 68 hommes, 7 fois sur 35 femmes) ; le même anatomiste a vu ce muscle, au moment où il se séparait de l'extenseur propre de l'index, envoyer un tendon additionnel à ce dernier doigt. Dans un cas, ce muscle se réunissait avec le tendon de l'extenseur de l'index avant sa terminaison. On l'a vu encore se détacher delà cloison intermusculaire qui sépare l'extenseur commun du court supinaleur, au-dessus des autres muscles de la région profonde, ou bien envoyer une expansion à la fois au tendon de l'index et à l'aponévrose qui recouvre le troisième métacarpien. Des cas de ce genre sont décrits par Petsche. L'extenseur propre de l'index partait du radius dans un cas de Meckel, du carpe dans un cas de Brugnone. Plus communément cependant, ce muscle n'est qu'un tendon additionnel de l'extenseur propre de l'index et ne présente aucune trace de corps charnu, lui appartenant en propre. »
Depuis l'époque où a paru le mémoire de Macalister, nous avons à enregistrer les faits nouveaux de Davies-Colley, Taylor etDalton (1872), de J. B. Perrin (1873), de Bardeleben (1877),
MUSCLE EXTENSEUR DE l'aNNULAIRE. 569
de Curnow(1876), de M. Flesch (1879), de Walsham (1881). J'ai retrouvé moi-même, sur Irois ou quatre sujets, un court extenseur pour le médius; mais ces différentes observations n'ajoutent rien à la description de Macalister. Je dois toutefois mentionner un fait très «intéressant du professeur Calori où le muscle qui nous occupe était double : le premier (M. anlibrachial) se détachait du cubitus, un peu au-dessou« del'extenseur propre de l'index ; le second (M. carpien) prenait naissance plus bas, sur le ligament annulaire et sur les os du carpe. Du côté droit, il se portait exclusivement sur l'index, tandis que, du côté gauche, il se terminait à la fois sur le médius et sur l'annulaire. Le lecteur pourra voir le dessin de cette anomalie, sur la planche II (fig. 3 et 4) du mémoire de Calori.
Anatomie comparée. — Le Cebus, d'après Calori, possède un extenseur propre du médius. Nous avons déjà vu, plus haut, l'existence d'un tendon spécial pour le médius chez Vorang, le gibbon, le cynocéphale et un grand nombre d'autres Mammifères.
Bibliographie (Voyez à la fin du chapitre).
ARTICLE m
MUSCLE EXTENSEUR DE l'aNNULAIRE. .
J'ai déjà signalé, plus haut, la bifurcation possible du tendon terminal de l'extenseur propre du petit doigt, avec insertion du tendon surajouté sur l'annulaire. L'existence d'un faisceau musculaire entièrement distinct pour le quatrième doigt n'est qu'un degré plus avancé de cette disposition anormale. C'est ce qu'a observé Curnow, sur le bras gauche d'un homme qu'il a disséqué en 1876, dans les salles de dissection de King's Collège : un muscle surnuméraire se détachait de la face postérieure du cubitus, sur le côté interne du long extenseur du pouce et de l'extenseur propre de l'index; se dirigeant en bas vers la coulisse de l'extenseur commun, il la traversait et
venait se terminer, au niveau de l'articulation métacarpophalangienne, sur le côté cubital du tendon que ce dernier muscle envoie à l'annulaire.
Anatomie comparée. — Nous avons déjà vu (p. 544), à propos de l'insertion simultanée du tendon de l'extenseur propre du petit doigt sur les deux doigts externes, une insertion similaire se rencontrer normalement chez un grand nombre de Mammifères, notamment chez ïorang, le cochon, le porc-épic, le lièvre, etc., etc. Humphry décrit, chez \ Orycteropus capensis, au-dessous de l'extenseur commun des doigts, un « exlensor annularis » qui se détache de l'épicondyle et vient se fixer, à la fois, sur la première phalange et sur le côté cubital de la dernière phalange de l'annulaire.
Bibliographie (Voyez à la fin du chapitre).
ARTICLE IV
MUSCLE EXTENSEUR HUMÉRAL DU POUCE.
J'ai déjà longuement étudié cette formation anormale, à propos des variations analomiques de l'extenseur commun des doigts. (Voyez ce muscle, § II, p. 534.)
ARTICLE V muscle extenseur commun du pouce et de l'index
{Exlensor poUicis et indicis de Wood).
§ I. — Anatomie humaine. — J'ai rencontré tout récemment (avril 1883), sur un nègre de l'île de la Réunion, un petit muscle surnuméraire placé sur la face postérieure de l'avant-bras, au-dessous de l'extenseur commun des doigts, entre le long extenseur du pouce et l'extenseur propre de l'index. II s'insérait, en haut, sur le cubitus et la membrane
MUSCLE EXTENSEUR COMMUN DU POUCE ET DE l'iNDEX, 571
interosseuse en se confondant, à ce niveau, avec les n^uscles voisins. Les faisceaux charnus s'en différenciaient bientôt pour former un corps charnu parfaitement distinct et long de cinq centimètres; ils se jetaient ensuite, un peu au-dessus du ligament postérieur du carpe, sur un tendon long et grêle, lequel glissait, sous ce ligament, dans la même coulisse que l'extenseur propre de l'index et se bifurquait au niveau de l'extrémité postérieure du deuxième métacarpien : la branche externe de bifurcation venait se fixer sur la première phalange du pouce; la branche interne se terminait sur l'extrémité postérieure de la première phalange de l'index. Cette observation renferme un exemple typique du muscle externe commun du pouce et de l'index.
Décrit pour la première fois et désigné sous ce nom par Wood en 1867, il a été retrouvé plus tard par Clason, Macalister, Reid et Taylor et a inspiré à Wenzel Gruber, en 1881, un important mémoire, où l'anatomiste russe affirme avoir connu ce muscle dès le mois de janvier 1858.
Comme dans le cas que j'ai rapporté ci-dessus, l'extenseur commun du pouce et de l'index peut coexister avec un extenseur propre de l'index normal, avec les deux extenseurs propres du pouce également normaux; c'est alors une véritable formation nouvelle, un vrai muscle surnuméraire. Cette disposition est relativement rare : Gruber ne l'a rencontrée que 12 fois sur 2l04 cadavres, deux fois des deux côtés et trois fois d'un côté seulement. Les cas sont peu nombreux où un tel muscle remplace soit le long extenseur du pouce, soit l'extenseur propre de l'index faisant défaut; il me paraît tout aussi rationnel, plus rationnel peut-être, d'interpréter alors l'anomalie d'une façon différente et de dire : dans le premier cas, le long extenseur du pouce a deux tendons terminaux, l'un pour le pouce, l'autre pour l'index; et, dans le second, l'extenseur propre de l'index possède de même deux tendons phalangiens, le premier pour l'index (tendon normal), l'autre pour le pouce (tendon surajouté).
La constitution et les dimensions comparées des deux bran-
ches de bifurcalion du tendon terminal du muscle en question sont fort variables : elles peuvent être sensiblement égales, ou bien, l'une est filiforme tandis que l'autre est très résistante. L'une d'elles conservant tous ses caractères de tendon, l'autre affecte une disposition en membrane et descend au rang modeste d'une simple expansion aponévrotique ; cette expansion aponévrolique peut, du reste, se rendre soit à l'index, soit au radius.
Mêmes variations pour ce qui a trait aux insertions : le tendon terminal peut se fusionner avec le tendon de l'extenseur normal, s'arrêter au métacarpien ou se perdre sur les premières ou les autres phalanges. Toutes ces dispositions ont été rencontrées et notées.
Le muscle extenseur commun du pouce et de l'index peut enfin, comme dans le cas de Glason, coexister avec d'autres muscles surnuméraires, notamment avec quelques vestiges du court extenseur des doigts.
Je dois arrêter là, sous peine d'être à la fois fastidieux et inutile, la description anatomique de ce muscle chez l'homme, renvoyant au mémoire de Gruber et aux autres publications mentionnées ci-dessus, le lecteur désireux de connaître en détail les -observations publiées jusqu'à ce jour.
§ IL — Anatomie comparée. — Comme toutes les formations surnuméraires que nous avons rencontrées dans le cours de notre travail, Veootensoi^ communis pollicis et indicis n'esl que la reproduction chez l'homme d'un muscle qui entre, avec la valeur d'un organe constant et typique, dans la constitution d'un grand nombre de Mammifères, notamment chez le Cebus fatuellus, ï Hapale, V Ursus, ]e chat, etc., etc. Il n'est pasjusqu'aux divers modes de constitution des tendons terminaux qui ne se retrouvent dans la série des Mammifères : c'est ainsi que, d'après Gruber, les deux branches de bifurcation du tendon primitif conservent les caractères de tendons chez YHapale, le myogale, le cercoleptes, le mêles, la Mustela alpina, le wombat, le castor; la branche de bifurcation externe est membraneuse chez le Myoxus, le Sciurus, le Meriones, le Lagomys, le Cercolabes
MUSCLE EXTENSEUR COMMUN DU POUCE ET DE l'iNDEX. 573
prehensilis, elc; l'expansion membraneuse se porte au contraire vers l'index chez le Dipus acontion, le Lepus timidus et cuniculus.
De plus, l'extenseur commun du pouce et de l'index peut, comme nous l'avons observé anormalement chez l'homme, ou bien remplacer l'extenseur propre de l'index absent, c'est en analomie comparée la disposition la plus commune, ou bien coexister avec lui, comme on l'observe chez le chat et chez le Cebu& fatuellus.
Bibliographie des muscles surnuméraires de la région postérieure de l'avant-bras :
Albinus. Annotationcs Acad., lib. IV, cap. VI, p. 28.
Gantzer, cité par Macalister. Trans., 1872.
Otto. Neuc selt. Bcobaclit., Hft I, p. 91.
Petsche. Haller's Disput. Anat. Select., vol. VI, p. 771.
Sandifort. Exerc. acad., p. 93, et Ohserv. anat. path., lib. VI, p. 39.
Sœmmering. Loc. cit., p. 254.
Meckel. Anatoinie descriptive, trad. Jourdan, t. II, p. 171 Brugnone, cité par Meckel, in Ouvrage précédent. Henle. Muskellehre, zweite Auflsege, p. 226 et seq. Macalister. Transact. of Royal Irish Academxj, 1872. DuRSY, cité par Macalister, in Mémoire précédent.
A. Richard. Annales des Sciences naturelles, série III, « Zoologie »,
t. XVIII, 1852, p. 11.
BouLARD. Communication orale à A. Richard, in Mémoire précédent. WOOD. Proc. of Roy. Soc. of Lonclon, t. XIV, p. 381, 382, 386, 387;
t. XV, p. 238, 532, 533; t. XVI, p. 513. Carver. Journ. of Anat. and Phys., t. II, p. 308 (en note). CuRNOW. Ibid., June, 1873, p. 307,
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