‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 132 sur 177 · ANOMALIES DU BICEPS CRURAL OU FLÉCHISSEUR PÉRONIER DE LA JAMBE · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU BICEPS CRURAL OU FLÉCHISSEUR PÉRONIER DE LA JAMBE

Comme son nom l'indique, le muscle biceps crural est formé par deux faisceaux, toujours distincts à leur origine. Le premier ou longue portion se détache de la partie la plus externe et la plus élevée de la tubérosité ischiatique, en dehors du demi-tendineux, avec lequel il est toujours plus ou moins fusionné à ce niveau. Le second ou courte portion prend naissance sur la cloison interrausculaire externe et sur la portion inférieure de l'interstice de la ligne âpre. Les faisceaux charnus de ces deux portions se jettent sur un tendon commun long et cylindrique, lequel se dirigeant vers le péroné vient se terminer à la fois sur la tête de cet os, sur la tubérosité externe du tibia et sur l'aponévrose jambière.

J'ai vu, en 1880, sur le côté gauche d'un sujet, la longue portion du biceps interrompue par une intersection aponévrotique située à la réunion du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du muscle. Elle n'était bien marquée que sur sa face postérieure; la plupart des faisceaux antérieurs se rendaient en effet, sans interruption, de l'ischion au péroné.

Les variations anatomiques que présentent, chez l'homme, l'un et l'autre faisceau du biceps crural sont fort nombreuses et offrent, au point de vue spécial qui nous occupe, un grand intérêt. Ce muscle contraste ainsi avec les muscles, déjà étudiés, des autres régions crurales qui sont vraiment remarquables par leur fixité.

§ L — Indépendance anatomique des deux portions du muscle. — La fusion intime sur un tendon commun de la longue et de la courte portion du biceps est une disposition à peu près constante dans l'espèce humaine. Macalister a

cependant noté l'indépendance des deux chefs jusque dans le voisinage de l'insertion péronière; dans un cas, dont j'emprunte encore la mention au savant analomiste de Dublin, les deux chefs du biceps étaient complètement séparés l'un de l'autre par l'interposition du ligament latéral externe de l'articulation du genou.

Analomie comparée. — Cette indépendance anatomique des deux portions constitutives du muscle biceps s'observe normalement chez Vaï, chez le fourmilier et dans quelques espèces simiennes. Elle a été constatée par Duvernoy chez le gorille où la longue portion s'attache au tibia, tandis que la courte portion vient se perdre à la fois sur le péroné et sur l'aponévrose jambière; elle est regardée par BischofT, comme caractéristique de Yorang. J'ai observé moi-même chez le chimpanzé un isolement complet des faisceaux postérieurs de la courte portion du biceps crural, les faisceaux antérieurs seuls se terminant sur le tendon de la longue portion. Champneys, chez son sujet, a rencontré une disposition analogue : comme dans le gorille de Duvernoy, le tendon de la longue portion se portait sur la tubérosité antérieure du tibia et sur l'aponévrose qui recouvre la face externe de l'articulation du genou; quant au tendon de la courte portion, il croisait le tendon précédent et s'attachait à la tête du péroné, en envoyant une forte expansion à l'aponévrose de la jambe.

§ II. — Division de la courte portion en plusieurs faisceaux. — Une pareille disposition est encore signalée^par le professeur Macalister, mais dans des termes tellement sommaires, que je dois me borner ici à cette simple mention.

Analomie comparée. — J'ai déjà dit tout à l'heure que, chez mon chimpanzé, les faisceaux inférieurs ou postérieurs de la courte portion se séparaient nettement des autres faisceaux placés en avant ou au-dessus. Chez le Troglodytes Aubryi, disséqué par Gratiotet et Alix, la division devait être bien plus marquée encore, puisque ces deux anatomistes ont décrit deux plans distincts : un plan superficiel et un plan profond dont les

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fibres poslérieures fixées à l'aponévrose jambière pouvaient agir jusque sur le calcanéum. L'observation précitée de Macalister était-elle relative à un cas de ce genre?

§ III. — Absence de la courte portion. — L'absence des faisceaux fémoro-péroniers du muscle biceps a été mentionnée depuis déjà longtemps par Otto, par Meckel, par Budge et par Tlieile. Tout récemment (1881), Knott en a signalé deux nouveaux faits rencontrés par lui dans les salles de dissection du Royal Collège of Surgeons de Dublin.

Anatomie comparée. — Une pareille disposition, excessivement rare chez l'homme, existe normalement chez le plus grand nombre des Mammifères, comme on peut s'en convaincre en feuilletant les Traités classiques d'anatomie comparée de Meckel et de Cuvier. Parmi les Primates, les Anthropoïdes sont les seuls pour ainsi dire à présenter le faisceau fémoral du muscle biceps; on l'observe bien encore chez le coaïta, mais il fait entièrement défaut chez les Makis, le Cercopithecus sabœus, le Cynocephalus anubis, le Cynocephalus maimon, le Pithecia hirsuta, le Macacus cynomolgus, le Hapale penicillata, etc.

§ IV. — Faisceaux d'orig^ine surnuméraires partant du

fémur. — Gruber a rencontré un faisceau d'origine accessoire provenant du condyle, et je trouve dans le tome V des Archives de Meckel la mention d'un nouveau chef accessoire détaché de la partie supérieure de la hgne âpre.

Tout récemment, le professeur Giacomini a observé sur un nègre un faisceau surnuméraire prenant naissance sur la ligne rugueuse qui réunit le grand trochanter à la ligne âpre et venant se réunir avec la courte portion du biceps. Cette anomahe se trouvait sur le côté gauche du sujet; elle faisait défaut à droite, mais la courte portion du biceps y était plus développée qu'elle ne l'est d'ordinaire. Je signalerai comme un fait de même ordre, le renforcement de la courte portion du biceps par un faisceau provenant du vaste externe et par son intermédiaire de la ligne âpre, où le vaste externe vient prendre naissance.

Je crois devoir placer enfin à côté des faits précédents l'observation de Henle, relative également à un troisième chef du biceps crural qui prenait naissance sur le fascia Ma, dans le voisinage de l'extrémité supérieure de la ligne âpre.

Anatomie comparée. — Les deux premières observations s'expliquent, selon nous, par l'extension de la courte portion du biceps chez quelques Mammifères . soit au-dessus, soit au-dessous de la zone ordinaire d'insertion de ce même muscle chez l'homme. Chez le chimpanzé, j'ai vu les faisceaux fémoraux du biceps prendre insertion jusque sur le condyle; et, d'autre part, chez le pangolin et chez Vaï (Humphry), ces mêmes faisceaux, détachés de la portion supérieure de la ligne âpre, remontent jusqu'au grand trochanter.

Quant au faisceau de Henle inséré sur l'aponévrose fémorale, il ne saurait nous arrêter longtemps, les faisceaux les plus élevés de la courte portion du biceps tirant leur origine, à l'état normal, de la cloison intermusculaire, qui n'est elle-même qu'une dépendance de l'aponérose fémorale.

§ V. — Faisceaux d'origine surnuméraires partant du bassin (F. ilio-péroniers, f. coccy-péroniers) . — J'ai observé chez un nègre un faisceau surnuméraire de forme triangulaire qui partait du coccyx pour aller grossir la masse commune du biceps et du demi-tendineux. Peu distinct à son origine du muscle grand fessier, dont il m'a été cependant facile de l'isoler par une dissection minutieuse, il s'en séparait bientôt, devenait plus profond, contournait la tubérosité ischiatique et finalement venait se perdre dans la masse musculaire qui forme le biceps. Ce dernier muscle possédait ainsi une double origine pelvienne : la première ischiatique (normale), la deuxième coccygienne (surnuméraire) .

Je n'ai trouvé dans la littérature anatomique aucune observation identique, mais il en existe deux qui s'en rapprochent beaucoup, au point de vue morphologique, et qui portent en elles une signification absolument semblable. La première, rapportée par 3Iacalisler, est relative à un faisceau du biceps crural qui.

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dépassant en haut la tubérosité ischialique, se portait vers la colonne sacro-sciatique, où il se fixait.

La deuxième observation appartient à Wood : il s'agit d'un faisceau musculaire qui se séparait de la face profonde du grand fessier, à quelques centimètres de ses insertions iliaques; il se portait ensuite en bas et en dehors, 'longeait pendant quelque temps la face postérieure de la longue portion du biceps et finalement se réunissait à elle, à quelques centimètres au-dessus du point où elle reçoit la courte portion.

Sœmmering a observé lui aussi un faisceau accessoire du biceps d'origine pelvienne, mais il s'arrêtait à l'ischion.

Anatomie comparée. — Chez l'homme, le biceps crural est un muscle profondément transformé. Son attache à l'ischion notamment n'est qu'une insertion consécutive, dans, le sens qu'attache à ce mot M. Sabatier. Pour bien se fixer sur ses insertions réelles, il faut descendre la série animale et étudier cet organe chez les Vertébrés inférieurs, sur lesquels se sont exercés, avec moins d'énergie que chez l'homme, les deux principaux agents perturbateurs de la morphologie animale : l'adaptation et l'hérédité.

Or, chez les Amphibiens urodèles et chez les Anou7'es, chez les Chéloniens, la longue portion du biceps s'insère constamment sur la région postérieure de l'ilion. De même, chez les Lacertiliens kionocrâniens, ce muscle, affectant la forme d'un triangle, vient s'attacher par sa base sur une ligne horizontale qui est placée immédiatement au-dessous de la crête iliaque externe de l'ilion. C'est encore sur l'ilion que nous voyons le muscle prendre naissance chez les Chamœléonides, chez les Crocodiliens et même chez les Oiseaux : le fléchisseur péronier affecte, dans cette classe de Vertébrés, la forme d'un « triangle isocèle dont la base s'insère au-dessus de la crête supérieure de l'ilion postérieur, et parfois en avant, jusqu'à la portion commune des deux ihons » {Sabatier'y.

. Chez les Mammifères, le muscle se modifie et prend son point d'attache supérieur sur la tubérosité ischiatique; que s'est-il passé ? La longue portion du biceps est-elle venue prendre

son origine sur une nouvelle région osseuse? Y a-t-il eu transposition d'attache, pour me servir d'une expression d'Alix? Non, les muscles, comme l'a parfaitement démontré l'auteur de la Comparaison des deux ceintures, ne transposent pas en général leurs attaches, et, dans le cas particulier, le biceps n'a pas « transposé » la sienne. Il n'a fait que la masquer, en prenant sur l'ischion, qu'il croise, une deuxième insertion, une insertion secondaire. Dès lors, la portion de ses faisceaux constitutifs, compris entre l'ilion (insertion primordiale) et l'ischion (insertion Gonsécutive) , a disparu par processus atrophique : le muscle s'est trouvé ainsi raccourci. Il est très probable que le grand ligament sacro-sciatique, ou du moins sa portion la plus élevée, représente actuellement les vestiges des faisceaux musculaires disparus. Cette opinion a été soutenue par M. Lannegrâce; je l'adopte pleinement, me réservant d'y apporter toutefois, tout à l'heure, une légère addition.

En devenant ischiatique chez les Mammifères, la longue portion du biceps se complique par l'absorption plus ou moins complète d'un élément nouveau : je veux parler de son faisceau coccygien ou caudal. Chez la plupart des animaux à queue, en effet, les premières vertèbres caudales donnent naissance à un faisceau plus ou moins volumineux, mais généralement bien différencié, lequel, se portant en dehors et en bas, croise l'ischion et se réunit au biceps pour en partager l'insertion inférieure sur les os de la jambe. Il, est inutile de décrire ici en détail les modifications diverses que subit ce faisceau caudal dans la série des Mammifères ; je renvoie pour cela le lecteur aux Traités d'anatomie comparée et aux Mémoires spéciaux. Qu'il me suffise de rappeler ici qu'il a été signalé et décrit par Meckel chez le lapin, le cahiai, V hyène, le coati, le raton; par Mûrie chez le tapir, par Young chez la civette, par Humphry chez \g phoque, par Strauss-Durckheim chez le chat, etc., etc. Dans cette dernière espèce, le faisceau caudal du biceps ou second chef « n'est qu'un petit ruban fort long, de trois millimètres de large, à fibres parallèles, venant de l'apophyse transverse antérieure de la seconde vertèbre caudale, où il part en

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commun avec le paraméral. De ce point cFatlache, ce chef si grêle se dirige en dessous et en arrière, passe en dehors sur le muscle obturateur interne, le curvalus (deuxième adducteur) et l'arquatus (troisième adducteur), en s'appliquant en dedans contre le premier chef (faisceau ischialique), au bord postérieur duquel il s'unit vers le bas de la cuisse ».

Comme la portion supérieure de l'ilio-péronier, la portion interne du faisceau coccygien du biceps s'atténue et disparait; on la cherche vainement chez l'homme et chez les singes privés de queue. Car nous ne devons pas oublier que ce muscle n'est pas seulement un fléchisseur de la jambe; il est aussi, et avant tout peut-être, un agitaior caudœ descendu jusqu'à la jambe, et sa destinée est intimement liée à la distinée de l'organe qu'il a pour fonction de mouvoir. Toutefois, semblable encore en cela 'à l'ilio-péronier, il ne disparait pas tout entier, et j'estime, jusqu'à preuve du contraire, que les faisceaux inférieurs du grand ligament sacro-sciatique ne sont que le reliquat de la portion de ce muscle comprise entre l'ischion et la colonne sacro-coccygienne .

Au total : 1° le muscle biceps des Primates privés de queue (homme et Anthropoïdes) comprend dans sa masse, abstraction faite de sa courte portion, deux ordres de faisceaux intimement fusionnés : des faisceaux primitivement insérés sur la portion postérieure de l'ilion ff. iliaques], des faisceaux primitivement insérés sur les vertèbres caudales ou coccyx ff. caudaux ou coccygiens); 2° ces faisceaux prennent maintenant leur insertion sur la tubérosité ischiatique; leur portion initiale, celle qui s'étend de l'ischion à leur surface d'origine réelle, a disparu en tant que muscle, mais elle est encore représentée par un organe fibreux : le ligament sacro-sciatique. La portion supérieure de ce ligament est le vestige des faisceaux iliaques; la portion inférieure représente les faisceaux coccygiens. Le ligament, dans son ensemble, peut donc être considéré comme le tendon d'insertion supérieure de la longue portion du biceps.

Les données qui précèdent nous permettent d'interpréter, comme ils le méritent, les faits d'anatomie anormale signalés

plus haut clans l'espèce humaine. Le faisceau coccygien du biceps que j'ai rencontré chez le nègre, n'est que la reproduction atavique du faisceau coccygien du même muscle chez les animaux à queue. Le faisceau surnuméraire observé par Wood, confondu à son origine avec la portion illiaque du grand fessier, me paraît être le représentant du faisceau iliaque du biceps qui, dans son développement ontogénique, ne se serait atrophié que partiellement; et quant au faisceau de Ma^alister, inséré au-dessus de l'ischion, sur la face postérieure du grand ligament sacro-sciatique, il est assurément l'homologue du premier ou du second de ces faisceaux, peut-être même de l'un et de l'autre.

§ VL — Variations des iasertions inférieures (Faisceau ischio-tibial, f. ischio-aponévrotique, f. ischio-calcanéen). — - Quelques analomistes signalent à titre d'anomalies : 1° la présence d'une expansion tendineuse insérée sur la tubérosité externe du tibia ; 2i° la présence d'une expansion tendineuse pour l'aponévrose fémorale. Cette double insertion est constante et les auteurs qui font terminer exclusivement sur la tête du péroné le tendon inférieur du biceps, commettent une erreur: « Cette insertion, dit Cruveiihier, a lieu non seulement à la tête du péroné, mais encore à la tubérosité externe du tibia, par une forte division de son tendon, qui envoie en même temps une expansion à l'aponévrose jambière. » Theile de son côté donne de ce tendon la description suivante : «Le tendon commun aux deux têtes descend en arrière et en dehors, sur le condyle externe du fémur, et là il s'élargit. Une partie de ses fibres se perd en arrière dans l'aponévrose de la jambe; une autre qui passe tant devant que derrière le ligament latéral externe du genou au-dessus du péroné, se porte en avant, vers le côté externe du tibia, et un peu aussi vers le cartilage demi-circulaire externe de l'articulation fémorotibiale. Mais la masse principale du tendon s'attache, en arrière et en dehors, à la tête du péroné. »

L'insertion partielle du biceps sur le tendon d'Achille et, par

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son intermédiaire, sur le calcanéum, est bien plus intéressante. Kelch, le premier, a vu se détacher du bord interne de la longue portion du biceps, avant sa réunion à la courte portion, un faisceau musculaire qui se jetait sur un tendon long et grêle, lequel venait à son tour se fusionner avec le tendon d'Achille. Dans ses Beobachtungen aus der menschl. und vergleich. Anatomie, W. Gruber rapporte trois faits analogues, observés par lui-même : dans le premier cas (décembre 1855), il s'agit d'un faisceau surnuméraire détaché de la face antérieure de la longue portion du biceps et venant renforcer le tendon des jumeaux; cette disposition s'observait exclusivement du côté droit.

Dans le second cas (avril 1856), l'anomalie était bilatérale : du côté droit c'était encore un faisceau émanant de la longue portion du biceps et qui se portait sur le tendon d'Achille, à 10 centimètres au-dessus du calcanéum; du côté gauche, il se détachait à la fois de la longue portion du biceps et de l'aponévrose poplitée et venait se perdre sur l'extrémité inférieure du jumeau interne.

Dans le troisième cas enfin, le faisceau gastrocnémien du biceps se rencontrait encore sur les deux membres inférieurs : à droite, il se détachait comme d'ordinaire du bord interne de la longue portion, descendait dans le creux poplité où il se jetait sur un tendon. Ce tendon ne tardait pas à se charger de nouveau de fibres charnues. Ce deuxième corps musculaire venait se placer dans le sillon que forment par leur adossement mutuel les deux jumeaux et finalement se fusionnait avec le tendon d'Achille. A gauche, le faisceau surajouté présentait cette variante intéressante qu'il était renforcé, presque à son origine, par un faisceau fibreux qui prenait naissance sur l'intersection aponévrotique du demi-tendineux. Nous verrons clans l'article suivant les relations remarquables que présente dans certains cas le muscle derni-tendineux avec l'aponévrose postérieure de la jambe.

Un nouveau cas du faisceau calcanéen du biceps nous a été donné par Halliburton en 1881. Le lecteur pourra en lire.

dans le volume XV du Journal of Anatomy, la description minutieusement détaillée; je me contente de la résumer ici en quelques mots : faisceau charnu naissant du bord interne du biceps, s'etïîlant peu à peu dans son trajet descendant, et se terminant dans le creux poplité sur un tendon arrondi. A la hauteur de l'interligne articulaire ce tendon envoie une foi'te expansion à la tête du péroné et à l'aponévrose jambière, et se transforme de nouveau, comme dans le cas précité deGruber, en un corps charnu, lequel vient se terminer par un tendon sur le tendon d'Achille.

Je considère comme une forme incomplète du muscle en question le faisceau décrit par Turner en 1872 sous le nom de Tensor fasciœ poplilealis, et qui, se détachant du biceps, venait se perdre sur l'aponévrose poplitée, après avoir été renforcé par un deuxième faisceau parti de la ligne âpre, entre le vaste externe et la courte portion du biceps.

Gruber, en terminant sa note sur le muscle en question, nous apprend qu'il a été le premier à le décrire et que cette formation anormale de l'homme n'a pas son homologue dans la série zoologique. La première de ces deux assertions me paraît singulièrement hasardée, après l'observation si nette de Kelch, remontant à l'année 1813; et quant à la seconde, elle me paraît complètement en désaccord avec les enseignements de l'anatomie comparée.

Âtiatomie comparée. — J'ai déjà établi plus haut que le tendon du biceps se portait non seulement sur Fos externe de la jambe, mais aussi sur le tibia et sur l'aponévrose. Peu marquées chez l'homme, les insertions tibiales et les insertions aponévrotiques s'exagèrent considérablement dans certaines espèces animales; elles peuvent parfois devenir prépondérantes et même exclusives. C'est ainsi que le muscle se fixe uniquement au tibia chez le cochon, le lapin, le cabiai, etc.; uniquement à l'aponévrose chez le koala (Young), V ornithorynque (Meckel), etc. Il se fixe à la fois au tibia et à l'aponévrose chez la plupart des Singes; au tibia et au péroné chez Vunau, etc.

La portion du tendon terminal qui se perd dans l'aponévrose descend quelquefois très bas : chez le coali et le raton notam-

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ment, le muscle s'insère à toute la hauteur de l'aponévrose jambière, jusqu'au talon; il en est de même chez la loutre. Ces faisceaux d'insertion calcanéens représentent bien évidemment celte expansion anormale du biceps de l'homme, qui, moitié charnue, moitié tendineuse, se porte sur le même os, en empruntant le tendon des gastrocnémiens. Du reste, la disposition constatée ci-dessus chez l'homme par Kelch, Gruber, Halliburton, se rencontre avec des caractères plus nettement homologues dans quelques espèces inférieures, comme on peut s'en rendre compte par les quelques lignes qui suivent empruntées à Meckel : « Le fléchisseur externe de la jambe de Vhgène, parmi les Carnassiers, est beaucoup plus grand que l'interne; il vient aussi des vertèbres coccygiennes. On trouve sous lui, dans toute sa longueur, un muscle mince, se détachant aussi du commencement de la queue, auquel il s'unit inférieurement et qui s'insère conjointement avec lui à l'origine du tendon d'Achille. Dans le chat..., il s'insère à pres(|ue toute la longueur du bord antérieur du tibia, non au péroné, et envoie une

languette postérieure au tendon cV Achille Chez l'ours^ il

est large et très épais; il s'insère au calcanéum, au-dessus du tendon d'Achille. »

Est-il possible d'affirmer, en face de pareilles dispositions organiques, que le faisceau ischio-calcanéen du biceps ne ti ouve pas son explication dans l'anatomie comparée, el qu'il n'a pas d'homologue dans les animaux placés au-dessous de l'homme dans la série animale?

§ VII. — Union avec quelques muscles voisins. — Le fléchisseur péronier de la jambe peut recevoir un faisceau de renforcement soit du vaste externe, soit du grand adducteur, muscles qui, con)me on le sait, se détachent avec lui de la ligne âpre. Il résulte en outre d'une observation de M. Flesch, recueillie dans le laboratoire de Kolliker, que la longue portion du biceps peut fournir (à la rencontre du premier quart et du deuxième quart à partir de l'ischion) un faisceau de renforcement au demi-tendineux. Les deux muscles sont ischiatiques

par leur origine, du moins chez l'homme, et la présence du faisceau mentionné par M. Flesch n'a rien que de très naturel. Le professeur Humphry a rencontré un faisceau analogue sur le membre pelvien de Vunau.

Bibliographie :

Kelch. Beitrœgc ^. pathol. Anatoin., Berlin 1813, 8, S. 42, art. XXXVI,

Abweichung des Biceps femoris.

Meckel. Ueber mehrere Abweichungen in Muskelsystem desselben kôrpers

(Deutsches Arch. fur die Physiologie, 1819, t. V, p. 117). Cruveilhier. Traité d'Anatomie descriptive^ 5<= édit., 1871, t. I, p. 726. Gruber. Mullcr's Arch., 1848, p. 430.

Meckel. Traité d'Anatomie comparée, t. VI, p. 388. Theile. Encycl. anat., vol. III, « Myologie », p. 304. TuRNER. Journ. of Anat. and Phys., May 1872, p. 442. Humphry. British med. and surg . journal, 1873, t. II, p. 78. Hallet, cité par Humphry, in Article précédent.

W. Gruber. Ueber die ungewohnlichen Musc, tensores fasciae suralis heim Mcnschen {Bull, de l'Acacl. des Sciences de St-Pétersbourg, t. XXV, p. 230, et Beobachtungen aus der mensch. und vergl. Anatomie, II Heft, p. 56-58, Berlin, 1879).

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YouNG. Tlie muscular anatomy of the koala {Ibid., January 1882). Alix. Rcch. anat. sur le Troglodytes Aubryi, 1865, p. 188). KôLLiKER et Max Flesch. Variet. Beobachtungen, etc., Wurzburg, 1879. Knott. Proc. of the Roy. Irish Academy, December 1881, p. 427. GiACOMiNi. Annota^ioni sopra l'Anatomia dcl Negro, 1882, p. 49.

MUSCLES DEMI-TENDINEUX ET DEMI-MEMBRANEUX

AKTICLE II

ANOMALIES DES MUSCLES DEMI-TENDINEUX ET DEMI-MEMBRANEUX OU FLÉCHISSEURS TIBIAUX DE LA JAMBE.

En dedans du biceps crural, deux muscles détachés comme lui de la lubéiosité de l'ischion, contribuent, par leurs contractions, à fléchir la jambe sur la cuisse : 1° le plus superficiel, ou demi-tendineux, se confond, à son insertion ischiatique, avec la longue portion du muscle biceps; un peu au-dessus de la portion moyenne de la cuisse, il se jette sur un tendon arrondi qui vient se fixer sur le côté interne de l'extrémité supérieure du tibia, en constituant avec les tendons du droit interne et du couturier l'appareil aponévrotique connu sous le nom de patte d'oie. Les faisceaux charnus de ce muscle sont interrompus par une intersection tendineuse qui est constante et que Sœmmering, dans un cas, a rencontrée double; 2° au-dessous du demi-tendineux et parallèle à lui, s'étend le demi-membraneux; parlant de l'ischion, sur lequel il prend naissance à l'aide d'un tendon variable en longueur, mais toujours fort large, ce muscle descend vers le condyle interne et vient se terminer en bas, par trois ordres de faisceaux, a) sur le ligament postérieur de l'articulation du genou, (ù) sur la face postérieure de la tubérosité interne du tibia, y) sur la partie antérieure de celte même tubérosité.

Intimement connexes au point de vue anatomique, le demitendineux et le demi-membraneux jouissent des mêmes fonctions dans la mécanique animale. Aussi, ai-je cru ne pas devoir séparer ces deux muscles dans l'étude que je vais entreprendre de leurs variations. L'anatomie comparée justitie, du reste, un tel l'approchement, comme nous le verrons tout à l'heure.

§ ï. — Union du demi-tendineux et du deini-meinbraneux.

— Un interstice cellulo-graisseux, généralement très développé, permet, dans la plupart des cas, d'isoler, avec la plus grande

facilité et dans toute son étendue, le demi-tendineux du demimembraneux. J'ai observé un cas cependant où les deux corps musculaires se jetaient sur un tendon unique, constituant ainsi un muscle unique à deux chefs. Voici le fait sommairement résumé : sur le côté droit d'un sujet adulte, le biceps crural et le demi-membraneux sont entièrement conformes à la description classique. Le demi-tendineux, beaucoup plus petit qu'à l'ordinaire, se détache de l'ischion en dehors du biceps, en arrière du demi-membraneux; à 10 centimètres au-dessous de son point d'origine, le corps musculaire se jette sur un tendon relativement très grêle, lequel, continuant le trajet du muscle lui-même, vient se confondre, à 2 centimètres au-dessus du condyle interne, avec le tendon terminal dn demi-membraneux. Ce dernier tendon présente ses attaches ordinaires ; et, quant à la patte d'oie, elle est uniquement constituée par le couturier et le droit interne.

A?iatomie comparée. — Le demi-tendineux et le demi-membraneux appartenant à un môme groupe anatomique, leur fusion partielle ou totale n'a rien que de très naturel. Du reste, celte fusion s'observe normalement chez plusieurs mammifères: chez Vaï notamment, d'après Meckel, les deux fléchisseur tibiaux ne forment qu'un seul muscle à leur origine pelvienne ; ce n'est que plus bas, à la partie moyenne de la cuisse, que cette masse, jusque-là indivise, fournit deux tendons qui viennent se fixer l'un et l'autre sur le tibia. De même chez le kangurou, les deux muscles séparés à leur terminaison sont confondus à leur origine. Le castor nous offre un degré de fusion plus étendue encore: les deux muscles sont confondus dans toute leur étendue ; il n'existe ici qu'un seul muscle parti de l'ischion et inséré sur le tibia.

§ IL — Absence de Fiin des deux muscles. — La fusion des deux muscles fléchisseurs tibiaux entraîne, on le conçoit, pour un œil peu exercé, la disparition de l'un d'eux.

Je ne connais aucune observation où soit mentionnée l'absence du demi-tendineux. L'absence du demi-membraneux a été

MUSCLES DEMI-TENDINEUX ET DEMI-MEMBRANEUX. 641

observée par Loschge et par de Souza. Les détails nous font malheureusement défaut pour analyser comme elles le méritent ces deux observations; mais, jusqu'à plus ample informé, je n'hésite pas à considérer, dans l'espèce, les faits d'absence du demi-membraneux comme des faits de fusion de ce muscle avec le demi-tendineux. Nous venons de voir, du reste, cette disposition se reproduire chez le castor.

Tl est une deuxième modalité anatomique qui pourrait en imposer encore pour des faits d'absence du demi-membraneux et que je dois signaler ici : c'est la fusion du demi-membraneux, non pas avec le demi-tendineux, mais bien avec le grand adducteur. Une pareille disposition nous est offerte par plusieurs Ruminants, le mouton et la chèvre, par exemple.

En face donc d'un sujet qui ne présentera pas de muscle demi-membraneux différencié, l'anatomiste aura pour devoirde ne pas s'arrêter à cette constatation sommaire. Mais, poussant plus loin ses investigations, il devra, par une analyse minutieuse, rechercher des faisceaux musculaires dissimulés plutôt qu'absents; il les retrouvera toujours soit dans le fléchisseur tibial, unique dans ce cas, soit dans la portion verticale du grand abducteur, dans ce faisceau que j'ai décrit plus haut sous le nom de muscle ischio-condylien.

§ III. — Insertion surnuméraire sur le ligament sacro-sciatique. — Dans le fait que j'ai rapporté plus haut d'un faisceau cocry-péi^onier (p. 630), la plus grande partie des fibres se rendaient bien certainement à la longue portion du biceps ; un certain nombre seulement se jetaient dans le demi- tendineux, constituant, pour ce muscle, un faisceau d'origine surnuméraire coccygien. L'insertion partielle du demi-membraneux sur le ligament sacro-sciatique est signalée par Macalister.

Anatomie comparée. — De même que le biceps, leur congénère du côté péronier, les muscles demi-tendineux et demimembraneux reçoivent, dans quelques espèces, un faisceau de renforcement partant des premières vertèbres caudales. Le demitendineux est, en eflet, constitué par deux faisceaux d'origine

642i LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

(f. ischiatique et f. caudal), chez les SoUpèdes, chez le daman, chez le fourmilier, chez la marmotte, elc, Dans cette dernière espèce (Meckel), le faisceau coccygien ne rejoint le faisceau ischiatique qu'à la partie moyenne de la cuisse, par une ligne tendineuse au-dessous de laquelle le corps musculaire persiste encore, à l'état charnu, dans une étendue considérable. f Quant au demi-membraneux, nous le voyons recevoir, lui aussi, un faisceau de renforcemeut coccygien chez Vornithorynque, le phoque, la civette, etc., etc. h' éléphant a présenté également à MM. Miall et Greenwood un muscle demi-membraneux, constitué par une portion ischiatique à laquelle venait se joindre une deuxième portion, qui se détachait du grand ligament sacro-sciatique et du sacrum.

Les faits anormaux signalés ci-dessus chez l'homme, trouvent, comme on le voit, dans l'anatomie comparée une explication des plus satisfaisantes.

§ IV. — Faisceau de renforcement du demi-tendineux parti de la ligne âpre. — Luschka a signalé, au-dessous du demimembraneux, entre la ligne d'origine de la courte portion du biceps et la ligne d'insertion terminale du grand adducteur, le long de la ligne âpre par conséquent, un faisceau surnuméraire qui, naissant de cette ligne âpre, se portait en bas vers le condyle interne. Là, son tendon se divisait en deux languettes qui se terminaient, la première sur la périoste du condyle luimême, l'autre sur la paroi postérieure de la capsule articulaire du genou. Cette observation est, je crois, unique.

Signification et anatomie comparée. — Chez la plupart des oiseaux (Meckel, Alix) le demi-tendineux, analogue en cela au biceps de l'homme et des singes anthropoïdes, se compose de deux portions ou chefs: l'un provenant de l'ischion, l'autre provenant de la portion inférieure de la ligne âpre. Ce dernier chef rappelle de tous points la courte portion du biceps qui, au lieu de se porter en dehors pour rejoindre le fléchisseur péronier de la jambe, se serait dirigée en dedans pour renforcer le fléchisseur tibial, transformé ainsi en muscle biceps. On pour-

MUSCLES DEMI-TENDINEUX ET DEMI-MEMBRANEUX

rait peut-être considérer le petit muscle décrit par Luschka comme un représentant incomplet de cette courte portion, ou portion fémorale du fléchisseur tibial qui, au lieu d'atteindre le tendon de ce muscle pour gagner le tibia, se serait arrêté en route sur le condyle interne et sur la capsule articulaire et y aurait pris ses insertions.

§ V. — Insertions inférieures sur raponévrose jambière.

— A l'état normal, comme lé fait remarquer Theile, le tendon inférieur du demi-tendineux envoie un « faisceau considérable» à l'aponévrose jambière. Je n'aurais donc pas écrit ce paragraphe s'il n'existait de véritables faisceaux surnuméraires détachés de la partie moyenne du demi-tendineux et exclusivement destinés à l'aponévrose. Ces faisceaux rappellent de tous points les faisceaux similaires que le biceps envoie à la même aponévrose et que j'ai décrits plus haut.

Je n'ai observé qu'une fois (novembre 1882), et après l'avoir longtemps cherché, ce nouveau faisceau tenseur de l'aponévrose jambière ; c'était un petit muscle fort grêle étendu de la portion moyenne du demi-tendineux à la saillie du mollet; il prenait naissance en haut, à 1% centimètres au-dessous de l'ischion, sur le bord externe du demi-tendineux, et là il se confondait entièrement avec les fibres de ce muscle. Il se portait ensuite verticalement en bas, s'amincissait peu à peu et se jetait, après un trajet de 4 centimètres, sur un tendon très mince. Ce tendon continuait le trajet du corps musculaire, croisait la région poplitée et venait s'éparpiller sur l'aponévrose jambière, à 1 1 centimètres au-dessous du point d'abouchement de la veine saphène externe dans la veine poplitée.

W. Gruber a rapporté, dans le Bulletin de l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pélersbourg, deux faits analogues : dans le premier, le faisceau surnuméraire afl'ectait une disposition fusiforme et se trouvait compris entre deux tendons, un tendon d'origine qui le rattachait au muscle demi-tendineux et un tendon terminal qui s'irradiait, au-dessous du creux poplité, sur la région postérieure de la jambe, et là se perdait sur l'apo-

névrose. Dans le second, le Faisceau tenseur de l'aponévrose jambière naissait directement par des fibres charnues el descendait jusqu'au tendon d'Achilîe. Il se perdait par une série de filaments rayonnés sur la portion de l'aponévrose jambière qui recouvre ce tendon,

Je ne connais aucune observation de faisceau tenseur de l'aponévrose jambière dépendant du demi-membraneux, à moins que nous ne prenions comme tel le faisceau décrit, en 1769, par Sandifort (qui se perdait dans le paquet cellulo-graisseux du creux poplité) et rencontré de nouveau sur un nègre, en 1 882î, par le professeur Giacomini. Ces deux observations pourraient peut-être être considérées, avec autant de raison, comme des formes incomplètes de l'anomalie suivante. [Voyez § VI.)

Analomie comparée. — Les connexions des muscles fléchisseurs tibiaux avec l'aponévrose jambière, sont généralement plus marquées chez les animaux que chez l'homme. Chez les Solipèdes, le muscle demi-tendineux s'attache au deuxième quart du tibia et envoie en bas un long tendon qui passe au-devant du tendon d'Achille et se réunit au faisceau similaire que le biceps envoie dans cette même région (Meckel). Chez le kangurou, le muscle fléchisseur péronier se divise, à quelque distance de l'ischion, en deux faisceaux qui ne tardent pas à se jeter sur « de longs et larges tendons » (Meckel). Ces deux tendons descendent le long de la face postérieure de la jambe et viennent se fixer à la fois sur le tibia et le calcanéum.

Cette insertion spéciale du demi-tendineux sur la partie inférieure de l'aponévrose fémorale s'observe également, et avec des caractères plus nets peut-être, chez quelques Vertébrés inférieurs : c'est ainsi que chez les Urodèles, M. Lannegrâce décrit un muscle ischio-libial plantaire, analogue à nos fléchisseurs tibiaux, détaché comme les fléchisseurs tibiaux de l'ischion, inséré comme eux sur le tibia et présentant cette particularité remarquable que « un peu au-dessous de l'intersection aponévrolique, il fournit un faisceau qui descend sur la jambe et se convertit en un tendon, lequel va concourir à la formation de l'aponévrose plantaire » . Ce faisceau tenseur aponévrotique

MUSCLES DEMI-TENDINEUX ET DEMI-MEMBRANEUX

est, on en conviendra, un représentant manifeste des faisceaux tenseurs qui ont été observés chez l'homme par W. Gruber et par moi-même.

§ VI. — Duplicité du demi-membraneux; insertion fémorale de ce muscle. — II n'en existe qu'une seule observation ; elle appartient au professeur Calori et a été prise par lui sur la cuisse droite d'un jeune homme de vingt-quatre ans. Le muscle surajouté que j'appellerai, en raison de sa situation, muscle demi -membraneux profond, naissait sur l'ischion, en arrière du demi-membraneux normal, auquel il était uni dans une étendue de 2 centimètres. Au-dessous de ce point, il devenait complètement indépendant et se portait verticalement en bas, dans la direction du condyle interne. Son tendon terminal se divisait, à la hauteur de l'articulation du genou, en deux faisceaux distincts : l'un, l'interne, venait s'insérer sur la tubérosité interne du tibia; l'autre, l'externe, était un peu moins long et se perdait dans la partie postérieure et interne de la capsule articulaire. C'est bien là un exemple très net de dédoublement du muscle demi-membraneux.

Anatomie comparée. — Un pareil dédoublement s'observe normalement dans plusieurs Vertébrés inférieurs, appartenant à la classe des Reptiles ou à celle des Batraciens (Meckel, Lannegrâce, Sabatier). Nous le rencontrons également, avec des caractères plus ou moins nets, chez quelques Mammifères: chez Yaï et chez le pangolin, par exemple, on voit un faisceau de fibres se détacher du demi-membraneux et se porter sur le fémur, dans le voisinage de l'insertion inférieure du grand adducteur. Chez le chien (Humphry) le demi-membraneux se divise, au-dessous de la tubérosité ischiatique, en deux faisceaux à peu près d'égal volume : l'un d'eux s'insère comme d'habitude sur le tibia ; l'autre se porte vers la région du condyle interne du fémur et s'y insère, en partie sur le fémur, en partie sur l'os sésamoïde, qui donne naissance en bas au jumeau interne.

Devis, chez la civette, a également noté l'insertion de quelques faisceaux du demi-membraneux sur le sésamoïde condylien.

J'ai observé moi-même ce dédoublement jusque chez un £ercopithèque; c'était là probablement une disposition anormale, car je ne l'ai pas rencontrée chez d'autres quadrumanes. Audessous d'un demi-tendineux normal, se trouvaient deux faisceaux musculaires, complètement distincts, à partir du deuxième centimètre au-dessous de l'ischion : le premier (demimeynhraneux superficiel) venait se terminer sur la face interne du tibia, en se confondant avec le tendon terminal du droit interne; l'autre (demi-membraneuoo profond), un peu plus volumineux que le précédent, et aplati plutôt que cylindrique, venait se terminer, à l'aide de fibres tendineuses fort courtes, sur le condyle interne, en dedans de l'insertion supérieure du jumeau interne.

Bibliographie :

Sandifort. Thésaurus dissert., Roterodi, 1769, p. 250.

LoscHGE. Ahhandlungen der Phijs.-med. Soc, Erlangen, Bd I, p. 25.

De Souza. Gû^. méd. de' Paris, 1855, 12, p. 184.

Calori. Mem. deW Instit. Accad. di Bologna, série II, t. VI, p. 141.

LuscHKA. cité par Calori, in Mémoire précédent.

Gruber. Ueber einen von Musc, semi-tendinosus, abgegangenen Musc.

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1872, col. 290, et ibid., 1873, col. 184). Macalistee. Transact. of Roy. Irish Acadeiny, 1871. Meckel. Anatomie comparée, t. VI, p. 384.

Lannegrace. Mgologie comparée des membres, Montpellier, 1878. Theile. Encycl. anat., t. III, «Myologie », p. 301. Strauss-Durckheim. Anatomie du chat, t. II, p. 417. Sabatier. Comparaison des Ceintures et des Membres, 1880, p. 273. Miall et Greenwood. The Anat. of the Indian Eléphant (loc. cit., p. 279). Alix. Essai sur l'appareil locomoteur des Oiseaux, 1874, p. 441. HuMPHRY. Observations in Myology, 1872, p. 165.

Macalister. The homologies of the flexor muscles of the vertébrale limb

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Devis. On the Myology of the Viverra civetta (Ibid., May 1868). GiACOMiNi. Annolazioni sopra l'anatomia del Negro, 1882, p. 49. YouNG. The mtiscular Anatomy of the koala {Journ. of Anat. and Phys., Janv. 1882, p. 217).

FAISCEAUX SURNUM''^' TENSEURS DE l'APÛNÉVROSE JAMBIÈRE. 647

FAISCEAUX SURNUMÉRAIRES TENSEURS DE l'aPONÉVROSE JAMBIERE.

Les notions anatomiques relatives à ces faisceaux se trouvent éparses dans les articles qui précèdent. Les décrire ici de nouveau serait tomber dans des redites inutiles. Je me contenterai de les résumer et de dire que :

1° Les connexions des muscles fléchisseurs de la jambe avec l'aponévrose jambière peuvent se réduire à de simples expansions fibreuses émanant des tendons terminaux du biceps, du demi-tendineux, du demi-membraneux;

%° Elles peuvent être constituées par de vrais faisceaux musculaires fort variables dans leur développement et appelés, en raison de leur rapport et de leur rôle : muscles tenseurs de l'aponévrose jambière ;

3° Ces muscles surajoutés peuvent se détacher soit du biceps, soit du demi-tendineux, à une distance variable de leur insertion ischiatique ; du reste leur origine se fait à l'aide d'un tendon ou bien directement par des fibres charnues ;

4° Ils peuvent aussi se détacher en haut par deux chefs distincts dont l'un vient des muscles précités et l'autre prend naissance sur la face postérieure du fémur (cas de Turner);

5° Le tendon terminal de ces muscles tenseurs peut : a) se perdre sur l'aponévrose, en arrière de la saillie du mollet; fi) se perdre sur l'aponévrose, en arrière du tendon d'Achille, en un point plus ou moins rapproché du calcanéum; y) se fusionner avec le tendon d'Achille, constituant ainsi pour ce ten- • don un faisceau de renforcement; à) on conçoit qu'à un degré de différenciation plus avancé, ces faisceaux tenseurs puissent s'attacher directement au calcanéum ou même à l'aponévrose plantaire. L'anatomie comparée, comme nous l'avons déjà vu, nous explique très nettement tous ces différents modes de terminaison.

Sandifort. Thésaurus dissert,, Roterodi, 1769, p. 250.

Kelch. Bcitrœge ^. Pathol. Anatomie, Berlin 1813, p. 42.

Gruber. Ueher die ungcwohnlichen Musc, tensores fascise suralis heiin Menschen {Bail. Ac. des Se. de Saint-Pétersbourg , t. XXV, p. 250, et Beobachtungcn aus dcr menschl. und oergl. Anatoniio, II Hft, pp. 56, Berlin 1879).

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