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CHAPITRE V

Région postérieure de la jambe.

La région postérieure de la jambe comprend huit muscles disposés en deux couches, une couche superficielle et une couche profonde. Dans la première, nous trouvons le jumeau externe, le jumeau interne, le soléaire et \e plantaire grêle; les trois premiers de ces muscles, réunis sur le tendon d'Achille, constituent chez l'homme le triceps sural. La couche profonde nous présente en haut le poplité qui fléchit le tibia sur le fémur, et, au-dessous de lui : le tibial ou jambier postérieur, qui se porte de la jambe au scaphoïde, et les longs fléchisseurs des orteils, insérés, l'un sur le tibia, l'autre sur le péroné, et homologues à la jambe des fléchisseurs profonds ou perforants de l'avant-bras. ^ Les variations anatomiques de ces divers muscles seront étudiées dans six articles distincts.

Je crois devoir placer dans ce chapitre le court fléchisseur plantaire; bien que situé dans une région différente, la plante du pied, ce muscle, qui est l'homologue du fléchisseur commun superficiel ou perforé de l'avant-bras, me paraît être inséparable du fléchisseur perforant.

Je consacrerai un dernier article aux différents faisceaux surnuméraires qui apparaissent dans la région.

ARTICLE I

Les jumeaux ou gastrocnémiens sont constitués, chez l'homme, par deux muscles très volumineux prenant naissance isolément sur chacun des condyles fémoraux et se terminant, à l'aide d'un tendon commun, sur l'extrémité postérieure du calcanéum.

1° Le muscle interne ou jumeau interne s'insère en haut audessus du condyle de même nom, un peu en arrière du tubercule osseux oii vient se terminer la portion verticale du grand adducteur. Ce faisceau d'origine principal qui s'attache à l'os à l'aide d'un fort tendon, est bientôt rejoint par toute une série de faisceaux charnus, directement insérés sur le condyle en dehors de lui.

2° Le même muscle externe ou jumeau externe prend naissance sur la partie postérieure du condyle externe, à la fois par un gros tendon et par des fibres charnues situées en dedans de ce dernier.

Chacun des muscles jumeaux prend donc naissance sur le condyle correspondant par deux sortes de faisceaux : a) des faisceaux externes (par rapport à l'axe du fémur), qui, pour s'attacher à l'os, empruntent l'intermédiaire d'un tendon; (3) des faisceaux internes qui, variant beaucoup de nombre et d'étendue, se rapprochent plus ou moins de l'échancrure intercondylienne. Ces derniers peuvent parfois s'isoler et en imposer ainsi pour des faisceaux surnuméraires.

Séparés à leur origine par le triangle inférieur du creux poplité, les faisceaux constitutifs des jumeaux convergent les uns vers les autres et se jettent, à la partie moyenne de la jambe, sur la face postérieure d'une large aponévrose. Celte

aponévrose, continuant le trajet descendant des corps charnus, s'épaissit en diminuant de largeur et vient se fixer sur le tiers inférieur de la face postérieure du calcanéum. C'est le tendon d'Achille, sur lequel nous verrons se terminer tout à l'heure le tendon du soléaire et. celui du plantaire grêle.

§ I. — Isolement plus ou moins considérable du jumeau externe et du jumeau interne. — Marchant à la rencontre l'un de l'autre, les deux jumeaux ne tardent pas à s'atteindre et à se réunir. Réel dans un grand nombre de cas, leur fusionnement n'est bien souvent qu'apparent, une dissection minutieuse m'a permis, sur bien des sujets, d'isoler les deux jumeaux jusqu'à leur terminaison sur le tendon d'Achille.

Anatomie comparée. — Cette séparation du jumeau interne et du jumeau externe s'observe normalement chez la marmotte, chez la sarigue, chez le coati, chez le raton (Meckel). Chez Vunau, d'a[)rès Humphry, les deux jumeaux sont isolés dans toute leur longueur; ils s'entrecroisent l'un l'autre et s'insèrent au calcanéum par deux tendons distincts.

§ II. — Leur isolement du soléaire. — (Voyez ce muscle, p. 654).

§111. — Variations des insertions supérieures; faisceau surnuméraire parti du fémur ou des muscles de la cuisse (gastrocnémien à trois chefs). — La masse musculaire qui constitue les jumeaux peut être renforcée par un faisceau surnuméraire dont l'origine comporte une triple modalité. Ce troisième chef peut en effet provenir :

aj Des muscles fléchisseurs de la jambe, biceps et demitendineux; nous avons déjà longuement étudié ces faisceaux, que nous avons appelés ischio-calcanéens [vo\jez chap. IV, art. I, II et III);

/SJ Du grand adducteur ; j'ai vu, dans un cas, un petit faisceau émanant de la grande portion verticale du grand adducteur passer directement dans le muscle jumeau interne ;

y] De la portion sus-condylienne du fémur; c'est là la disposition la plus fréquente; mais ces faisceaux sus-condyliens {gastrocnemius tertius de Kraûse) présentent à leur tour des variations nombreuses portant sur leur volume, leur longueur, leur point d'implantation supérieur et inférieur, leur mode de constitution, etc. Smith, Howse et D. -Colley ont vu naître ce faisceau de cet espace triangulaire compris entre les deux branches de bifurcation de la ligne âpre. H. Virchow a observé un fait analogue ; Terrier et Walsham ont rencontré chacun un troisième chef, détaché de la branche de bifurcation interne de la ligne âpre. Dans un fait de Quain et dans un deuxième fait de Kôlliker et M. Flesch, le faisceau surajouté ou troisième chef du gastrocnémien prenait naissance par deux faisceaux distincts. Wood, à son tour, rapporte un nouveau fait de troisième portion du gastrocnémien bifurquée : l'une des deux branches s'insérait au ligament, l'autre remontait jusque dans l'espace poplité.

On pourra lire dans le mémoire déjà cité deChudzinski (1882), la relation de deux nouveaux cas du faisceau accessoire des jumeaux, observés chez des sujets nègres.

Anafomie comparée. — a) Nous avons déjà établi, dans les articles précédents, les homologies des troisièmes chefs des gastrocnémiens émanant soit du biceps, soit du demi-tendineux (première modalité); nous n'y reviendrons pas ici.

/3J Le faisceau de renforcement (deuxième modalité) fourni aux jumeaux par le grand adducteur se trouve chez le 'pangolin, d'après les dissections du professeur Humphry.

y) Quant aux faisceaux surnuméraires descendus soit de l'espace poplité, soit des branches de bifurcation inférieure de la ligne âpre, ils tendent à combler l'espace qui sépare à leur origine les deux jumeaux. Ils témoignent ainsi d'une tendance de l'un des deux jumeaux à se fusionner avec l'autre en une masse indivise, disposition qui s'accuse plus nettement et se réahse même chez quelques Vertébrés inférieurs. Déjà, chez quelques oiseaux, on voit le jumeau interne s'insérer non seulement sur le condyle interne, mais prolonger ses insertions (Alix) «sur

tout l'espace qui sépare les deux condyles, et atteindre le condyle externe. »

§ IV. — Développement d'un os sésamoïde dans Tépaisseur des tendons d'origine. — On rencontre parfois, dans les tendons d'origine des jumeaux, un os sésamoïde dont le volume et la consistance sont fort variables. Signalés pour la première fois par Vésale, décrits de nouveau après lui par Riolan, Fallope, Heister, Camper, Hyrtl, Theile, etc., ces petits os ont été tout récemment (ISTS) l'objet d'une étude sérieuse de la part du professeur W. Gruber. D'après le savant analomiste de Saint-Pétersbourg, on le rencontre une fois sur six dans le tendon d'origine du jumeau externe ; le tendon du jumeau interne ne le présenterait jamais. Ost, reprenant, l'année suivante, à l'instigation d'Aéby, les recherches de Gruber, a examiné trente membres inférieurs; or, il a rencontré cinq fois l'os sésamoïde et toutes les fois dans l'épaisseur du jumeau externe. Les conclusions de Gruber ne pouvaient trouver une confirmation plus éclatante. Elles ne sont pourtant pas admissibles, en présence des résultats contraires obtenus par d'autres anatomistes, notamment par Theile, Hyrtl, Cruveilhier, qui, tout en enseignant que c'est surtout sur le jumeau externe qu'on rencontre les petits os en question, admettent néanmoins, pour l'avoir disséqué eux-mêmes, le sésamoïde du jumeau interne. Macalisler lui aussi l'a rencontré; je l'ai vainement cherché moi-même, l'hiver dernier, sur plus de quarante sujets.

Anatomie comparée. — Toutes les variations anatomiques qui se rattachent aux sésaraoïdes des jumeaux se rencontrent, à l'état normal, dans la série des Mammifères. Voici comment Meckel résume ses recherches sur ce point d'anatomie comparée : « Je ne les ai pas trouvés dans le cochon et les Ruminants en général, ni dans les SoUpèdes, le phoque, V ornithorynque. Je les ai découverts, au contraire, dans l'un et l'autre tendon, parmi les Quadrumanes, dans Vatèle, le papion, le saï, le callitriche, Vouistiti ordinaire, le magot, le mandrill, le maimon, le mongous ordinaire et le mongous à front blanc; ils

existent aussi, parmi les Carnassiers, chez la martre, la loutre, la taupe; parmi les Rongeurs, dans la marmote, le porc-épic, le lièvre, le cochon d'Inde, le hamster, la gerboise et Vagouti. On les trouve seulement dans le tendon du jumeau externe, chez \es Loris, parmi les Quadrumanes; dans les Chauves-souris ; dans les Carnassiers, chez l'owrs, le coati, le raton, le hérisso?i, le c/m^^ le /^/na?^ le c/iien^ Yhyène; parmi les Marsupiaux, dans le kangurou et les Sarigues; dans les Rongeurs, chez Yécureuil, le ra^^ le /o<V, Vhélamys; parmi les Edentés (où cet os appartient cependant davantage au muscle poplilé), dans l'ai' et le fourmilier ; parmi les Ruminants, chez le cer/"; et enfin parmi les Pachydermes, chez le daman . »

§ V. — Diminution de volume et disparition de Tun des jumeaux. — Chez l'homme, le jumeau externe est généralement moins long et moins épais que l'interne. Macalisler signale la transformation du jumeau externe en une masse fibreuse et tout récemment (1880) Shefferd a noté sa disparition complète chez une femme; après avoir enlevé l'aponévrose jambière, le scalpel tombait immédiatement sur le plantaire grêle.

Anatomie comparée. — La présence des deux jumeaux est un fait assez généralement constant en anatomie comparée. Toutefois, je trouve mentionnée la transformation fibreuse du jumeau interne chez le Pteropus (Humphry), l'absence complète de ce faisceau chez plusieurs reptiles (Humphry), et, parmi les Oiseaux, chez le cygne (Alix).

Bibliographie :

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Heister. Compendiuin anatoinicuin, 1732, tabel I, fig. 2, 3 et 4.

Camper. De fractura patellœ, 1789.

Hyktl. Œsterr. med. Jahrh., vol. XXVI, p. 24.

Theile. Eiicycl. anat., t. III, «Myologie», p. 313.

Henle. Maskellehre, zweite Aufleege, 1871, p. 265.

QuAiN. On the Arterics, pl. 80, flg. 4 et 5.

HYkTL. Œsterr. Zeitschrift, vol. III, 1862, 22.

Meckel. Traité d' Anatomie comparée, t. VI, p. 416.

Humphry. British Med. journal, 1873, II, p. 79.

Macalister. Transact. of Royal Irish Academy, 1871.

Terrier, cité par Macalister, in Mémoire précédent.

Alix. Essai sur l'appareil locomoteur des Oiseaux, p. 451.

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prœformirten Ossiculcc sesamoïdea in den Ursprungssehncn der Kopfe

cl. Musc, gastrocnemius bei dem Menschen und bei den Saiigethieren

(Mém. de l'Acad. de Saint-Pétersbourg, VII, 1875). OST. Ueber das Vorkomnien eines Sesambeines in den Ursprungssehnen

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Bardeleben. Einige seltenere Muskelvarietœten (Sit^ungsb. d. Jenaischen

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Kolliker. Varietœten Beobachtungcn, etc., Wurzburg, 1879. WOOD. Proc. of Royal Soc. of London, 1868. Chudzinski. Reme d'Anthropologie, 1882, p. 622. Shepheed. Montreal's gênerai Hospital Reports, vol. I, 1880.

ARTICLE II

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