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Muscles normaux avec disposition anormale

Grand pectoral , Petit pectoral, . , Grand dorsal. . .

pj — Muscles surnuméraires ou surajoutés .

Présternal

Sterno-scapulaire

Scapulo-claviculaire

Chondro-coracoïdien

Soit:

Muscles normaux avec disp"" anormale .

— surnuméraires ou surajoutés. . ,

Total

Total

Degré

de

fréquenc

3» Membres supérieurs.

ai) — Muscles normaux avec disposition anormale .

Sous-épineux

Coraco-brachial

Biceps

Brachial antérieur

Rond pronateur ,

Fléchisseur superficiel des doigts

Fléchisseur profond des doigts

Long fléchisseur propre du pouce (*) ,

Grand palmaire

Petit palmaire

Long supinateur

Premier radial externe

Deuxième radial externe

Extenseur commun des doigts

Extenseur du petit doigt

Cubital postérieur

Long abducteur du pouce

Court extenseur du pouce

Long extenseur du pouce

Extenseur propre de l'index

— Muscles surnuméraires ou surajoutés :

Épitrochléo-cubital

Radial externe intermédiaire

Extenseur du pouce et de l'index

Extenseur propre du médius

Court extenseur de la main

^ . , Muscles normaux avec disp"'^ anormale Soif.] , . ...

— surnuméraires ou surajoutés . .

Total

Total

Degré

de

fréquence

àà

1 l/oO

(1) Les 29 variations notées par Wood sur ce muscle sont relatives : a) au faisceau d'origine coronoïdien qu'il a rencontré sur 27 sujets, 17 fois des deux côtés, 6 fois à droite et 4 fois à gauche; p j au faisceau anastomotique envoyé par le lléchisseur propre au fléchisseur profond, faisceau observé sur 3 sujets seulement, ] fois des deux côtés, 1 fois à droite, 1 fois à gauche.

4» Membres inférieurs.

a) — Muscles normaux avec disposition anormale

Iliaque interne

Obturatenr externe

Pyramidal

Jumeaux du bassin.

Adducteurs de la cuisse

Plantaire grêle

Long fléchisseur des orteils

Long fléchisseur du gros orteil

Tibial postérieur

Long extenseur des orteils .....

Péronier antérieur

Court péronier latéral

Court extenseur des orteils

Court fléchisseur plantaire

Accessoire des fléchisseurs

P9 — Muscles surnuméraires ou surajoutés :

Extenseur de la première phalange du pouce. . . Péronier du S'' orteil

^ ( Muscles normaux avec disp"" anormale Soit : ! , . . ^ ,

— surnuméraires ou surajoutes . .

Total

Degré

Total

fréquence

io/oo

IG

Un simple coup d'œil, jeté sur ces différents tableaux, nous permet de constater que les anomalies musculaires se produisent aux membres avec une fréquence plus grande que partout ailleurs et que dans les membres, les supérieurs présentent à ce point de vue une prédisposition toute particulière. Nous trouvons, en effet, 2(92l anomalies sur les membres thoraciques, tandis que les membres pelviens ne nous en fournissent que 119. Notons encore que, sur l'une et l'autre extrémité, ce sont les derniers segments ou segments distaux qui sont plus particulièrement riches en disposilions anormales. A peine rencontrons-nous quelques variations sur les muscles de l'épaule et du bras, et

HÉRÉDITÉ DES ANOMALIES MUSCULAIRES

quant à ceux du bassin et de la cuisse, ces derniers surtout, ils sont d'une fixité remarquable.

Humphry fait remarquer, avec beaucoup de raison, que les muscles les plus fréquemment atteints par l'anomalie sont en somme «ceux qui peuvent disparaître sans inconvénient», soit qu'ils puissent être facilement suppléés, soit qu'ils n'aient à remplir, dans l'organisme, qu'un rôle tout à fait secondaire. C'est ici le cas de rappeler la disparition si fréquente du petit palmaire, du pyramidal de l'abdomen, du petit psoas et autres formations similaires qui n'existent, chez l'homme, qu'à l'état de vestiges et comme pour lui rappeler les liens qui l'unissent' aux espèces inférieures. Les muscles précités acquièrent ainsi, en anthropologie zoologique, toute la valeur des organes dits rudimentaires.

Remarquons enfin, et par une singulière analogie, les variations fréquentes du long fléchisseur propre du pouce, un muscle essentiellement humain, celui-là. Son développement considérable, son isolement complet de la masse des fléchisseurs, tant superficiels que profonds, est, pour ainsi dire, caractéristique de l'espèce humaine. Ne dirait-on pas, en le voyant s'éloigner si souvent de son état normal, que la nature semble vouloir le ramener à sa disposition primitive, luttant ainsi sans cesse contre l'adaptation et ne lui abandonnant qu'à regret l'une de ses plus belles conquêtes?

ARTICLE II

HÉRÉDITÉ DES ANOMALIES MUSCULAIRES

La transmission héréditaire des anomalies organiques n'est pas à démontrer. Meckel, Geoffroy Saint-Hilaire, Lucas, Darw^in ont rapporté à ce sujet des observations à la fois si nombreuses et si nettes que l'hérédité des déformations soit congénitales, soit acquises, ne saurait désormais rencontrer d'adversaire. On connaît le cas si souvent cité d'Edward Lambert, qui transmit à ses six enfants une disposition singulière de son épiderme, caractérisée par « des excroissances cornées, saillan-

tes, bruissant l'une contre l'autre quand on les frottait avec la main» (de Lanessan). De ces six enfants, cinq moururent; le seul survivant transmit à son tour à tous ses garçons l'anomalie qu'il tenait du père et qui se perpétua jusqu'à la cinquième génération. M. de Lanessan rapporte l'histoire d'un jeune homme dont la tempe gauche présentait une mèche de cheveux blancs, disposition anatomique offerte également par le père. Darwin a signalé, lui aussi, le fait d'une famille anglaise dont plusieurs membres présentèrent, durant quelques générations successives, une mèche de cheveux tranchant nettement par sa couleur sur la teinte du reste de la chevelure. Nous devons rapprocher de ce fait l'observation non moins intéressante de James Paget, qui a noté la transmission héréditaire, chez plusieurs membres d'une même famille, de quelques poils des sourcils plus longs que les autres, disposition qui se rencontre normalement dans quelques espèces simiennes.

Tous les Traités de tératologie parlent de l'hérédité de la polydactylie : Maupertuis rapporte le fait d'un médecin allemand qui possédait six doigts aux deux mains et aux deux pieds; il tenait cette disposition de sa mère et il la légua à ses descendants. Struthers a observé de même la transmission de la polydactylie jusqu'à la quatrième génération; et l'on trouve dans Hœckel la mention d'une famille espagnole dont tous les enfants, à l'exception d'un seul, possédaient six doigts aux pieds et aux mains; «seul, le plus jeune était normal, et le père, qui était sexdigité, ne voulait pas le reconnaître comme son enfant».

Les arrêts de développement portant sur les lèvres et la voûte palatine se transmettent tout aussi nettement des générateurs à leurs descendants. Nous trouvons dans Lucas l'histoire d'un homme atteint d'une fissure du voile du palais qui transmit à trois de ses enfants ce vice de conformation ; il en avait probablement hérité lui-même de ses générateurs, car la sœur de sa mère avait donné naissance à dix enfants, dont cinq étaient affectés de bec-de-lièvre. M. de Lanessan cite encore le fait d'un homme qui se fit opérer par Demarquay d'un bec-de-lièvre double qu'il avait hérité de sa mère; le

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père et le grand -père de cette dernière avaient aussi ce vice de conformation; plusieurs de ses frères et sœurs le présentaient également; elle eut elle-même sept enfants, dont quatre atteints de bec-de-lièvre double.

Nous avons déjà parlé plus haut, à propos du long coracobrachial, de ce tubercule sus-épitrochléen de l'humérus, vestige chez l'homme du foramen supra-condyloide de quelques Marsupiaux; il résulte d'une observation de Struthers que cette anomalie peut être héréditaire chez l'homme; ce savant anatomiste l'a observée, en effet, chez un individu et chez quatre de ses enfants.

Ces quelques faits pris au hasard au milieu de bien d'autres démontrent surabondamment qu'une anomalie congénitale ou léguée peut être transmise par le générateur à ses descendants [hérédité conservatrice d'Hœckel). Il n'est pas jusqu'aux caractères acquis ou même aux mutilations, soit accidentelles, soit intentionnelles qui ne puissent se reproduire ainsi par hérédité chez les descendants {hérédité progressive d'Hœckel).

Nous connaissions déjà, comme faits à l'appui de ce dernier mode d'hérédité, quelques observations qui pour n'être pas nombreuses n'en sont pas moins démonstratives. Tel est le cas dont parle Meckel d'une femme dont le doigt devint difforme à la suite d'un panaris et qui transmit à deux enfants une difformité semblable et semblablement placée; le cas de Sigaud' de Lafond, rapporté par Lucas et reproduit par deLanessan, relatif à une chienre qui eut la colonne dorsale brisée pendant l'accouplement, fut fécondée quand même, et donna naissance à huit petits, dont sept « avaient le train de derrière ou défectueux, ou d'une extrême faiblesse, ou mal conformé; l'un d'eux même manquait des extrémités inférieures et un autre ne pouvait les mouvoir » .

Tels sont encore : le cas rapporté par Darwin d'une vache qui, ayant perdu accidentellement une corne, mit au monde trois veaux dépourvus de la corne du même côté ; le cas signalé par Hœckel d'un taureau qui, «ayant eu la queue coupée à la racine par la fermeture brusque et accidentelle de la

porte de l'étable » , engendra plus tard des « veaux privés de queue » ; les observations de William Buchan, établissant que les dames anglaises, qui avaient de son temps l'habitude de porter des corsets très serrés à la hauteur des seins, donnaient parfois naissance à des filles dépourvues de mamelles; les observations de Langsdorf, relativement aux chiens du Kantchalka que l'on voit fréquemment naître sans queue, disposition singulière qui se rattache vraisemblablement à l'habitude qu'ont les conducteurs de traîneaux de couper la queue à leurs chiens.

Mais les faits les plus intéressants dans cet ordre d'idéessont assurément ceux qui nous ont été fournis l'année dernière par Brown-Séquard. Le savant physiologiste du Collège de France a observé en effet, chez le cochon d'Inde (Cavia cobaya), et cela avec une extrême fréquence, la transmission par hérédité des états organiques les plus variés, produits par lui chez les ascendants à la suite de mutilations expérimentales. Tels sont, pour n'en citer que quelques-uns, des changements dans la forme de l'oreille, chez des descendants d'individus ayant présenté les mêmes changements, après la section du nerf grand sympathique cervical ; des ecchymoses suivies de gangrène sèche et autres altérations de l'oreille sur des descendants d'individus chez lesquels il avait produit des effets similaires par une lésion du corps restiforme; l'absence de phalanges ou d'orteils entiers à l'une des pattes postérieures, chez des descendants de sujets ayant perdu ces orteils accidentellement, à la suite de la section des nerfs sciatiques.

Les observations qui précèdent ne laissent donc aucun doute sur la transmission possible, de générateurs à descendants, des anomahes soit congénitales, soit accidentelles. Les anomalies musculaires sont-elles également héréditaires? A 'priori, il me paraît rationnel de l'admettre, les variations musculaires constituant une division toute naturelle de la tératologie et ne se distinguant pas, par leur nature, des variations anatomiques des autres systèmes, le système osseux et le système tégumentaire par exemple, dont la transmission héréditaire se trouve démontrée par l'observation directe. Ce n'est là, toutefois,

qu'une induction à laquelle il manque encore le contrôle des faits. Ce contrôle lui manquera longtemps sans doute, car s'il est facile de constater les analogies extérieures qui unissent les enfants à leurs ascendants, ce n'est que par un concours de circonstances tout à fait exceptionnelles que la même main pourra étudier à la fois, par la dissection, un père ou une mère et les enfants auxquels ils ont donné naissance.

Giacomini a eu cependant, dans ces dernières années, la bonne fortune de disséquer, à peu de distance, une Abyssinienne et sa fille. Il fait remarquer, cbez cette dernière, la transmission par hérédité d'une anomalie bien définie des troncs artériels qui naissent de la crosse aortique. Quant à la transmission des anomalies musculaires, il n'en est pas question. Mais, en parcourant la description détaillée des variations musculaires observées par cet anatomiste sur une série de 9 sujets de races colorées, on en trouve quelques-unes qui se sont rencontrées à la fois chez les deux sujets (mère et fille), dont j'ai parlé ci-dessus. Telles sont : a) un trapèze plus faiblement développé qu'il ne l'est d'habitude; fi) la présence d'un petit faisceau surnuméraire envoyé par la portion cervicale du splénius dans la région de l'apophyse mastoïde ; y) l'insertion , surnuméraire de l'omo-hyoïdien à la clavicule; à) l'absence du prolongement phalangien du court péronierlatéral ; z) l'absence du péronier antérieur. Cette observation est malheureusement unique, mais elle fournit, à elle seule, de fortes présomptions en faveur de la transmission héréditaire des variations anatomiques du système musculaire.

ARTICLE III

DEGRÉ d'aNALOG-IE DES ANOMALIES MUSCULAIRES AVEC LES DISPOSITIONS HOMOLOGUES DES ANIMAUX.

L'étude analytique que nous avons faite des anomalies musculaires nous a amené à cette conclusion que chaque disposition anormale chez l'homme correspondait à une disposition nor-

maie dans la série zoologique. Mais il s'en faut de beaucoup que l'analogie des deux dispositions anatomiques soit toujours également complète. Il y a là, sous ce rapport, une série d'états ou de degrés qui, pour avoir une valeur égale au point de vue de leur signification anatomique, n'en sont pas moins, dans certains cas, fort éloignés et souvent même très disparates.

S'agit-il d'un muscle particulier à l'espèce humaine, du long fléchisseur propre du pouce par exemple, qui a conquis chez nous une indépendance anatomique absolue? Eh bien, l'anomalie tendant à le ramener à son état primitif le soudera quelquefois au fléchisseur profond, de façon à lui ^enlever toute individualité et à reproduire ainsi exactement la disposition caractéristique de certaines espèces simiennes. Mais, ce sont là les cas les plus rares. Le plus souvent il n'y aura qu'une fusion partielle portant sur la portion la plus élevée des corps musculaires; et les cas seront nombreux où cette tendance à la fusion de deux muscles voisins sera représentée par un simple faisceau anaslomotique jeté entre l'un et l'autre.

Il existe, chez l'homme, des muscles que j'appellerai des muscles raccourcis par suite d'une insertion secondaire sur un os, voisin de celui sur lequel il s'insère à l'état parfait, mais plus rapproché que ce dernier de ses insertions d'origine. Tels sont : le petit pectoral, qui s'étend dans quelques espèces jusqu'à l'acromion ou l'humérus, et qui s'arrête chez l'homme à l'apophyse coracoïde ; le grand droit de l'abdomen qui remonte, chez quelques Vertébrés, jusqu'à la l""*^ côte et qui s'insère dans l'espèce humaine sur les côtes moyennes, etc.. L'anomalie cherchera ici encore à reproduire l'état primitif; mais si la disposition anormale atteint parfois l'état parfait du muscle, elle ne fera que s'en rapprocher, dans un grand nombre de cas; c'est ainsi que nous avons vu, chez l'homme, le petit pectoral venir s'attacher en dehors jusqu'il l'acromion, et le grand droit de l'abdomen demander à la 4® et à la 3^ côte une surface d'insertion anormale, plus élevée que celle où se terminent d'ordinaire ses faisceaux.

S'agit-il maintenant d'une formation musculaire qui, nettement différenciée dans quelques espèces animales, a disparu en

apparence chez l'homme, mais en réalité s'est fusionnée en un muscle voisin? L'anomalie pourra reproduire encore, dans tous ses caractères, la disposition qui s'est plus ou moins profondément modifiée chez nous; mais cette reproduction sera le plus souvent incomplète. Les divers modes d'apparition du long abducteur du gros orteil peuvent ici nous servir d'exemple : ce muscle, qui s'étend du tibia à l'extrémité postérieure du premier métatarsien, est complètement distinct chez quelques singes inférieurs; il se fusionne en partie, chez les singes anthropoïdeSj avec le libial antérieur; chez l'homme, enfin, il est totalement absorbé par ce dernier. Eh bien, nous avons vu le tendon de ce tibial antérieur présenter, dans sa portion inférieure, suivant les cas: a) un simple sillon; (S) un dédoublement complet, mais intéressant seulement le dernier ou les deux derniers centimètres de ce tendon ; y) un dédoublement de tout le tendon; ^) un dédoublement, enfin, remontant jusque dans l'épaisseur du corps musculaire, toutes modalités anatomiques qui ne sont que des degrés d'une même disposition, à savoir, la différenciation du long abducteur du gros orteil.

Les remarques qui précèdent s'appliquent encore de tous points aux véritables muscles surnuméraires, c'est à dire à ces formations qui, constantes dans les espèces animales, ont totalement disparu chez l'homme, sous l'influence de l'adaptation. Tels sont le cléido-trachélien, le dorso-épitrochléen, ïépitrochléocubital, etc. L'atavisme, en les faisant renaître, les reproduit avec les formes les plus variables : tantôt c'est un muscle parfait, rappelant par son développement, non moins que par sa forme et ses insertions, le type correspondant dans la série zoologique; tantôt c'est un faisceau plus ou moins grêle qui présente bien encore, dans sa situation et son mode d'attaches, les caractères du muscle homologue, mais qui peut descendre dans son développement aux proportions les plus minuscules. Dans quelques cas, enfin, le muscle peut avoir perdu tout ce qu'il possédait de fibres charnues; il se trouve réduit à un simple tendon ou à une simple aponévrose. Que d'aponévroses dans l'organisme qui ne devraient pas porter ce nom et qui sont en

réalité des muscles atrophiés au maximum, qu'on me permette ces expressions, des reliquats et des débris de muscles!

Au total, les anomalies musculaires chez l'homme peuvent présenter, avec les dispositions normales homologues chez les animaux : 1" une identité complète, 2** une analogie souvent fort éloignée; et, entre ces degrés extrêmes s'échelonnent tous les intermédiaires.

ARTICLE IV

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