‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 160 sur 177 · ANQM. MUSGUL. CHEZ LES NÈGRES ET CHEZ LES BLANCS · texte numérisé non relu

ANQM. MUSGUL. CHEZ LES NÈGRES ET CHEZ LES BLANCS

Mûrie, Ghudzinski et moi-même relativement à la présence du petit psoas dans les races nègres, nous voyons que ce muscle faisait défaut chez 22 sujets sur 25 examinés (Flower et Mûrie 1, Ghudzinski 18, Testut 6) et se rencontrait au contraire sur 3, deux fois des deux côtés, une fois du côté droit seulement. Son degré de fréquence serait donc représenté par la fraction 3/25, ce qui équivaut à 12/100.

Non seulement l'absence du petit psoas n'est pas caractéristique des races nègres, mais cette absence n'est pas plus fréquente dans les races nègres que dans les races européennes. Il résulte en effet de la statistique de Theile, dont personne assurément ne contestera l'autorité en matière de myologie humaine, que le petit psoas n'existe que 1 fois sur 20 [Encycl. anat. t. III, p. 284), soit 5 fois sur 100. Les conclusions du professeur de Berne sont reproduites par Quain [Eléments of Anatomy, p. 235) et par Gray [Ana,t. descript. and. surg., p. 295).

Gomparons les deux rapports et nous voyons que la disposition que l'on serait tenté de considérer commme caractéristique des races nègres, si l'on s'en rapportait exclusivement aux dissections de M, Ghudzinski, est 2 fois 1/2 plus fréquente chez le blanc que chez le nègre, si l'on tient compte en même temps de la dissection de Flower et Mûrie et de mes propres recherches.

Je me garderai bien de vouloir imposer moi-même ces conclusions, comme l'expression exacte de la vérité. A mon sens, ma propre statistique n'a pas plus de valeur que celle à laquelle je l'oppose; l'une et l'autre, conduisant à des interprétations absolument contraires, ne prouvent qu'une chose : c'est que, si la reproduction chez l'homme de cette formation surnuméraire que l'on appelle petit psoas est subordonnée à une influence ethnique quelconque, cette influence est encore à démontrer et à fortiori à définir.

Les anomalies musculaires sont-elles plus fréquentes chez les nègres que chez les blancs? En acceptant l'opinion émise par certains anthropologistes que les nègres sont inférieurs aux blancs et doivent être placés au-dessous d'eux, dans lu

série zoologique, on peut admettre à priori que les dispositions anatoraiques dites réversives doivent se rencontrer plus fréquemment dans les races nègres que dans nos races européennes. Mais, dans une question de cette nature, il faut savoir résister à l'entraînement des hypothèses, quelque séduisantes qu'elles soient, pour ne suivre que l'enseignement des faits. Je sais bien que dans une des séances du dernier Congrès international, à Londres, le professeur Keen a émis l'opinion que les variations des artères et des muscles s'observaient plus fréquemment sur les nègres que sur les sujets blancs. Malheureusement l'anatomiste américain s'est borné à cette affirmation sommaire; il est regrettable qu'il n'ait pas produit, en même temps que cette assertion, l'ensemble des faits sur lesquels elle repose.

Pour résoudre la question d'une façon précise, il faudrait, selon moi, qu'un anatomiste, tout aussi ennemi des idées préconçues que bien initié aux variations du système musculaire, disséquât successivement un même nombre de sujets nègres et de sujets blancs, cent par exemple, notant, avec le plus grand soin à l'actif de chacun d'eux, toutes les particularités rencontrées par le scalpel. Une comparaison méthodique des variations anatomiques observées nous dirait alors quelle est celle des deux races qui est la plus prédisposée aux anomalies. Or, je ne sache pas qu'un semblable travail ait jamais été, je ne dirai pas accompli, mais seulement entrepris. C'est à peine si la littérature anatomique renferme la description musculaire de trente nègres! Et si quelques-uns des sujets ainsi observés, les deux Boschimans par exemple, présentent un nombre vraiment considérable d'anomalies musculaires, il en est d'autres, on en conviendra, où les anomalies ont été plus rares, tellement rares qu'elles eussent passé inaperçues peut-être, si, au lieu de se trouver sur un nègre, elles se fussent rencontrées sur un blanc.

Du reste, ce n'est pas seulement sur des sujets colorés que semblent s'accumuler parfois, comme à plaisir, les variations du système musculaire. Que l'on apporte à la dissection de nos sujets européens ces soins minutieux et ces préoccupations

Page 1