ÉVOLUTION ET ATAVISME
aussi significatives chez les animaux que chez l'homme, comme nous l'avons admis déjà sur la foi des remarquables travaux de Humphry, Mûrie et Mivart et autres zoolomistes, nous pouvons, généralisant les conclusions auxquelles nous a conduit l'étude de l'homme, réunir ainsi, de la même façon, les diverses espèces animales aux espèces qui sont placées au-dessous d'elles dans la Série.
Un des arguments que l'on produit avec le plus d'insistance contre le Transformisme est l'absence d'intermédiaires entre deux groupes voisins dans la classification zoologique et tellement disparates parfois, qu'on a peine à concevoir l'origine de l'un par transformation de l'autre. La paléontologie a déjà répondu en partie à cette objection, en mettant au jour un certain nombre d'espèces éteintes qui sont venues trouver place entre deux espèces plus éloignées que d'autres dans la faune actuelle et rétablir ainsi, chaînons précieux, la continuité de la chaîne zoologique qui n'était brisée qu'en apparence et sur certains points Des découvertes nouvelles viendront assurément un jour établir la continuité de la chaîne tout entière : mais en attendant que le livre géologique nous ait ouvert tous ses feuillets, nous pouvons nous reposer sur les enseignements de l'anatomie anormale, qui prend soin de faire revivre journellement sur quelques individus les traces non équivoques de la parenté phylogénique qui unit entre elles les espèces animales. Ne voyons-nous pas, en effet, pour ne pas sortir de l'ordre des Primates, la nature faire naître, chez l'homme, je l'ai surabondamment démontré, tous les intermédiaires désirables entre l'homme et les différents groupes simiens?
§ IV. — La théorie de V Unité de plan dans le règne animal nous fait accepter, comme très naturelle, la présence chez un individu de dispositions anormales, qui ne manqueraient pas
(*) « L'examen des fossiles primaii'cs porte à admettre des passades d'espèce à espèce, de genre à genre, de famille à famille. » (Albert Gaudry, les Enchaînements du monde animal dans les temps géologiques; Fossiles pri' maires, 1883, page 291).
sans cela de nous paraître fort singulières; elle ne nous explique nullement leur mode d'apparition. Notre esprit, toujours avide de savoir, ne saurait s'arrêter à cette solution qui n'en est pas une. Il lui faut une solution plus posilive, plus satisfaisante : elle nous est fournie par Vatavisme.
On peut définir l'atavisme : la reproduction dans un individu ou dans un groupe d'individus de caractères anatomo-physiologiques, positifs ou négatifs, que 7i'offraient point leurs parents immédiats, mais quavaient offerts leurs ancêtres directs ou collatéraux (Daily). De pareils faits sont bien connus des éleveurs : un chien braque, issu d'une mère braque et d'un père épagneul, est accouplé avec une chienne braque, laquelle donne naissance en même temps à des femelles braques et à des mâles épagneuls. Depuis de longues années on massacre impunément, dans les troupeaux à laine noire de l'Andalousie, tous les agneaux à laine blanche qui sont, paraît-il, d'une qualité inférieure, et l'on voit néanmoins réapparaître de temps à autre des individus de cette couleur laquelle provient d'ancêtres fort lointains. Dans l'espèce humaine, il n'est pas rare de voir des individus apporter en naissant des caractères que ne possédait ni le père ni la mère, mais que présentait quelque ancêtre plus reculé. J'ai lu quelque part qu'un nègre, qui comptait un sujet blanc parmi ses ascendants, épousa une négresse et que de ce mariage naquit un enfant blanc. Vice versâ, on a rencontré (Martin de Moussy) des enfanis qui, au bout de plusieurs générations, présentaient « beaucoup plus que leur père et leur mère, les signes d'un mélange africain, remontant au moins à une cinquième génération antérieure » .
Voilà des faits bien constatés d'où se dégage avec une netteté parfaite, la filiation du caractère analomique anormal et de la forme ancestrale qu'il reproduit. Mais l'atavisme étant maintenant une vérité scientifiquement démontrée, nous pouvons, suivant un ordre inverse, remonter de l'anomalie produite à la forme ancestrale correspondante et conclure à l'existence d'une parenté plus ou moins lointaine dans le temps et dans l'espace, entre deux sujets dont l'un présente accidentellement