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ANOMALIES DU MUSCLE GRAND ROND

Le grand rond est un muscle généralement fort et épais, s'étendant de l'angle inférieur de l'omoplate à la coulisse bicipitale. Ses insertions scapulaires occupent non seulement l'angle lui-même, mais encore le bord axillaire de l'omoplate, la petite facette qui termine en bas la fosse sous-épineuse et l'aponévrose sous-épineuse elle-même, dans une étendue qui varie avec le développement du muscle. Les faisceaux charnus qui constituent le grand rond se jettent, à 2 ou 3 centimètres de l'humérus, sur un tendon aplati, lequel vient se fixer soit sur la lèvre interne, soit dans le fond de la coulisse où glisse le tendon du long biceps.

Les anomalies du grand rond sont à la fois peu nombreuses et peu importantes; on a noté d'abord des variations de volume,

entraînant avec elles, bien entendu, des variations dans l'étendue de sa surface d'insertion scapulaire. Je l'ai vu, dans un cas où il était triplé de volume, s'insérer sur le bord axillaire dans une étendue de 6 centimètres, sur le bord spinal dans une étendue de 3 centimètres et sur l'aponévrose sous-épineuse, comprise entre ces deux bords, jusqu'à 8 centimètres de l'angle; par contre, le muscle grand dorsal était relativement petit. Il paraît tout naturel qu'il y ait ainsi un balancement de volume entre ce dernier muscle et le grand rond que beaucoup d'anatomistes, avec Cruveilhier, considèrent comme un accessoire du grand dorsal.

J'ai vu, sur d'autres sujets, le muscle grand rond réduit aux dimensions d'un petit rond ordinaire. Macalister l'a même vu manquer une fois.

J'ai rencontré, après Macalister, qui a noté un fait semblable, un faisceau assez volumineux se séparant du muscle grand rond, dont il constituait le bord le plus élevé et venant grossir la longue portion du triceps. Nous savons qu'il est des espèces animales où le long triceps, bien plus développé que chez l'homme, occupe presque toute l'étendue du bord axillaire. Le faisceau observé par Macalister et par moi-même se détachant du bord axillaire de l'omoplate, à plusieurs centimètres au-dessous du petit triangle sous-glénoïdien, rappelle celte longue ligne d'insertion scapulaire qu'on rencontre chez presque tous les Carnassiers.

Un faisceau émanant du grand rond peut se terminer sur l'aponévrose brachiale. Blandin, qui a observé le fait, regarde cette disposition comme constituant au bras un muscle analogue au tenseur du fascia lata de la région fémorale. Une pareille conclusion est en contradiction formelle avec les résultats d'une étude comparative des deux ceintures. Tandis que le faisceau signalé par Blandin se détache du bord axillaire du scapulum, qui a pour homologue au bassin la région de la grande échancrure sciatique, le tenseur du fascia lata prend naissance sur la partie la plus antérieure de la crête iliaque, dont la partie correspondante au scapulum est le bord verté-

bral. S'il est vrai que les muscles sont déterminés par leurs insertions, on ne saurait assimiler, l'un à l'autre, deux muscles dont les origines sont si différentes ; nous préférons, avec M. Sabalier, voir l'homologue thoracique du tenseur du fascia lata dans le deltoïde postérieur, ou deltoïde-scapulaire, qui contracte, dans plusieurs espèces animales et même parfois chez l'homme, des connexions plus ou moins intimes avec l'aponévrose humérale.

De toutes les variations anatomiques que peut présenter le grand rond, les plus importantes sont, sans conteste, celles qui ont trait à ses relations avec le grand dorsal. J'ai déjà signalé, à l'article Grand dorsal (F® partie, p. 109), la fusion plus ou moins intime des deux muscles et rappelé, à propos de cette anomalie, qu'une pareille disposition anatomique s'observait normalement chez le fourmilier, chez la civette^ chez Véchidné (Alix), chez les Reptiles, etc.

Bibliographie :

Cruveilhier. Anat. descript., t. I, p. 489.

Blandin. Nouveaux Éléments d'Anatoinie, t. I, p. 460.

Macalister. Notes on an instance of irregularities in the Muscles around

the sclioulder joint (Journ. of Anat. and Physiol., 1867, p. 316). Macalister. Trans. of Roy. Irish Acadeniy, 1871. Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880. Henle. Muskellehre, zweite Auflseg-e, 1870, p. 29. Alix. Soc. philoni. de Paris, 1867, p. 190.

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