GROUPE SUS-SCAPULAIRE
proprement dit et ne devraient point être séparés l'un de l'autre. C'est, comme l'a fort bien dit M. Sabatier, « un seul et même muscle, le sus-scapulaire, dont un des nombreux interstices cellulaires est occupé dans une étendue variable par une lamelle osseuse, l'épine scapulaire, qui ne se développe que tard, comme un plissement de la surface externe du scapulum cartilagineux et sans point d'ossification spécial. » Quant au petit rond, il doit être considéré comme l'homologue, sur la face postérieure, des faisceaux inférieurs ou axillaires de la masse sous-scapulaire.
§ I. — Anomalies du muscle sus-épineux. — Le sus-épineux, qui remplit la fosse sus-épineuse où il prend naissance et qui vient se terminer sur la facette supérieure du Irochiter, est un muscle singulièrement invariable, pour me servir d'une expression de Macalister (sinyularly invariable). Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il peut varier de volume et fournir au grand pectoral, dans certains cas, une partie de sa surface d'insertion, Macalister a vu, sur un sujet, le sus-épineux renforcé par un petit faisceau qui se détachait du ligament supra-capsulaire.
§ II. — Anomalies du muscle sous-épineux. — Situé dans la fosse sous-épineuse, ce muscle s'insère, en dedans, sur les deux tiers internes de la fosse sous-épineuse, sur la moitié interne de l'aponévrose de même nom et enfin sur cette lame aponévrotique souvent très résistante qui le sépare du petit rond et de la longue portion du triceps; il vient se fixer, en dehors, sur la facette moyenne de la grosse tubérosilé de l'humérus.
Comme variations anatomiques de ce muscle, je signalerai :
a.) — Des variations de volume. — Il est quelquefois pIus développé qu'à l'ordinaire : on l'a vu par contre considérablement réduit (cas de Leboucq). Il importe d'ajouter que dans l'observation de Leboucq, où les trois muscles sous-scapulaire, sus-épineux et sous-épineux, faiblement développés, s'inséraient exclusivement sur la capsule articulaire, tous les os de l'épaule présentaient des traces manifestes de maladies chroniques.
LES ÂNOMM.IES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME,
(3) — Des connexions avec le deltoïde. — Un faisceau pluS OU
moins volumineux peut se détacher de la face externe ou du bord postérieur du deltoïde et rejoindre, pour le renforcer, le muscle sous-épineux, au niveau de son tendon huméral. Des faits de cette nature ont été rencontrés par Meckel (1 cas), par Theile (1 cas), par Knott (2 cas).
y) — Sa division en plusieurs faisceaux. — Knott a décrit, SOUS
le nom de infra-spinciius minor, les faisceaux supérieurs du sousépineux, plus ou moins isolés du reste du muscle. Ce faisceau, différencié en muscle distinct, peut être désigné sous le nom de muscle sous-épineux accessoire.
Je désignerai de même, sous le nom de sous-épineux superficiel, un faisceau observé par Macalister et par Wood, qui, partant du bord spinal de l'omoplate, longeait la face postérieure du sous-épineux classique et venait se fixer sur la grosse tubérosité de l'humérus.
è) — Sa fusion avec le petit rond. — J'ai rencontré sur plusieurs sujets un sous-épineux entièrement confondu avec le petit rond, disposition signalée avant moi par Theile, Meckel, Macalister, etc., et rencontrée probablement par tous les anatomistes.
e) — Anatomie comparée. — Le muscle SOUS-épineux, très
réduit dans certaines espèces, présente chez d'autres, chez la chauve-souris et la taupe par exemple, des dimensions considérables. Chez ce dernier animal, le sous-épineux serait, d'après Meckel, « le plus grand muscle du corps. »
Les connexions que j'ai signalées plus haut entre le sousépineux et le deltoïde se reti'ouvent chez le chameau où les deux muscles sont confondus en une seule masse (Meckel) et chez quelques Oiseaux, notamment chez le perroquet (Alix). Quant à la fusion du sous-épineux et du petit rond, elle est normale chez le chat (Strauss-Durckeim), chez Véchidné et V ornithorynque (Sabatier), chez les Makis (Meckel) et chez un grand nombre d'autres Mammifères. Il m'a été impossible d'isoler le petit rond des faisceaux inférieurs du sous-épineux chez quelques Cercopithèques.
GROUPE SUS-SCÂPULAIRE. 351
§ III. — Anomalies du muscle petit rond; petit rond accessoire. — Le muscle petit rond, situé au-dessous du précédent, s'insère, chez l'homme, entre le grand rond et le long triceps : a.) sur cette facette étroite qui s'étend le long du bord axillaire de l'omoplate, entre ce bord et la fosse sous-épineuse; /3j sur une portion de l'aponévrose sous-épineuse ; y) sur une cloison fibreuse qui le sépare du grand rond. L'ensemble de ces faisceaux constitue un petit muscle cylindrique, lequel gagne la grosse tubérosité de l'humérus et se fixe sur la facette inférieure de cette tubérosité.
Les variations anatomiques de ce muscle ne nous présentent qu'un médiocre intérêt. Nous connaissons déjà son fusionnement avec le sous-épineux : c'est vraisemblablement à une anomalie de celte nature qu'il faut rattacher les faits d'absence du petit rond qui ont été rapportés par certains anatomisles (Petit, Knotl). Pour qu'en réalité il y ait absence de ce muscle, il faut 1° que la facette rétro-axillaire qui lui donne naissance soit à découvert, dépourvue de tout faisceau charnu, de tout tendon d'origine ; 2° qu'il en soit de même de la facette inférieure du trochiter, deux conditions anatomiques qui ne sont nullement énoncées dans les observations auxquelles j'ai fait allusion tout à l'heure.
Quand on examine avec attention l'insertion humérale du petit rond, on s'aperçoit que tandis que la plus grande partie des fibres se fixent, à l'aide d'un tendon, sur la tubérosité humérale, quelques faisceaux s'insèrent directement sur le col chirurgical, au-dessous de cette dernière tubérosité. Dans un cas qu'il a observé en 1865, le professeur Gruber a vu une séparation complète des faisceaux trochitériens et des faisceaux soustrochitériens, et sous sa plume, ces derniers faisceaux ainsi diflférenciés ont constitué un muscle nouveau, le tem minimus. J'ai observé, en novembre 1881, un fait absolument semblableàcelui de Gruber : un interstice cellulo-graisseux séparait le petit rond en deux portions distinctes; un troisième fait a été rencontré, la même année, par Knott dans les salles de dissection du Royal Collège of surgeons de Dublin.
La division du petit rond en deux faisceaux indépendanis est
donc un fait incontestable. Mais pourquoi donc Gruber s'est-il cru obligé de donner à l'un de ces faisceaux, avec un nom distinct, une signification distincte? Le voici ; le muscle sous-scapulaire s'insère : 1" à l'aide d'un large tendon, sur la petite tubérosité humérale (trochin); par quelques faisceaux (ceux qui se détachent du bord axillairc), au-dessous de cette tubérosité, sur la région du col. De môme le petit rond se fixe à la fois sur la grosse tubérosité (trochiter) à l'aide d'un tendon et au-dessous de cette tubérosité, sur le col, par des fibres charnues. De là à assimiler la portion sous-trochinienne du sous-scapulaire à la portion sous-trochitérienne du petit rond, il n'y avait qu'un pas; il a été bien vite fait. Et comme les faisceaux du sous-scapulaire qui s'insèrent au col se séparent quelquefois du reste du muscle et avaient déjà reçu, dans ce cas, du savant professeur de Saint-Pétersbourg le nom de muscle subscapularis minor, il fallait aussi trouver un nom pour les faisceaux différenciés du petit rond qui s'attachent à la région sous-trochitérienne ; de là l'origine du teres minimus que je traduis en français par petit rond accessoire.
Ainsi, dans l'esprit de Gruber, le teres minimus était en arrière ce que le subscapularis minor était à la région antérieure : tous les deux se détachaient d'une région osseuse similaire, le bord axillaire; tous les deux se fixaient sur une région osseuse similaire, le col chirurgical; tous les deux enfin entraînaient l'humérus, quoique dans un sens contraire, dans un mouvement de rotation.
Nous ne pouvons accepter une pareille conclusion, que nous considérons comme erronée. Nous allons établir, dans l'article suivant, en nous basant sur i'Anatomie comparée, que les faisceaux sous-trochiniens ou axillaires, différenciés ou non en un muscle subscapularis minor, sont les représentants à la ceinture thoracique du chef iliaque de l'obturateur interne pelvien; que, d'autre part, le petit rond est l'homologue à l'épaule du chef ihaque de l'obturateur externe du bassin. C'est donc le petit rond tout entier, non une de ses parties (teres minimus), qui doit être, comparé et assimilé au petit sous-scapulaire.
En conséquence, la division du petit rond en deux muscles distincts n'a d'autre valeur, au point de vue spécial où nous nous sommes placés au début de cette étude, que l'exagération d'un interstice celluleux séparant toujours des faisceaux juxtaposés, dans un muscle à fibres parallèles.
Bibliographie :
Meckel. Deutsches Arch., t. V, p. 115.
Petit. Méin. de l'Acad. roy. des Sciences, Paris, 1733.
Meckel. Anatomie comparée, t. VI, p. 278.
Gruber. Die Musculi subscapulares und neuen SchuUernmskeln {Mêm. des
Savants étrangers de Saint-Pétersb., 1857). Theile. Encycl. anatom., t. III, p. 210. Strauss-Durckeim. Anat. du chat, t. II, p. 345. Alix. Appareil locomoteur des Oiseaux, p. 396. WooD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 534. Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871. Leboucq. Bull, de la Société de Médecine de Gand, 1873, p, 106. Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880, p. 220. Gruber. EinMusc. teres minimus [Reichert u. Du Bois-Reymond's Arch.,
Knott. Proc. of Roy. Irish Academy, Dec. 1881.
ARTICLE VIT
Lorsqu'en préparant le creux axillaire on a sectionné en travers et rejeté en dehors des limites de la région, le grand pectoral et le petit pectoral; lorsqu'on a enlevé de même le coraco-brachial et tout le paquet vasculo-nerveux de l'aisselle, on a sous les yeux la région antéro-interne de l'articulation de l'épaule. En haut, se dresse l'apophyse coracoïde portant sur son bord interne le tendon d'origine du petit pectoral, sur son sommet le tendon commun du coraco-brachial et de la courte portion du biceps, sur son bord externe la voûte fibreuse qui la réunit à l'acromion. En bas, se trouvent les tendons du grand dorsal et du grand rond, abordant l'humérus presque à angle
droit et venant se fixer sur la lèvre interne et le fond de la coulisse bicipitale. En dehors, nous rencontrons cette même coulisse bicipitale que remplit le tendon de la longue portion du biceps et sur la lèvre externe de laquelle vient s'attacher le tendon quadrilatère du grand pectoral. En dedans enfin, nous voyons la masse sous-scapulaire convergeant vers la petite lubérosilé ou trochin et s'insérant, en partie sur la capsule articulaire, en partie sur la tubérosité osseuse, en partie aussi au-dessous de celte tubérosité, sur celte portion de l'humérus qui sépare le trochin du point d'insertion du système grand rond et grand dorsal et qui constitue le col.
On a signalé et j'ai rencontré moi-même, dans cette région, des faisceaux musculaires surnuméraires dont les variétés, quoique nombreuses, le sont encore bien moins que les dénominations sous lesquelles on les a désignées. Ces faisceaux sont généralement décrits, par ceux qui les ont observés, d'une façon détaillée et fort exacte ; quelques anatomistes ont mêaie perdu leur temps à leur assigner une fonction, comme si les organes atrophiés ou rudiraentaires que l'atavisme reproduit de temps à autre chez l'homme, avaient d'autre rôle à jouer que d'affirmer leur droit d'existence dans la constitution générale des Vertébrés. NuUe part je n'ai rencontré une interprétation de ces faisceaux. Je vais essayer de combler cette lacune: je donnerai d'abord la description anatomique des muscles surnuméraires que la dissection a révélés à moi ou à d'autres dans cette région ; j'établirai ensuite, en utilisant les données de l'Anatomie comparée, que ces divers faisceaux ne sont que des vestiges de l'obturateur interne thoracique, complètement développé chez quelques Vertébrés inférieurs où la ceinture antérieure possède tous ses éléments osseux, bien atténué et bien défiguré chez l'homme qui a perdu, pour ainsi dire, deux éléments de premier ordre de celle ceinture, le coracoïde et le précoracoïde .
§ I. — Description anatomique des muscles surnuméraires de la région scapulaire antéro-interne. — Ces muscles sont le
M. SURNUM. DE LA RÉGION SCAPDLAIRE ANTÉRO-INTERNE. 355
petit sous-scapulaire, le petit coraco-hrachial, le coraco-capsulaire, \ huméro-capmlaire, le releveur du tendon du grand dorsal, le gléno-huméral.
1** Muscle petit sous-scapulaire ou sous-scapulaire accessoire (Synon. subscapùlaris minor et subscapulo-capsularis de W. Gruber; subscapulo-humeralis de Macalister; infra-spinatus secundus de Haughton; axillary slip ofthe subscapùlaris de Walsham). — Lorsqu'on examine avec attention le mode d'insertion brachiale de la masse charnue qu'on désigne dans les Traités classiques sous le nom de muscle sous-scapulaire, on constate que la plus grande partiedesfibresse jettent sur un large tendon de 3 à 5 centimètres de hauteur, lequel se fusionne en partie avec la capsule articulaire, en partie s'insère sur le trochin. Mais tous les faisceaux n'empruntent point l'intermédiaire de ce tendon pour se fixer à l'humérus. Il existe en effet, au-dessous de lui, le long du bord axillaire de l'omoplate, une série de fibres musculaires qui gagnent directement l'humérus et s'attachent sur le col entre le trochin et les tendons du grand rond et du grand dorsal. La plupart des anatomisles signalent ce singulier faisceau que l'on peut appeler axillaire, en raison de son origine; Henle le décrit même avec complaisance, et il fait cette remarque fort juste que les fibres les plus inférieures s'élèvent vers l'épaule moins à pic que celles qui les précèdent, qu'elles s'inclinent au contraire en bas et en dehors de façon à circonscrire, au-dessous d'elles, une espèce d'anse dont la concavité regarde le coude. J'ai vu ces mêmes fibres se mettre, sur quelques sujets, presque en paralléhsme avec l'humérus.
Ce faisceau axillaire de la masse sous-scapulaire s'isole quelquefois d'une façon complète. C'est ce muscle isolé, différencié, pour employer une expression plus classique, qui constitue le petit sous-scapulaire. C'est donc avec beaucoup de raison que M. Knott considère ce muscle comme un faisceau détaché du sous-scapulaire (an upper detached portion of the suscapularis muscle) et non comme une formation nouvelle. Je suis sur ce point d'un avis absolument opposé à celui de M. Ledouble. Pour moi, les faisceaux constitutifs du petit sous-scapulaire existent
toujours; ce qui n'est pas constant, c'est leur isolement de la masse sous-scapulaire. En d'autres termes, la présence chez l'homme d'un sous-scapulaire accessoire fusionné avec le sousscapulaire classique, est une disposition normale; l'indépendance seule de ce petit muscle constitue l'anomalie.
Signalé par Cruveilhier dans la première édition de son Anatomie descriptive (p. 115), par Blandin dans ses Eléments d'anatomie (p. 458), le muscle petit sous-scapulaire a été décrit d'une manière complète, en 1854, par le professeur Gruber. Il a été retrouvé depuis par Macalister, Henle, Haugthon, Kolliker, Bardeleben, Kraùse, Knott, Walsham, etc., mais les notes, presque toujours sommaires, que ces derniers anatomistes ont consacrées au sous-scapulaire accessoire, n'ajoutent rien ou presque rien à la description du professeur Gruber.
Après les considérations qui précèdent, l'étude morphologique du sous-scapulaire accessoire devient fort simple : il prend naissance entre le grand rond et la longue portion du triceps, sur le bord axillaire du scapulum, séparé du sous-scapulaire par cette crête osseuse qui limite en deliors la fosse sous-scapulaire et qui est l'analogue à l'épaule de la ligne innominée du bassin. Cette origine scapulaire se fait généralement par des fibres charnues, exceptionnellement par des fibres tendineuses. Il n'est pas rare de voir les faisceaux les plus élevés du muscle se détacher du tendon supérieur de la longue portion du triceps. Quant à l'insertion brachiale, elle se fait, dans le plus grand nombre des cas, sur cette portion de l'humérus comprise entre les tendons du grand rond et du grand dorsal et la tubérosité interne. Sur quelques sujets, l'extrémité terminale du muscle accessoire se perd dans les éléments fibreux de la capsule; à cette variété on donne le nom spécifique de M. subscapulocapsulaire, pour la distinguer de la forme la plus commune, le M. subscapiilo-Jiuméral.
L'interstice séparatif du muscle sous-scapulaire et de son accessoire est fort variable. Depuis la fusion intime des deux muscles jusqu'à leur indépendance absolue, il y a tous les intermédiaires : on voit des sous-scapulaires accessoires, unis par
M. SURNUM. DE LA RÉGION SCÂPULAIRE ANTÉRO-INTERNE. 357
leur extrémité axillaire avec le grand sous-scapulaire, ne se séparer de ce dernier que plus tard à une dislance plus ou moins considérable du col chirurgical de l'humérus. J'ai rencontré plusieurs fois entre les deux formations musculaires un simple interstice linéaire à peine visible, et j'ai dû employer, pour les isoler l'une de l'autre, une dissection longue et minutieuse.
Le degré de fréquence d'un petit sous-scapulaire nettement différencié ne saurait être établi d'une façon positive, en raison de la difficulté qu'on éprouve, dans un grand nombre de cas, à préciser la limite qui sépare un muscle incomplètement différencié d'un muscle complètement fusionné. C'est là bien souvent une affaire d'appréciation personnelle et, comme dans toutes les questions de même ordre, les résultats varieront avec les observateurs. Kraûse nous apprend qu'on a trouvé le petit sous-scapulaire 5 fois sur 33 sujets; Knott l'a trouvé 4 fois sur 39. Je l'ai rencontré moi-même 3 fois sur 18 sujets. En réunissant ces trois statistiques, on arrive à un total de 12 fois sur 90, soit une proportion approximative de 1 sur 8.
Anatomie comparée. — Le sous-scapulaire accessoire n'est pas propre à l'espèce humaine ; on le rencontre à l'état normal sur un grand nombre de Vertébrés. Haughton l'a retrouvé chez quelques Quadrumanes, notamment chez le Macacus nemestrinus; Macalister, chez le cheval, le phoque et plusieurs autres Mammifères. Nous verrons tout à l'heure qu'il existe également, au-dessous de la classe des Mammifères, chez les Chéloniens, chez les Lacertiliens, chez les Crocodiliens, etc., etc.
2)° Muscle coraco-liuméral supérieur ou court coraco-brachial.
- — C'est encore à Cruveilhier que nous devons la première description nette et précise de ce muscle. « J'ai rencontré, dit-il, un petit coraco-brachial surnuméraire étendu de la base de l'apophyse coracoïde au-dessous du petit trochanter de l'humérus, immédiatement au-dessous des insertions du sous-scapulaire ; la même disposition existait des deux côtés; ce petit muscle décrivait une courbe au-devant du sous-scapulaire. » Quelques anatomistes attribuent à tort la priorité de cette description à
Theile, qui ne l'a donnée qu'après : V Encyclopédie anatomique (Sœmmering's Lehre) fut imprimée à Leipsig en 1841, et nous possédions, depuis quatre ans déjà, la première édition de VAnatomie de Cruveilhier, parue à Bruxelles.
Dépuis la note publiée par notre grand anatoraiste sur le muscle court coraco -brachial, des observations analogues ont été rapportées par Gruber, Henle, M. Whinnie, Galori, Wood, Macalister, Riidinger, Popofî, Pruen, etc., etc. J'ai rencontré moi-même sur 4 sujets, en quatre ans, le faisceau musculaire de Cruveilhier. Je résume ici brièvement mes observations :
fait. — Au mois de janvier 1879, j'ai rencontré sur le côté gauche d'une femme adulte, et au-dessous du muscle coracobrachial, un faisceau surnuméraire large de deux centimètres et s'étendant du col de l'humérus à l'apophyse coracoïde. Il prenait naissance, à l'aide de courtes fibres aponévrotiques, sur la face inférieure de cette apophyse, en un point voisin de sa base, croisait presque à angle droit le tendon du sous-scapulaire et se fixait au-dessous du trochin.
2^ fait. — J'ai observé un muscle à peu près semblable, au mois de février de l'année suivante, sur un homme très vigoureux. Le muscle surnuméraire se détachait, dans ce cas, du bord interne de l'apophyse coracoïde, où il se confondait en partie avec la masse commune du coraco-brachial et de la courte portion du biceps. Il se séparait bientôt de ces derniers muscles et venait se terminer, par une base élargie, sur cette portion de l'humérus qui est située entre le trochin et le grand dorsal.
3^ fait. — Je l'ai observé sur un sujet nègre, appartenant à la race boschimane, que j'ai disséqué au Muséum d'Histoire naturelle en 1 881 , dans le laboratoire de M. de Quatrefages. Sur ce sujet, le court coraco-brachial, situé au-dessous du coracobrachial classique et entièreuient recouvert par lui, prenait naissance sur le bord interne de l'apophyse coracoïde; se portant ensuite en bas, dans une direction à peu près verticale, il croisait les fibres du muscle sous-scapulaire, sur l'aponévrose duquel il se terminait, à quelques milhmètres au-dessus du tendon du grand dorsal. Ce muscle s'insère généralement sur le col même
de l'humérus; sur mon boschiman, ce mode d'insertion n'était pas possible, les faisceaux inférieurs du sous-scapulaire descendant plus bas que d'habitude et recouvrant la région soustrochinienne jusqu'au tendon du grand dorsal.
4" fait. — Celui-ci a été rencontré sur le côté gauche d'une femme venant de l'hospice des aliénées, et présentait cette particularité que le muscle court coraco-brachial était renforcé, à son côté externe, par un deuxième faisceau similaire, quoiqu'un peu moinslarge. Il se détachait par des fibres charnues de l'apophyse coracoïde, se portait verticalement en bas et se jetait, un peu au-dessus du trochin, sur un tendon rubané presque aussi large que le corps charnu, lequel venait se fixer sur la face interne de l'humérus en arrière du tendon du grand dorsal. Quant au faisceau accessoire placé sur le bord externe du précédent, il en était complètement distinct et affectait une disposition fusiforme; tendineux à ses deux extrémités, charnu à sa partie moyenne, il naissait en haut sur la face inférieure de l'apophyse coracoïde, et se terminait en bas sur la région sous-trochinienne, un peu moins bas que le court coraco-brachial que je viens de décrire.
La note de Cruveilhier et les quatre observations qui précèdent me dispensent de décrire longuement le muscle coracobrachial supérieur, qui me paraît déjà suffisamment caractérisé. Qu'il me suffise de rappeler, en tenant compte des observations connues :
a) Qu'il est plus ou moins volumineux, mais aplati plutôt que cylindrique ;
f6) Qu'il prend naissance, soit par des fibres charnues, soit par des fibres aponévrotiques, ou bien encore par un véritable tendon, sur l'apophyse coracoïJe (sommet, bord interne, face inférieure, région de la base);
y) Qu'il se termine généralement soit par des fibres charnues, soit par des fibres aponévrotiques, ou bien encore par un véritable tendon, sur le col chirurgical de l'humérus, entre la petite tubérosilé et les tendons du grand dorsal et du grand rond; qu'il se fixe plus rarement sur la cloison intermusculaire interne (fait
de M. Whinnie) et sur la coulisse bicipitale (faitdeReidetTaylor), exceptionnellement en dehors de cette coulisse ;
d) Qu'il croise perpendiculairement le muscle sous-scapulaire, les fibres supérieures et moyennes tout au moins de ce muscle, car les fibres inférieures, celles qui représentent le sousscapulaire accessoire de Gruber, se rapprochent quelquefois de la direction verticale du muscle que je décris.
Dans les deux cas rapportés par Calori, le muscle court coraco-brachial envoyait, à la hauteur du bord inférieur du petit sous-scapulaire, un faisceau tenseur à l'aponévrose du creux de l'aisselle.
Anatomie comparée. — L'étude des muscles de l'épaule, dans la série des Vertébrés, nous montre le muscle coraco-brachial supérieur, qui n'apparaît que fort rarement chez l'homme, existant d'une façon constante dans un grand nombre de Mammifères. Chez Yéchidné, où il a été disséqué par M. Alix, il existe, à côté d'un long coraco-brachial, un court coraco-brachial, recouvrant sur l'humérus toute la face antérieure de la tubérosilé interne et tapissant le fond d'un large espace qui correspond à la coulisse bicipitale. Son extrémité supérieure s'attache du reste, avec le coraco-brachial superficiel, sur le tubercule thoracique externe du préischion, ainsi que sur l'os épicoracoïdien.
Chez y éléphant, d'après A. Young, les faisceaux supérieurs du coraco-brachial, légèrement séparés du reste du muscle, s'insèrent sur l'humérus, au-dessus du grand dorsal, jusqu'à la capsule de l'articulation de l'épaule.
Le court coraco-brachial existe encore, si je m'en rapporte à mes propres dissections, chez ïUrsus americanus. Il présente même dans cette espèce cette particularité intéressante qu'il est constitué par deux faisceaux distincts, confondus tous les deux, à leur origine sus-glénoïdienne, avec le long coraco-brachial. La portion interne, plus longue et plus développée, se fixait sur le col de l'humérus entre le trochin et le tendon du grand dorsal; la portion externe, plus courte et plus grêle, affectait la forme d'un petit ruban charnu et s'arrêtait sur le trochin et la capsule humérale. . .
Il est même quelques espèces où le coraco-brachial, constitué uniquement par sa portion profonde, ne dépasse pas sur l'humérus le tendon du grand dorsal, tels sont le chien, le chat, la civette (Devis), etc.
Dans l'ordre des Quadrumanes, la présence d'un court coracobrachial, coexistant avec le coraco-brachial de l'homme, est la règle chez les Singes inférieurs; je l'ai observé moi-même, avec tous les caractères que je lui ai assignés plus haut, chez plusieurs Cercopithèques et chez les Macacus sinicus. M. A. Milne-Edwards l'a décrit et figuré (pl. LXIV, fig. 4, 9'), chez les Lémuriens de Madagascar. Meckel l'a mentionné chez le magot, Vouistiti ordinaire, le papion, le callitriche. Nous le trouvons encore signalé par Wood chez le bonnet-chinois, par Kuhl chez Vatele behebuth, par Mivart chez le Cercopithecus sabœus, par Mivart et Mûrie chez le Nyclicebus tardigradus, par Gharapneys chez le Cynocephabus anubis. Cette formation tend à disparaître au fur et à mesure qu'on s'élève dans la série; mais je ne puis accepter, comme formule générale, cette assertion d'Alix que le muscle coraco-brachial « ne présente chez les Anthropoïdes qu'une portion, comme chez l'homme. » Church a trouvé ce muscle divisé chez Vorang en deux portions distinctes, et la présence d'un court coraco-brachial a été rencontrée chez le chimpanzé par Vrolik, par Macalister et par moi-même.
3° Muscle coraco-capsulaire (Coraco-capsularis). — Comme SOn nom
l'indique suffisamment, ce petit muscle s'étend de l'apophyse coracoïde à la capsule de l'articulation de l'épaule ; ce n'est autre chose qu'un court coraco-brachial qui, dans son trajet descendant, s'est arrêté sur la capsule et s'y est fixé. Le coraco-capsulaire peut se terminer, dans certains cas, sur le tendon du sous-scapulaire ou même entrelacer ses fibres avec les fibres de ce dernier muscle (cas de Macalister); de là, deux variétés nouvelles que l'on pourrait désigner sous le nom générique de coraco-sous-scapulaires (coraco-subscapulares) .
4° Muscle brachlo-capsulaire ('flumero-cajjsuiamj. ■ — Ici encore le
nom seul nous fait connaître le muscle ; c'est un ensemble de faisceaux charnus prenant naissance, en bas, sur cette même
région du col chirurgical de l'humérus qui donne attache au court coraco-brachial, s'élevant, en haut, dans une direction à peu près verticale, croisant le tendon du sous-scapulaire et venant se terminer sur la capsule articulaire. On pourra lire des observations du muscle brachio-capsulaire dans le mémoire déjà cité de Wood, dans une simple note de Curnow^, insérée dans le Journ. of Anat. and Phys. de 1873, dans un travail de Pruen, imprimé dans les S' Bartholomew s Hospital Reports de 1881, dans un article de M. Alezais, publié dans la Tribune médicale de la même année, etc. Je me contenterai de rapporter ici le cas suivant que j'ai rencontré, il y a quelques jours seulement (déc. 1882), dans nos salles de dissection.
Sur un homme d'une quarantaine d'années et d'une musculature ordinaire, j'ai observé du côté gauche (le côté droit ne présentait aucune anomalie), au-dessous du muscle coracobrachial, un faisceau brachio-capsulaire fortement développé. Il se détachait en bas de la région sous-trochinienne de l'humérus, jusque sur la lèvre interne de la coulisse bicipitale. Il se dirigeait ensuite de bas en haut, croisait le trochin et le tendon du sous-scapulaire et venait, en s'élargissant, se perdre sur la capsule humérale. Sur le même sujet, la portion axillaire du sous-scapulaire [siibscapularis minor de Gruber) était séparée du sous-scapulaire ordinaire, dans une étendue de 3 cent. 1/2, à partir de l'humérus. Les fibres inférieures de ce petit muscle, s'infléchissant en anse en bas et en dehors, venaient se mettre en parallélisme avec les faisceaux du brachio-capsulaire, et finalement se fusionnaient avec eux.
Le muscle brachio-capsulaire, au lieu de s'élever jusqu'à la capsule de l'articulation de l'épaule, peut s'arrêter sur le tendon du sous-scapulaire ou sur l'aponévrose d'enveloppe de ce dernier muscle (cas de Gruber, cas de Pruen), d'où la variété qui a été décrite sous les noms divers d'abaisseur du tendon du grand sous-scapulaire (depressor tendinis subscapularis majoris), frein musculaire du tendon du grand sous-scapulaire (retinaculum musculare tendinis subscapularis majoris).
Kraûse a signalé, sous le nom de capsularis humer o-scapxilaris.
un faisceau de fibres prenant naissance sur la petite lubérosilé de l'humérus ou sur un point voisin de cette tubérosité, et venant s'attacher d'autre part sur la capsule articulaire. Ce faisceau, on en conviendra, n'est qu'un brachio-capsulaire, et je ne comprends pas qu'un esprit aussi profond et aussi distingué que Kraiise ait cru, à propos de ce dernier muscle, grossir sans nécessité d'un nouveau nom la liste déjà trop chargée des faisceaux surnuméraires de l'épaule. J'en dirai tout autaut du muscle suivant qui n'est bien évidemment, lui aussi, qu'une forme légèrement modifiée du brachio-capsulaire.
5° Muscle élévateur du tendon du grand dorsal (Levator tendinis
musculi latissimi dorsi). — C'cst uu petit faisccau, moitié charnu, moitié tendineux, observé par Gruber et par Wood, lequel s'étend de la face postérieure du tendon du grand dorsal, soit au trochin, soit à la capsule articulaire, ou même à l'apophyse coracoïde.
6° Muscle giéno-brachiai. — Nous devons encore à l'infatigable Gruber la découverte de ce muscle fort rare ; dans le cas observé depuis déjà longtemps par le savant professeur d'anatomie de Saint-Pétersbourg et retrouvé tout récemment par Knott, le gleno-brachialis s'insérait, en haut, avec la longue portion du biceps sur le tubercule supra-glénoïdal ; il perforait avec lui la capsule de l'articulation de l'épaule et venait se terminer, là où se termine le court coraco-brachial, là où commence le brachiocapsulaire, c'est-à-dire sur le col, dans ce petit espace que limitent, en haut le bord inférieur du sous-scapulaire, en bas le bord supérieur du tendon du grand dorsal, en dehors la lèvre interne de la coulisse bicipitale.
§ II. — Le muscle obturateur interne et son honiolog:ue à la ceinture thoracique chez les Vertébrés inférieurs. — Pour interpréter sainement les muscles surnuméraires qui précèdent, il importe d'avoir présentes à l'esprit la constitution anatomique du muscle obturateur interne du bassin et aussi la disposition de son homologue à la région de l'épaule, question intéressante, mais fort obscure et à laquelle nous chercherions difficilement
une solution, si nous n'avions pour guide la remarquable étude de M. Sabatier sur la corapa'^aison des deux ceintures.
Chez l'homme, comme chez la plupart des Vertébrés^ le. muscle obturateur interne prend naissance à la fois sur les trois pièces primitives de l'os coxal, sur Yilion, sur le -pubis et sur Vischion, de telle sorte qu'on peut le décomposer en trois portions plus ou moins distinctes suivant les espèces : une portion iliaque, une portion pubienne, une portion ischiatique. Comme la ceinture pelvienne, la ceinture thoracique est constituée par trois os primitivement isolables : le scapulum représentant l'iiion, le précoracoùle correspondant au pubis, le coracoïde devenant l'analogue de l'ischion. L'obturateur interne thoracique devra donc, s'il existe, présenter comme au bassin, trois faisceaux d'origine provenant du scapulum, du précoracoïde et du coracoïde, et se réunissant d'autre part pour se fixer sur les tubérosités supérieures de l'humérus, régions homologues des trochanters fémoraux. Ces faisceaux ont été retrouvés par M. Sabatier dans un grand nombre de Vertébrés et nous ne saurions mieux faire que de résumer ici les patientes recherches de notre savant collègue.
Chez quelques Amphibiens et notamment chez la Salamandra mamlosa, l'obiurateur interne thoracique est constitué par des lames musculaires qui se délachent de la face profonde du coracoïde et du précoracoïde, se fusionnent avec un chef sousscapulaire assez réduit et, contournant le bord du coracoïde, viennent s'insérer sur la tubérosité proximale de l'humérus. Il en est de même chez Vaxolot. Chez la grenouille (Rana esculentajj nous retrouvons également un chef coracoïdien occupant la face interne du coracoïde et un chef sous-scapulaire plus volumineux; ces deux faisceaux se réunissent en une masse commune et se portent sur la tubérosité de l'extrémité proximale de l'humérus, dans le sillon postérieur de la crête delloïdienne. Quant au chef précoracoïdien, il semble au premier abord faire défaut, réduit qu'il est à quelques fibres musculaires ; mais il serait remplacé, d'après M. Sabatier, par le chef coracoïdien d'un muscle important que l'on retrouve dans la ceinture
pelvienne des Lacertiliens et dos Chéloniens, où R. Owen le désigne sous le nom de Pectineus.
Chez les Chéloniens, l'obturateur interne possède encore trois portions parfaitement caractérisées.
Chez les Sauriens, le même muscle est constitué par deux groupes musculaires : a) le groupe antérieur [acromio-humeralis s. deltoïdeus, scapulo-humeralis profundus de Furbringer), que Stannius regarde à tort comme une formation spéciale aux Reptiles, sort par l'orifice antérieur de la ceinture et réprésente à la fois le chef précoracoïdien et le chef sous-scapulaire antérieur; /3j le groupe postérieur {subcoraco-scapularis de Furbringer) sort par l'orifice postérieur de la ceinture et correspond à la fois au chef coracoïdien et au chef scapulaire postérieur.
Chez les Crocodiliens, l'obturateur interne thoracique est représenté par un muscle assez volumineux qui a été désigné par Furbringer sous les noms de supra-coracdideus ou supracoraco-scapularis . M. Sabatier, qui l'a disséqué avec grand soin sur Yalligator, le fait naître en partie de la face interne du coracoïde (extrémité antérieure ou portion précoracoïdienne) et de son bord antérieur, en partie de la face interne de l'angle inférieur du scapulum. Il le considère comme représentant la portion précoracoïdienne et la portion scapulaire antérieure; à cette dernière il croit devoir réunir, sous le nom de portion scapulaire postérieure, un dernier faisceau très important qui naît de la face interne et du bord postérieur du scapulum, lequel se composerait à son tour de deux petits muscles : l'un se détachant du tiers inférieur du bord postérieur et de la portion voisins de la face interne du scapulum et venant se fixer sur la crête deltoïdienne {scapulo-humeralis profundus de Furbringer, scapulo-humeralis de Rolleston); l'autre naissant sur la face interne du scapulum et se terminant au-dessous du précédent, sur une ligne qui rejoint la crête deltoïdienne [subscapularis de Buttmann et de Haughton). Quant à la portion coracoïdienne, l'obturateur interne thoracique en est dépourvu chez les Crocodiliens, en raison du développement considérable
36G LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.
du costo-coracoïdien qui ferme dans ce groupe zoologique, l'orifice de sortie postérieure de la ceinture.
Si des Reptiles nous passons aux Oiseaux, nous voyons de même l'obturateur interne réduit à deux chefs, un chef sousscapulaire et un chef coracoïdien peu développé chez les Reptiles et chez les Nageurs, très volumineux au contraire chez les Gallinacés. Le chef précoracoïdien fait complètement défaut, le précoracoïde n'existant chez les Oiseaux qu'à l'état rudimentaire.
Même disposition chez les Mammifères ornithodelphes, dont la ceinture thoracique se rapproche beaucoup, au point de vue morphologique, de celle des Oiseaux; le chef précoracoïdien de l'obturateur interne thoracique ne s'est pas développé, tout comme l'élément osseux sur lequel il s'insère; par contre, nous rencontrons un chef coracoïdien, parfaitement décrit par Owen, chez X ornithorynque et Véchidné, et un chef sous-scapulaire complètement distinct du muscle sous-scapulaire, en avant duquel il est placé, entre la face interne du col de l'omoplate et la petite tubérosité humorale. Ce dernier faisceau est exactement le représentant du sous-scapulaire accessoire de Gruber.
En résumé, il existe, dans la série zoologique, un obturateur interne de l'épaule, représentant à la ceinture thoracique l'homologue de l'obturateur interne du bassin, composé comme ce dernier de trois portions ou chefs : un chef scapulaire, un chef précoracoïdien et un chef coracoïdien. Ce muscle, trop oublié des naturalistes, se rencontre avec ses éléments constitutifs chez les Ratraciens, chez les Reptiles, chez les Oiseaux et dans quelques espèces de Mammifères didelphiens; dans ces deux derniers groupes cependant un des éléments anatomiques du muscle (faisceaux coracoïdien ou précoracoïdien) peut faire défaut.
§ III. — Constitution théorique, chez Thomme, de Tobturateur interne thoracique 5 interprétation des faisceaux surnuméraires précités. — Chez l'homme, la ceinture thoracique réduite à ce que les auteurs classiques décrivent sous le
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nom de scapulum ou d'omoplalo, diffère beaucoup au premier abord de la ceinture pelvienne. Il est pourtant facile, en s'appuyant surtout sur l'histoire du développement de l'omoplate, de retrouver dans cette pièce du squelette trois os distincts correspondant exactement aux trois portions de l'os coxal. Il est généralement admis aujourd'hui, contrairement aux assertions d'Albrecht : 1" que l'iiion est représenté par le scapulum proprement dit ; 2° que le pubis a pour homologue l'apophyse coracoïde qui n'est que l'os précoracoïde des Vertébrés et que l'on devrait bien, pour éviter des confusions regrettables, appeler désormais l'apophyse précoracoïde; 3° que le tubercule sus-glénoïdal, qui n'est souvent qu'une facette rugueuse et qui répond à l'os coracoïde des Vertébrés, représente l'ischion.
Ces données empruntées à l'anatomie philosophique étant admises, il devient fort simple de déterminer, d'une fi\çon nette et précise, les régions osseuses oii devraient prendre naissance, s'ils se développaient, les trois faisceaux constitulifs de l'obturateur interne thoracique de l'homme.
a.) — Le chef scapulaire (homologue du chef iliaque de l' obturateur interne pelvien) se détacherait du bord axillaire, dans le voisinage de la cavité glénoïde et aussi de cette portion de la fosse sous-scapulaire plus ou moins creusée en gouttière que limite en avant le bord axillaire, en arrière, une petite crête arrondie, véritable ligne innominée du scapulum,
/Sj — Le chef précoracoïdien (homologue de la portion pubienne de l' obturateur interne pelvien) naîtrait sur l'apophyse coracoïde.
y) — Le chef coracoïdien enfin (homologue de la portion ischiatique de 1 obturateur interne pelvien) s'insérerait au-dessus de la cavité glénoïde, sur le tubercule sus-glénoïdal, au même point que la longue portion du biceps.
Quant à leur trajet et à leur terminaison, ces trois chefs devraient du reste converger, à la manière de trois rayons de cercle se portant vers un centre commun, sur le col chirurgical de l'humérus, entre la tubérosité interne et le tendon du grand dorsal, et s'insérer sur celte région.
Ces quelques lignes résumant la constitution théorique de
l'obturateur interne thoracique chez l'homme, renferment en elles-mêmes l'interprétation exacte de tous les muscles surnuméraires que nous avons décrits dans le premier paragraphe de cette étude. Tous ces muscles en effet, il est facile de s'en rendre compte maintenant, ne sont que des représentants complets ou rudimenlaires de l'un ou l'autre des faisceaux constitutifs de cet obturateur interne. Ainsi, et ce sont là nos conclusions :
1° Le petit sous-scapulaire de W. Gruber et le sous-scapulocapsulaire qui n'en est qu'une variété, est un représentant parfait du chef scapulaire, tel qu'il existe chez les Oiseaux et les Ornithodelphes.
21° Le court coraco-brachial ou coraco-huméral supérieur qui se reproduit anormalement chez l'homme, mais qui est normal chez un grand nombre de Mammifères, représente intégralement le chef précoracoïdien de l'obturateur interne. Les variétés coraco-capsularis , brachio-capsularis , depressor tendinis subscapularis majoris, levator tendinis latissimi dorsi, qui ne sont que des muscles coraco- brachiaux incomplets, des muscles coraco-brachiaux arrêtés en route, représentent également des faisceaux atrophiés, des débris, qu'on me permette cette expression, de ce même chef précoracoïdien.
3° Quant au muscle gléno-brachial, qui s'insère sur le tubercule sus-glénoïdien avec le long biceps, est-il possible de ne pas reconnaître en lui l'homologue exact du chef coracoïdien de l'obturateur interne?
C'est ainsi que l'Anatomie anormale fait revivre chez l'homme, dans tous ses caractères primitifs^ un organe que les nécessités de l'adaptation ont si profondément modifié, détruit même dans deux de ses parties constituantes.
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